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18 septembre 1811 : création du bataillon des sapeurs-pompiers de Paris - Histoire de France et Patrimoine


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18 septembre 1811 : création du bataillon
des sapeurs-pompiers de Paris
(D’après « Les sapeurs-pompiers » (par François Bournand), paru en 1893)
Publié / Mis à jour le mardi 5 septembre 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Si dès la fin du VIe siècle Paris des gardes de nuits sont chargés de veiller aux incendies, seuls des moyens dérisoires de lutte existent jusqu’au règne de Louis XIV, un édit de 1667 imposant alors la mise à disposition d’outils et d’hommes propres à combattre le feu

Ce fut dès les rois de la dynastie mérovingienne que Paris eut des vigiles ou gardes de nuit chargés de veiller aux incendies. Un décret du roi Clotaire II, daté de 595, montre en effet le soin que l’on prenait déjà pour surveiller les incendies qui devaient être terribles, les maisons étant alors toutes construites en bois et serrées les unes contre les autres.

En 803, Charlemagne donna l’ordre, sous peine d’amende, à un certain nombre d’habitants de chaque ville, de veiller à la sécurité de-tous à propos des incendies. Il existait alors un ancien usage : quand un incendie se déclarait, les prêtres s’assemblaient, et l’on portait, sur le lieu du sinistre, le Saint Sacrement. On jetait ensuite dans les flammes le corporal, ce linge consacré dont on se sert pour mettre le calice sur l’autel.

Le centenaire des pompiers de Paris (uniformes historiques des pompiers parisiens 1811–1911). Illustration parue dans le Supplément illustré du Petit Journal du 8 octobre 1911
Le centenaire des pompiers de Paris (uniformes historiques des pompiers parisiens 1811–1911).
Illustration parue dans le Supplément illustré du Petit Journal du 8 octobre 1911

Cette ancienne coutume existait encore en plein milieu du XVIe siècle. En 1524, la France fut désolée par un grand nombre d’incendies attribués, par la rumeur populaire, au connétable de Bourbon. Le village de Meaux fut détruit. Comme on craignait de voir le feu se rapprocher de Paris, le Parlement prit des mesures extraordinaires, ordonna, sous peine d’amende et de la prison, qu’on fît des provisions d’eau dans chaque maison, qu’on bouchât hermétiquement les soupiraux des caves et sous-sols, et qu’on allumât des lanternes aux fenêtres, à partir de neuf heures du soir.

Jusqu’au règne du roi Louis XIV, il n’exista Paris que des moyens absolument dérisoires, complètement inefficaces, de combattre le feu et d’arrêter les incendies. En province, l’idée même de se prémunir des plus simples préservatifs n’était venue à personne. Les membres des communautés religieuses et principalement les Capucins étaient alors les pompiers, et le matériel consistait en un certain nombre de seaux en bois ou en fer, qu’on réunissait dans un hangar de la communauté, afin de pouvoir porter secours dans les cas urgents. Dans une lettre du 20 janvier 1671, parlant d’un incendie, Madame de Sévigné rend témoignage en faveur des Capucins, ces premiers pompiers. Le grand Condé les appelait gaiement les Ordres Salamandres, en raison de leur empressement à se dévouer dans les incendies.

Une ordonnance du roi, datée de 1670, obligeait bien tous les ouvriers en bâtiment à prêter leur aide au premier appel, mais rien n’était bien organisé, et les malheureux ne pouvaient guère que regarder leurs maisons brûler. Mademoiselle de Montpensier, dans ses Mémoires, raconte qu’un incendie s’étant déclaré au Louvre, « on y porta le Saint Sacrement de l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, qui en est la paroisse ; dans le moment qu’il arriva, le feu cessa. »

Par une ordonnance du mois de décembre 1254, le roi saint Louis autorisa les gens de métier de Paris à faire le guet pour assurer la sécurité de la ville à tous les points de vue, c’est-à-dire aussi bien pour veiller aux incendies que pour empêcher les vols. Et au cas d’incendie, il fut prescrit au guet bourgeois de se joindre au prévôt de Paris, chargé de diriger les secours.

On connaît la lettre de Madame de Sévigné, racontant l’incendie de la maison du comte Guitaut d’Époisse : « Je vis la maison de Guitaut toute en feu ; les flammes passaient par-dessus la maison de Mme de Vauvineuse. On voyait dans nos cours, et surtout chez M. de Guitaut, une clarté qui faisait horreur. C’étaient des cris, c’était une confusion, c’étaient des bruits épouvantables de poutres et de solives qui tombaient. Je fis ouvrir ma porte, j’envoyai mes gens au secours. M. de Guitaut m’envoya une cassette de ce qu’il a de plus précieux ; je la mis dans mon cabinet, et puis je voulus aller dans la rue pour bayer comme les autres...

« Pour moi, j’étais comme dans une île, mais j’avais grand’pitié de mes pauvres voisins. Mme Guéten et son frère donnaient de très bons conseils. Nous étions tous dans la consternation. Le feu était si allumé qu’on n’osait en approcher, et l’on n’espérait la fin de cet embrasement qu’avec la fin de la maison de ce pauvre Guitaut ; il faisait pitié... Des capucins, pleins de charité et d’adresse, travaillèrent si bien qu’ils coupèrent le feu. On jeta de l’eau sur les restes de l’embrasement, et enfin le combat finit faute de combattants, c’est-à-dire que le premier et le second étage de l’antichambre et de la petite chambre du cabinet qui sont à la main droite du salon ont été entièrement consumés.

« On appela bonheur ce qui restait de la maison, quoiqu’il y eut pour le pauvre Guitaut pour plus de dix mille écus de perte. » (Lettre de Mme de Sévigné à Mme de Grignan)

Par un édit du 15 mars 1667, le roi ayant créé la charge de lieutenant du prévôt de Paris pour la police, ce fut cet officier qui fut chargé de tout ce qui concernait la sûreté de la ville et vicomté de Paris, et de donner par suite tous les ordres nécessaires en cas d’incendie. La même année, le Parlement rendit un arrêt qui régla les devoirs des quarteniers. On appelait ainsi les fonctionnaires qui étaient chargés du service des incendies dans les différents quartiers de la ville. Ils étaient obligés d’avoir toujours chez eux des échelles, des seaux, des crocs, des haches, et devaient veiller à l’entretien ou au remplacement de ces différents objets de sauvetage.

Par une ordonnance de police du 7 mars 1670, et par une ordonnance du prévôt des marchands du 31 juillet 1681, il était enjoint au commissaire de police de chaque quartier de requérir l’assistance des maîtres des divers métiers concernant le bâtiment par une sommation expresse. Cette sommation restant presque toujours sans effet, en raison de l’absence habituelle de l’entrepreneur, on avait recours au tocsin, lequel faisait accourir sur le théâtre de l’incendie, indépendamment des maîtres, des masses d’ouvriers, de compagnons et d’apprentis.

Le Maréchal Canrobert passe en revue les sapeurs-pompiers de Paris, sur l'esplanade des Invalides et leur remet le drapeau dont l'Empereur leur fait don à propos de leur organisation en régiment. Estampe de Gustave Janet (1829-1898)
Le Maréchal Canrobert passe en revue les sapeurs-pompiers de Paris, sur l’esplanade
des Invalides et leur remet le drapeau dont l’Empereur leur fait don à propos
de leur organisation en régiment. Estampe de Gustave Janet (1829-1898)

Des outils propres à éteindre l’incendie étaient déposés dans tous les quartiers de Paris, au domicile des conseillers de ville, des quarteniers, des anciens échevins, des cinquanteniers, des dizainiers et de plusieurs notables bourgeois. L’eau, dont le secours est si nécessaire dans de pareils dangers, était tirée non seulement des fontaines, mais des puits. Les propriétaires des maisons qui renfermaient ces puits étaient tenus, sous peine d’amende, de les tenir munis de cordes et de poulies, ainsi que d’un ou plusieurs seaux, nous apprend Frégier dans son Histoire de la police de Paris.

Plus tard, vers 1693, un grand incendie dévora aussi le bel hôtel de l’historiographe du roi, le chevalier de Walincour. Ce dernier avait en dépôt chez lui le manuscrit de Racine et de Boileau sur la vie du roi Louis XIV. « On essayait de sauver ce qu’on pouvait du mobilier, sans trop s’occuper de la maison qui flambait comme un fagot de bois sec. Walincour donna vingt louis à un Savoyard pour qu’il allât chercher le manuscrit de la Vie du roi ; travers les flammes il y alla, mais il lui rapporta un recueil de gazettes... »

Tout cela était bien défectueux pour la sécurité publique. Il fallut arriver au commencement du XVIIIe siècle pour voir un commencement de sérieuse protection. Début octobre 1699, le roi Louis XIV accorda au sieur François Dumouriez du Perrier, commissaire ordonnateur des guerres, le privilège exclusif de construire et de vendre, pendant un espace de trente années, dans toute l’étendue de la France, des pompes portatives, analogues à celles qu’on voyait servir en Allemagne, en Angleterre, en Hollande.

Une ordonnance, en date du 12 janvier 1705, prescrivit une loterie, dont le bénéfice devait être affecté a l’achat de douze pompes à incendie pour la ville de Paris. Ces pompes furent déposées dans les couvents, remises aux bons soins des moines, qui, en cas d’incendie, s’étaient engagés a traîner eux-mêmes les pompes sur le lieu du sinistre. En 1742, comme on accusait déjà les Capucins d’être inutiles à la société, leur avocat opposait cette défense typique : « Faudra-t-il donc forcer ces religieux de souhaiter une peste, ou un incendie public, pour prouver évidemment l’utilité des Capucins ? »

En 1716, Du Perrier fut nommé directeur des pompes. On lui adjoignit un personnel, qui fut le noyau du corps des sapeurs-pompiers. L’uniforme consistait alors uniquement en un chapeau de feutre couvert d’un tissu en fil de fer, auquel était jointe une visière relevée. En 1720, le chapeau fut remplacé par une calotte de fer, portant sur le devant une plaque de même métal. « En 1716, dit le Moniteur de l’armée, on comptait vingt pompes, mais déjà en assez mauvais état ; une ordonnance royale du 23 février en porta le nombre à trente-six, et commit trente-six hommes, exercés à ce service, pour les mettre en activité et diriger les manœuvres, moyennant une allocation annuelle de 6 000 livres, applicables aux frais d’entretien et d’exploitation. » Tous les six mois, on avertissait les habitants, par des affiches placées au coin des rues, des endroits où étaient remisées les pompes et la demeure des gardiens.

Du Perrier succéda à son père. Il prit les épaulettes de colonel et fut nommé chevalier de Saint-Louis, grande distinction qui n’était alors accordée qu’aux militaires. Les gardes eurent, de par le roi, la faveur de pouvoir entrer aux Invalides dans les mêmes conditions que les autres soldats. Quand Du Perrier fut remplacé par Morat, les pompiers reçurent des épaulettes jaunes.

En 1722, des lettres patentes par arrêt ordonnaient l’achat de dix-sept appareils nouveaux, et arrêtaient que soixante hommes, habillés d’un costume uniforme, seraient chargés spécialement du service des incendies. En 1770, le corps fut porté à cent quarante-six hommes payés. Il y eut seize corps de garde. En 1785, il y eut deux cent vingt hommes. En 1789, au mois de décembre, le Département de la garde nationale fit publier un règlement concernant le service des incendies. Le 9 ventôse an III (27 février 1795), le nombre des gardes-pompes fut porté à trois cent soixante-seize hommes, composant trois compagnies. Les hommes furent nourris, mais non casernés ; jusqu’au 6 juillet 1801 ils continuèrent à loger en ville. Leur uniforme se composait d’un casque en cuivre, d’un habit de drap bleu de roi et d’une culotte bleue avec des guêtres rouges (la couleur du feu).

En 1810, pendant un bal, un violent incendie éclata à l’ambassade d’Autriche, rue du Mont-Blanc, à Paris. Cet incendie, où l’on s’aperçut de l’insuffisance des moyens de secours, fut la cause indirecte de la création du Régiment des sapeurs-pompiers.

C’est en effet le 18 septembre 1811 que parut le décret qui créa un bataillon de sapeurs-pompiers comprenant quatre compagnies avec treize officiers et cinq cent soixante-trois hommes de troupe. Les sapeurs furent armés de fusils pour la première fois. Le bataillon, soumis aux lois militaires, eut aussi pour mission de concourir aux besoins du service de police et de sûreté publique sous les ordres du ministre de l’Intérieur et du préfet de police.

Sapeurs-pompiers du temps de la Monarchie de Juillet (1830-1848). Gravure (colorisée) publiée dans Les Français peints par eux-mêmes paru en 1842
Sapeurs-pompiers du temps de la Monarchie de Juillet (1830-1848).
Gravure (colorisée) publiée dans Les Français peints par eux-mêmes paru en 1842

Par ce décret, les Sapeurs-Pompiers prenaient rang à la gauche de l’infanterie de ligne. L’entretien du corps et la solde étaient à la charge de la ville de Paris. Les officiers étaient nommés par le souverain, et les sous-officiers par le préfet de police. Le recrutement avait lieu par enrôlement volontaire. Par une ordonnance du 28 août 1822, l’effectif de ce bataillon fut porté à quatorze officiers et six cent soixante-deux hommes. En septembre 1824, les médecins-majors du corps furent admis à prendre rang parmi ceux de l’armée.

Un décret du 20 janvier 1832 nomma un sous-lieutenant dans chaque compagnie. Le 11 mai 1833 fut créé l’emploi du sous-lieutenant chargé du recrutement et de l’habillement. Un peu plus tard, le bataillon fut augmenté de vingt sapeurs payés par la liste civile et destinés à assurer le service des palais royaux.

En 1845, il y avait cinq compagnies comprenant vingt et un officiers et huit cent huit sapeurs et caporaux. En 1850, le bataillon fut réorganisé : la discipline, le commandement, l’administration appartinrent au ministre de la guerre ; les dépenses furent mises à la charge de la ville de Paris, et la préfecture dut diriger le service contre l’incendie. L’effectif du bataillon fut fixé à cinq compagnies avec vingt-deux officiers et sept cent quatre-vingt-dix-sept sapeurs.

En 1855, deux compagnies nouvelles furent décrétées : l’une le 10 février 1855 pour le service de la ville de Paris, l’autre le 17 février pour être transportée à Constantinople et être attachée au service du corps expéditionnaire de la guerre d’Orient. À la fin de la campagne, cette dernière compagnie fut incorporée dans le bataillon. Successivement, le corps fut augmenté de nouvelles compagnies.

Un décret du 5 décembre 1866 augmenta le corps de deux compagnies, et, en même temps, les douze compagnies qui résultèrent de cette formation furent divisées en deux bataillons de six compagnies chacun, et réunis sous la dénomination de Régiment des Sapeurs-Pompiers de Paris.

En 1878, les charges considérables qui pesaient sur le corps des sapeurs-pompiers s’étant accrues en raison de la création de nouveaux services (emploi de pompes à vapeur, dévidoirs, installations télégraphiques spéciales), la Préfecture de police fut amenée à demander un supplément d’effectif au Conseil municipal, qui après examen de la question accorda les crédits nécessaires (délibération du 30 juillet 1878).

C’est le décret du 28 février 1967 qui dissout le Régiment et crée la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris le 1er mars.




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