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Chat noir et jambe de bois du château de Combourg (Ille-et-Vilaine)

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Légendes, Superstitions
Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France
Chat noir et jambe de bois
du château de Combourg (Ille-et-Vilaine)
(D’après « Le chat : légendes, mythes et pouvoirs
magiques » (par Christian Doumergue) paru en 2018,
« Chattes et chats » (par Raoul Gineste) paru en 1892, « Légendes
et mystères des régions de France » (par Éloïse Mozzani)
paru en 2015 et article « Au château de Combourg, la légende
du chat noir continue de fasciner les visiteurs »
du 7 août 2020 paru dans Ouest France)
Publié / Mis à jour le mardi 15 décembre 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Le château de Combourg (Ille-et-Vilaine), où vécut le jeune François-René de Chateaubriand, est chargé d’histoire et de légendes. L’écrivain avait toujours en mémoire ce souvenir d’enfance : la bâtisse était hantée par le fantôme d’un ancien comte de Combourg dont la jambe de bois déambulait accompagnée d’un chat noir

Au château de Combourg, les légendes ne manquent pas. Celle du chat noir et de la jambe de bois a particulièrement marqué l’histoire du château. Le grand écrivain François-René de Chateaubriand (1768-1848) en a lui-même parlé dans ses Mémoires d’outre-tombe. Ce dernier a vécu au château de l’âge de 8 à 18 ans, son père René-Auguste l’ayant acquis le 3 mai 1761.

« Les gens étaient persuadés qu’un certain comte de Combourg, à jambe de bois, mort depuis trois siècles, apparaissait à certaines époques, et qu’on l’avait rencontré dans le grand escalier de la tourelle ; sa jambe de bois se promenait aussi quelquefois seule avec un chat noir », écrit l’auteur, originaire de Saint-Malo.

Château de Combourg (Ille-et-Vilaine)
Château de Combourg (Ille-et-Vilaine)

« Le chat fantôme est l’une des principales légendes qui hante le château, indique Pauline Langlais, guide de la forteresse. C’est l’un des châteaux les plus hantés de France », ajoute-t-elle. Selon la légende, le chat noir et la jambe de bois auraient élu domicile dans l’une des quatre tours de château. Les deux fantômes hanteraient l’escalier de la tour. « Certaines nuits d’hiver on verrait le chat et la jambe de bois déambuler dans le château », raconte Pauline Langlais.

La jambe de bois appartiendrait à un ancien seigneur du château, Malo-Auguste de Coëtquen, dont la jambe fut arrachée à la bataille de Malpaquet en 1709 sous Louis XIV et qui mourut une vingtaine d’années plus tard au château. Certains précisent que la jambe de bois apparaissait chaque année, la veille de Noël, dans l’escalier, qu’elle grimpait et descendait ; elle s’arrêtait devant les portes, frappait, ouvrait et fermait, piétinait. Avant l’aube, elle rejoignait les caveaux. L’apparition était parfois accompagnée d’un chat noir dont on percevait les miaulements près de la tour dite désormais du Chat, où Chateaubriand avait sa chambre.

Conjurer le mauvais sort
Ce n’est qu’en 1876 que la légende du chat noir prend tout son sens. Lors de travaux de restauration, des ouvriers retrouvent un chat noir momifié dans la tour du château. « Au Moyen Âge c’était très courant d’emmurer des chats noirs pour conjurer le mauvais sort, explique la guide. On les emmurait vivants pour protéger les tours du mauvais œil », ajoute-t-elle. Cette pratique découle directement d’une croyance selon laquelle les chats noirs étaient une réincarnation du diable.

Il semblerait que celui du château de Combourg ait été momifié dès le XIVe siècle. Depuis sa découverte, l’une des quatre tours a été rebaptisée la « Tour du Chat ». « Le corps du chat momifié a été retrouvé bien après la mort de Chateaubriand, il n’aura donc pas eu de réponses à ses interrogations, précise Pauline Langlais. La légende de ces fantômes se transmet de génération en génération... »

Bien que n’occupant que quelques lignes, le récit de Chateaubriand traversa bien des imaginations, jusqu’à être source d’inspiration littéraire. En 1892, dans son livre Chattes et chats, Raoul Gineste s’en inspire pour poème « Le Seigneur de Combourg ». Dans ce poème, Gineste décrit un seigneur de Combourg vouant à l’enfer. Jadis tourné vers Dieu et l’implorant, le châtelain n’a pas supporté les douleurs que la vie lui a infligées, des vassaux qui le défient aux infidélités de sa femme.

Le chat noir et la jambe de bois du comte de Combourg. Dessin de Kreutzberger publié dans Les chats. Histoire, mœurs, observations, anecdotes par Champfleury (1869)
Le chat noir et la jambe de bois du comte de Combourg. Dessin de Kreutzberger
publié dans Les chats. Histoire, mœurs, observations, anecdotes par Champfleury (1869)

Alité, il implore donc le diable. Gineste dépeint une scène imprégnée d’une frénésie gothique et furieuse. Le chat noir s’en prend à celui qui l’a invoqué, griffant et rongeant les chairs de Combourg jusqu’à lui couper la jambe. Voici le poème de Raoul Gineste :

Le Seigneur de Combourg, à la jambe pourrie,
A longtemps imploré Notre-Dame Marie.

Il a prié Jésus, sainte Anne et tous les saints,
Il a rasé sa tête et flagellé ses reins ;

Mais le ciel, implacable et sourd dans sa colère,
Le ciel s’est détourné de sa dure misère...

Or, cependant qu’il est sur un lit de douleurs,
Ses fiefs sont devenus repaires de voleurs ;

Les vassaux, affranchis de la crainte du maître,
Viennent le défier jusque sous sa fenêtre.

Sa poterne est ouverte à tous les jouvenceaux,
La Dame de Combourg est une auge à pourceaux ;

Jongleurs, cornemuseux, vielleurs, chacun bafoue
Et chansonne le mal immonde qui le cloue,

Le blason de Combourg est traîné dans la boue.

Il est si las d’avoir si grandement souffert,
Qu’il se donne en jurant aux démons de l’enfer ;

Le blasphème est à peine exhalé de sa bouche
Qu’un énorme chat noir a bondi sur sa couche ;

Il a griffé, rongé les chairs toute la nuit !...
Le membre est détaché !... Dévalant avec bruit,

Faite d’un tronc rugueux, la pointe espadonnée,
Une jambe de bois sort de la cheminée ;

Elle trotte, fringante, à l’entour du grabat
Elle saute, elle court et joue avec le chat.

Au premier chant du coq la jambe s’est placée
Sous le moignon sanglant de la cuisse coupée,

Et Combourg plein de rage a saisi son épée.

Il a décapité chevaliers et barons,
Les chênes ont ployé sous le poids des larrons.

Malgré qu’elle supplie et malgré qu’elle crie,
Il a livré sa femme à des boucs en furie.

Il a flanqué son château fort de quatre tours
Dont les orbites noirs fouillent les carrefours ;

Qu’il aperçoive au loin ménestrel ou trouvère,
L’homme n’a pas le temps de faire sa prière.

Les corbeaux trop repus ne vont plus à la mer
Et leur vol, diadème lourd, obscurcit l’air.

Sa jambe, pieu d’enfer à la pointe acérée,
A répandu le sang dans toute la contrée.

Il a vécu cent ans au fond de son manoir,
N’ayant pour compagnon fidèle qu’un chat noir.

Maudit, enveloppé d’horreur et de mystère,
Son nom a retenti jusqu’au bout de la terre.

Mais voici que Combourg est mort et qu’on l’enterre !

Son bâtard favori, Yves le Dibouel
Veut que son corps repose auprès du maître autel.

Les prêtres sont vêtus de leurs chapes trop lourdes,
Leur voix lente se perd tellement elle est sourde ;

Le peuple, rassemblé par ordre, leur répond ;
Versets entrecoupés d’un silence profond.

Voici la messe dite et l’on est à l’absoute,
Un froid mortel semble tomber de la grand’voûte,

Quand le de profundis final est entonné ;
Les quatre vents font rage et le ciel a tonné.

Au moment où l’officiant, selon le rite,
Fait le signe de croix en jetant l’eau bénite :

Le cercueil s’est ouvert, avec un grand fracas,
Eclaboussant la nef d’ordures et d’éclats ;

Les portes ont claqué sous l’effort des rafales,
La jambe et le chat noir ont bondi sur les dalles,

S’enfuyant à travers les assistants tout pâles.

 
 
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