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Vieux métiers, métier ancien : histoire cloutiers, cloutier - Histoire de France et Patrimoine


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Métiers anciens / oubliés

Histoire des métiers, origine des corporations, statuts, règlements, us et coutumes. Métiers oubliés, raréfiés ou disparus de nos ancêtres.


Cloutiers
(D’après un article paru au XIXe siècle)
Publié / Mis à jour le vendredi 12 février 2010, par LA RÉDACTION

 

Dans l’ancienne France, il y avait deux sortes de cloutiers, les cloutiers d’épingles et les cloutiers tout court.

Les premiers faisaient partie de la corporation des épingliers-aiguilletiers ; les seconds fabriquaient et vendaient des clous en qualité de membres de la communauté des cloutiers-lormiers-étameurs-ferronniers. Tel est du moins le nom que portait au dix-huitième siècle cette réunion de métiers qui, bien que distincts à l’origine, avaient fini par n’en plus former qu’un seul, tant à cause de l’analogie de leurs produits que de l’importance restreinte de leur commerce.

Au treizième siècle, les cloutiers s’intitulent « feiseurs de claus pour atachier boucles, mordants et membres sur courroies. » Leurs attributions étaient donc fort limitées car il va sans dire que ces beaux échantillons de clous, de grandes dimensions, en fer ciselé, repoussé et souvent étamé, que nous a laissés le moyen âge et dont on peut voir un grand nombre encore en place aux portes de nos anciennes églises, n’étaient point l’oeuvre des cloutiers ; les forgerons, les « fèvres », comme on disait alors, les serruriers, les fondeurs, fabriquaient seuls des pièces de cette dimension.


Les instruments des cloutiers.
D’après une image de
la corporation des Cloutiers de Paris
au XVIIe siècle (Cabinet des
estampes de la Bibliothèque nationale).

Les cloutiers de Paris, d’après les Statuts d’Étienne Boileau, pouvaient avoir autant d’ouvriers que bon leur semblait, mais il ne leur était permis de prendre qu’un seul apprenti à la fois.

Ces règlements nous apprennent qu’il y avait aussi des cloutières, car il y est dit que « se aucun vallet du mestier se marie, il ne puet mettre sa fame au mestier devant qu’il ait son mestier tenu un an et un jour. » Dans les autres corps de métiers, nous trouvons bien des femmes tenant boutique, mais en général ce n’est que dans le cas où, le mari venant à décéder, il est permis à la veuve, en s’astreignant à certaines formalités, de continuer le métier.

L’apprentissage durait six ou huit ans. Passé ce temps, l’apprenti était reçu ouvrier, puis maître. Une clause assez intéressante est celle qui permet à l’ouvrier de travailler dehors pour le public quand le maître n’a pas d’ouvrage à lui donner.

Les ouvriers possédaient donc comme un droit ce qui dans les autres métiers n’était considéré que comme une licence. Il s’établissait de la sorte une espèce de concurrence entre le maître et l’ouvrier, circonstance qui devait souvent permettre à ce dernier d’ouvrir boutique pour son propre compte bien plus tôt que cela ne se pratiquait dans les autres métiers. Toutefois, les cloutiers ne furent jamais fort nombreux : on en comptait dix-neuf à Paris en 1292, et vingt en 1300.

Les statuts des cloutiers-épingliers étaient, au treizième siècle, à peu près semblables à ceux des cloutiers : même nombre d’apprentis, même durée de l’apprentissage, dont le contrat devait être passé en présence de deux maîtres au moins. Deux prud’hommes de la communauté avaient la surveillance des ateliers et devaient veiller à l’instruction des apprentis ainsi qu’à la bonne exécution des travaux.

Épingliers et cloutiers devaient le guet au roi ; mais, en revanche, ils étaient exempts de l’obligation de porter leurs produits au marché à certains jours de la semaine, ainsi que cela se pratiquait dans plusieurs métiers.

Les étrangers, après avoir fait preuve de leur savoir devant un certain nombre de maîtres choisis à cet effet, étaient admis à exercer librement.

Dans les statuts des cloutiers de Rouen, qui datent de 1501, nous trouvons quelques modifications importantes. Les règlements du treizième siècle, pour Paris, ne donnent que peu de renseignements sur l’organisation de la corporation ; ici, au contraire, nous sommes en face d’une communauté régulièrement administrée par trois gardes élus par les maîtres, rééligibles de trois ans en trois ans. L’apprentissage ne dure que trois ans au bout desquels l’apprenti fait un chef-d’oeuvre au domicile de l’un des gardes. Chacun doit payer dix sous tournois en entrant dans la corporation : cinq aux gardes, cinq à la confrérie de Sainte-Anne, fondée en l’église des Augustins de Rouen.

Ces mêmes statuts donnent une foule de renseignements curieux sur la forme, la dimension et le poids des clous, dont le millier doit peser un certain poids fixé d’avance.

Disons maintenant quelques mots de la manière dont la corporation était organisée quand elle fut supprimée à la révolution. Quatre jurés régissaient la communauté. Deux d’entre eux étaient réélus chaque année, et choisis l’un parmi les anciens, l’autre parmi les nouveaux maîtres. Le nombre des apprentis avait été porté à deux et le nombre des années d’apprentissage réduit à cinq. Le compagnonnage durait deux ans pour les ouvriers de Paris, trois ans pour ceux de province. Le chef-d’oeuvre exécuté au bout de ces sept ou huit années d’études donnait le droit d’exercer librement le métier.


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