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16 juillet 1907 : mort de l'ancien préfet et ambassadeur Eugène Poubelle

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16 juillet 1907 : mort de l’ancien préfet
et ambassadeur Eugène Poubelle
(D’après « Le Petit Journal » du 17 juillet 1907)
Publié / Mis à jour le lundi 16 juillet 2018, par LA RÉDACTION
 

Au lendemain de sa disparition, Le Petit Journal considère que c’est une figure fort intéressante à bien des titres qui disparaît. Jurisconsulte, administrateur ou diplomate, Eugène-René Poubelle a déployé dans chacune des carrières où il eut l’occasion d’entrer, les qualités les plus solides et les plus brillantes. Son nom restera comme celui d’un des hommes qui ont mis au service de leur pays le plus d’intelligence et le plus de courage. Et l’histoire n’oubliera pas qu’en 1870 il abandonna sa chaire de professeur de droit pour aller s’engager et qu’il gagna sur le champ de bataille le glorieux ruban de la médaille militaire.

Eugène-René Poubelle était Normand. Il naquit à Caen le 15 avril 1831. Au sortir du collège, il prit ses inscriptions à la Faculté de droit de sa ville natale. A 28 ans, il conquérait le diplôme d’agrégé et devenait, comme professeur adjoint, le collègue de ses anciens maîtres. De la Faculté de Caen, il fut envoyé à Grenoble, puis à Toulouse, où il fut titularisé.

Il était dans le Midi lorsque la guerre éclata. Incorporé, sur sa demande, dans un régiment d’artillerie, il se distingua pendant le siège de Paris, aux combats du Bourget, de Buzenval et de Champigny, et, comme nous le rappelions précédemment, fut décoré de la médaille militaire. En avril 1871, Poubelle fut nommé préfet de la Charente. Il revint ensuite à Grenoble, non plus comme professeur de droit, mais comme préfet, et alla ensuite à Ajaccio. Ayant toutefois la nostalgie des Pandectes — corpus juris civilis (corpus de droit civil), la plus grande compilation du droit romain antique —, il redemanda sa chaire de Toulouse, et, le 24 mai 1873, quittait l’uniforme brodé du préfet pour reprendre la robe du professeur.

Mais en 1878, Eugène Poubelle rentrait dans l’administration. Il fut préfet du Doubs, puis des Bouches-du-Rhône, où, dans plusieurs circonstances difficiles, il put donner la mesure de ses facultés exceptionnelles. Le 15 octobre 1883, il était appelé à la préfecture de la Seine. Il devait y rester treize ans. Les hautes fonctions qu’on lui confiait étaient, à cette époque, plus difficiles à remplir qu’elles ne l’avaient peut-être jamais été.

Eugène-René Poubelle
Eugène-René Poubelle

Il joua un rôle de tout premier plan dans l’histoire de Paris. C’est en effet grâce à son concours actif que furent accomplies quantité de réformes telles que le développement des institutions scolaires, les améliorations des grands services de voirie, d’architecture, les perfectionnements du système des égouts, etc. Faut-il rappeler enfin que son nom connut la rare faveur de devenir l’appellation populaire sous laquelle on désigne un objet d’utilité quotidienne, dont il réglementa fort ingénieusement l’usage ?

Eugène Poubelle ne devait quitter la préfecture de la Seine que pour entrer dans la diplomatie. On s’étonna un peu lorsqu’on apprit qu’il allait représenter la France auprès du Pape. Non qu’on doutât que cet homme qui avait, dans d’autres carrières, montré tant de qualités diplomatiques, fît un excellent ambassadeur, mais Poubelle ne passait point pour un dévot. Il lisait plus volontiers Voltaire que les Pères de l’Église, et l’on se demandait si le chef de la chrétienté ne le tiendrait pas un peu à l’écart. Craintes superflues. Jamais un ambassadeur ne fut mieux en cour.

Après être resté à Rome de mai 1896 à décembre 1898, l’ancien préfet de la Seine démissionna et revint en France. Bien que, depuis l’époque de son retour, il n’eût plus occupé de fonctions officielles, Eugène-René Poubelle ne vivait pas dans la retraite. L’âge n’avait pas affaibli ses incomparables facultés. Il était resté le causeur charmant qu’on aimait tant écouter aux réunions de la Société « La Pomme » et contait toujours aussi volontiers et avec la même verve qu’autrefois les savoureuses anecdotes qu’il avait entendu narrer dans sa jeunesse, au pays normand.

C’est dans son appartement de la rue Montalivet, au n° 18, que mourut Eugène Poubelle, succombant à un accès de goutte au cœur. Il s’était trouvé souffrant en se levant, et ses domestiques étaient allés chercher deux médecins qui reconnurent vite que tout espoir était perdu. On courut prévenir une de ses filles, qui assista à ses derniers moments. L’ancien ambassadeur et grand-officier de la Légion d’honneur, qui laissait deux filles, était veuf depuis plusieurs années.

 
 
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