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4 novembre 1686 : mort d'Olivier d'Ormesson, juge et rapporteur au procès Fouquet - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

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4 novembre 1686 : mort d’Olivier Lefèvre
d’Ormesson, juge et rapporteur
au procès Fouquet
(D’après « Journal d’Olivier Lefèvre d’Ormesson et extraits
des mémoires d’André Lefèvre d’Ormesson »
(par Adolphe Chéruel), Tome 1 paru en 1860)
Publié / Mis à jour le samedi 4 novembre 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Appartenant à ces familles parlementaires où les talents et les vertus étaient héréditaires — son aïeul, Jean Lefèvre d’Ormesson (1525-1600) avait été intendant des finances sous Henri III, l’écrivain Jean d’Ormesson, né en 1925, étant issu de cette lignée —, Olivier d’Ormesson se distingua notamment par sa grande probité lors du procès intenté à Fouquet, s’opposant alors frontalement à Louis XIV et à Colbert

André d’Ormesson, père d’Olivier, reçut une de ces fortes éducations classiques qui marquent la fin du XVIe siècle et prit soin d’en écrire lui-même les détails. Conseiller d’État et doyen du Grand-Conseil, il vécut jusqu’à une extrême vieillesse, et fut entouré d’une renommée si pure si incontestée, qu’elle trouva grâce même devant Guy Patin.

Ce fut sous les yeux de ce père savant et vertueux que grandit Olivier Lefèvre d’Ormesson. Il était né le 28 décembre 1616, et fut élevé dans la maison paternelle. André d’Ormesson lui donna pour précepteur, ainsi qu’à ses frères, un ecclésiastique nommé Duremain, qui devint, dans la suite, chanoine de la cathédrale de Troyes ; mais l’exemple paternel fut sans doute la plus puissante et la plus utile leçon pour le futur magistrat. « Mon père avait eu soin, dit-il lui-même, de me faire passer par tous les degrés de la vertu. » Olivier d’Ormesson fut reçu conseiller au parlement de Paris le 23 août 1636. Il épousa, le 22 juillet 1640, Marie de Fourcy, fille de Henri de Fourcy, président de la chambre des comptes. Il la nomme rarement dans son Journal : Marie de Fourcy vécut surtout dans ce sanctuaire de la famille, où est le plus grand charme et la gloire réelle d’une femme.

Château d'Ormesson construit à la fin du XVIe siècle et situé à Ormesson-sur-Marne (Val-de-Marne), commune tirant son nom de la famille Lefèvre d'Ormesson installée dans l'ancienne seigneurie d'Amboile depuis 1630
Château d’Ormesson construit à la fin du XVIe siècle et situé
à Ormesson-sur-Marne (Val-de-Marne), commune tirant son nom de la famille
Lefèvre d’Ormesson installée dans l’ancienne seigneurie d’Amboile depuis 1630

En mariant son fils, André d’Ormesson lui donna la terre et le château d’Amboile, qu’il avait eus de la succession de Nicolas Le Prévost. Ce domaine, qui a pris plus tard et qui porte encore aujourd’hui le nom d’Ormesson, a été le séjour de prédilection d’Olivier. Son Journal nous le montre profitant des moindres loisirs pour se rendre à Amboile, faisant travailler à ses tourelles, embellissant les jardins, dirigeant les eaux, en un mot ajoutant de nouvelles beautés à la nature, qui a tant fait pour ce séjour. On s’explique cette prédilection par le caractère du lieu. À peu de distance de Paris, on y trouve alors une solitude profonde au milieu des eaux et des bois. Le château, dont le style annonce une construction de la fin du XVIe siècle, reflète ses toits pointus et ses tourelles dans une pièce d’eau, au milieu de laquelle il s’élève. La façade principale regarde un petit vallon, dont le fond est baigné par un vaste étang, et derrière lequel s’élève un coteau couvert de bois.

Ce qu’on admire dans ce parc, ce sont moins les allées d’arbres séculaires, les vues habilement ménagées, les eaux qui entourent le château et baignent la vallée, que le calme, la paix profonde, le caractère de solitude et de recueillement qui respirent sous ses ombrages et qui transportent si loin du tumulte et des passions de Paris. Cependant Olivier d’Ormesson ne donnait à Amboile que ses loisirs ; il voulut d’abord mériter par une vie laborieuse le repos de ses dernières années. Au commencement de l’année 1643, il acheta une charge de maître des requêtes.

Ces offices avaient alors une haute importance : les maîtres des requêtes étaient rapporteurs au conseil d’état, juges souverains des officiers de la maison du roi ou, comme on disait alors, des requêtes de l’Hôtel ; ils siégeaient au parlement immédiatement après les présidents, et étaient envoyés dans les provinces comme intendants de justice, police et finances. Richelieu, qui avait créé les intendances comme un des instruments les plus actifs de la centralisation, s’était aussi servi des maîtres des requêtes pour les tribunaux extraordinaires qui jugeaient les crimes d’état. Isaac de Laffemas, qui était encore maître des requêtes à l’époque de la Fronde, avait acquis dans ces commissions judiciaires une renommée sanglante.

Olivier d’Ormesson, entré dans ce corps redoutable, y porta les habitudes de travail, de régularité, de probité qui le caractérisent. Son Journal, qui commence précisément au moment où il achète la charge de maître des requêtes, nous le montre assistant régulièrement aux séances du conseil d’état, s’y instruisant des questions de finances et d’administration générale qu’on y discutait. Il fit même, sous la direction de son père, un recueil de toutes les ordonnances qui régissaient le Conseil d’État, et ce manuscrit existe encore aujourd’hui à la Bibliothèque impériale.

Dans l’exercice des fonctions judiciaires attribuées aux maîtres des requêtes, Olivier d’Ormesson fit preuve d’une humanité qui ne distinguait pas toujours les magistrats de cette époque. Il fut nommé, en février 1644, pour faire appliquer à la question un valet de pied du roi qui avait falsifié une ordonnance. Il se rendit à la prison et fit préparer les instruments de torture pour intimider l’accusé, qui finit par avouer. « Je souffris beaucoup en mon humeur, dit Olivier d’Ormesson, d’estre obligé d’user de sévérité et de voir les apprests de la question, quoy que je sçusse qu’elle ne seroit pas donnée. » Quelque temps après, lorsque le maréchal de la Mothe-Houdancourt fut arrêté, on nomma une commission pour lui faire son procès et cette mission fut sollicitée comme une faveur par quelques maîtres des requêtes. Olivier d’Ormesson, bien loin d’imiter leur exemple, dit « qu’il estimoit cet employ le plus malheureux du monde. »

Cette douceur ne dégénérait pas en faiblesse. Olivier d’Ormesson donna plus d’une preuve de fermeté, soit qu’il fallût défendre les droits des maîtres des requêtes menacés par une mesure qui leur paraissait illégale, ou lutter contre l’ambition et l’intrigue pour rétablir la paix troublée par les frondeurs. On le vit alors, aux côtés des présidents Mathieu Molé et de Mesmes, soutenant dans le parlement leurs avis modérés, bravant avec eux les menaces de la populace, qui ne se borna pas à des clameurs, et qui porta plus d’une fois la main sur les magistrats.

Olivier d’Ormesson lui-même fut exposé à de brutales attaques, au moment où les factieux voulaient jeter à la Seine un des membres du parlement. Le courage qu’il déploya en cette circonstance est d’autant plus digne d’éloges que ses fonctions ne lui imposaient pas le devoir d’assister aux séances du parlement. C’était comme ami de l’ordre et de la paix qu’il allait y soutenir un parti menacé par les généraux et par le peuple ameuté. Il ne se faisait pas, comme on le lui a reproché plus tard, courtisan de la faveur populaire ; il la bravait au contraire, et s’exposait à des dangers réels pour accomplir un devoir.

En janvier 1650, Olivier d’Ormesson fut adjoint à Nicolas Fouquet pour exercer les fonctions d’intendant dans la généralité de Paris. Plus tard, il fut nommé intendant de justice, police et finances en Picardie, puis en Soissonais. Nous n’avons que peu de détails sur la manière dont il remplit ces fonctions ; mais ils prouvent que sa capacité et son intégrité furent dignes d’éloges. La correspondance de Turenne, publiée à la suite des mémoires qui portent le nom de ce général, atteste l’activité d’Olivier d’Ormesson pour assurer l’approvisionnement des troupes, l’ordre des marches, la discipline dans les garnisons.

Les intendants avaient, à cette époque, des fonctions multiples qui supposaient des connaissances variées et une merveilleuse activité : ils rendaient la justice, et présidaient trop souvent des tribunaux exceptionnels ; ils faisaient la répartition des impôts dans la plupart des généralités et en surveillaient la perception. Travaux publics, collèges, relations des puissances temporelle et spirituelle, hôpitaux, industrie, commerce, en un mot tous les détails de l’administration étaient de leur compétence. Institués par Richelieu pour être les agents directs et permanents de la puissance centrale, ils étaient sans cesse en relation avec la partie du Conseil d’État que l’on appelait conseil des dépêches, et qui s’occupait de l’administration intérieure du royaume. Leurs attributions étaient plus vastes que celles des préfets et leurs circonscriptions territoriales plus étendues.

Tout ce que nous savons de l’administration d’Olivier d’Ormesson, comme intendant de Picardie, est à son éloge. Une gazette à la main, sous forme de lettres, signale quelques-uns de ses actes. Le 28 février 1657, l’auteur anonyme écrivait : « Le conseil a donné arrest portant que M. d’Ormesson se transportera à Boulogne pour s’informer des entreprises des bourgeois contre la garnison. » On voit ici l’intendant chargé de la police générale et du maintien de la discipline militaire. Un mois après, cette affaire est terminée, et l’on félicite d’Ormesson du résultat. L’auteur anonyme écrivait, à la date du 28 mars : « L’affaire du Boulonnois est accommodée, et les bourgeois de Boulogne restent satisfaits de la procédure de M. d’Ormesson, qui a fait décoller un gentilhomme et pendre un soldat de ceux de la garnison qui avoient donné lieu à la querelle que vous avez sçue. » Enfin on lit dans cette gazette : « M. d’Ormesson est de retour de Boulogne, après y avoir pacifié toutes choses. »

La même correspondance nous montre l’intendant veillant à l’ordre des marches militaires et à la sûreté des bagages. On écrit de Paris, le 12 septembre 1657 : « Le roy ayant nommé le sieur d’Ormesson, intendant de justice, pour informer du désordre qui arriva ces jours passés à nos bagages, le mareschal de Turenne, suivant les ordres de la cour, a fait arrester, par son lieutenant des gardes, le sieur de Ciron, qui en avoit la conduite. » On voit encore dans cette correspondance l’intendant chargé du payement de l’armée, de la fortification des places, et de pourvoir à l’habillement des troupes. L’auteur de la gazette écrivait, le 24 octobre 1657 : « M. d’Ormesson est arrivé à l’armée avec de l’argent pour payer nos troupes et les Anglois, et faire avancer la fortification des places conquises. Il a reçu ordre de M. de Turenne de faire faire un grand nombre de justaucorps, chausses et souliers pour nostre infanterie, à quoi l’on travaille dans nos villes frontières. »

Le principal événement de la carrière d’Olivier d’Ormesson, comme intendant, fut la reprise d’Hesdin, dont Fargues et La Rivière s’étaient rendus maîtres, en 1657. La reine Anne d’Autriche, qui, plusieurs années après, rappelait les bons services rendus par Olivier d’Ormesson pendant son intendance de Picardie. Enfin lorsque l’indépendance que montra Olivier d’Ormesson dans le procès de Fouquet l’eut rendu odieux à la cour, on chercha vainement à découvrir quelque sujet d’accusation dans son intendance et à s’en faire une arme contre lui ; on le trouva inattaquable.

Olivier Lefèvre d'Ormesson. Gravure de 1665 réalisée par Antoine Masson
Olivier Lefèvre d’Ormesson. Gravure de 1665 réalisée par Antoine Masson

Ainsi, jusqu’en 1661, Olivier d’Ormesson nous apparaît comme un magistrat intègre, zélé, instruit, appliqué à son devoir ; du reste, d’humeur douce et facile, de commerce agréable et en relation avec plusieurs hommes éminents de l’époque, mais sans illustration personnelle. Il ne tarda pas à obtenir une considération personnelle et même une renommée éclatante, qu’il dut à sa conduite dans le procès de Fouquet.

Cette affaire a été l’occasion de l’illustration et aussi de la disgrâce du magistrat intègre. Nommé, en 1661, membre de la chambre de justice chargée d’instruire le procès de Fouquet et des traitants, il s’y prépara en faisant un extrait des ordonnances des rois de France sur les questions financières et les procès de plusieurs trésoriers royaux, tels que Pierre de la Brosse, Enguerrand de Marigny, Pierre Remy, Semblançay. La famille de Fouquet regardait d’abord Olivier d’Ormesson comme un ennemi et voulait le récuser. Le roi, qui l’avait choisi pour être un des membres de la chambre de justice, le nomma dans la suite premier rapporteur du procès.

Jusqu’alors Olivier d’Ormesson n’avait pas manifesté son opinion sur Fouquet. Il est probable que, dans le principe, il avait partagé l’indignation qui éclatait de toutes parts contre le surintendant et qui menaçait de se porter aux dernières extrémités. Mais peu à peu d’Ormesson subit l’influence de la pitié qu’inspire toujours une grande infortune. L’acharnement des ennemis de Fouquet, la longueur des procédures, qui traînèrent pendant quatre ans, les fraudes commises par les employés de Colbert, et surtout par Berryer, dans l’inventaire des pièces, l’adresse avec laquelle se défendit Fouquet, sa piété sincère, enfin la compassion si naturelle pour le malheur, tout contribua à modifier l’opinion publique et les dispositions d’une partie des juges.

La cour s’en inquiéta et s’en irrita. Colbert surtout pressait la condamnation avec un odieux acharnement. Il chercha d’abord à gagner Olivier d’Ormesson, et fit donner à son père, André d’Ormesson, doyen du Conseil d’État, la mission de haranguer dans la cathédrale de Paris les ambassadeurs suisses, qui vinrent, au mois de novembre 1663, renouveler les anciennes capitulations avec la France. C’était une fonction réservée ordinairement au chancelier, et, pour perpétuer le souvenir de cet insigne honneur, Louis XIV donna à André d’Ormesson une médaille d’or, qui se transmettait, dans la famille, de génération en génération. D’après le Dictionnaire de Moréri, qui invoque l’autorité du Journal d’Olivier d’Ormesson, le roi promit au rapporteur du procès de Fouquet la dignité de chancelier, s’il concluait à la peine de mort. Ce fait, peu vraisemblable, n’est nullement confirmé par le Journal autographe. Ce qui est certain, c’est que le magistrat resta insensible à toutes les avances de la cour.

Alors Colbert se plaignit et fit une démarche inouïe. Il vint trouver le père d’Olivier d’Ormesson, et pressa ce vieillard d’engager son fils à ne pas résister plus longtemps à la volonté de Louis XIV. La réponse d’André d’Ormesson fut digne et ferme. Après les menaces, vinrent les persécutions. On enleva à Olivier d’Ormesson la charge d’intendant du Soissonais, qu’il avait depuis plusieurs années. Mais rien ne fit fléchir la probité du magistrat ; il n’écouta que sa conscience. Tout entier à ses devoirs de juge, il ne voulut plus même voir ses amis, et entra au conclave, selon l’expression de Mme de Sévigné.

Ses conclusions, qui furent adoptées par la chambre de justice, portaient des peines sévères : le bannissement perpétuel et la confiscation des biens ; elles donnaient une complète satisfaction à la justice, mais non à la haine des ennemis de Fouquet. Malgré leurs clameurs, l’opinion du rapporteur, longuement et fortement motivée, obtint l’assentiment général. On ne peut, à ce sujet, récuser le témoignage de Guy Patin, qu’on ne saurait accuser de sympathie pour les financiers. « M. d’Ormesson, écrit-il à son ami Falconnet, a dit son avis, et, après de belles choses, a conclu à un bannissement perpétuel et la confiscation de tous les biens. » Quelques jours après, il écrit encore à Falconnet : « On dit que M. Fouquet est sauvé, et que, de vingt-deux juges, il n’y en a que neuf à la mort ; les treize autres au bannissement et à la confiscation de ses biens. On en donne le premier honneur à celui qui a parlé le premier, M. d’Ormesson, qui est un homme d’une intégrité parfaite. »

La résistance d’Olivier d’Ormesson aux volontés hautement manifestées de la cour entraîna sa disgrâce. Lorsque son père, André d’Ormesson, mourut en 1665, il sollicita vainement sa place au Conseil d’État, dont la survivance lui avait été promise par Louis XIV. À cette occasion, La Hode a raconté une anecdote qu’a répétée l’historien Sismondi. D’après cet écrivain, Louis XIV aurait personnellement sollicité Olivier d’Ormesson pour ce qu’il appelait son affaire, et d’Ormesson lui aurait répondu : « Sire, je ferai ce que mon honneur et ma conscience me suggéreront. »

Dans la suite, d’Ormesson sollicitant pour son fils le titre de maître des requêtes, Louis lui aurait dit : « Je ferai ce que mon honneur et ma conscience me suggéreront. » Rien n’est moins vraisemblable que ce récit. Il n’était pas dans le caractère de Louis XIV de descendre à des sollicitations personnelles, ni dans celui d’Olivier d’Ormesson de répondre au roi avec une hauteur insolente.

Au lieu de ces anecdotes plus que suspectes, le Journal d’Olivier d’Ormesson nous montre ce magistrat sollicitant vainement la place que le roi lui avait promise, se faisant vainement appuyer par Turenne et par la reine mère, et n’obtenant de Louis XIV que cette réponse : « Quand vous mériterez mes bonnes grâces, je vous les accorderai volontiers. » La place de son père au Conseil fut donnée à Poncet, un des juges qui avaient conclu à la peine de mort contre Fouquet.

Sans se laisser décourager par cet échec, Olivier d’Ormesson sollicita avec une persévérance malheureuse plusieurs autres places qui devinrent vacantes au Conseil d’État. La Biographie universelle prétend que Louis XIV se laissa enfin fléchir ; mais c’est là une erreur. Lorsqu’en 1686, la Gazette de France du 9 novembre annonça la mort de ce magistrat, elle ne lui donna que le titre d’ancien maître des requêtes.

L’auteur de l’article de la Biographie universelle s’est également trompé en avançant qu’Olivier d’Ormesson avait été un des magistrats chargés par Louis XIV de travailler à la réforme des lois. Olivier d’Ormesson, qui parle avec étendue de ces travaux législatifs et qui cite les noms des commissaires, n’aurait pas manqué de rappeler la part qu’il eût prise à cette œuvre -, mais il y resta complètement étranger. Il vendit même, en 1667, sa charge de maître des requêtes, et se retira entièrement de la vie publique.

À partir de ce moment il fut tout entier aux affections de famille et aux relations d’amitié. Il était étroitement lié avec Boucherat, Le Pelletier, et surtout avec le premier président Guillaume de Lamoignon. Son amitié pour ce magistrat remontait à l’année 1648, et se fondait sur une estime profonde et réciproque. Turenne témoignait aussi à Olivier d’Ormesson de l’affection et de la sympathie, et s’efforçait de le protéger contre le ressentiment de Colbert. Le Brun, qui avait conservé à Fouquet malheureux l’attachement qu’il avait montré au ministre tout-puissant, sollicitait l’honneur de faire le portrait du rapporteur de son procès. Enfin Mme de Sévigné, depuis longtemps amie d’Olivier d’Ormesson, multipliait les preuves d’affection pour lui rendre la disgrâce moins pénible.

Olivier d’Ormesson avait connu Marie de Rabutin-Chantal dans toute la grâce de sa première jeunesse. Il en parle dès le mois de mars 1644, lorsqu’elle quêtait aux Minimes, à la fête de Saint-François de Paule. Plus tard il la suivit dans toute sa destinée avec une sollicitude pleine d’affection et de dévouement, s’occupant de l’achat d’une compagnie pour son mari, débrouillant ses procès, et, pendant la Fronde, partageant ses dangers et ses émotions. Le procès de Fouquet resserra cette amitié, et l’on prétendit même que d’Ormesson se laissait gouverner par Mme de Sévigné.

Olivier d’Ormesson avait toujours aimé le repos des champs et s’était plu à embellir ses jardins d’Amboile. C’était un goût qu’il partageait avec le premier président de Lamoignon et avec un grand nombre de magistrats de cette époque. Ce goût s’accrut avec l’âge et on lui a même attribué un livre sur le jardinage, fait en collaboration avec Guillaume de Lamoignon. Adrien Baillet, qui nous fournit ce renseignement, avait été bibliothécaire du fils du premier président et précepteur de son petit-fils ; il devait donc être bien informé, lorsqu’il dit qu’Olivier d’Ormesson et Guillaume de Lamoignon avaient écrit de concert sur l’art d’orner les jardins.

Nicolas Fouquet. Gravure de 1661 réalisée par Robert Nanteuil
Nicolas Fouquet. Gravure de 1661 réalisée par Robert Nanteuil

Olivier d’Ormesson trouvait encore dans sa famille une douce compensation à la perte de la faveur royale. L’éducation de ses enfants devint son affaire principale. Il s’était attaché Fleury, qui composa pour le fils aîné d’Olivier, André, une Histoire du droit français et une pièce de vers latins datée d’Ormesson.

André d’Ormesson entra dans la magistrature, où la réputation de son père et de son aïeul lui préparait un accueil bienveillant et lui imposait d’austères devoirs. Le Journal d’Olivier d’ Ormesson prouve avec quelle sollicitude il suivait les efforts de son fils et lui frayait la voie. Il ne dissimule pas son émotion au premier plaidoyer d’André, et sa joie éclate lorsqu’il le voit répondre à l’attente de ses amis. Il acheta bientôt pour lui une place d’avocat du roi au Châtelet, et, dans cette nouvelle position, le jeune magistrat sut mériter l’approbation d’un auditoire d’élite, où figuraient Ménage, Boileau et Bossuet.

Olivier d’Ormesson avait sept enfants ; il porta dans la direction de cette nombreuse famille le même esprit de justice et de modération que dans les affaires publiques. Une de ses filles voulut se faire religieuse. Il éprouva longtemps sa vocation avant de consentir au sacrifice irrévocable, et ne put voir sans attendrissement la cérémonie qui la séparait du monde. « Je l’embrassai, dit-il, et me cachai aussitôt, ayant les larmes aux yeux, et ne pus voir le reste de la cérémonie ».

D’Ormesson montra la même prudence lorsqu’un de ses fils voulut entrer en religion. Prévenu par le supérieur général de la congrégation de Sainte-Geneviève, il fit à son fils Simon les objections nécessaires pour s’assurer de la réalité de sa vocation. « Je lui dis toutes les peines de la religion et n’omis rien de ce que la conscience et la prudence m’obligèrent de lui dire. Il me répondit à tout fort bien. » Un autre fils d’Olivier d’Ormesson entra dans le clergé séculier et devint docteur en Sorbonne. Il soutint ses thèses au milieu d’un grand concours et avec l’approbation générale. À cette époque, les actes sorboniques étaient de véritables solennités, auxquelles se rendaient avec empressement les membres les plus illustres de la magistrature et du clergé.

Lorsqu’il eut terminé l’éducation de ses enfants et que ses fils furent entrés dans la magistrature, dans le clergé et dans l’ordre de Malte, Olivier d’Ormesson se reposa au milieu de ses bois d’Amboile, qu’il avait toujours aimés. Il voyait son fils André briller dans la carrière qu’il lui avait frayée. Conseiller au grand conseil en 1671 et, en 1676, maître des requêtes, André d’Ormesson recueillait les fruits de l’intégrité de son père. Ce n’était plus seulement l’opinion publique qui l’accueillait avec bienveillance ; Louis XIV avait commencé à réparer sa longue injustice envers le rapporteur de Fouquet, en agréant son fils. « II me servira bien », avait-il répondu à Olivier d’Ormesson, qui sollicitait l’autorisation du roi pour qu’André fût reçu au grand conseil.

On prétend qu’en nommant ce jeune magistrat maître des requêtes, Louis XIV lui dit : « Vous ne pouvez mieux faire que de prendre pour modèle le rapporteur du procès de Fouquet. » On aime à croire, pour l’honneur de Louis XIV, que ces paroles furent prononcées. Ce qui est certain, c’est qu’André fut bientôt chargé d’une des intendances les plus importantes, celle de la généralité de Lyon ; mais il ne tarda pas à être enlevé par une mort prématurée. Dès 1681, il avait perdu sa femme, Éléonore Le Maître, qui lui avait donné deux enfants. Il mourut lui-même, en 1684, avant son père, à quarante ans. Ce fut une nouvelle et cruelle épreuve pour son père, qui lui survécut deux ans.

Olivier d’Ormesson supporta ce nouveau coup avec une résignation toute chrétienne, et écrivit des réflexions sur la mort de son fils. Il mourut lui-même le 4 novembre 1686, entouré de l’estime publique. La Gazette de France annonçait cet événement dans les termes suivants : « Messire Olivier Lefèvre d’Ormesson, ancien maître des requêtes, mourut ici, le 4 de ce mois, après une longue maladie. Il a été fort regretté à cause de sa grande capacité et probité singulière. » Dangeau écrivait le même jour dans son Journal : « M. d’Ormesson, ancien maître des requêtes et homme de réputation, mourut à Paris. »

Olivier d’Ormesson laissait à sa famille un journal manuscrit, où il avait consigné pendant près de vingt ans, de 1643 à 1650 et de 1661 à 1672, les événements dont il avait été témoin ou les bruits qui parvenaient jusqu’à lui.




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