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Couteaux pointus : interdiction dans les provinces flamandes par un édit de Louis XIV

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Anecdotes insolites
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Couteaux pointus : interdiction
dans les provinces flamandes par un
édit de Louis XIV en 1669
(D’après « Archives historiques et littéraires du Nord de la France
et du Midi de la Belgique » (tome 3), paru en 1852)
Publié / Mis à jour le lundi 13 novembre 2017, par LA RÉDACTION
 
 
 
Condamnant notamment au carcan ou aux galères, une sévère ordonnance de Louis XIV, de l’année 1669, prohiba tout couteau pointu dans les provinces flamandes, motivée sur les accidents et meurtres fréquents arrivés par suite du port de cet ustensile qui ne quittait guère le flamand pur sang, et des tristes résultats de l’usage qu’on en faisait

Un vieux proverbe affirmant qu’ « il ne faut point aller en Flandre sans couteau » fit naître ce distique non moins populaire :

Qui va en Flandre sans couteau
Il perd de beurre maint morceau.

Du temps du peintre David Teniers le Jeune (1610-1690), les batailles à couteaux effilés étaient si fréquentes que cet artiste fidèle des mœurs et coutumes flamandes ne put s’empêcher d’en introduire des épisodes dans ses fameuses fêtes ou kermesses de village. On lit, sous une gravure de Le Bas, exécutée d’après Teniers, ces vers qui expliquent la scène où l’on joue des couteaux :

Quelle fureur ! Je vois de criminels couteaux
Se tirer avec violence !

Louis XIV, à la suite de ses conquêtes, voulut tempérer un peu cette ardeur de batailler à coups de couteaux dans les divertissements publics ; il exigea qu’en trois jours de temps tous ces ustensiles de table fussent émoussés et arrondis. Et c’est à cette époque que l’on doit faire remonter sans doute l’usage journalier des couteaux à lames arrondies à l’extrémité. Il n’y avait pas à transiger ; voilà la rude ordonnance qui l’exigeait ainsi, et l’on sait que ce que Louis XIV voulait, il le voulait bien.

EDIT DU ROY qui défend le port et l’usage des couteaux pointus.
Donné à Saint-Germain-en-Laye, au mois de juin 1669

« Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre ; à tous présents et à venir, salut. Depuis que l’heureux succès de nos armes, la justice de nos prétentions et le traité conclu à Aix-la-Chapelle nous ont acquis plusieurs villes et diverses châtellenies, tant en Flandre que dans les autres provinces des Pays-Bas, Nous avons employé tous nos soins pour y faire régner la justice, et pour y faire jouir nos sujets du repos et de la tranquillité de la paix ; et voyant qu’elle n’était troublée que par les fréquentes querelles et démêlés qui arrivent entre les habitants desdites villes et châtellenies, dans la chaleur desquels ils se portent à de tels excès qu’ils se frappent, se blessent, et souvent s’entretuent à coups de couteaux ;

Fête du village. Gravure de Jean-Philippe Le Bas, d'après la peinture de David Teniers le Jeune
Fête de village. Gravure de Jean-Philippe Le Bas, d’après la peinture de David Teniers le Jeune

« Nous aurions, pour prévenir ces inconvénients, par notre ordonnance du 12 janvier 1668, défendu le port et l’usage des couteaux pointus à toutes sortes de personnes tant des villes que du plat pays, de quelque qualité et conditions qu’elles fussent, à peine d’amende. Ensuite de quoi nos officiers des lieux auraient rendu diverses ordonnances contre les couteliers, hôtes et cabaretiers, fabricants, ou se servant desdits couteaux, ce qui néanmoins n’aurait pu arrêter le cours de ce mal, soit par le peu de diligences que les juges subalternes, maires, échevins des villes et gens de loi des bourgs et villages auraient apporté de leur part à l’exécution desdites ordonnances, soit par la médiocrité des peines décernées contre ceux qui contreviennent à icelles, l’indulgence des anciens souverains dudit pays ne les ayant par leurs édits et placards condamnés qu’à de légères amendes, ou par la facilité avec laquelle on a de tout temps expédié des lettres de grâce dans les chancelleries desdits pays a ceux qui avaient commis des meurtres avec lesdits couteaux ;

« Et désirant y apporter les remèdes convenables, et ne rien omettre de ce qui peut contribuer au repos et sûreté de nos sujets. Savoir faisons, que pour ces causes et autres bonnes considérations à ce nous mouvant, Nous, de notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, avons statué et ordonné, statuons et ordonnons ce que s’ensuit.

« Que si au préjudice de nos défenses, aucun est si osé que de porter des couteaux pointus et de les tirer à dessein d’en frapper, encore que le coup ne soit suivi d’aucune blessure, voulons que pour la première fois il soit condamné au carcan, ou banni de notre royaume, et en cas de récidive, condamné à plus grosse peine corporelle à l’arbitrage des juges, et suivant les circonstances du fait. Que si aucun frappe du couteau à plaie ouverte et avec effusion de sang, voulons qu’il soit puni de la peine des galères ou autre plus grande à l’arbitrage du juge, suivant la grièveté du fait ; et si le coup est suivi de mort, voulons que celui qui aura frappé soit puni de mort, sans qu’il soit permis à nos juges ou ceux des seigneurs hauts-justiciers de modérer la dite peine, ni qu’il puisse lui être expédié aucune lettre de rémission dans nos petites chancelleries, réservant à Nous de le pouvoir faire pour grandes considérations et seulement par lettres scellées de notre grand sceau.

« Et pour entièrement retrancher le mauvais usage desdits couteaux pointus, Nous faisons très expresses inhibitions et défenses aux couteliers et autres ouvriers et marchands, de fabriquer, vendre ni débiter aucuns poignards, stylets, baïonnettes ou couteaux pointus, à peine de confiscation et de cent florins d’amende pour chacun desdits poignards, stylets, baïonnettes et couteaux pointus, qui seront trouvés dans les boutiques et ouvroirs, ladite amende applicable, savoir, le tiers à notre profit, le tiers au dénonciateur et l’autre tiers aux sergents ou autres officiers de justice qui auront procédé à la saisie.

« Défendons aussi très expressément à tous hôtes, cabaretiers et à toutes personnes de quelque qualité et conditions qu’elles soient, de se servir sur leurs tables, dans leurs logis ou ailleurs, en quelque manière que ce puisse être, de couteaux pointus ; leur enjoignant aux mêmes peines que dessus, en cas qu’ils en eussent en leur pouvoir, de les faire émousser trois jours après la publication de notre présente ordonnance, enjoignant à nos procureurs, aux fiscaux des seigneurs et tous autres faisant fonction de partie publique, de tenir la main à l’exécution de notre présente ordonnance.

« Si donnons en mandement à nos aimés et féaux les gens tenant notre conseil souverain de Tournai, baillis, châtelains, leurs lieutenants, mayeurs, échevins, bourgmestres et autres magistrats ayant juridiction dans les villes, et tous autres nos officiers qu’il appartiendra, que ces présentes nos ordonnances, ils fassent lire, publier et enregistrer, entretenir, garder et observer inviolablement chacun en droit foi dans l’étendue desdits pays cédés, sans y contrevenir, ni permettre qu’elles soient aucunement enfreintes, car tel est notre plaisir.

« Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, Nous avons fait mettre notre sceau à ces dites présentes. Donné à Saint-Germain-en-Laye au mois de juin l’an de grâce 1669, et de notre règne le vingt-septième. Signé Louis ; et sur le repli, par le Roy, Le Tellier ; a côté, visa Séguier, et scellé du grand sceau de cire verte en lacs de soie rouge et verte.

« Registré à Tournai, au Conseil Souverain, le 12 juillet 1669. »

 
 
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