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Découverte embarrassante d'une tour de l'enceinte de Philippe Auguste à Paris

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L’Histoire fait l’Actu
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Découverte « embarrassante » d’une tour de
l’enceinte de Philippe Auguste à Paris
(Source : Le Point)
Publié / Mis à jour le dimanche 24 avril 2016, par LA RÉDACTION
 
 
 
Des travaux ont permis de découvrir une nouvelle tour de l’enceinte de Philippe Auguste. Un événement rare, mais sur lequel l’Institut de France n’a guère communiqué.

La découverte d’une nouvelle tour de l’enceinte de Philippe Auguste (fin du XIIe siècle) est un événement suffisamment rare pour être célébré. Habituellement, quand l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) effectue ce genre de fouille, elle convie la presse pour fêter l’événement. Mais, dans le cas présent, silence total. C’est en passant par hasard rue Mazarine, où un panneau plaqué contre un bâtiment de l’Institut de France indique l’existence de la fouille, que nous avons découvert le pot aux roses.

Quelques coups de fil plus tard, nous en savons plus sur cette mystérieuse découverte qui a l’air de gêner toutes les parties prenantes. La découverte de la base d’une tour (elle aurait été arasée au XVIIIe siècle) et d’une portion de l’enceinte a été faite à l’occasion de la construction d’un nouvel auditorium dans l’Institut de France. Mais la trouvaille tombe très mal, car les travaux ont déjà pris beaucoup de retard. Maintenant que l’Inrap a achevé sa fouille préventive, que faire des vestiges ? Les recouvrir tout simplement de béton pour construire enfin l’auditorium ? Demander à l’architecte de revoir sa copie pour que les vieilles pierres soient mises en valeur et accessibles au public ? Le débat fait rage. On hésite. Les archéologues soulignent qu’ensevelir ses propres ruines quand le monde entier s’élève contre la destruction de Palmyre par Daech serait pour l’Institut de France un acte incompréhensible.

Vestiges de l'enceinte de Philippe-Auguste, Institut de France
Vestiges de l’enceinte de Philippe Auguste, Institut de France
© Patrick Tourneboeuf OPPIC

Même si la découverte n’est pas miraculeuse — il existe de nombreuses autres portions de l’enceinte —, elle possède un certain intérêt dans la mesure où le fondement de la tour montre parfaitement la méthode de la construction, ce qui n’est pas visible ailleurs. En revanche, les vestiges de l’enceinte ne sont pas de très bonne qualité, plaide l’institut. Beaucoup de pierres ne sont pas d’origine. Le maître d’ouvrage délégué — l’Oppic — a donc demandé à l’architecte (l’atelier Barani) de modifier son projet pour que seule la tour soit mise en valeur. On lui a demandé de remettre sa copie à la fin du mois de mai. En revanche, le doute plane sur l’avenir du reste de l’enceinte en mauvais état. Sera-t-elle conservée ou pas ? La décision n’est pas prise.

Quand un accord sera enfin trouvé entre l’Institut de France et les archéologues, cela mettra fin à une polémique bien plus ancienne que la découverte de la tour elle-même. Cela faisait exactement 220 ans que l’Institut et la Monnaie de Paris se disputaient ce terrain. L’anecdote mérite d’être contée. En l’an IV de la République (1796), le jardin du directeur de l’institut est mis à la disposition de l’hôtel de la Monnaie voisin pour y installer les ateliers où la monnaie était frappée. Ce terrain de 1 500 mètres carrés est situé exactement au-dessus de l’ancien fossé creusé à la demande de Charles V à l’extérieur de l’enceinte de Philippe Auguste. En 1850, l’institut réclame la restitution de son bien. La Monnaie fait la sourde oreille. Il faudra attendre 2004 pour que l’État ordonne enfin la restitution de la parcelle dite de l’« an IV ». Celle-ci a lieu officiellement en 2012. L’institut peut alors lancer les travaux pour bâtir un auditorium de 350 places dont il a fort besoin. Le permis de construire est délivré le 25 juillet 2013.

Comme la loi le prévoit sur tout chantier, l’Inrap mène des sondages et découvre ce à quoi il s’attendait : une portion d’enceinte et les fondations d’une tour. D’où un retard supplémentaire à prévoir pour approfondir les fouilles et la tentation de certains de recouvrir les vestiges pour lancer les travaux au plus vite. Aujourd’hui, l’Institut de France nous jure qu’il n’a jamais été question de cela. Les vestiges de la tour seront bien mis en valeur et accessibles au grand public. On n’en attendait pas moins...

Frédéric Lewino
Le Point

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