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Légendes, croyances, superstitions. Jean de l'Ours. Héros des contes. Croyance en un enfant élevé par l'ours - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Jean de l’Ours, personnage mythique
alimentant les contes populaires ?
(D’après « Mélusine. Recueil de mythologie, littérature populaire,
traditions et usages », paru en 1887)
Publié / Mis à jour le mercredi 4 mai 2016, par LA RÉDACTION

 
 
 
On sait que Jean de l’Ours est le nom du héros d’un des contes les plus répandus. Il porte ce nom dans les contes de France, de Catalogne, d’Italie, du Tyrol italien, d’Allemagne, de Russie et d’ailleurs encore sans doute, nous explique Cosquin dans ses Contes populaires...

On pourrait peut-être ajouter la nouvelle Jean de l’Ours de Babou, publiée dans son volume Les Payens innocents, receuil de nouvelles imprégnées de l’esprit populaire, l’auteur faisant une comparaison très juste : « Mon héros (ne souriez pas) mon héros Jean de l’Ours est évidemment l’Hercule chrétien ».

Jean de l’Ours doit ce nom à ce que sa mère a été enlevée, jeune fille, par un ours, qu’il est né de leur union et que sa mère et lui ont vécu avec l’ours jusqu’au jour où il a été assez grand pour soulever la pierre qui fermait la caverne paternelle : alors sa mère et lui se sont enfuis et sont revenus chez les hommes. La même histoire se rencontre en Asie (quoique là on ne nous dise pas le nom du héros ) ; Cosquin en cite des exemples du Dardistan (dans la vallée du Haut-Indus), du Nord de la Mésopotamie, et des Avares du Caucase. Dans quelques versions la femme est enlevée enceinte ou avec son enfant, l’ours n’est plus alors que le père nourricier du héros ; mais il est évident que ce sont là des altérations du thème primitif. Il y a du rationalisme partout, même dans le peuple, et ce sont sans doute des conteurs qui ne croyaient plus à la possibilité d’union entre les hommes et les animaux qui ont ainsi modifié le thème traditionnel.

Un des traits de la conscience sauvage ou primitive est la parenté de l’homme et de l’animal au sein de la grande famille de la nature vivante. Un érudit trop vite oublié, qui a écrit sur les Contes un essai remarquable pour le temps et encore utile à lire, un écrivain que nous pouvons regarder comme un des premiers représentants du folklore scientifique en France, Edelestand Du Méril, écrivait déjà au milieu du XIXe siècle : « Les changements en bêtes, si fréquents dans les contes d’enfants, nous sont sans doute venus de plus loin encore ; ils appartiennent à une civilisation qui posait en principe l’unité de la substance vivante et la dépendance réciproque de l’organisation physique et de la vie morale. » (Les Contes des enfants et du foyer des frères Grimm, dans la Revue Germanique du 31 octobre 1858)

Le thème de notre conte repose sur cette croyance ; et comme l’ours est un animal d’une très grande force, il est naturel de penser qu’un homme, fils d’un ours, aura une force surhumaine et pourra accomplir des actes extraordinaires. Il y a là, non pas un mythe, mais une croyance, et une croyance encore vivante dans certains pays, notamment dans nos Pyrénées : « Les ours, dit-on encore dans les Pyrénées, enlèvent les jeunes filles dont ils ont des produits moitié hommes, moitié ours. » (cité dans Rolland, Faune populaire de la France)

Des faits de la vie réelle n’ont pu que confirmer cette croyance. On a plusieurs fois constaté l’enlèvement d’enfants humains par des animaux féroces, d’ordinaire des femelles, qui les élevaient avec leurs propres petits. Cela n’a rien de plus étonnant que de voir des femmes allaiter de jeunes animaux, ce que l’on a vu, ce que l’on voit encore dans plusieurs pays. Le fait s’est rencontré plusieurs fois au XIXe siècle en Inde, d’enfants repris à des loups avec lesquels ils vivaient, courant à quatre pattes et se nourrissant de la même façon que leurs pères nourriciers et leurs frères d’aventure : c’est ce qu’on appelle en anglais des wolf-boys ; et le plus souvent il a été impossible de leur apprendre à parler.

La sauvagerie animale de leurs premières années avait mis sur eux une empreinte ineffaçable. Ce qui se passe encore de notre temps dans les Indes avec les enfants-loups a dû se passer aussi ailleurs avec d’autres animaux et il y a eu des enfants-ours. Nous ne sommes pas réduits ici à la simple conjecture, car des chroniques alsaciennes mentionnent, en l’an 1296, le fait d’un enfant repris à un ours avec lequel il avait vécu deux ans (voir les textes cités dans le Globus, t. XXXVIII). Voilà un Jean de l’Ours authentique et réel !

Ce trait de notre conte, sortant d’une croyance et ayant une origine psychologique peut se rencontrer dans des récits d’une autre partie du monde, sans qu’il y ait emprunt. Tel est le cas d’un récit des Cris, recueilli par Petitot (Traditions indiennes du Canada nord-ouest). Une jeune fille, perdue dans une forêt, rencontre un ours gris. Celui-ci lui laisse la vie, à condition qu’elle demeure avec lui. Elle en a deux enfants, « deux petits ours semblables à leur père ». Plus tard, elle retourne chez les siens avec ses enfants et les métamorphose en hommes.

Il est difficile de ne pas rappeler à ce propos la légende de Romulus et de Rémus élevés par une louve. Cette légende même est-elle particulière à Rome ? Gozzadini a décrit une stèle étrusque où elle est figurée, mais sans nous dire quelle est son antiquité : « Sur le côté antérieur d’une stèle se voit une louve, de style archaïque, debout et tournant la tête vers un enfant agenouillé entre les jambes de la louve qu’il saisit des deux mains, tout en prenant le lait. Le mythe a de l’analogie avec celui de l’allaitement de Romulus et Rémus, ou plutôt de Romulus seul, suivant l’exclusion du frère faite par quelques archéologues. Il est remarquable que l’enfant qui prend le lait, bien que de très petite taille en comparaison de la louve, a les formes assez développées et la pose d’un jeune garçon plutôt que d’un nourrisson. » (Revue archéologique, 3e série, t. VIII)

Romulus est un « Jean du Loup. » Il y a d’autres exemples de héros légendaires allaités par une louve, sans compter ceux qui, abandonnés dans une forêt, sont nourris par une biche (quelquefois par une vache). Ce serait sortir du cadre de cet article que de poursuivre ces exemples : ils suffisent, pensons-nous, pour montrer comment il faut expliquer notre « Jean de l’Ours » et à quelle classe de héros légendaires il appartient.




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