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11 juillet 1302 : bataille de Courtrai dite des éperons d'or marquant la défaite des Français face aux Flamands - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, événements

Les événements du 11 juillet. Pour un jour donné, découvrez un événement ayant marqué notre Histoire. Calendrier historique


11 juillet 1302 : bataille de Courtrai
dite des éperons d’or marquant
la défaite des Français face aux Flamands
(D’après « Histoire des comtes de Flandre jusqu’à l’avènement de la maison
de Bourgogne » (par Edward Le Glay) Tome 2 paru en 1843
et « Histoire générale de France depuis les temps les plus reculés
jusqu’à nos jours » (par Abel Hugo) Tome 3 paru en 1839)
Publié / Mis à jour le jeudi 11 juillet 2019, par LA RÉDACTION

 
 
 
Annexée en vertu de la trêve signée en 1300 par Philippe le Bel après plusieurs victoires sur les Flamands, la Flandre ne demeure pas longtemps française : les corporations des métiers, humiliées et rançonnées par Jacques de Châtillon, gouverneur de la province, se révoltent sous la bannière de Pieter de Coninck et Jan Breydel, respectivement chef des tisserands et chef des bouchers, qui massacrent les Français à Bruges en mai 1302 avant de joindre leurs forces à celles du comte de Flandre et de ses fils pour remporter sur les troupes françaises la victoire de Courtrai

À la fin du XIIIe siècle, les revers éprouvés en Aquitaine par les Anglais et les exactions que les troupes qui se rendaient d’Angleterre en Guyenne commirent sur quelques rivages de la Bretagne, avaient décidé le duc Jean II à se tourner du côté du roi de France Philippe IV le Bel qui, pour le récompenser, l’avait créé pair du royaume et fiancé Isabelle, fille aînée de Charles de Valois, à son petit-fils.

Dans le temps même où le duc de Bretagne avait renoncé à l’alliance avec l’Angleterre, le comte de Flandre, Gui de Dampierre, avait abandonné celle de France et contracté avec Édouard d’Angleterre une alliance perpétuelle contre Philippe le Bel. Le roi de France avait aussitôt assemblé une armée avec laquelle il était entré en Flandre.

Philippe le Bel rencontre Gui de Dampierre. Enluminure extraite des Chroniques de France, d'Angleterre, de Flandres et d'autres contrées, commençant l'an de notre seigneur Jésus-Christ mil deux cent quatre-vingt-seize, et finissant l'an mil trois cent soixante-dix par David Aubert (1459). Manuscrit n°6328 de la réserve de la Bibliothèque de l'Arsenal
Philippe le Bel rencontre Gui de Dampierre. Enluminure extraite des Chroniques de France,
d’Angleterre, de Flandres et d’autres contrées, commençant l’an de notre seigneur
Jésus-Christ mil deux cent quatre-vingt-seize, et finissant l’an mil trois cent soixante-dix

par David Aubert (1459). Manuscrit n°6328 de la réserve de la Bibliothèque de l’Arsenal

Pendant que le roi avait assiégé Lille en 1297, le comte d’Artois avait livré en avant de Furnes une bataille où son fils unique avait été mortellement blessé, mais où les Flamands avaient éprouvé une défaite complète. Une fois maître de Lille, le roi de France s’était emparé de Courtrai et avait marché sur Bruges, le comte de Flandre n’osant pas l’y attendre et se retirant à Gand avec son fils Robert de Béthune et son allié le roi d’Angleterre. Bruges avait capitulé devant Philippe le Bel, qui y avait fait une entrée triomphale.

Le roi de France ne conserva pas longtemps la possession paisible de la Flandre. Après la réunion de ce comté au domaine royal, il avait réussi à y former un parti français, en promettant d’accroître les libertés des villes riches et industrieuses dont le comte Gui de Dampierre avait attaqué les privilèges en plus d’une occasion. Il visita cette province au mois d’avril 1300, et fut partout reçu avec une pompe extraordinaire, et avec les marques d’une vive allégresse.

Mais les richesses des bourgeois de Bruges, de Gand, d’Ypres, de Courtrai, firent parade dans les fêtes qui lui furent données, excitèrent la cupidité de Jacques de Châtillon, qu’il avait nommé gouverneur de la Flandre. Les impôts multipliés que cet homme imprudent fit penser sur le commerce et l’industrie excitèrent en 1302 une insurrection qui, commencée à Bruges, s’étendit bientôt dans toute la Flandre.

Le chef des tisserands Pieter de Coninck, et le chef des bouchers de Bruges Jan Breydel, étaient à la tête des insurgés. Le 18 mai, ils surprirent pendant la nuit la garnison qui occupait leur ville ; les soldats, réveillés par les cris de Vive la commune ! et mort aux Français ! furent attaqués dans les rues et dans les maisons ; tous ceux qui se laissèrent prendre furent mis à mort. Le massacre — qui reçut le nom de Matines de Bruges — dura trois jours, pendant lesquels périrent douze cents cavaliers, et deux mille sergents d’armes à pied. Guillaume de Juliers, petit-fils, et Gui, fils du comte de Flandre, parvinrent à joindre les insurgés et prirent le commandement des milices flamandes.

Le 1er juillet 1302, le comte Robert d’Artois était à deux lieues de Courtrai, et le 8, dans l’après-midi, ses avant-gardes parurent en vue de la même ville. Pendant la semaine précédente, Robert avait organisé sa nombreuse armée et fait ses dispositions pour venir asseoir son camp aux environs de la ville, où il savait que devait s’être opéré le rendez-vous général des Flamands. Et, en effet, c’était là que les défenseurs du pays attendaient l’armée française.

À l’approche de l’ennemi, tous ceux qui, dans la Flandre conservaient encore à leur prince et à leur patrie un cœur fidèle et dévoué, avaient pris les armes et étaient accourus se ranger sous le gonfanon de Gui de Namur. Guillaume de Juliers venait d’arriver avec ses troupes. Pierre de Coninck et Jean Breydel, ne s’étaient point fait attendre. Ils avaient amené toutes les corporations de Bruges, parfaitement équipées, pleines d’ardeur, brûlant à l’envi de déployer leurs riches bannières dans la bataille. Chaque ville, chaque canton s’était hâté d’envoyer son contingent.

Détail des statues de Pieter de Coninck et Jan Breydel à Bruges
Détail des statues de Pieter de Coninck et Jan Breydel à Bruges

Le comte d’Artois avait dès le 10 juillet, pris position à une demi-lieue de Courtrai sur le mont appelé Pottelberg, entre la Lys et le chemin de Sweveghem. Son armée était la plus belle qu’on pût voir et renfermait toute la fleur de la noblesse et de la chevalerie du royaume. En arrivant en Flandre elle fut encore renforcée par une troupe de Brabançons amenée par Godefroi, oncle du duc de Brabant, auquel, paraît-il, Philippe le Bel avait promis le gouvernement de la ville et châtellenie de Gand. Robert la divisa en dix corps, dont il donna le commandement à divers princes ou barons expérimentés : Jacques de Châtillon, entre autres, eut la conduite du sixième corps ; et lui-même garda celle du cinquième, où se trouvait toute la noblesse d’Artois, Thibaut II, duc de Lorraine, le comte de Boulogne et le comte de Hainaut.

Gui de Namur, en apprenant l’arrivée des troupes royales, renforça la garnison de Courtrai, dont le château, défendu par les Français, avait jusque-là résisté à tous les assauts. Par ce moyen, il tenait les assiégés en respect du côté de la ville ; à l’extérieur, les archers et les arbalétriers d’Ypres gardent les issues du fort, les empêchaient de faire diversion au profit de l’armée française. Aussitôt que l’ennemi parut sur le Pottelberg, les Flamands fermèrent les portes de Courtrai : un détachement expédié par Robert d’Artois vint tenter une attaque vers celle qui mène à Tournai. On se battit jusqu’au soir ; il y eut de beaux faits d’armes : un chevalier normand, nommé Mertelet, et Philippe van Hofstade se précipitèrent l’un sur l’autre avec tant de fureur, qu’ils se transpercèrent mutuellement de leurs lances.

Le mercredi 11 juillet, un peu avant le jour, on vit luire un feu au sommet de la plus haute tour du château de Courtrai. C’était un signal pour le comte d’Artois ; et bientôt l’armée française, descendant du Pottelberg, fit un mouvement vers l’est et se porta en ligne parallèle au front des Flamands échelonnés dans une position fort habilement choisie eu égard à la grande supériorité de la cavalerie française. En effet, ils avaient la Lys à dos et se trouvaient de ce côté à l’abri de toute attaque : leur droite s’appuyait sur les retranchements de la ville ; tandis que leur front et leur gauche étaient protégés par le ruisseau de Groningue, qui partant de Courtrai s’étend assez loin dans la campagne, puis forme un coude pour s’aller jeter dans la Lys. Des prairies marécageuses règnent le long de ce fossé, devant lequel, à deux portées d’arc, s’en trouve un autre appelé le Neerlander et qui fait le même circuit que le premier. Ce double obstacle devait rendre la manœuvre des chevaux très difficile.

Le soleil levant fit voir aux Flamands la chevalerie française en ordre de bataille, les étendards flottants, les chevaux caparaçonnés. Les troupes ennemies étaient disposées en trois grands corps d’armée, car Robert d’Artois avait alors changé ses dispositions. Le moment décisif approchait un grand silence et un ordre parfait régnaient parmi les soixante mille hommes sur la valeur desquels reposait le salut de la Flandre. Ce n’était plus cette multitude confuse et indisciplinée se livrant au sein des villes à la fougue de ses emportements ; mais une grande réunion d’hommes venus volontairement, sous l’influence d’une même pensée, et résolus, avec le calme du dévouement et de la force, à vivre libres ou à mourir.

Tous étaient bien armés, les uns de lances, les autres de longues épées ou de masses hérissées de pointes de fer, qu’ils appelaient ironiquement goedendags ou bonjours. Rangés sous leurs bannières respectives, impassibles et appuyés sur leurs instruments de combat, ils se confessèrent comme ils purent à des moines qui, en grand nombre, avaient voulu suivre leurs compatriotes et parcouraient les lignes. Un prêtre éleva le saint viatique en face de toute l’armée ; et chacun alors, pour montrer le désir qu’il avait de participer à la sainte communion, se baissa dans un religieux recueillement et porta vers ses lèvres un peu de cette terre de la patrie, pour laquelle il allait répandre son sang.

En ce moment un brouillard sortant des marais obscurcit la clarté du soleil et déroba les deux armées à la vue l’une de l’autre. Gui de Namur, son neveu Guillaume et les principaux chefs flamands seuls à cheval, car tous les destriers avaient été mis de côté comme inutiles, parcoururent les rangs :

Bataille de Courtrai. Enluminure extraite des Chroniques de France ou de Saint-Denis (fin du XIVe siècle)
Bataille de Courtrai. Enluminure extraite des Chroniques de France
ou de Saint-Denis
(fin du XIVe siècle)

« Le soleil se cache, disait Gui : tant mieux, il ne nous gênera pas. Bonnes gens, voici bientôt l’heure. Les rangs toujours serrés et l’œil devant soi. Frappons alors à grands coups ! Pas de prisonniers, pas de butin ; la mort sur-le-champ pour quiconque désobéit à cet ordre : c’est notre pays qu’il convient de conquérir ; ce sont nos foyers, nos femmes, nos enfants qu’il faut sauver ; ce sont nos seigneurs, depuis si longtemps misérables dans les prisons de France qu’il faut venger ! II ne s’agit pas de songer à autre chose. Ces gens-là, mes bons amis, vont nous attaquer comme des loups, défendons-nous comme des loups. Par saint George, j’ai bon espoir ! Voyez ces corbeaux qui voltigent au-dessus de leurs têtes : on dit que depuis douze jours pas un de leurs mille et mille chevaux n’a henni. Comment voulez-vous que Dieu protège ceux que notre saint père le pape vient d’excommunier ? Allons, courage, vous tous mes braves compagnons, et n’oublions pas le noble cri de nos aïeux : Flandre au lion ! »

Gui et Guillaume, afin de redoubler encore l’ardeur de leurs troupes, créèrent sur le front de l’armée plusieurs nouveaux chevaliers, en tête desquels on remarquait les deux Brugeois fameux qui avaient les premiers soulevé la Flandre : le tisserand Konynck et le boucher Breydel.

Cependant le comte d’Artois vint à cheval, en compagnie du connétable Raoul de Nesle et de plusieurs seigneurs, reconnaître la position des Flamands. Il les trouva formés en un seul corps long et épais et retranchés derrière le ruisseau de Groningue tandis que leurs archers garnissaient en avant le ruisseau du Neerlander. On n’apercevait pas chez eux ces magnifiques armures qui luisaient en si grand nombre dans l’armée française : c’était une masse compacte, d’un aspect sévère et imposant, comme un mur de fer, derrière lequel s’abritaient des gens vigoureux et forts, couverts de justaucorps de buffle, et n’ayant d’autres signes distinctifs que les bannières des châtellenies, des villes et des métiers. Il ne s’y trouvait pas un seul cheval : les chefs eux-mêmes avaient envoyé leurs palefrois à Courtrai.

Robert d’Artois, en considérant les deux armées, ne put s’empêcher de témoigner un orgueilleux dédain pour les Flamands : il s’indignait de voir sa brillante chevalerie obligée d’en venir aux mains avec de si pauvres gens ; mais le connétable hocha la tête, pensant en lui-même que ces pauvres gens pourraient bien avoir les bras aussi solides que le cœur. Les sires de Barlas, de Piémont et de Mantoue, vieux guerriers très expérimentés et capitaines des compagnies étrangères d’archers que le roi avait prises à sa solde, s’approchèrent du connétable :

« Pour Dieu beau sire, lui dirent-ils, permettez-nous d’engager la bataille avec notre cavalerie légère, habituée à escarmoucher et à charger de concert avec nos archers et gens de pied. Nous couperions les Flamands du côté de la ville, et, les attaquant sur plusieurs points à la fois, nous leur donnerions de la besogne jusqu’au soir. Vous savez que ces gens-là mangent et boivent toute la journée, c’est leur habitude ; quand ils auront faim ils lâcheront pied, vous alors avec la chevalerie tomberez sur eux et pas un n’échappera. Ce serait grande folie que de faire embourber la fleur de la noblesse à travers les fossés et marécages, et l’exposer à trébucher en arrivant sur ce ramassis de vilains. »

Le connétable goûta fort cet avis, et en parla au comte d’Artois ; mais celui-ci se fâcha de ce qu’on prétendait empêcher les chevaliers, en selle et tout armés, de se mouvoir, et n’en voulut plus entendre un mot. Raoul de Nesle et les seigneurs étrangers se retirèrent déplorant l’obstination. du comte.

À sept heures du matin, les Français n’étaient plus qu’à deux traits de flèche devant les archers flamands postés le long du Neerlander. Robert d’Artois fit sonner la charge, un détachement de chevaliers se précipita vers le fossé ; il était plus large qu’on ne le pensait et en outre des plus fangeux. Les chevaux ne purent le franchir et restèrent engagés dans la boue jusqu’aux arçons. Les archers alors fondirent à coups de flèches sur les cavaliers ; pas un n’échappa.

Bataille de Courtrai. Chromolithographie publicitaire de la Chocolaterie d'Aiguebelle du début du XXe siècle
Bataille de Courtrai. Chromolithographie publicitaire
de la Chocolaterie d’Aiguebelle du début du XXe siècle

« Sire, cria le connétable au comte, il y a des hommes et des bêtes morts dans le fossé, il n’est pas un cheval de bataille qui veuille maintenant le passer et qui ne recule effrayé ; pour l’amour de Dieu, changez votre plan de combat : simulons une retraite ; les Flamands nous suivront au delà de ces ruisseaux, et alors nous en aurons beau jeu. — Par le diable, reprit le comte d’Artois pâlissant de colère, voilà un conseil de lombard ! avez-vous peur de ces loups, ou plutôt n’auriez-vous pas de leur poil ? »

Il faisait allusion au mariage de la fille du connétable avec Guillaume de Termonde, second fils du comte de Flandre. Cette brutale suspicion fut très sensible au vieux Raoul de Nesle. « Cher sire, répondit-il, si vous voulez seulement me suivre au milieu des ennemis, je vous mènerai si avant que vous n’en reviendrez plus ! » La cavalerie s’ébranla et le passage s’effectua enfin sur divers points, mais avec de grandes pertes. Il fallut la rallier et la remettre en ordre.

Pendant ce temps-là, les arbalétriers avaient trouvé moyen de traverser le premier ruisseau : ils vinrent en ordre très serré, sous le commandement du sire de Barlas, couvrir la cavalerie dans la plaine ; et comme les archers flamands se repliaient sur leur corps de bataille, derrière le ruisseau de Groningue, ils leur décochèrent une telle quantité de carreaux que le ciel en était obscurci. Les archers ripostaient tout en continuant leur retraite ; leurs flèches venant à diminuer, ils hâtèrent le mouvement. Aussitôt les Français, jetant leurs arbalètes et se couvrant de leurs boucliers, se disposent à les poursuivre avec impétuosité, l’épée dans les reins, quelques-uns même s’étaient déjà élancés au delà du ruisseau de Groningue. Les barons trépignaient de voir que la bataille allait s’engager sans eux : « Seigneur, dit le sire de Valepayelle au comte d’Artois, ces vilains feront tant qu’ils remporteront l’honneur de la journée pour ne point nous battre, il vaudrait tout autant nous en aller. — Vous avez par Dieu raison, beau sire. — Allons ! Montjoie et Saint-Denis ! en avant ! »

Deux corps d’armée s’élancent ; le troisième, commandé par le comte de Saint-Pol, devait former la réserve. Les chevaliers, dédaignant de se détourner, se meuvent à travers la masse de leurs propres gens de pied, I’entrouvrent, écrasent des hommes par centaines, et, après avoir mis un effroyable désordre dans les rangs, arrivent devant le ruisseau de Groningue et les Flamands. Alors commence une scène terrible ; c’est à qui traversera le fossé : les premiers qui avancent trébuchent pêle-mêle avec leurs montures, d’autres suivent et ont le même sort. Le fossé se comble d’hommes et de chevaux criant et se débattant ; ce spectacle n’arrête point le gros de l’armée, c’est un pont tout formé : l’on passe dessus.

Les Flamands n’avaient pas bougé : les rangs serrés et le fer des lances en avant, ils reçoivent le choc intrépidement ; leur ligne est percée en quelques endroits, mais une multitude d’hommes et de chevaux avaient succombé. À l’instant où se donnait cette charge, une mouette de mer au plumage noir vint voltiger au-dessus des Français. « Amis, la victoire est à nous, s’écria Gui de Namur transporté de joie et montrant la mouette. Je ne voudrais pas pour mille livres de gros que cet oiseau funèbre eût plané sur nos têtes. »

Cet incident fit une grande impression sur l’esprit superstitieux des Flamands et les remplit d’une nouvelle ardeur. La mêlée devint bientôt générale. À l’impétuosité désordonnée de la chevalerie française, les Flamands opposaient un sang-froid mortel ; tous leurs coups portaient et souvent avec tant de force sur les armures de fer des ennemis que lances et massues se fendaient jusqu’aux poignées. La terre était jonchée de morts et de blessés ; l’air, obscurci par le brouillard et des nuages de poussière retentissait du bruit dès armes et d’affreux gémissements.

Bataille de Courtrai. La cavalerie française charge et tombe dans un fossé boueux dissimulé par des branchages. Enluminure extraite des Anciennes chroniques de Flandre (manuscrit 2799, vers 1450)
Bataille de Courtrai. La cavalerie française charge et tombe dans un fossé
boueux dissimulé par des branchages. Enluminure extraite des Anciennes
chroniques de Flandre
(manuscrit 2799, vers 1450)

Les princes et les barons flamands à pied, en tête de leurs gens, donnaient partout l’exemple du plus brillant courage. Après le passage du fossé, Gui de Namur se vit attaquer avec une fureur sans égale : accablés par le nombre, son corps de bataille et une partie de son aile gauche furent peu à peu refoulés jusque vers l’abbaye de Groningue dans l’angle formé par la jonction du ruisseau de la Lys. Plusieurs de ses hommes se sauvèrent même effrayés le long de la rivière, où quelques-uns se noyèrent en voulant s’échapper ; d’autres s’enfuirent vers la ville, mais les Yprois postés devant la citadelle les ramenèrent à coups de traits qui en tuèrent bon nombre.

Le comte implora, dit-on, en ce moment critique l’assistance de Notre-Dame de Groningue, tout en ralliant les siens de la voix et du geste. La troupe qui l’entourait s’éclaircissait de plus en plus. Cependant l’étendard flamand flottait encore. Jamais on ne vit pareil carnage : les cadavres s’amoncelaient sous les coups des Flamands. Les plus grands seigneurs de France, entourés et abattus par les godendags, expiraient de cruelle façon. Le gouverneur de Flandre, Jacques de Châtillon, périt en ces lieux, égorgé par un de ces vilains qu’il se plaisait tant jadis à tyranniser ; son ami, le chancelier Pierre Flotte, cria en vain merci, il devait subir un sort pareil.

À neuf heures le massacre continuait. Les rangs de la chevalerie rompus et dispersés s’éclaircissaient de plus en plus ; les arbalétriers, les archers étaient à la débandade, et partout les Flamands résistaient unis, serrés, implacables : la victoire se déclarait pour eux. Le comte d’Artois, transporté de rage et de désespoir, ne put rester simple-spectateur de ce désastre. Jusque-là il s’était tenu de l’autre côté du ruisseau avec un groupe de chevaliers d’élite, croyant qu’il ne fallait pas tant de nobles gens pour écraser ce qu’il appelait une bande de loups. Il donne de l’éperon à son cheval, et, suivi de tout son monde, s’élance à l’autre bord du fossé et pénètre au milieu du théâtre funèbre où il devait jouer un sanglant et dernier rôle. Parvenu par bonds impétueux au-dessus des morts et des mourants jusqu’à l’étendard de Flandre, le comte l’avait saisi et le secouait violemment pour s’en emparer tandis que les haches et les massues retombaient sur lui à coups redoublés. Il en arrache un lambeau, mais la secousse lui fait perdre un étrier : il reste en selle néanmoins et continue à se battre ; son cheval est blessé, lui-même est inondé de sueur et de sang.

La mort du comte d’Artois et la prise de son étendard par le chevalier Hugues Buttermann, d’Arckel, enleva tout courage aux Français. Ce fut alors une véritable boucherie. Les Flamands se jetèrent avec une furie nouvelle sur ce qui restait de chevaliers au milieu d’eux ; hommes et chevaux tombaient aux cris mille fois répétés de Flandre au lion ! et venaient grossir les monts de cadavres dont la plaine était couverte. Cependant la réserve, commandée par Gui de Saint-Pol, n’avait pas encore donné. Ce prince, immobile et terrifié, regardait, les yeux hagards, l’épouvantable drame qui se déroulait sur l’autre rive du fossé et ne bougeait pas. Un de ses hommes d’armes nommé Le Brun s’avança vers lui, et lui montrant le lieu d’extermination : « Lâche que tu es, lui dit-il, venge ton frère ou meurs comme il est mort ! »

Gui ne répondit point et s’enfuit entraînant beaucoup de nobles sur ses pas. Le Brun rallia plusieurs comtes ainsi que les chevaliers français ou hainuyers qui avaient échappé au massacre et repassé le ruisseau de Groningue. Cette troupe s’avança en bel ordre de bataille vers les longues prairies pour tomber sur l’aile gauche des Flamands, tenter un dernier effort et sauver les débris fuyants de l’armée française. Mais ce mouvement avait été prévu ; Gui de Namur avec la gauche et Guillaume de Juliers avec la droite de leurs troupes en bon ordre et toutes bannières au vent, firent une conversion qui enveloppa la valeureuse phalange. Elle fut écrasée comme le reste ; et dans la mêlée les foulons de Bruges ayant trouvé le sire de Bourbourg, un des principaux Leliaerts (partisans des fleurs de lys, donc de la France), lui ouvrirent le corps depuis le ventre jusqu’à la tête.

Sceau de Robert II d'Artois
Sceau de Robert II d’Artois

Grand nombre de nobles brabançons, échappés à cet immense carnage, couraient à pied à travers les Flamands, criant Vlaenderen den Leeuw pour sauver leurs têtes. On les reconnut bientôt à leurs armoiries, et le comte Gui les fit massacrer sur l’heure même dans un champ qui s’appela dès lors les prairies amères (Bitter-meersch) ou les prairies sanglantes (Bloed-meersch).

Pendant tout le jour on poursuivit les fuyards à travers champs et sur toutes les routes environnantes jusqu’aux portes de Lille et de Tournai. Beaucoup périrent encore. Sur le lieu du combat, la nuit, à la lueur des torches on acheva les blessés, on dépouilla les morts et un immense butin fut le résultat de ces barbares investigations. La citadelle de Courtrai restait au pouvoir des Français : ceux-ci, durant la bataille, avaient cherché à faire diversion, tantôt en essayant des sorties repoussées chaque fois par les gens d’Ypres, tantôt en brûlant les plus grandes et les plus belles maisons de la ville ; bientôt ils se rendirent et eurent la vie sauve, car on était rassasié de sang.

Ainsi fut détruite cette magnifique armée avec laquelle le roi de France s’était flatté d’anéantir la paissance flamande. Les éperons d’or ramassés sur le champ de bataille furent appendus comme monuments de la victoire aux voûtes de l’église Notre-Dame de Courtrai, avant d’être récupérés par la France et installés à Dijon. Les récits de l’époque évoquaient les nombres de 50 000 combattants français et 20 000 à 60 000 combattants flamands, mais les études historiques récentes s’accordent à revoir à la baisse ces estimations, avançant le nombres de 8 500 combattants de chaque côté.

Ces pertes de la noblesse française jetèrent un grand nombre de familles dans la désolation, et donnèrent lieu à une fraude singulière que la chronique de Guillaume de Nangis mentionne en ces termes : « Vers le même temps, en 1308, vinrent en France quelques hommes de Flandre, d’un extérieur simple, mais imposteurs, comme l’événement le prouva : par l’effet de leurs astucieux artifices, il se répandit parmi le peuple le bruit général que le seigneur Geoffroi de Brabant, comte d’Eu, Jean de Brabant, son fils, le seigneur de Vierzon, et un grand nombre d’autres tués depuis longtemps à la bataille de Courtrai, avec Robert, comte d’Artois, s’étaient, comme par miracle, échappés vivants, et, à cause du bienfait de leur délivrance, avaient entrepris et juré entre eux de mendier par le royaume de France sous l’humble habit de pauvreté, et de se tenir cachés au milieu des leurs pendant sept ans, et qu’au bout de ce terme ils devaient paraître ensemble le même jour en un certain lieu (à Boulogne-sur-Mer) et révéler publiquement qui ils étaient.

« Il arriva qu’à quelques légers signes observés sur les Flamands, plusieurs gens des deux sexes les accueillirent avec empressement et s’infatuèrent d’eux, en sorte que les prenant pour lesdits seigneurs, ils les reçurent avec honneur, tandis que les imposteurs, parlant à peine et rarement, affirmaient, par un artifice sûr de son effet, qu’ils n’étaient pas ceux dont on rapportait communément ces bruits frivoles. Quelques nobles matrones admirent même plusieurs d’entre eux en qualité d’époux à la couche conjugale, ce qui leur attira ensuite de grandes moqueries. »

Philippe le Bel, après la défaite signalée que son armée venait de subir, se vit forcé d’accorder aux Flamands une trêve de quelques mois. Au printemps de l’année 1303, les hostilités recommencèrent. Ce furent les Flamands eux-mêmes qui, enhardis par le succès, cherchèrent les premiers de nouveaux combats. Après avoir ravagé la Hollande, le Hainaut et l’Artois, ils tombèrent dans une embuscade près d’Arques et furent forcés de lever le siège de Tournai. Le roi Philippe conclut néanmoins avec eux une nouvelle trêve d’une année, et mit en liberté le vieux comte Gui de Dampierre, qui s’engagea à rentrer dans sa prison si, à l’expiration de la trêve, une paix définitive n’était pas conclue à la satisfaction des deux partis ; cette paix n’eut pas lieu, et le vieillard, fidèle à sa parole, revint mourir en prison, la guerre recommençant en août 1304.


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