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21 novembre 1781 : mort du comte de Maurepas, ministre

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21 novembre 1781 : mort du
comte de Maurepas, ministre
Publié / Mis à jour le mercredi 21 novembre 2012, par LA RÉDACTION
 

Le comte de Maurepas tient une place considérable dans les règnes de Louis XV et de Louis XVI, et il exerça, sur la destinée du dernier de ces deux rois une fatale influence. Sur le portrait scrupuleusement exact que Marmontel a tracé de cet homme d’état, on pourra comprendre comment furent remplies les doubles fonctions de ministre de la marine, et de ministre de la cour et de Paris, que lui confia Louis XV, et celle de président du conseil des ministres, que Louis XVI lui conféra.

« Superficiel et incapable d’une application sérieuse et profonde, mais doué d’une facilité de perception et d’une intelligence, qui démêlaient, dans un instant, le nœud le plus compliqué d’une affaire, le comte de Maurepas suppléait dans les conseils par l’habitude et la dextérité à ce qui lui manquait d’étude et de méditation. Accueillant et doux, souple et insinuant, flexible, fertile en ruses pour l’attaque, en adresse pour la défense, en faux-fuyants pour éluder, en détours pour donner le change, en bons mots pour démonter le sérieux par la plaisanterie, en expédients pour se tirer d’un pas difficile et glissant ; un œil de lynx pour saisir le faible et le ridicule des hommes, un art imperceptible pour les attirer dans le piège, ou les amener à son but, un art plus redoutable encore de se jouer de tout, et du mérite même quand il voulait le dépriser, enfin l’art d’égayer et de simplifier le travail du cabinet, faisaient de Maurepas le plus séduisant des ministres. »

Le portefeuille d’un ministère quelconque était héréditaire, depuis plus de cent ans, dans la famille du comte de Maurepas. Il n’avait que quatorze ans, lorsque son père lui laissa, en se retirant, la charge de secrétaire d’Etat, et il entrait dans sa vingt-quatrième année, quand la mort de son beau-père, le marquis de la Vrillière (1725), fit tomber sur lui seul le fardeau des deux ministères, nommés plus haut. Le comte de Maurepas ne s’en mit guère en peine, disposé qu’il était, d’humeur et d’intention, à les mener lestement. Le ministère étant pour lui une portion de l’héritage paternel, il l’administrait à sa guise, ou mieux, il le donnait à administrer à ses hommes d’affaires.

Le matériel de la marine n’existait en quelque sorte plus ; tout autre ministre se fût cru obligé à un surcroît d’activité, puisque tout était à refaire ; pour Maurepas, cette absence de matériel maritime était une bonne fortune qui simplifiait et facilitait le travail de son département. D’ailleurs, les bureaux, organisés sous Louis XIV, manipulaient encore et expédiaient ; la machine allait d’elle-même ; le rôle du ministre pouvait se borner à la diriger ; Maurepas s’en dispensa : on voit que c’était avec raison qu’il ne s’effrayait pas de ses fonctions ministérielles. Quelques signatures à donner, et l’emploi était rempli. Cependant diverses ébauches d’institutions, des commencements de réparations dans toutes les branches de la science nautique, en démontrant que le ministre comprenait l’état déplorable des choses, prouvent que c’était par insouciance et non par ignorance qu’il se faisait sinécuriste.

Le comte de Maurepas s’occupait davantage de son ministère de la cour et de Paris. Des questions d’étiquette à résoudre, des droits de préséance à établir, des cas de convenance et de ton à discuter, des grâces à distribuer, la haute police de Paris à exercer, c’étaient là des travaux bien plus selon ses goûts, ses capacités et son humeur, que des difficultés scientifiques à examiner, en dépit de son titre de membre honoraire de l’Académie des sciences. Cependant il éprouvait une telle antipathie pour tout ce qui était réellement, ou tout ce dont il faisait une affaire , qu’il se déchargeait sur sa femme des soins de son ministère de la cour, comme sur ses commis, des fatigues de ses ministères de la marine et de la police. Ces occupations, d’ailleurs, auraient chagriné sa merveilleuse frivolité, l’auraient distrait de ses plaisirs, et lui auraient fait perdre quelqu’une de ces pointes et de ces plaisanteries, dont il était si fier et si heureux de parsemer les Etrennes de la Saint-Jean, les Ecosseuses et le Ballet des Dindons !

Par un seul point, fort essentiel alors, le comte de Maurepas manquait à la mode. Il n’avait pas d’Agnès, et voici le pourquoi. Bon gré mal gré, il lui fallait observer un des statuts les plus rigoureux de l’ordre de Malte, dans lequel il avait été engagé : la nature l’avait fait eunuque du sérail à la cour de Louis XV. Ce défaut organique donne le secret de cette légèreté, de cette puérilité, de cette indolence et de cette inaptitude aux affaires, qui contrastent si bizarrement avec les hauts emplois dont le comte de Maurepas fut revêtu.

C’était là un ministre qui devait longtemps se maintenir en faveur sous Louis XV, et il eût été extraordinaire qu’une cause sérieuse l’eût fait tomber en disgrâce. Un quatrain satirique, qu’il décocha contre les charmes secrets de Mme de Pompadour, le fit juger incapable et indigne de remplir plus longtemps les postes qu’il occupait depuis vingt-cinq ans. Il fut renvoyé dans ses terres en 1749. D’après le système administratif qu’il avait inventé, on comprend que l’interruption de ses fonctions ministérielles ne mit guère de vide dans ses heures, et, d’après son caractère, on doit penser que sa chute ne l’affecta point profondément. Le premier jour, selon sa propre expression, il était piqué, le second il était consolé, et sa vie de dissipation, de frivolité, de futilité, de plaisir, ne fut point troublée.

Ce fut cet homme, auquel vingt-cinq ans d’entracte avaient fait perdre la routine matérielle des affaires, et que l’âge avait immuablement consolidé dans ses habitudes, ce fut cet homme que le malheureux successeur de Louis XV se donna pour tuteur politique. Marmontel, qui l’a si heureusement dépeint au moment où il entrait au conseil de Louis XV (1725), montre, avec la même finesse de touche, ce qu’il était lorsque la présidence du ministère de Louis XVI lui fut donnée, en 1774 :

« Faible, indolent, personnel, aimant ses aises et son repos, voulant que sa vieillesse fût tranquille, évitant tout ce qui pouvait attrister ses soupers ou inquiéter son sommeil ; croyant à peine aux vertus pénibles, et regardant l’amour du bien public comme une duperie ou une jactance ; peu jaloux de donner de l’éclat à son ministère, et faisant consister l’art de gouverner à tout mener sans bruit, en consultant toujours les considérations plutôt que les principes, Maurepas fut dans sa vieillesse ce qu’il avait été dans ses jeunes années, un homme aimable, occupé de lui-même, et un ministre courtisan. »

Un mot, échappé au comte de Maurepas, achèvera de faire comprendre toute la profondeur de son égoïsme de vieillard. Pourvu que tout ceci dure autant que nous ! s’écriait-il souvent. Et cet homme, aussi systématiquement borné dans ses vues, arrivait au pouvoir suprême à une époque de transition forcée, à une époque où il fallait à la fois lutter pour céder au torrent, lutter pour lui résister ; à une époque où, pour ne pas tout perdre, en lâchant trop ou en retenant trop les rênes, il eût fallu dans celui qui conduisait le char, l’énergie la plus indomptable, la sagacité la plus judicieuse et le dévouement à la chose publique le plus pur et le plus absolu.

Le comte de Maurepas atteignit son but : il sut assez complètement et assez habilement sacrifier l’avenir au présent pour que tout ceci durât autant que lui. Après lui, les plus terribles convulsions bouleversèrent la France, et son maître, qui l’aimait et le respectait avec une piété filiale, monta sur un échafaud. Mais les soupers du comte de Maurepas n’avaient point été attristés, mais ses nuits avaient été paisibles, mais sa vie s’était prolongée doucement jusqu’à quatre-vingts ans, et la mort l’avait tranquillement éteint dans son lit.

 
 
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