Histoire de France, Patrimoine, Tourisme, Gastronomie, Librairie
LE 14 août DANS L'HISTOIRE [VOIR]  /  NOTRE LIBRAIRIE [VOIR]  /  NOUS SOUTENIR [VOIR]
Histoire France, Patrimoine, Gastronomie, Tourisme
 
« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)
 

 
NOUS REJOINDRE SUR...
Nous rejoindre sur FacebookNous rejoindre sur TwitterNous rejoindre sur LinkedInNous rejoindre sur VKNous rejoindre sur InstragramNous rejoindre sur YouTubeNous rejoindre sur Parler

Sarlat (Aux origines de) : dès le IXe siècle, le monastère avant la ville

Vous êtes ici : Accueil > Lieux d’Histoire > Sarlat (Aux origines de) : dès le (...)
Lieux d’Histoire
Origine, histoire de nos villes, villages, bourgs, régions, châteaux, chapelles, moulins, abbayes, églises. Richesses historiques de France
Sarlat (Aux origines de) :
dès le IXe siècle, le monastère avant la ville
(D’après « Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord », paru en 1882)
Publié / Mis à jour le lundi 22 juin 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
À quelle époque doit-on faire remonter l’origine du monastère de Sarlat ? La question est longtemps demeurée indécise : les uns ont parlé du IVe siècle, d’autres du VIIe et du VIIIe ; ceux-ci ont accueilli les vieilles légendes de l’abbaye, ceux-là se sont livrés à des conjectures, attribuant sa création à Pépin le Bref ou encore Charlemagne ; mais les documents écrits que l’on connaît sur la ville désignent Pépin d’Aquitaine, petit-fils de Charlemagne, et Charles le Gros, arrière-petit-fils de l’empereur d’Occident.

Tous les historiens s’engagèrent dans une voie périlleuse, car nul n’ignore que les origines des abbayes du Moyen Âge sont pétries de légendes, quand ces abbayes n’ont pas fabriqué ou falsifié des diplômes pour s’attribuer une origine royale et exagérer leur antiquité.

Voyez, par exemple, Conques, qui figure dans l’état des charges des monastères de France en 817 comme exempt de l’impôt et du service militaire ; d’après la légende, il aurait été reconstruit par Pépin le Bref sur les ruines d’une thébaïde, détruite par les Francs, puis restaurée par eux, puis de nouveau saccagée par les Sarrasins. Charlemagne, pour marquer que Conques était le premier des monastères royaux, l’aurait enrichi d’un reliquaire en forme d’A, première lettre de l’alphabet. Toutes ces prétentions furent mises à néant par Darcel et Desjardins ; le premier, se fondant sur le caractère de l’orfèvrerie du reliquaire, le fit remonter tout au plus au XIe siècle ; le second, dans sa savante introduction au cartulaire de Conques, fit, dans les termes suivants, la genèse de la légende elle-même :

Sceau de l'abbaye de Sarlat (1285)
Sceau de l’abbaye de Sarlat (1285). © Crédit photo : Philippe Jacquet (http://www.sigilla.org)

« À peine construite, l’abbaye de Conques, dit-il, fut enrichie de privilèges par Louis le Débonnaire, Pépin d’Aquitaine et Charles le Chauve. Une bulle de 1099 nomme ces souverains dans l’ordre suivant : Pépin Charles, Louis, per presentis privilegii paginam, apostolica auctoritale, ut quecumque hodie idem cenobium, vel ex apostolice sedis concessione, villa bone memorie regium Pippini Karoli et Ludovici munificentia possidet, .(...) ferme tibi tuisque successoribus et illibata permaneant. De De là à prendre Pépin et Charles pour Pépin le Bref et Charlemagne, il n’y a qu’un pas, qui fut bien vite franchi. »

En présence de tels outrages à la vérité historique, on est en droit de se demander sur quels fondements repose la légende de l’abbaye de Sarlat. Et, d’abord, exposons-la.

L’abbé Lespine trouva jadis dans les archives du château de Beynac un grand rouleau de parchemin relatif à un procès entre un seigneur de La Roque et l’évêque de Sarlat (1503 ou 1504). Celui-ci prétendait que l’abbaye avait été fondée par le roi Clovis, détruite par les Goths, réédifiée par Pépin, de nouveau détruite par des ennemis, réparée par Charlemagne, consacrée par le pape saint Léon III, et dotée à cette époque d’un morceau de la couronne d’épines.

Quarante ans auparavant (8 mars 1463), le syndic du couvent avait obtenu du roi des lettres patentes ordonnant aux commissaires royaux, chargés des francs-fiefs de la sénéchaussée de Périgueux, de lever la main-mise sur les biens du monastère, si les religieux leur prouvaient par titres que le monastère de Sarlat avait été fondé par le roi Clovis pour cent religieux, reconstruit ou réparé par Charlemagne, doté de biens et de privilèges par ces souverains et par leurs successeurs, etc.

Le 22 mars de la même année les commissaires rendirent un jugement en faveur de l’abbaye. S’étant fait représenter des lettres patentes de 1279 et de 1434, certains anciens titres en parchemin, des anciennes lettres contenant les réparations et restaurations du monastère par le roi Charlemagne et plusieurs autres registres et écritures anciennes, ils reconnurent que l’église de Sarlat était de fondation et patronage royal, et que Charlemagne ainsi que Philippe, roi de France, en avaient exempté les biens de tout impôt, et, en conséquence, ils déchargèrent l’abbaye de la taxe qu’ils lui avaient indûment réclamée.

Il n’est question, comme on le voit, dans les considérants de ce jugement ni de Clovis, ni de Pépin le Bref ; l’intervention de Charlemagne n’a même été démontrée aux commissaires par aucun diplôme daté, mais seulement par des anciennes lettres, des registres et écritures anciennes.

L'abbaye de Sarlat fut reconstruite entre 1125 et 1160. De cette époque il subsiste la tour surmontant le porche de l'actuelle cathédrale Saint-Sacerdos de Sarlat
L’abbaye de Sarlat fut reconstruite entre 1125 et 1160. De cette époque il subsiste la tour
surmontant le porche de l’actuelle cathédrale Saint-Sacerdos de Sarlat

Ils ne citent pas, il est vrai, le diplôme du roi Philippe à l’abbaye de Sarlat (1181), et, cependant, le texte en est connu. Ce document ne jette d’ailleurs aucun jour sur la question débattue, car il fait simplement allusion aux lettres de privilèges précédemment accordés à l’abbaye par le roi Louis (Louis VI ?) : « Guarinus, venerabilis abbas Sarlatensis ecclesie in pago Petragorico juxta flumen Dordonie site, nostram presentiam cum quibusdam fratribus suis adiens, privilegio Ludovici regis ante nos allato, qui memorate ecclesie suam tuicionem indulserat et confirmaverat nobis supplicavit ».

Quels arguments l’abbaye avait-elle fait valoir au roi Louis pour obtenir des lettres de privilèges ? On ne le sait malheureusement pas d’une façon certaine, ce diplôme étant demeuré inconnu ; mais on peut le deviner par la teneur des bulles des papes Eugène III (1t53) et Alexandre III (1170). La première de ces bulles commence ainsi :

« Eugenius episcopus, servus servorum Dei, dilecto dilio Raymundo abbati Sarlatensis monasterii sancti Salvatoris ejusque successoribus... dilecte in domino fili, Raymunde, abbas, tuis justis postulationibus gratum impertiente assensum Sarlatense monasterium, cui Deo authore presides, sub beati Petri et nostra protectione suscipimus et presentis scripti privilegio communivus, statuentes ut idem locus, sicut ab ejus fundatoribus nobilis memorie Pippino et Carolo principibus institutum est, quietus... perseveret ».

Le pape Eugène III paraphrase, du moins on a tout lieu de le croire, la lettre qui lui avait été adressée par l’abbé de Sarlat, et qui indiquait comme étant les fondateurs du monastère les princes Pépin et Charles. Ainsi, au XIIe siècle, on ne songeait nullement à faire remonter à Clovis l’origine de l’abbaye. La fausseté de la première partie de la légende est donc manifeste.

Ce point établi, on doit se demander quels étaient ces princes Pépin et Charles. S’agit-il de Pépin le Bref — roi des Francs de 761 à 768 — et de Charlemagne — roi des Francs de 768 à 800, puis empereur d’Occident de 800 à 814 —, ou bien comme à Conques de Pépin Ier d’Aquitaine —petit-fils de Charlemagne, il fut roi d’Aquitaine de 817 à 832 et de 834 à 838 — et de Charles le Chauve — lui aussi petit-fils de Charlemagne, il fut roi d’Aquitaine de 832 à 834 et roi des Francs de 840 à 875 —, ou encore du même Pépin et de Charles le Gros (roi des Francs de 884 à 887) ?

Statues romanes du XIIe siècle de la façade du portail de la cathédrale de Sarlat
Statues romanes du XIIe siècle de la façade du portail de la cathédrale de Sarlat

Le chanoine Tarde, et après lui tous les écrivains qui ont écrit sur Sarlat ont soutenu la première opinion. D’après l’historien sarladais, Pépin le Bref ayant en 763 replacé sous son obéissance l’Angoumois, le Périgord, l’Agenais et le Quercy, aurait trouvé à Sarlat un petit monastère fort ancien, établi dans la solitude d’un vallon boisé et bien arrosé ; et ému de la pauvreté des moines qui l’habitaient, il leur aurait donné de grosses sommes pour subvenir à la construction d’une abbaye et à leur propre entretien.

Une partie du butin pris sur Gaïfer leur aurait été abandonnée. Charlemagne aurait visité le monastère de Sarlat en 778, au retour de l’expédition d’Espagne, et il lui aurait fait don de grosses sommes d’argent et d’or, de quantité de pierreries de grand prix, et de plusieurs reliques dont une des épines de la couronne du Christ et un morceau de la vraie croix ; il aurait pris l’abbaye sous sa protection, l’aurait mise sous le pouvoir de Saint-Pierre, en lui imposant la double obligation de servir à l’église de Rome une rente annuelle d’un écu d’or et de célébrer, chaque année. par un service, l’anniversaire de son décès. Le chanoine Tarde nous apprend que ces obligations ont été toujours observées par l’église de Sarlat.

Mais, alors, comment expliquer que l’abbaye de Sarlat eût été omise sur la liste dressée en 817 des monastères d’Aquitaine tenus envers le roi, soit au service militaire, soit à des prières ? Le document tranche la question, et, comme on ne peut hésiter qu’entre Pépin le Bref et Pépin d’Aquitaine, on est amené à attribuer à ce dernier l’honneur de la fondation de l’abbaye.

Reste à déterminer qui de Charles le Chauve ou de Charles le Gros peut être identifié avec le prince Charles de la bulle de 1153. Le chanoine Tarde ne cite aucun acte de Charles le Chauve concernant Sarlat ; il nous apprend, au contraire, que Charles le Gros, empereur des Romains (881-887) et roi des Francs (884-887), fit réparer l’église de Sarlat, « laquelle il dit dans ses lettres patentes datées de l’an 886 avoir été édifiée in honorem salvatoris mundi in vico Sarlatensi qui est situs in pago Petracoriecensi », qu’il l’enrichit de plusieurs sommes d’or et d’argent et de plusieurs reliques et qu’il la prit sous sa protection.

Charles III le Gros recevant les messagers. Enluminure extraite des Grandes Chroniques de France (manuscrit n°2813 de la BnF, 1375-1380)
Charles III le Gros recevant les messagers. Enluminure extraite
des Grandes Chroniques de France (manuscrit n°2813 de la BnF, 1375-1380)

Le diplôme de Charles le Gros, ainsi cité par le chanoine Tarde, a été malheureusement perdu. L’abbé Leydet l’a cherché en vain dans le chartrier de l’évêché de Sarlat, et l’abbé Lespine ne l’a connu que par la citation de Tarde. Si l’on admet l’authenticité de ce diplôme, on doit proclamer Charles le Gros le second fondateur de l’abbaye, car la bulle de 1153 ne parle que d’un seul prince Charles.

Que subsiste-t-il, d’après cela, de la légende du monastère de Sarlat ? Ni Clovis, ni Pépin la Bref, ni Charlemagne ne peut être considéré comme son fondateur, ce titre devant semble-t-il être décerné à Pépin d’Aquitaine et à Charles le Gros.

 
 
Même rubrique >

Suggérer la lecture de cette page
Abonnement à la lettre d'information La France pittoresque

Saisissez votre mail, appuyez
une seule fois
sur OK et patientez
30 secondes
pour la validation
Éphéméride : l'Histoire au jour le jour. Insertion des événements historiques sur votre site

Vos réactions

Prolongez votre voyage dans le temps avec notre
encyclopédie consacrée à l'Histoire de France
 
Choisissez un numéro et découvrez les extraits en ligne !