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Centre : origine et histoire du département Loiret - Histoire de France et Patrimoine


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Départements français

Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques


Histoire du département du Loiret
(Région Centre)
Publié / Mis à jour le jeudi 28 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 

Plusieurs peuples gaulois ont primitivement habité le territoire qui forme le département du Loiret ; les Carnutes occupèrent la partie septentrionale, et les Senones s’étendaient vers l’est, dans le pays appelé depuis Gâtinais. Ces deux confédérations ne se montrèrent pas hostiles à César dans les premières années de la guerre qu’il fit en Gaule.

Mais, en l’année 52, lorsque toutes les populations se furent soulevées à la voix de Vercingétorix, un Senonais et un Carnute s’efforcèrent d’arracher leurs compatriotes à la servitude romaine. Le premier, Accon, échoua dans sa tentative et fut mis à mort ; le second, Cotuatus, fut plus heureux. César s’était emparé de la ville principale de la contrée, Genabum (Orléans), et y avait réuni une partie de son armée et de ses munitions ; Cotuatus surprit cette place, fit périr le commandant romain Fusius et tous les Italiens qu’il avait autour de lui.

A cette nouvelle, César accourt, amenant avec lui les légions qu’il tenait en réserve à Agendicum (Sens), soumet les Senones révoltés et surprend Orléans. Les habitants jettent un pont sur la Loire et s’efforcent de fuir ; César tait mettre le feu à leur ville, et presque tous périssent dans les flammes en expiation du meurtre des Romains. Le conquérant s’empara ensuite de la capitale des Bituriges, Avaricum, puis d’Alise ; le héros de l’Arvernie fit sa soumission, et la Gaule fut domptée. Les Carnutes se résignèrent désormais à la domination romaine. Sous les empereurs, la capitale du pays, restaurée par Aurélien, prit de son bienfaiteur le nom d’Aurelianum, et Dioclétien rangea la partie du territoire des Carnutes et des Senones qui nous occupe dans la 4sup>e Lyonnaise (292). Ce fut à peu près à cette époque que le christianisme fut apporté dans la contrée par saint Albin et qu’Orléans eut son premier évêque.

A l’époque des invasions, la position centrale des Carnutes et des Senones les exposait aux ravages de ces troupes immenses qui traversaient la Gaule du nord au sud. Orléans vit d’abord les Vandales, les Alains, puis les Huns et leur terrible chef Attila. Cette dernière invasion était plus désastreuse que toutes les précédentes ; l’évêque de la ville, saint Aignan, se rendit sous la tente du barbare pour le fléchir ; Attila imposa de si dures conditions, que les habitants et le prélat lui-même préférèrent t courir les risques d’un siège plutôt que de se soumettre.

Leur ville, pressée de tous les côtés par des hordes innombrables, allait être emportée ; ses habitants s’abandonnaient à un affreux désespoir ; le pieux évêque était à l’autel environné des prêtres, n’espérant plus que dans la miséricorde céleste, quand du haut des murailles on signala les premiers cavaliers de l’armée romaine que le patrice Aétius amenait contre les barbares ; les Huns abandonnèrent leur proie ; poussés par ce nouvel ennemi, ils remontèrent vers le nord. On sait le résultat de la rencontre qui eut lieu à Châlons-sur-Marne (451). Orléans était sauvé, mais tout le pays et les villes moins fortes avaient été si horriblement saccagés, que plusieurs d’entre elles ne se relevèrent pas de ce désastre.

Ceux des barbares qui s’établirent les premiers d’une manière définitive dans ce pays furent les Francs ; la victoire de Soissons livra à Clovis la Gaule jusqu’aux bords de la Seine (486). Son alliance avec la nièce du roi Gondebaud, Clotilde, étendit sa domination jusqu’à la Loire. Les évêques de toute la Gaule centrale accueillirent avec empressement un roi qui, bien que païen encore, favorisait le catholicisme. Orléans fut l’une des premières villes qui reconnurent son autorité, et le chef franc en fit sa principale place d’armes, lorsqu’il porta ses armes au midi de la Loire contre les Wisigoths.

A la mort de Clovis, un de ses quatre fils entra en possession de cette importante cité et prit le titre de roi d’Orléans (511). Ce jeune prince, Clodomir, périt en 524 dans une guerre contre les Bourguignons ; il laissait trois jeunes enfants : deux furent égorgés par leurs oncles Childebert et Clotaire ; le troisième, Clodoald, n’échappa à un sort pareil qu’en faisant couper sa longue chevelure, insigne de la dignité royale chez les Francs, et en se consacrant à Dieu ; il fonda auprès de Paris un monastère qui a été l’origine du village de Saint-Cloud.

Les États de Clodomir furent partagés entre Childebert et Clotaire. Cc dernier en fut seul possesseur et hérita de toute la monarchie franque à la mort de son frère, en 558. Trois années plus tard (561), Clotaire mourut ; il n’y eut plus de roi d’Orléans ; cette ville échut à Gontran, roi de Bourgogne, dans le partage que les quatre fils de Clotaire firent à leur tour des États de leur père. Cette période est pour toute la Gaule une époque d’anarchie.

Les pays des Carnutes et des Senones eurent leur part des calamités générales ; Orléans et son territoire furent plus d’une fois dévastés dans les guerres que se firent les rois francs, et dans la lutte de Frédegonde et de Brunehaut ; cette cité vit aussi quelques bandes de l’armée arabe d’Abd-el-Rhaman ; mais la victoire de Charles Martel, à Poitiers (732), lui épargna de nouveaux désastres. Vingt ans après cette victoire qui sauvait la Gaule, la famille d’Héristal recueillait les fruits des services qu’elle avait rendus aux Francs, en remplaçant sur le trône la dynastie des Mérovingiens.

A cette époque, les ducs d’Aquitaine s’efforcèrent de conquérir leur indépendance au midi de la Loire ; les soumettre fut en partie l’oeuvre du règne de Pépin ; Orléans et son territoire virent plus d’une fois les opiniâtres ennemis du roi franc. Hunald et Waïfer reportèrent au nord de la Loire les ravages que le fils de Charles-Martel n’épargnait pas au midi. Le règne glorieux de Charlemagne fut une trêve entre deux époques calamiteuses ; grâce à une administration bienfaisante et à une répression sévère des excès et des actes injustes, Orléans et les pays qui l’environnent jouirent d’un bien-être inaccoutumé.

A cette époque existaient déjà les noms de Sologne et de Gâtinais, qui, sans jamais indiquer des divisions administratives et provinciales, se sont perpétués jusqu’à nous. Quand les Francs eurent envahi la Gaule, les anciennes divisions établies par les Romains s’effacèrent et furent remplacées par des divisions nouvelles tout à fait arbitraires, qui prirent, selon leur étendue, le nom de pagi majores ou pagi minores. Les pagi majores reproduisaient à peu près les cités dans toute leur étendue ; les pagi minores en étaient des subdivisions ; quant aux noms particuliers de ces pagi, ils eurent tous une origine diverse et souvent obscure.

Dans le territoire qui aujourd’hui forme le Loiret, se trouva le vaste pagus d’Orléans, et en partie les pagi minores de Magdunum (Meung) ; de Sigalonia (Sologne) , peut-être ainsi nommé de secale ou segale, seigle, ou de siligo, sorte de froment qu’on recueille aussi dans les terres de Sologne, peut-être encore de Sabulonia, nom qui devrait son origine à la nature du sol ; de Belsia (Beauce) ; de Gastum (Gâtinais), dont nous pouvons avancer une étymologie dans le mot gastini, venant de vastare, abatis d’arbres, mais qui, peut-être bien, a tout simplement son origine dans le mot vastum, à cause de son étendue.

Charlemagne régularisa ces divisions qui s’étaient établies d’elles-mêmes ; dans la plupart des pagi, il plaça des comtes pour les administrer ; ces bénéficiaires, tous amovibles et viagers, parvinrent à se rendre héréditaires sous les faibles successeurs de l’empereur carlovingien, quand ils ne furent plus surveillés par les legati et par les missi dominici, officiers impériaux qui rattachaient au centre les extrémités de l’empire et donnaient l’unité à la vaste administration de leur roi.

En 861, Charles le Chauve accorda à Robert le Fort, tige des rois capétiens, le gouvernement du duché de France ; le comté d’Orléans et tout le Gâtinais étaient compris dans cette vaste donation ; ce fut un bienfait pour ces provinces ; elles avaient été ravagées à plusieurs reprises par les bandes de pirates normands qui, remontant les grands fleuves sur leurs bateaux, prenaient les villes riveraines et mettaient tout à feu et à sang sur leur passage.

Orléans avait été pris et dévasté en 856 ; Robert et ses successeurs surent faire en partie respecter par ces pirates la province qu’ils gouvernaient. Sous ces puissants seigneurs, les principales villes eurent leurs comtes particuliers ; la capitale du Gâtinais ; Château-Landon, avait été donnée par Louis II, le Bègue, à son sénéchal Ingelger, avec la main de l’héritière du comté, Adèle, fille de Geoffroy Ier. Les sires de Beaugency, Courtenay, Gien, Pithiviers, Sully furent autour d’Orléans les membres principaux de la hiérarchie féodale. Les évêques d’Orléans étaient à la même époque devenus grands vassaux ; ils possédaient en fiefs les terres de leurs églises, à charge seulement de service militaire.

Lorsque Hugues Capet remplaça sur le trône les Carlovingiens, ses vastes possessions se trouvèrent, par le fait de son usurpation, réunies à la couronne, et ce fut dans la tour d’Orléans que le nouveau roi fit enfermer son compétiteur, l’héritier légitime, Charles de Lorraine, qui avait essayé de faire valoir son droit par les armes. Quelques-uns des vassaux secondaires s’étaient affranchis autour d’Orléans de la suprématie des ducs de France ; il en avait été ainsi des comtes du Gâtinais ; Philippe Ier, quatrième capétien, recouvra ce comté en 1062.

Philippe mourut en 1108 et fut inhumé dans le monastère de Saint-Benoit-sur-Loire, qu’il avait particulièrement aimé et comblé de largesses de son vivant. Louis VI, son successeur, se fit sacrer à Orléans par l’archevêque de Sens ; la vie de ce roi se passa, on le sait, à lutter dans un cercle restreint autour de ses domaines , contre des seigneurs féodaux ; le seigneur de la terre de Meung, vassal de l’évêque d’Orléans, s’empara du petit château de Meung, dont l’évêque s’était réservé la souveraineté immédiate ; Louis, invoqué par l’évêque, marcha contre le comte rebelle, fut vainqueur et le fit périr.

Ce fut ensuite contre le seigneur du Puiset, en Beauce, qui tyrannisait toute la contrée entre Chartres et Orléans, que l’actif roi de France tourna ses armes. Hugues du Puiset fut battu et perdit sa ville. Mais un fait qui se passa dans cette guerre donne une idée de la turbulence des vassaux : le sire de Beaugency avait. accompagné le roi Louis le Gros ; un engagement eut lieu près du château du Puiset ; le comte abandonna tout à coup l’armée royale et se joignit à ses ennemis ; Louis, vainqueur de Hugues, tira vengeance du sire de Beaugency et le força à payer une forte amende. A l’autre extrémité du département du Loiret, vers l’est, les sires de Courtenay, seigneurs de Montargis, exigeaient un droit de péage de Sens à Orléans et n’en pillaient pas moins les marchands, quand même ils avaient acquitté ce droit.

Le mouvement religieux qui entraîna vers l’Orient un grand nombre de seigneurs délivra la royauté de beaucoup de ses ennemis ; dans les pays qui nous occupent, plusieurs barons se joignirent à Godefroy de Bouillon et prirent part à la première croisade, et presque tous accompagnèrent le roi Louis VII à la seconde, qui eut lieu en 1147. C’est dans cette expédition que quatre des seigneurs de l’Orléanais furent, à ce que raconte une légende, délivrés du plus grand péril par un miracle.

Les sires de Sully, d’Yèvre-le-Châtel, d’Achères et de Rougemont, emportés par leur courage, avaient été entourés par un corps d’armée turque, faits prisonniers, et, le lendemain, au lever du soleil, ils devaient être pendus aux longues gargouilles ou gouttières du château où leurs vainqueurs les avaient enfermés. Dans un si grand péril, ils ne s’abandonnèrent pas au désespoir ; l’un d’entre eux avait déjà eu occasion de recourir à la toute-puissante intervention de Notre-Dame-de-Sainte-Croix ; il engagea ses compagnons à lui adresser comme lui leurs prières, et les quatre chevaliers firent voeu de se consacrer à leur bienfaitrice si elle les délivrait des gouttières du château. Ils s’endormirent ensuite pleins de confiance ; à leur réveil, ils étaient transportés dans l’église d’Orléans. Ce fut l’origine d’une redevance en cire appelée gouttières, qui fut longtemps payée à l’église par les successeurs des quatre barons.

La même époque qui vit les croisades fut aussi témoin de l’affranchissement des communes. L’Orléanais participa peu, dans le principe, aux avantages accordés à un grand nombre de villes situées hors du domaine royal. Les rois intervenaient volontiers chez leurs vassaux, accordaient des chartes aux bourgeois et évitaient soigneusement de faire aucune concession dans leurs propres domaines.

En 1137, les bourgeois d’Orléans voulurent s’ériger en commune malgré les officiers du roi ; il s’ensuivit une répression terrible, et la commune fut supprimée par Louis VII, le Jeune, qui se contenta d’abolir la servitude dans la ville et dans la banlieue la dernière année de son règne (1180). Lorris reçut à cette époque une charte, faveur qui fut sollicitée par beaucoup d’autres villes.

Philippe-Auguste acquit au domaine royal les terres de Montargis (1184) et de Gien (1200) ; ce fut à cette époque que tous les pays de l’Orléanais et de la Champagne furent livrés aux déprédations des pastoureaux, qui parcouraient en grandes troupes les campagnes, y prêchant des doctrines d’égalité entre les pauvres et les riches et de destruction des puissants. Ces bandes dévastatrices furent dispersées. Les dernières années de Philippe-Auguste n’eurent de remarquable en Orléanais que la querelle de ce roi contre l’évêque Manassès, au sujet du service féodal dû par les prélats comme vassaux. Manassès obtint de ne pas conduire en personne ses milices à la guerre.

Sous le règne de saint Louis, la contrée jouit d’un calme qui ne fut troublé que par des mouvements isolés. En 1236, une émeute sanglante éclata entre les bourgeois d’Orléans et le clergé ; plusieurs jeunes nobles qui suivaient les cours de l’Université périrent dans un combat qui eut lieu sur la grande place. A la nouvelle de la mort de leurs proches, les seigneurs entrèrent dans la ville, tuèrent un grand nombre de bourgeois et mirent le feu à leurs maisons ; ces désordres ne cessèrent que par l’intervention du roi.

Pendant la croisade que fit saint Louis en 1248, les pastoureaux se montrèrent de nouveau dans l’Orléanais ; ils avaient pris la croix et annonçaient l’intention d’aller en Égypte au secours du roi prisonnier des musulmans. La régente Blanche, mère de saint Louis, les toléra d’abord dans cet espoir ; mais, au lieu de tenir leur promesse, ils se mirent à ravager tous les pays par lesquels ils passaient ; Orléans fut pillé et un grand nombre de prêtres y périrent égorgés.

Les successeurs de saint Louis continuèrent à agrandir le domaine royal. Philippe le Bel acheta, en 1292, le comté de Beaugency. Les Capétiens avaient plusieurs résidences dans le département du Loiret ; ils affectionnèrent particulièrement les séjours de Gien, Montargis, Châteauneuf-sur-Loire, et la vaste forêt d’Orléans retentit souvent du bruit des fanfares des chasses royales. Philippe-Auguste avait établi à Orléans un bailli, officier chargé de l’administration de la justice, dont la juridiction s’étendait sur Beaugency ; Montargis, Gien et le Gâtinais appartenaient au bailliage de Sens.

Philippe IV de Valois érigea, en 1345, l’Orléanais en duché en faveur de son second fils Philippe, auquel Humbert, dauphin de Viennois, avait cédé le Dauphiné. Le roi de France, pour rattacher plus directement à la couronne cette province éloignée, fit porter le titre de dauphin à son fils aîné Jean. Au duché d’Orléans, qui de la sorte était accordé à Philippe en échange du Dauphiné, il joignit les châtellenies de Beaugency, de Châteauneuf, d’Yèvrele-Châtel, de Vitry, de Neuville-aux-Loges, d’Hyenville, de Château-Renard, de Lorris et de Bois-Commun ; toutes ces seigneuries furent momentanément distraites du domaine royal.

La guerre de Cent ans ramena dans l’Orléanais des désastres que depuis longtemps cette province ne connaissait plus. Plusieurs de ses comtes périrent ou furent pris dans les batailles de Crécy (1346) et de Poitiers (1356). Après cette dernière défaite, des bandes d’aventuriers anglais et navarrais se répandirent autour d’Orléans et mirent toute la contrée à feu et à sang. Les villes de Châteauneuf et Châtillon-sur-Loire tombèrent en leur pouvoir et furent détruites.

Après le traité de Brétigny (1360), ce fut le tour des grandes compagnies de désoler le pays ; la paix leur avait enlevé leurs moyens d’existence ; elles exercèrent autant de ravages qu’en pleine guerre. A la reprise des hostilités (1367), le prince de Galles ravagea le Gâtinais, et, trois ans plus tard, Robert Knolles dévasta l’Orléanais. Beaugency fut emporté d’assaut par une troupe de Gascons. Le prudent Charles V eut soin d’éviter tout engagement sérieux contre les Anglais et se garda bien de compromettre le sort de la France dans une grande bataille comme à Crécy et à Poitiers ; il reprit une à une les villes dont les ennemis s’étaient emparés, mais il abandonna le plat pays, et le territoire dont nous nous occupons fut horriblement dévasté.

Au commencement du règne de Charles VI, l’Orléanais fut réuni à la couronne par la mort de Philippe, duc d’Orléans, qui ne laissait pas d’héritiers. Malgré les sollicitations des bourgeois des vil-les qui demandaient à ne plus être séparés de la France royale, Charles VI donna l’Orléanais en apanage à son frère Louis. Avec ce prince commence une nouvelle période de désastres, la lutte des Armagnacs et des Bourguignons. La démence de Charles VI livre le gouvernement à Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et oncle du roi, et à Louis, duc d’Orléans, son frère ; après la mort de Philippe, Jean sans Peur, son fils, hérita de son influence dans la direction des affaires.

Le duc d’Orléans ne cessa d’être en opposition avec les deux ducs de Bourgogne ; deux partis se formèrent dans l’État autour d’eux, mais la lutte ne devint directe qu’après que Jean, sur le soupçon d’une intrigue entre sa femme et le duc d’Orléans, eut fait assassiner celui-ci à Paris, rue Vieille-du-Temple (1407). Cet événement fut le signal des hostilités. Valentine de Milan, épouse de Louis d’Orléans, vint à Paris demander justice du meurtrier ; mais le peuple de Paris s’était prononcé pour Jean sans Peur ; le comte Bernard d’Armagnac, beau-père du jeune Charles d’Orléans, accourut du Midi au secours des jeunes princes d’Orléans ; il eut à Gien une entrevue avec eux pour aviser au moyen de détruire l’influence des Bourguignons (1410), et cinq années se passèrent en combats et en guerres intestines.

L’invasion de la France par les Anglais, qui furent victorieux à Azincourt (1415), n’établit qu’une trêve momentanée entre les partis. Le duc d’Orléans ayant été fait prisonnier dans cette journée désastreuse, le dauphin se chargea de sa querelle. Nous avons raconté ailleurs (Seine-et-Marne, Montereau) l’assassinat du pont de Montereau, qui fut la représaille de celui de la rue Vieille-du-Temple (1419). Les Bourguignons se jetèrent dans le parti des Anglais, y entraînèrent avec eux l’infortuné Charles VI, lui firent déshériter son fils Charles VII au profit du roi d’Angleterre, Henri V (traité de Troyes, 1420), et s’emparèrent si bien de toute la France que deux ans après, à la mort de Charles VI et de Henri V, le dauphin ne put être sacré à Reims, et que, dépouillé de la plupart des villes de son royaume, il était appelé en dérision le roi de Bourges.

La monarchie était à deux doigts de sa ruine quand une jeune fille sauva la France. En 1423, Charles VII avait perdu la bataille de Gravant ; en 1428, Jargeau, Pithiviers, Courtenay lui furent enlevés, et cette même année le siège fut mis devant Orléans. Une chanson populaire, dont on accompagnait le son des cloches sonnant au loin dans les campagnes, ne disait-elle pas :

A notre Dauphin si gentil,
Hélas ! que lui reste-t-il ?
Orléans, Beaugency,
Notre-Dame de Cléry,
Vendosme, Vendosme !

Orléans était donc le dernier boulevard de Fraude ; Jeanne D’Arc le délivra. Après avoir sauvé la capitale, Jeanne reprit une à une les villes de l’Orléanais, Jargeau, Beaugency, remporta une victoire complète à Patay et mena sacrer Charles VII à Reims. Après la mort de l’héroïque jeune fille, les Anglais s’emparèrent de nouveau de Montargis ; mais, en 1438 , cette place rentra sous la domination française. L’année suivante eurent lieu, à Orléans, les fameux états généraux où la création d’une armée permanente et l’établissement d’une taille pour son entretien furent décidés. En 1440, Orléans fournit au duc Charles 9 000 écus d’or pour l’aider à payer sa rançon au roi d’Angleterre.

Le successeur de Charles VII, Louis XI, affectionna l’Orléanais ; il se fit admettre chanoine de Saint-Aignan, offrit de riches présents à la cathédrale d’Orléans et reconstruisit l’église de Notre-Dame de Cléry. Mais cette église ayant été en partie détruite par les flammes en 1472, il la fit de nouveau réédifier telle qu’elle existe aujourd’hui. Pendant la régence d’Anne de Beaujeu, le duc d’Orléans, qui plus tard fut Louis XII, se souleva (Guerre folle). Il passa quelques années à Orléans, qu’il fit agrandir de près de moitié ; ce fut de cette ville qu’il partit pour se mettre à la tête de l’armée de Bretagne qui fut dispersée à Saint-Aubin-du-Cormier. Son avènement au trône (1498) réunit pour la seconde fois l’Orléanais à la couronne.

Les rois Louis XII, François Ier et Henri II régularisèrent l’administration de la justice dans notre département. La coutume du bailliage d’Orléans, dressée en 1227, en même temps que celle de Paris, fut publiée en 1510 ; celle de Montargis date de 1531 ; en 1558, Henri II créa une généralité à Orléans, qui auparavant dépendait de la généralité de Bourges. Sous Charles IX, elle fut divisée en douze élections, au nombre desquelles se trouvaient Orléans, Beaugency, Pithiviers, Montargis et Gien. Dans la dernière année du règne de Henri II, un siège présidial fut établi à Orléans, avec ressort sur Montargis, Gien, Beaugency, etc.

Cette même époque vit les guerres de la Réforme ensanglanter les bords de la Loire ; Calvin avait étudié à l’université d’Orléans, alors célèbre. Ses doctrines pénétrèrent dans l’Orléanais vers 1540. Gien les accueillit en 1542, et un des prêtres de cette petite ville fut brûlé à Auxerre en 1545. Les habitants de Châtillon-sur-Loire se distinguèrent parmi les plus fervents calvinistes. A Montargis, la duchesse d’Este se fit la protectrice des réformés.

En 1560, Orléans comptait autant de protestants que de catholiques ; les premiers troubles éclatèrent dans cette ville et à Gien en 1561. Le prince de Condé s’empare d’Orléans après le massacre de Vassy qui fit éclater la guerre civile : Beaugency est pris et pillé en 1502 ; les tombeaux de l’abbaye de Cléry, où avait été enseveli Louis XI, sont profanés ; l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire est saccagée, celle de Fontaine-Jean est incendiée. Le capitaine Noisy, qui commandait ,dans la ville calviniste de Gien, s’empara de Saint-Brisson ; mais le prince de Condé ayant été battu et pris à Dreux, le duc de Guise s’avança dans l’Orléanais, prit Jargeau et vint assiéger Orléans ; il fut assassiné sous les murs de cette ville par Poltrot de Méré.

Orléans ouvrit ses portes à Charles IX après la pacification d’Amboise (1563) ; la faveur que ce roi accorda aux catholiques souleva de nouveau les protestants en 1567. Le capitaine calviniste La Noue s’empara d’Orléans par surprise, Condé prit Beaugency ; en 1569, le duc de Deux-Ponts amena une armée à l’amiral de Coligny jusqu’à Gien. Les succès des protestants ne furent arrêtés que par le terrible massacre de la Saint-Barthélemy ; pendant deux journées entières, les protestants furent égorgés dans tous les quartiers de la ville, et l’on dit qu’il périt plus de 700 personnes. Jargeau et Beaugency furent également le théâtre de scènes sanglantes.

La supériorité des catholiques fut de la sorte établie à Orléans, et cette ville entra dans le parti de la Ligue. Une rencontre eut lieu auprès de Montargis, à Vimory, entre une troupe de reîtres au service du roi de Navarre et les soldats du duc de Guise, qui furent vainqueurs. Dans ces circonstances, le roi de France, Henri III, menacé d’un côté par les Guises qui ne prétendaient à rien moins qu’à le remplacer sur le trône, et de l’autre par les protestants, fit la paix avec ces derniers, s’unit à Henri de Navarre et s’empara d’une partie de l’Orléanais ; Jargeau, Gien, Pithiviers tombèrent en son pouvoir. Il fut assassiné à Saint-Cloud (1589) ; Orléans continua à tenir pour la Ligue et à résister à Henri IV jusqu’à ce que Paris lui eût ouvert ses portes.

La soumission de la capitale (1591) entraîna celle de toutes les villes environnantes. Un fils de Henri IV, Gaston, reçut en apanage l’Orléanais. Louis XIV donna à son frère le duché au même titre, et ce dernier a été la tige de la maison d’Orléans qui arriva au trône en 1830.

Le frère de Louis XIII se mêla à toutes les intrigues et à tous les soulèvements de la noblesse contre le cardinal de Richelieu, puis, sous Mazarin, prit avec sa fille, MIie de Montpensier, la fameuse Mademoiselle, une part active aux troubles de la Fronde. Son duché, l’Orléanais, fut le centre de la plupart des agitations politiques qu’il suscita ; en 1643, Orléans voulut rester neutre entre la Fronde et Mazarin ; mais Mademoiselle pénétra dans la ville et la détermina à prendre le parti des frondeurs. Turenne s’avança à cette nouvelle sur Gien ; mais Condé, à la tête de 12 000 Allemands que lui avait amenés le duc de Nemours, prit l’offensive, s’empara de Montargis et battit à Bléneau une partie de l’armée royale.

Les guerres de religion, de la Ligue, puis de la Fronde avaient tellement appauvri le pays, que les habitants se trouvèrent dans l’impossibilité de payer aucune sorte d’impôt ; en 1655, ceux qui résidaient dans les paroisses de Sully-sur-Loire et de Saint-Benoît se coalisèrent contre les percepteurs des tailles et ne purent être réduits que par un corps de troupes réglées.

En 1789, l’Orléanais adopta avec enthousiasme les principes de la Révolution ; le chef-lieu du Loiret eut cependant sous la Convention à subir la sanglante oppression de ses proconsuls ; Collot d’Herbois et Laplanche s’y signalèrent par leurs fureurs. Pendant les années suivantes, jusqu’en 1800, des bandes de brigands, connues sous le nom de Chauffeurs, ravagèrent les deux départements du Loiret et d’Eure-et-Loir.

Ces désordres cessèrent sous le Consulat ; mais en 1815 et plus tard en 1870, l’Orléanais eut à souffrir de l’invasion étrangère. A la suite du combat d’Artenay, le général Von der Tann , à la tête de 50 000 Bavarois, s’empara, le 11 octobre 1870, d’Orléans, d’où l’armée de la Loire, sous les ordres du général d’Aurelle de Paladines, le délogea, le 10 novembre, par la victoire mémorable de Coulmiers ; mais le 5 décembre, après trois jours de combats, elle dut se retirer devant les forces supérieures de l’ennemi, qui prit de nouveau possession d’Orléans.

Cependant, les 7, 8 et 10 décembre, les 15°, 18° et 20° corps, placés sous les ordres du général Chanzy, soutinrent vaillamment, sur les bords de la Loire, l’attaque des Prussiens ; mais composés pour la plupart de mobiles, c’est-à-dire de soldats improvisés, pleins de bravoure, mais inexpérimentés et mal armés, ils ne pouvaient opposer une longue résistance aux troupes aguerries du prince Frédéric-Charles, et Chanzy dut battre en retraite sur Vendôme, et de là sur Le Mans. Les pertes éprouvées par le département du Loiret, pendant la guerre de 1870-1871, se sont élevées à la somme de 37 886 906 fr. 66.




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