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Limousin : origine et histoire du département Haute-Vienne - Histoire de France et Patrimoine


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Départements français

Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques


Histoire du département de la Haute-Vienne
(Région Limousin)
Publié / Mis à jour le dimanche 31 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 

Le département de la Haute-Vienne est formé du haut Limousin, d’une. partie de la basse Marche et de quelques communes du haut Poitou. Avant la conquête romaine, ce pays, compris dans la Celtique, était habité par les Lemovices, peuple indépendant dont la puissance paraît avoir été assez considérable.

Les Lémovices, dans la lutte contre César, ne trahirent pas la nationalité gauloise. Ils envoyèrent 10 000 hommes sous les murs d’Alésia pour forcer les Romains à lever le siège de cette ville, et leur chef, Sédulius, périt dans la déroute de Vercingétorix. Sous Auguste, lors de la division des Gaules en quatre provinces, la cité des Lémovices fut annexée à l’Aquitaine. Plus tard, Dioclétien divisa l’Aquitaine en deux parties, et le Limousin fut compris dans la première, qui avait Bourges pour métropole.

L’histoire de cette province se confond pendant toute la durée de l’empire avec celle de l’Aquitaine. En 418, le faible Honorius la céda aux Wisigoths. Leur domination fut de courte durée. Clovis, chef des Francs, s’empara du Limousin après la bataille de Vouillé (507). En 579 éclata un soulèvement général des peuples de Limoges. Chilpéric, fils de Clovis, avait établi un nouvel impôt sur les produits des terres et sur la propriété des esclaves.

La multitude, excitée par le clergé, se porta vers la demeure de Marcus, le référendaire royal ; elle saisit les registres de l’imposition et les brûla en place publique. Des poursuites rigoureuses furent dirigées contre les auteurs et les complices de cette insurrection. Plusieurs prêtres subirent la torture et la mort ; un grand nombre de laïques furent décapités. Mais ces exécutions ne firent qu’exaspérer la haine que les habitants portaient à la domination des rois francs. En 630, Dagobert donne l’Aquitaine à son frère Caribert II.

Pendant la période des rois fainéants, le Limousin, comme tout le Midi de la France, eut à souffrir des invasions des Sarrasins. Pépin le Bref rétablit l’unité de la Gaule. Après la chute de Waïfre (768), le duché d’Aquitaine perdit son indépendance, et le Limousin rentra sous l’autorité des rois francs. Charles le Chauve, en 845, céda à Pépin Il toute l’Aquitaine, moins le Poitou, la Saintonge et l’Angoumois.

L’année suivante, les Normands parurent dans le Limousin. Les seigneurs du pays, irrités contre Pépin, appelèrent Charles le Chauve et le proclamèrent roi d’Aquitaine à Limoges (848) ; mais bientôt ils l’abandonnèrent ; puis, par un nouveau revirement, ils lui livrèrent son rival (852). Charles, second fils de Charles le Chauve, fut nommé roi d’Aquitaine (855). Il mourut dix ans après (865).

Charles le Chauve établit dans le Limousin des comtes et des vicomtes héréditaires. Le roi Eudes, fils de Robert le Fort, eut à combattre Rainulfe II, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine, qui prenait le titre de roi. Eudes établit le premier vicomte à Limoges en 876 ; c’était Aldebert, de la maison de Ségur. En 930, Raoul, duc de Bourgogne, proclamé roi de France par Hugues le Grand, battit les Normands dans le Limousin. Sous le règne de Hugues Capet, le pays fut désolé par la peste (994). Le clergé, profitant de la terreur que le redoutable fléau jetait dans toutes les âmes, demanda l’établissement de la trêve de Dieu. Le concile de Limoges (1031) prononça l’excommunication contre tous ceux qui ne garderaient pas la paix de la justice.

En 1152, Éléonore de Guyenne, fille de Guillaume IX, dernier duc d’Aquitaine, après avoir été répudiée par Louis le Jeune, épousa Henri Platangenet, et lui apporta en dot les domaines de son père, dont le Limousin faisait partie avec l’Auvergne, le Périgord, le Poitou, l’Angoumois, la Saintonge et la Guyenne. Lorsque, après la mort d’Étienne, Henri succéda au trône d’Angleterre (1154), il possédait un tiers de la France.

Le Limousin resta sous la domination anglaise jusqu’en 1203. Il fut alors confisqué et réuni au domaine royal, en exécution de l’arrêt rendu par les pairs de France contre Jean sans Terre. La soumission de cette province ne fut achevée que par Louis VIII, en 1224. Louis IX, par la traité d’Abbeville (1259), rendit à Henri III d’Angleterre, outre le pays au delà de la Garonne, le Limousin, le Quercy, le Périgord, les revenus de l’Agénois, Saintes et la partie de la Saintonge au sud de la Charente, à la condition de faire l’hommage lige et de renoncer à toutes les autres possessions des rois anglais en France.

Jean le Bon, par le traité de Brétigny (8 mai 1360), confirma les Anglais dans la possession de nos provinces méridionales. Charles V essaya de réparer par une politique adroite et cauteleuse les désastres de Crécy et de Poitiers. Il entretint de secrètes intelligences dans le Limousin. Louis, vicomte de Rochechouart, devint suspect au prince de Galles, qui le fit venir à Angoulême et donna l’ordre de l’arrêter. Remis en liberté, il prit ouvertement le parti du roi de France et soutint un siège dans son château contre les troupes anglaises. Charles V le nomma gouverneur du Limousin.

L’évêque de Limoges, gagné par les émissaires du roi, traita avec le duc de Berry (1368), et la cité de Limoges qu’il ne faut pas confondre avec le château ou ville proprement dite, selon l’expression du temps, se tourna française. Mais le Prince Noir punit bientôt cette trahison en faisant massacrer une partie de ceux qui défendaient la cité, en 1370.

En 1374, une armée anglaise, sous le commandement des ducs de Lancastre et de Bretagne, partit de Calais, passa sous les murs d’Arras, de Ham, de Saint-Quentin, traversa l’Oise, la Marne, la Seine, et vint dévaster la Bourgogne, l’Auvergne et le Limousin. « Plusieurs barons et chevaliers du royaume de France et consaulx des bonnes villes murmuroient l’un à l’autre, et disoient en public que c’estoit chose inconvénients et grand vitupère pour les nobles du royaume de France, où tant a de barons, chevaliers et écuyers, et de quoi la puissance est si renommée, quand ils laissoient ainsi passer les Anglais à leur aise, et point ne s’estoient combattus, et que de ce blâme ils estioent vitupérés par tout le monde. » (Froissart.)

Le roi, malgré les plaintes, ne changea point de politique. « Par ma foi, disoit-il, je n’en pense jà à issir ni à mettre ma chevalerie ni mon royaume en péril d’estre perdus pour un peu de plat pays. » Telle était aussi l’opinion de Clisson et de Du Guesclin. « Laissez-les aller ; par fumières ne peuvent-ils venir à votre héritage. Il leur ennuiera, et iront tous à néant. Quand un orage et une tempête se appert à la fois en un pays, si se départ depuis et se dégâte de soi-même ; ainsi adviendra-t-il de ces gens anglois. »

En effet, les troupes anglaises, épuisées par la fatigue, sans chevaux, sans armes, sans vivres, purent à grande peine arriver jusqu’à Bordeaux. C’était la dernière armée d’Edouard III. Charles V, en évitant les grosses affaires, avait tiré des mains de l’ennemi le Ponthieu, le Limousin, le Quercy, le Rouergue, la Saintonge, l’Angoumois et le Poitou.

Pourtant le Limousin ne fut pas dès lors complètement délivré des Anglais. Ce fut une des malheureuses provinces où la guerre se poursuivit malgré toutes les trêves officielles. Aux limites des deux dominations s’étaient établis des aventuriers qui se disaient Anglais pour avoir un prétexte de piller et de ravageur les terres de France. On pouvait leur appliquer à tous ces paroles que Froissart met dans la bouche d’un chevalier : « Ils ne sont pas Anglois de nation, mais Gascons, et font guerre d’Anglois. » Un de leurs capitaines en renom, Geofrroy Tête noire, disait à ses compagnons de brigandage : « Ma guerre a toujours été telle que je n’avois cure à qui, mais que profit y eùt. Jamais, sur l’ombre de la guerre et querelle des rois d’Angleterre, je me suis formé et opinioné plus que de nul autre ; car je me suis toujours trouvé en terre de conquest ; et là se doivent toujours traire et tenir les compagnons aventureux qui demandent les armes et se désirent a avancer. »

Froissart nous montre ces Anglais de Gascogne, établis en 1387, sous les ordres de Perrot le Béarnais, au château de Chalusset, près de Limoges. « Les compagnons à l’aventure couroient en Auvergue ; or pour ce que le pays a esté et estoit toujours en doute pour tels gens, sur les frontières du Bourbonnois se tenoit, de par le duc de Bourbon, un sien chevalier, vaillant homme aux armes (eh. xcix). »

Les temps du brigandage féodal étaient revenus. Pillés par les aventuriers, par les Anglais, par leurs propres seigneurs, les paysans, poussés à bout, cherchèrent plus d’une fois la fin de leurs maux dans des révoltes désespérées. En 1381, ceux de l’Auvergne, du Limousin et du Poitou prirent les armes, assiégèrent les châteaux, massacrèrent les nobles et cette nouvelle Jacquerie ne fut éteinte que dans les supplices.

Pendant la première période du règne de Charles VII, la misère du peuple alla toujours croissant. Quand ce n’étaient pas les Anglais qui étaient maîtres de son royaume, c’étaient ses serviteurs, ses routiers pillards et féroces. « Il faut bien que nous vivions, répondaient-ils aux plaintes des paysans : si ce fussent des Anglois, vous n’en parleriez pas tant. »

En 1442, Charles VII se décida à purger enfin de ces hôtes exécrables les provinces de l’Ouest et du Midi. Dans son expédition vers les Pyrénées, il traversa le Limousin et en chassa les écorcheurs. Louis XI acheva l’oeuvre de son père, et rétablit dans les provinces un peu d’ordre et de sécurité. Le parlement de Bordeaux, qu’il créa en 1462, comprit le Limousin dans sa juridiction.

Durant le XIVe siècle, ce pays, encore fatigué des longues souffrances de la Guerre de Cent ans, ne put échapper aux désastres des guerres de religion. La Réforme commença à se montrer en Limousin vers 1560 ; mais elle fit peu de progrès. Les habitants suivirent en général la cause du roi, et repoussèrent également les ligueurs et les huguenots.

Pendant les guerres de religion, le Limousin fut le théâtre de la guerre en 1569. C’est à Châlus que les Allemands, amenés par le duc de Deux-Ponts, opérèrent leur jonction avec les troupes de Coligny. Le duc d’Anjou perdit la bataille de La Roche-l’Abeille. L’armée catholique mourait de faim dans ce pays peu fertile et déjà ravagé par les protestants. Les reîtres du duc d’Anjou déclaraient qu’ils ne pouvaient combattre à jeûn.

Gens d’armes et fantassins s’en allaient par bandes sans congé. De leur côté, les huguenots se fatiguaient de la guerre d’escarmouches. Leur victoire de La Roche-l’Abeille ne leur avait pas procuré de grands avantages. Ils auraient mieux aimé une bataille décisive. Pour terminer la campagne, ils tentèrent la voie des négociations ; mais Charles IX déclara qu’ils n’accorderait rien avant que les rebelles eussent posé les armes.

C’était rejeter formellement toute proposition de paix. Coligny et les princes continuèrent les opérations militaires. Ils s’occupèrent à des sièges à défaut de bataille, et soumirent plusieurs places du Périgord, du haut Poitou et du Limousin. Après la mort de Henri III (1589), la Ligue mit pour gouverneurs dans le Limousin et dans les provinces voisines Louis de Pompadour et Desprez de Montpezat. Anne de Lévis de Ventadour était gouverneur pour le roi lorsque les ligueurs assiégèrent la ville de Saint-Yrieix.

En 1594, Henri IV, par ses victoires et ses négociations, acheva la conquête de la France. Mais, pendant que les grands traitaient avec le roi et que les cités de toutes parts lui ouvraient leurs portes la lassitude de la guerre civile, qui faisait déposer les armes à la bourgeoisie, les faisait prendre aux paysans du sud-ouest. Il n’est pas facile d’imaginer à quel degré d’insolence et de cruauté étaient arrivés les petits chefs militaires des provinces : toutes les horreurs des temps les plus désordonnés de la féodalité se renouvelaient au fond des donjons ligueurs et royalistes.

Mille petits tyrans, d’autant plus pressés de se gorger d’or qu’ils sentaient leur règne plus éphémère, écrasaient, torturaient, suçaient jusqu’au sang les peuples des campagnes. Les paysans se soulevèrent par milliers dans le Poitou, la Saintonge, le Limonsin, la Marche, le Périgord, l’Agénois, le Queréy, non plus pour la messe ou le prêche, pour le roi ou la Ligue, mais pour avoir le droit de vivre et d’être hommes.

Ils refusèrent le payement des tailles, des dîmes, des droits féodaux ; assaillirent les repaires de leurs oppresseurs, coururent sus aux percepteurs, aux gens de guerre, aux nobles connus, pour maltraiter leurs vassaux, à tous ceux qui croquaient le pauvre peuple. Leur cri de guerre : Aux croquants ! aux croquants ! leur valut à eux-mêmes le nom bizarre qu’ils donnaient à leurs ennemis.

Dans le Poitou, le Limousin et l’Angoumois, où le mouvement avait commencé, les gouverneurs royaux dissipèrent les bandes de paysans moitié par force, moitié par promesse d’un meilleur traitement. Dans le Limousin, les croquants avaient pour cher un nommé P. Deschamps. Il fut tué au mois de mai 1591. Les paysans pillèrent le château de Châlus et assiégèrent Saint-Yrieix.

On peut lire dans Chroniques limousines : « M. de Chambaret, gouverneur du haut et bas Limousin, fit venir quatre à cinq cents hommes de cheval et des compagnies de gens de pied. MM. Dably et de Marsillac (La Rochefoucauld) lui amenèrent autant d’hommes. Les seigneurs de La Capelle, Biron et de Peyraux s’y joignirent encore avec toute la noblesse de ces provinces. Ils vinrent à Rujaleuf où se tenait le capitaine des croquants, qu’il n’osa attaquer. Il se retira à Crouzilh (Couzeix), autrement le petit Limoges, où il remporta quelque avantage, et mit le feu au bourg. Il les dénicha, avec le canon, de Crouzilh, puis de Saint-Priest-Ligoure.

« Entre Nexon, Meilhat, Lagarde et Bost-Richard, il voulut charger 2 500 de leurs arquebusiers ; mais les croquants et Desmoulins, leur capitaine, les repoussèrent vivement d’abord. Desmoulins et leurs autres capitaines, gagnés par M. de Chambaret, les abandonnèrent ensuite. On en tua 1 500, et presque tous les autres furent blessés. C’était un ramassis de paysans des paroisses de Saint-Pardoux, Saint-Paul, Saint-Jorry, Sainte-Marie, SaintPriest, Saint-Nicolas, Meilhat, Frugier, Firbeix, Dournazac, Legeyrac, Ladignac, Champsac en Périgord et en Limosin. »

Le Bulletin de la Société de l’histoire de France a publié une circulaire de paysans insurgés, se qualifiant du tiers état des pays de Quercy, Agénois, Périgord, Saintonge, Limousin, haute et basse Marche, en armes pour le service du roi et conservation du royaume. Cette pièce est adressée aux officiers et habitants des diverses châtellenies de la contrée, que les insurgés somment de se joindre à eux contre « les inventeurs de subsides, voleurs, leurs receveurs et commis, etc. »

Ils reconnaissent Henri IV pour roi de droit divin, naturel et humain, et déclarent vouloir maintenir l’Église, la noblesse sans reproche et la justice. L’autorité royale étouffa dans les massacres et dans les supplices cette révolte uniquement dirigée contre les brigands féodaux. Mais la même main qui écrasait les croquants ne ménagea pas davantage les seigneurs trop remuants et trop orgueilleux.

En 1605, les nobles mécontents conspiraient dans le Midi contre Henri IV. Le roi résolut de se montrer en personne dans ses provinces du sud. Il marcha en Limousin à la tête d’un petit corps d’armée (octobre 1605). Une chambre du Parlement de Paris vint tenir les Grands-Jours à Limoges, et, suivant l’expression des mémoires de Sully, « il y eut dix à douze têtes qui volèrent. »

Pendant la réunion des états généraux, l’insolence d’un député limousin amena une vive querelle entre la noblesse et le tiers état. Le 3 février 1615, le sieur de Bonneval, député de la noblesse du Limousin, chargea de coups de bâton, dans la rue, le sieur de Chavailles, député du tiers de la même province et lieutenant particulier à Uzerche. Cet outrage. souleva une furieuse tempête. Le tiers en corps se transporta sur-le-champ au Louvre, et demanda justice à Louis XIII du crime de lèse-majesté commis sur un membre des états, participant de l’inviolabilité royale.

Pendant les troubles de la Fronde, le Limousin n’eut pas trop à souffrir de la guerre civile. Condé le traversa, mais en aventurier et dans un singulier équipage. Gourville, dans ses mémoires, raconte cette expédition dont il fit partie. « M. le Prince, dit-il, ayant eu des nouvelles que M. de Beaufort, qui commandait les troupes de Monsieur, et M. de Nemours, qui commandait les siennes, quoique beaux-frères, avaient de grands démêlés ensemble, jusque-là qu’on craignait qu’ils n’en vinssent aux mains, et que, si M. le Prince pouvait se rendre à cette armée, cela pourrait obliger la cour à faire une paix qui lui serait avantageuse.

« M. le Prince prit le parti de s’y rendre avec un petit nombre de gens à sa suite ; ayant concerté l’affaire avec M. de La Rochefoucauld, qui souhaita que M. le prince de Marsillac, quoique fort jeune, en fût aussi, M. le marquis de Lévis, M. de Chavagnac, M. Guitaut, M. de Bercenay, capitaine des gardes de M. de La Rochefoucauld, moi et Rochefort, valet de chambre de Son Altesse sérénissime. Le jour qui fut choisi pour partir (d’Agen) était le, dimanche des Rameaux (1652). Ils prirent tous des habits modestes, qui paraissaient plutôt habits de cavaliers que de seigneurs...

« Nous entrâmes dans un village (au delà de Cahuzac), où il y avait un cabaret. L’on y demeura trois ou quatre heures, et n’y ayant trouvé que des œufs, M. le Prince se piqua de bien faire une omelette. L’hôtesse lui ayant dit qu’il fallait la tourner pour la mieux faire cuire, et enseigné à peu près comme il fallait faire, l’ayant voulu exécuter, il la jeta bravement du premier coup dans le feu. Je priai l’hôtesse d’en faire une a autre et de ne pas la confier à cet habile cuisinier. Nos gens ne faisant que dormir, j’étais obligé d’avoir soin des chevaux et de compter, de sorte que je ne pouvais reposer un moment.

« Le mercredi, à trois heures du matin, marchant auprès de notre guide, et voyant que nous approchions d’un lieu qui me parut assez gros, je lui demandai si nous devions passer dedans ; il me dit que non, mais que la rivière en était si proche qu’il n’y ait que la largeur du chemin entre deux, et qu’on y faisait une espèce de garde. Je me mis pour lors une écharpe blanche dont je m’étais nanti : voyant quelques hommes devant la porte, je les priai de ne laisser entrer personne de ceux qui me suivaient ; je, fus aussitôt obéi. Nous passâmes, et allâmes faire repaître nos chevaux dans un gros village, où un paysan dit à M. le Prince qu’il le connaissait bien, et en effet le nomma. L’ayant entendu, je me mis a rire, et, quelques autres s’approchant, je leur dis ce qui venait d’arriver. Tous plaisantant sur cela, le pauvre ne savait plus qu’en croire. »

Le duc de La Rochefoucauld parle aussi de cette course. aventureuse à travers le Périgord et le Limousin. « Ce qu’il y eut, dit il de plus rude dans ce voyage fut l’extraordinaire diligence avec laquelle on marcha jour et nuit, presque toujours sur les mêmes chevaux, et sans demeurer jamais deux heures en même lieu. On logea chez deux ou trois gentilshommes, amis du duc de Lévis, pour se reposer quelques heures et pour acheter des chevaux ; mais ces hôtes soupçonnaient si peu M. le Prince d’être ce qu’il était, que, dans un de ces repas, où l’on dit d’ordinaire ses sentiments avec plus de sincérité qu’ailleurs, il put apprendre des nouvelles de ses proches qu’il avait peut-être ignorées jusqu’alors. »

La Rochefoucauld fait ici allusion à ses amours avec Mme de Longueville, sœur du prince de Condé. Gourville, plus discret que son maître, ne rapporte pas ce détail assez piquant. Le voyage se termina heureusement ; Condé traversa sans encombre le Périgord, le Limousin, l’Auvergne et le Bourbonnais. « Il arriva, le samedi au soir au Bec-d’Allier, à deux lieues de La Charité, où il passa la rivière de Loire sans aucan empêchement. »

Depuis la victoire de Louis XIV et l’établissement de la monarchie absolue, l’histoire du Limousin se confond entièrement dans celle de la nation ; cette province n’a plus de vie personnelle ; pourtant, elle ne perd pas tout à fait son caractère propre et original. Dans l’unité de la France, on reconnaît encore le Limousin.

Voici le tableau de cette province à la fin du XVIIe siècle, tel que l’a tracé le comte dé Boulainvilliers, d’après les rapports de l’intendant de Limoges : « Le haut Limousin est montueux et froid, couvert de bois de châtaigniers, dont le fruit est la principale nourriture du peuple. Les. terres sont peu propres au froment ; mais on y recueille de bon seigle, et surtout quantité de blé noir avec des raves de la grosse espèce. Ces deux derniers, avec les châtaignes, sont la nourriture ordinaire des paysans, et, quelque bonne que soit d’ailleurs la récolte, ils pâtissent toujours beaucoup quand l’une de ces trois espèces vient à manquer. Il ne faut pas croire qu’ils fassent du pain de châtaignes, comme on le dit à Paris, ce fruit n’étant propre ni à être moulu ni à être pétri ; mais ils le font bouillir, le dépouillent par ce moyen de ses deux écorces, et le mangent ensuite avec délice. Cette nourriture rend les hommes durs au travail et robustes, mais elle ne leur donne aucune vivacité. »

Après avoir décrit le pays, Boulainvilliers, traçant le caractère des habitants, ajoute : « Les habitants du haut Limosin sont grossiers et pesants, mais laborieux, entendus à leurs affaires, vigilants, économes jusqu’à l’avarice, jaloux, défiants, craignant le mépris, durs sur le recouvrement des deniers du roi. Quand ils se soumettent aux impôts, c’est plutôt par crainte que par bonne volonté ; car leur passion dominante est de posséder sans inquiétude et sans partagé le fruit de leurs travaux. »

Le Limousin n’avait pas de coutumes ni d’usages particuliers : c’était un pays de droit écrit, et l’une des provinces qui, suivant Necker, étaient les moins productives. « Ce pays, dit l’abbé de Laporte dans son Voyageur français, a donné plusieurs papes à l’Église, plusieurs hommes célèbres dans la magistrature et dans les lettres, les sciences et des arts : les Dorat, les Saint-Aulaire, les d’Aguesseau, et plusieurs autres qui doivent effacer par leurs talents ou leur illustration l’espèce de ridicule que Molière a jeté sur la noblesse Limousine et sur l’esprit des habitants de cette province. Il est vrai que le peuple, pauvre et malheureux, obligé de suppléer par une vie dure, par des travaux continuels, à la stérilité du sol, n’a guère cultivé ses facultés intellectuelles et n’a point suivi les progrès de son siècle. La misère n’est point favorable à l’instruction. Le besoin a fait naître chez les Limosins l’industrie, l’activité, la sobriété. On leur reproche d’être méfiants, processifs et surtout superstitieux. La religion des Limosins ne consiste qu’en des pratiques extérieures de processions et de pèlerinages, et la vénération qu’ils ont pour les saints de leur pays, saint Martial et saint Léonard, est exclusive de tous les autres, et va même à l’abaissement du culte de Dieu. »

Une nouvelle industrie, celle de la porcelaine, a augmenté l’aisance des habitants, et cette profession, presque artistique, a éveillé des intelligences longtemps paresseuses. Au XIXe siècle, le département compte 40 fabriques de porcelaine, dont les produits rivalisent avec les plus beaux et les plus estimés de l’Angleterre, de la Saxe et des autres pays étrangers.

Depuis le temps où Turgot, intendant de la généralité de Limoges (1761), abolit la corvée et donna à ce pays, jusqu’alors impraticable, les routes les plus belles et les mieux entretenues de la France, de nouveaux progrès ont été accomplis, et la création d’un réseau de chemins de fer à travers le département y a apporté une activité industrielle, et commerciale qui n’a pas tardé à l’enrichir et à en faire un des plus importants de la France.

Mais si le frottement de la civilisation moderne a poli le caractère, limousin, il n’en a pas altéré les qualités saines et solides. Dans sa Statistique du département de la Haute-Vienne, AI. Texier Olivier, préfet de la Haute-Vienne a fait en ces termes l’éloge de ses administrés . « La douceur est le caractère distinctif des habitants du département de la Haute-Vienne. Ils sont, en général, pleins de bonhomie et de candeur ; et, quoique excessivement économes, ils se montrent charitables et hospitaliers. Durs envers eux-mêmes, ils sont honnêtes envers les étrangers ; ils savent apprécier le bien qu’on leur fait ; ils sont serviables et reconnaissants. »

Toujours au XIXe siècle, on parle généralement à Limoges le français, mais avec une prononciation vicieuse ; l’accent limousin se perd difficilement, même chez ceux qui font de longues absences. Le patois du pays est un idiome mélangé de latin, d’espagnol et de langue romane corrompue. Au Moyen Age, la langue limousine a eu ses troubadours et ses poètes ; de nos jours, les imitations des fables de La Fontaine, les contes, les chansons et les noëls patois des abbés Foucaud et Richard et de quelques autres, nous ont conservé celle langue. On y trouve des expressions originales qui, traduites en français, perdraient tout ce qu’elles ont d’énergie, de sel et de valeur.

 
 

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