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Présents du Jour de l'An : tradition malmenée sous la Révolution

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Coutumes, Traditions
Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres
Présents du Jour de l’An :
tradition malmenée sous la Révolution
(D’après « Le Jour de l’An et les étrennes. Histoire des fêtes
et coutumes de la nouvelle année chez tous les peuples
dans tous les temps » (par Eugène Muller), paru en 1881)
Publié / Mis à jour le vendredi 1er janvier 2021, par LA RÉDACTION
 
 
 
Si la façon de fêter le Jour de l’An se trouve profondément bouleversée par les révolutionnaires dès 1790, certains estimant que « la satisfaction de se rapprocher les uns des autres » ne devrait s’exprimer que le 14 juillet, la coutume antique, passagèrement et d’ailleurs incomplètement négligée, retrouve toute sa vitalité et reprend tout son empire à l’aube du XIXe siècle

Dès le 27 novembre 1789, l’Assemblée nationale, confirmant une mesure déjà édictée par Necker, décrétait que « à partir du premier janvier prochain, il ne serait permis à aucun agent de l’administration, et à aucun de ceux qui, en chef ou en sous-ordre, exercent quelque fonction publique de rien recevoir comme étrennes, gratifications, ni sous quelque dénomination que ce fût, des compagnies, provinces, communautés, villes, sous peine de concussion. »

Cette défense, à vrai dire, ne touchait en rien aux usages intimes, mais c’était un premier coup porté au principe qui florissait depuis bien des siècles. Quand l’Assemblée législative fit la loi municipale pour Paris, elle y introduisit cette clause que « les administrateurs, les conseillers, les notables, etc., ne pourraient recevoir, comme étrennes, ni vin de ville, ni présents »,

Les Présents du Jour de l'An. Estampe de Louis-Marin Bonnet (1792) d'après une oeuvre de Jean-Baptiste Huët
Les Présents du Jour de l’An. Estampe de Louis-Marin Bonnet (1792)
d’après une œuvre de Jean-Baptiste Huët

Entre temps, maintes attaques étaient dirigées contre la vieille coutume elle-même. Par exemple, un Versaillais, nommé Félix Nogaret, faisait imprimer et répandait dans le public une lettre, qu’il adressait à un de ses amis, membre de la société des défenseurs de la Constitution à Marseille : « Nous pensons comme vous, disait-il, par rapport aux visites du nouvel an. Le club de Versailles a fait à ce sujet des réflexions qu’il a communiquées à nos frères du club des Jacobins, pour être prises en considération au cours de cette année.

« Le club de Versailles a eu raison, car nous avons vu en janvier, comme jadis, une prodigieuse quantité de machines à rouages allant et venant s’inclinant les unes devant les autres comme par des ressorts. Dieu de mes pères, qu’est-ce que l’habitude ? Qu’est-ce que le besoin ? Qu’est-ce que la nécessité supposée de recourir aux grands ? Que de jougs s’appesantissent sur l’indigence ! Et comment n’a-t-elle pas senti que son front ne s’élèvera jamais à la hauteur des tyrans, qui l’ont trop longtemps opprimée, si elle ne se débarrasse de tous ces témoignages de la servitude ?

« Je ne dis pas qu’à une certaine époque, il ne soit pas nécessaire que les citoyens jouissent de la satisfaction de se rapprocher les uns des autres ; au contraire, je tiendrais beaucoup à ces visites de convention. Je ne regarderais même pas comme indigne du Corps législatif de décréter qu’elles auraient lieu. Mais dans quel temps ? Citoyens, au 14 juillet de chaque année. Parents, amis, choisissez la veille de ce grand jour, où vous avez recouvré votre liberté. Félicitez-vous les uns les autres sur cet événement, embrassez-vous, oubliez les injures, les haines ; jurez de vous aimer, de vous secourir. Dites-vous : Nous sommes tous frères, la patrie est notre mère commune, servons la ; et que nos devoirs étouffent nos divisions. »

Le citoyen Nogaret, tout en protestant contre les turpitudes dont il a été témoin sous l’Ancien Régime, et dont il demande d’interdire la continuation, émet en somme le vœu de voir substituer un anniversaire à un autre.

Bientôt l’adoption d’un nouveau calendrier fit disparaître, au moins officiellement, les anciennes dates d’ouvertures de l’année civile et religieuse ; et, à plusieurs reprises, il fut décrété contre la vieille coutume et contre ceux qui l’observaient.

Toutefois nous devons croire que ces prescriptions, publiquement obéies, restèrent vaines dans la vie intime, familiale, car on s’expliquerait difficilement une année qui n’amènerait pas au moins un jour où il serait convenu que les parents fissent largesse à leurs enfants. Au surplus, nous avons la preuve que l’usage public des félicitations persistait ; car à un commencement de l’année républicaine, Mesdames de la Halle, qui jusque-là avaient joui du privilège d’être reçues par la famille royale, allèrent en corps présenter leurs hommages et compliments aux chefs du gouvernement, Robespierre et consorts.

Toujours est-il que si, dans les familles, la coutume des étrennes continuait autant qu’il pouvait être fait sans trop éveiller l’attention, les marchands de bijoux, de bonbons, de poupées et autres menus objets servant de cadeaux, avaient gardé le souvenir du surcroît de débit qu’amenait autrefois l’époque des étrennes. Ils furent donc des premiers — dès que ce vœu put être formulé sans inconvénient pour ses auteurs, c’est-à-dire sous le Directoire — à demander, par voie de pétition, le rétablissement du calendrier grégorien, qui — c’était sous-entendu — aurait pour conséquence de faire renaître le jour de l’an.

La pétition trouva pour rapporteur le représentant Hardy, qui, sans adopter les critiques dirigées par les requérants contre le calendrier républicain, reconnut qu’on pourrait, qu’on devrait y introduire quelques modifications, notamment y marquer comme férié le premier jour de l’an. « Cet ancien usage de se souhaiter mutuellement la bonne année, disait-il, serait un nouveau motif de réconciliation entre les citoyens. »

En réalité, le jour de l’an, selon l’ancien système, ne fut officiellement rétabli qu’à la suite du Concordat, qui fit disparaître la supputation des temps d’après le mode républicain ; mais le retour public à la vieille coutume ne s’effectua pas moins au premier janvier 1797, qui tombait un dimanche et qui fut assez universellement fêté.

Avec la fondation de l’Empire, tout l’ancien cérémonial ressuscita. Dès le premier janvier 1805, recommencèrent les réceptions officielles, qui ne sont que le corollaire obligé d’un usage qui, pour imposer presque à chacun quelque gêne ou quelque démarche banale, ne laisse pas cependant d’être le bienvenu dans le cours des relations amicales, et de donner lieu à plus d’une charmante ou touchante manifestation au sein de la vie de famille, s’accommodant comme toujours aux régimes et aux événements.

Ainsi, pendant la période impériale, les bonbons, les joujoux qu’apporte le petit Noël ou le vieux Janus, semblent pour la plupart modelés ou pétris de main de Mars ou de Bellone : sabres de bois, canons de sucre, shakos et bonnets à poils, réels ou imités ; régiments chez le bimbelotier ; bataillons chez le confiseur ; tambours par-ci, aigles par-là ; dragées à la Wagram, papillotes d’Austerlitz, poupées à la Maréchale, pantins à la Chambellan, etc.

Les étrennes. Année 1807 — Les enfants, les adolescents, les demoiselles de quinze à seize ans, les domestiques, les pauvres hères, présentent au premier de l'an des visages riants et heureux. La moitié du monde devient, à cette époque, tributaire de l'autre. Gravure extraite d'Observations sur les modes et les usages de Paris pour servir d'explication aux 115 caricatures publiées sous le titre de Bon Genre, depuis le commencement du dix-neuvième siècle par Pierre de La Mésangère, paru en 1827
Les étrennes, année 1807 : les enfants, les adolescents, les demoiselles de quinze à seize ans,
les domestiques, les pauvres hères, présentent au premier de l’an des visages riants et heureux.
La moitié du monde devient, à cette époque, tributaire de l’autre. Gravure extraite d’Observations
sur les modes et les usages de Paris pour servir d’explication aux 115 caricatures
publiées sous le titre de Bon Genre, depuis le commencement du dix-neuvième siècle

par Pierre de La Mésangère, paru en 1827

Puis vient la Restauration. Si, au 1er janvier 1816, en prenant pour guide certain Friandet, marchand de caramels, qui, pour cette époque, publia un Tableau du jour de l’an à l’île des Bonbons, nous pénétrons au Fidèle Berger de la rue des Lombards, nous y trouvons des bonbons à la Marie-Thérèse, des pistaches à la duchesse d’Angoulême, des sucres de pomme à la Marie-Antoinette, des adoucissements à la Louis XVIII, du jus de réglisse à la Royale, des pastilles « d’absinthe » à la Napoléonide, des cornets ambrés à la Paix, des fondants au Retour des lys, des bougies de sucre au boulevard de Gand, etc.

Et, à côté de cette galerie purement politique, viennent à leur rang, comme parrains et marraines des cadeaux de nouvel an, les pièces, les acteurs en vogue, les célébrités de la librairie, du cirque et du jardin des plantes. C’est ainsi que nous trouvons des pralines à la Manlius, des chocolats à la Jocrisse, chef de brigands, des fruits glacés au cerf Coco ou encore à l’ours Martin. Chez les marchands de joujoux figurent les Deux Magots, le Nouveau Seigneur, les Deux Edmond, etc.

D’année en année, jouets et bonbons acceptent de nouveaux baptêmes : ils passent tout naturellement de la Charte constitutionnelle à la Giraffe, du dey d’Alger aux Trois Journées, des héros de Mazagran à la Smala, du vainqueur de Sébastopol à la Question romaine, du Shah de Perse au Chat bulgare ; et toujours avec même vogue, toujours aussi favorablement accueillis, puisque sous cette désignation-ci, sous cette forme-là, ils restent des auxiliaires de cordiale libéralité ou de galante courtoisie.

La liste serait longue et l’histoire fastidieuse, si nous voulions pas à pas, c’est-à-dire jour de l’an à jour de l’an, suivre les innombrables métamorphoses et le complexe état civil de ces riens, dont le rôle est en réalité d’une importance beaucoup plus grande qu’on ne le supposerait de prime abord.

 
 
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