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Chiens « politiques » sous la Révolution : leur sort funeste

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Anecdotes insolites
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Chiens « politiques » sous la Révolution :
un sort peu enviable
(D’après « Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris
d’après les documents originaux conservés aux Archives de l’Empire »
(par Émile Campardon) Tome 1 paru en 1862,
« Le tribunal révolutionnaire de Paris » (par Émile Campardon)
Tome 1 paru en 1866 et « Le Monde illustré » du 1er juin 1912)
Publié / Mis à jour le dimanche 25 juillet 2021, par LA RÉDACTION
 
 
 
La Révolution de 1789 a été dure pour les chiens, et si l’on cite le cas d’un certain Ravage, geôlier canin qui laissa s’échapper un des prisonniers dont il avait la garde et qui avait pris soin de lui jeter un paquet de pieds de mouton, il faut savoir que l’animal d’un certain Saint-Prix prévenu de relations avec les émigrés, fut exécuté sur ordre de l’accusateur public

Que de hauts faits à raconter, depuis l’époque des grands chiens primitifs, presque loups encore par la forme, et déjà fidèles et domestiqués, qui accompagnaient nos premiers ancêtres dans leur existence nomade, jusqu’à ces toutous perfectionnés qui ne peuvent marcher que sur des tapis et qui dorment dans des guérites ouatées.

Les chiens de cour ; les chiens des meutes du roi ; les chiens de régiments qui — c’était la coutume dans la vieille armée —, marchaient derrière la musique et emboîtaient le pas aux soldats ; les chiens savants célèbres ; les chiens sauveteurs ; les chiens filous ; les chiens politiques ; car ces bonnes bêtes ont joué leur rôle dans nos guerres civiles : il y eut des chiens royalistes et des chiens républicains.

Les formes acerbes. Caricature du révolutionnaire Joseph Le Bon buvant une coupe de sang, juché sur une pile de cadavres guillotinés, réalisée en 1796 par Poirier de Dunkerque
Les formes acerbes. Caricature du révolutionnaire Joseph Le Bon buvant une coupe de sang,
juché sur une pile de cadavres guillotinés, réalisée en 1796 par Poirier de Dunkerque

Au temps de la guerre de Vendée les chouans possédaient des mâtins, qui, dans les embuscades, étaient dressés à remuer la queue d’une manière particulière quand une troupe de bleus approchait ; les bleus également se faisaient suivre par des bouledogues qui sentaient les émigrés d’une lieue et les dépistaient dans leurs caches.

Coco, le roquet de la fille de Louis XVI, qui eut l’honneur de partager la captivité de la famille royale au Temple, prendrait place dans cette galerie ; et aussi Moïloff, le doguin du duc d’Enghien, qui fut recueilli sur la tombe de son maître fusillé dans les fossés de Vincennes ; et encore le chien du Louvre, chanté par Casimir Delavigne, et dont la fidélité attendrit la France entière au temps de la révolution de 1830. Ah ! certes, il y en aurait à raconter de belles histoires !

La plupart des chiens, il faut le dire, étaient aristocrates, et si l’on en excepte les molosses qui consentirent, en 1793, à accepter le rôle de gardiens de prisons, les autres étaient mal vus des sans-culottes. Encore ces geôliers improvisés n’étaient-ils pas impitoyables et fermaient-ils les yeux et la gueule lorsque quelque détenu, sur le point d’être envoyé à la guillotine, se risquait à s’évader.

Outre les guichetiers préposés à la garde des prisonniers, on lâchait, la nuit, dans les cours et corridors de la Conciergerie, d’énormes chiens qui faisaient bonne garde autour des détenus. « Parmi ces chiens, raconte l’auteur d’une relation sur la Conciergerie, il en est un distingué par sa taille, sa force et son intelligence ; on le nomme Ravage ; il était chargé pendant la nuit de la garde du préau. Des prisonniers avaient fait un trou pour s’échapper. Rien ne s’opposait plus à leur dessein, sinon la vigilance de Ravage et le bruit qu’il pouvait faire.

« Ravage se tait ; mais le lendemain, on s’aperçut qu’on lui avait attaché à la queue un assignat de cent sous avec un petit billet où étaient écrits ces mots : On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent sous et un paquet de pieds de mouton. Ravage, promenant et publiant son infamie, fut un peu décontenancé par les attroupements qui se formèrent autour de lui et les éclats de rire qui partaient de tous côtés ; il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et pour quelques heures de cachot. »

Un autre toutou était célèbre à la Conciergerie ; c’était le carlin qu’y avait laissé la reine Marie-Antoinette partant pour l’échafaud. Richard, le concierge de la prison, l’avait conservé et en prenait grand soin : l’internonce, Mgr de Salamon, emprisonné dans l’hiver de 1795, couchait, dans un étroit cachot, sur le lit qui avait été celui de la souveraine détenue, et, chaque matin, dès que sa porte était ouverte, il voyait le petit chien bondir dans sa chambre, sauter sur ses couvertures, en faire le tour et s’en aller. Il venait de la sorte, flairer, quotidiennement, les matelas de sa maîtresse et quoique deux ans se fussent écoulés depuis la mort de celle-ci, l’abbé de Salamon atteste que, pas un seul jour, durant trois mois que l’internonce resta à la Conciergerie, le petit chien ne manqua à son pèlerinage.

Faut-il le croire ? Les chiens, comme les hommes, eurent, pendant la Terreur, leurs « massacres de septembre » ; on sait que les sans-culottes se débarrassèrent, par une tuerie générale, des aristocrates entassés dans les prisons : le même expédient, dit-on, fut utilisé à l’égard des pauvres toutous abandonnés par leurs maîtres en fuite ou emprisonnés. Le fait n’est pas garanti, car il n’en est, semble-t-il, fait mention que dans l’ouvrage publié par le pseudo-marquis de Courchamp, sous le titre de Souvenirs de la marquise de Créquy, et il faudrait une autre autorité que la sienne pour authentifier l’anecdote.

Mais tout n’est pas faux dans son amusante compilation et voici — sous réserve — comment la grande hécatombe se produisit : ces pauvres chiens, sans domicile et sans aveu, se rendaient pendant la nuit, sur la place Louis XV et dans les Champs-Élysées, en si grand nombre qu’ils en prenaient l’audace de s’ameuter et d’accourir pour barrer le passage à des charrettes de légumes, et mordaient les conducteurs et leur chevaux, comme s’ils fussent devenus enragés ou tout à fait sauvages. Ils faisaient, eux aussi, leur révolution ; ils avaient dévoré un invalide ; et comme la police ne s’occupait que des prêtres réfractaires et des ci-devant nobles, les gardes-nationaux de Paris se concertèrent entre eux pour en délivrer la ville ; ils s’en vinrent cerner les Champs-Élysées pour refouler toutes ces méchantes bêtes jusque sur la place et dans la rue Royale, où ils en exterminèrent à coups de fusil plus de trois mille — y compris un sans-culotte de la section qui se trouva « sous le vent du feu ».

Prison de la Conciergerie. Carte postale des éditions Odé parue en 1915 et appartenant à la série Le vieux Paris
Prison de la Conciergerie. Carte postale des éditions Odé
parue en 1915 et appartenant à la série Le vieux Paris

Mais quand il s’agit d’enterrer ces milliers de chiens, ce fut un embarras extrême ; personne ne consentait à s’en mêler, ni la Commune qui blâmait l’exécution, ni la garde nationale qui, la besogne faite, alléguait que le reste n’était pas de son attribution. Heureusement, un citoyen zélé eut l’idée de transformer l’enterrement en une cérémonie civique ; on réquisitionna les beaux carrosses armoriés des ci-devant nobles, émigrés ou détenus, et l’on y entassa les cadavres pour les porter aux carrières ; et c’étaient cinq à six grandes voitures de gala, empruntées aux remises de Mesdames, tantes du roi, qui ouvraient le cortège, avec des têtes de caniche, ou des croupes et des queues de mâtins passant par chaque portière.

Mais la plus étonnante, la plus invraisemblable, la plus extravagante, à coup sûr de toutes les histoires de chiens, est celle du pauvre toutou qui fut condamné à mort comme royaliste par le tribunal révolutionnaire de Paris. Et celle-ci n’est pas douteuse, elle est parfaitement authentique. Elle fut publiée pour la première fois en 1866 par Émile Campardon, conservateur aux archives de l’Empire.

Il faut savoir que les généraux, les députés, les émigrés, les invalides même, se succédaient au tribunal révolutionnaire : Brunet, général en chef de l’armée d’Italie, le 24 brumaire de l’an II ; Houchard, général en cher de l’armée du Nord et de la Moselle, le député Cussy, l’émigré Gilbert de Voisins, le 25, et l’invalide Saint-Prix, le 27 du même mois, après des débats dérisoires, furent envoyés à l’échafaud. C’est la condamnation de ce dernier et de son chien qui nous intéresse ici.

Ce Saint-Prix était prévenu de relations avec les émigrés. Pour être averti des visites qu’il pouvait avoir à craindre, il avait dressé son chien à aboyer d’une certaine manière lorsque des inconnus se présentaient ; plusieurs fois même, l’animal avait mordu un porteur de billets de garde : cet homme se plaignit, et une perquisition opérée chez Saint-Prix amena la découverte d’une correspondance contre-révolutionnaire.

L’invalide, traduit devant le tribunal révolutionnaire, fut condamné à mort comme convaincu de recrutement pour les émigrés et de propos tendant à l’avilissement des autorités constituées. On le guillotina le jour même sur la place de la Révolution. Son chien, complice de son crime, fut exécuté le lendemain, à la barrière du Combat, en présence d’un commissaire de police, ainsi qu’en témoigne cette pièce officielle :

« Section des Tuileries. Comité de surveillance révolutionnaire.

« Du 28 brumaire, l’an deuxième de la République française, une et indivisible.

« À Fouquet-Tinville, accusateur public.

« Nous avons, au reçu du jugement du tribunal révolutionnaire qui condamne Saint-Prix à la peine de mort et ordonne que son chien soit assommé [ceci est faux, le jugement ne disant pas un mot du chien ; il y eut des ordres en vertu desquels ce chien fut assommé, mais ce furent des ordres verbaux, car dans le dossier il ne se trouve aucune pièce ordonnant cette exécution], fait procéder à l’exécution de cette dernière partie du jugement.

« Nous t’envoyons le procès-verbal dressé à ce sujet : nous te prions de faire rembourser les frais qui ont été déboursés. Signa : Lavilette et Charvet. »

Le procès-verbal dont il est fait mention rapporte les circonstances de l’exécution : le chien avait été déposé, en attendant que les magistrats décidassent de son sort, dans les bâtiments d’une arène alors célèbre et qui a laissé son nom à l’une des barrières de Paris. Cette arène, située à Charonne, s’appelait le Combat du taureau. La citoyenne Maclart en était la directrice et l’imprésario.

« AU NOM DE LA LOI.

« Ce jourd’hui, vingt-huit brumaire, l’an deuxième de la République française, une et indivisible :

« En vertu d’un jugement rendu par le tribunal révolutionnaire établi par la loi du 4 mars, qui condamne le nommé Prix dit Saint-Prix portant peine de mort, également par ledit jugement que le chien dudit Saint-Prix serait assommé, que ledit tribunal ayant envoyé les ordres en conséquence au comité de surveillance de la section des Tuileries. Ledit comité désirant faire mettre à exécution ledit ordre, et en vertu de l’arrêté dudit comité, nous nous sommes transportés, nous Claude-Charles George, commissaire dudit Comité, accompagné du citoyen Pierre-Louis Hosteaux, inspecteur de police, dans une maison appelée le Combat du taureau, tenue par le citoyen Maclart, où étant nous avons trouvé la citoyenne Maclart, et après lui avoir exhibé l’ordre dont nos sommes porteurs, en l’invitant de nous représenter ledit chien mentionné ci-dessus, à quoi elle s’est soumise. Nous avons de suite requis le citoyen Bonnot, sergent de la section des Arcis, de garde au poste du Combat, pour être présent à l’exécution dudit ordre, nous avons au désir dudit tribunal assommé en sa présence le chien susdésigné.

Intérieur d'un Comité révolutionnaire sous le régime de la Terreur. Détail d'une gravure de 1802 d'Alexandre-Évariste Fragonard (1780-1850)
Intérieur d’un Comité révolutionnaire sous le régime de la Terreur.
Détail d’une gravure de 1802 d’Alexandre-Évariste Fragonard (1780-1850)

« De tout ce que dessus avons dressé procès-verbal, après en avoir donné lecture en présence des personnes susdésignées, qui l’ont reconnu véritable et ont signé avec nous ».

Comme nous venons de le souligner, cette note contient une inexactitude : le texte du jugement ne dit, en effet, rien du chien ; c’est donc de son autorité privée et par ordre verbal que l’accusateur public réclama ce complément de justice.

Quand on songe à la masse de victimes humaines que les hommes de la Révolution envoyaient chaque jour à la mort, il serait malséant de s’attendrir sur une bête. Il est bon cependant que ce chien figure sur la liste funèbre ; tout le monde sait combien ces gens étaient cruels ; on ignore trop combien ils furent stupides. Et imaginez-vous la stupeur de Voltaire, le grand tombeau de préjugés, de Voltaire dont ils se réclamaient, si on lui eût dit que son siècle verrait, avant qu’il soit peu, un chien condamné à mort pour opinion politiques...

 
 
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