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Coutumes et traditions. Priseurs et priseuses de tabac. Priser : divertissement des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Priseurs célèbres de tabac, ou le
divertissement des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles
(D’après « La Revue pour Tous », paru en 1890)
Publié / Mis à jour le lundi 28 octobre 2013, par LA RÉDACTION

 
 
 
Si les hommes n’ont pas les mêmes manies dans tous les temps, du moins, ils ont toujours des manies. Et si l’usage de priser, c’est-à-dire de s’introduire dans les narines une poudre brune, peu agréable à l’odeur, piquante, et d’un emploi plus ou moins ragoûtant, n’est plus en faveur aujourd’hui, jadis ce fut le souverain bon ton, et la revue des illustres priseurs va nous en convaincre.

Le premier priseur célèbre fut... une priseuse. Lorsque notre ambassadeur au Portugal, Jean Nicot, rapporta en 1560, le tabac, importé récemment d’Amérique, Catherine de Médicis protégea avec enthousiasme la nouvelle plante. Sujette à des migraines, elle prisait avec délices. La cour l’imita, naturellement, et comme cela se voit fréquemment, l’origine de la mode fut une flatterie.

Alors on râpait soi-même son tabac avec de délicieux petits bijoux en bois sculpté, en ivoire, en métaux précieux. Ces petites râpes se nommaient des grivoises, parce que les grivois ou soldats s’en servaient habituellement. L’usage de râper soi-même son tabac subsista encore pendant longtemps, comme le prouverait la chanson connue, du XVIIIe siècle :

J’en ai du bon
Et du frais râpé
Mais ce n’est pas
Pour ton fichu nez !

Quelques-unes de ces râpes artistiques sont conservées au Louvre, dans la collection Sauvageot, ainsi qu’au Musée de Cluny.

Le général Philippe de Vendôme, arrière-petit-fils d'Henri IV, représenté en train de priser en 1694
Le général Philippe de Vendôme, arrière-petit-fils
d’Henri IV, représenté en train de priser en 1694

Au XVIe siècle, on avait beaucoup consommé de tabac, pour plaire à Catherine de Médicis. Mais au XVIIe, ce fut presque de la fureur. Si bien que Dancourt,.dans une de ses comédies, le Chevalier de la mode, pouvait faire dire à une soubrette : « Eh bien, monsieur, boire et prendre du tabac, c’est ce qui fait aujourd’hui le mérite de la plupart des jeunes gens. »

Chose curieuse, à l’époque même où le tabac à priser était le plus en faveur, le roi professait pour lui une horreur véritable. Louis XIV fit à ceux qu’il voulut honorer toutes sortes de cadeaux, bijoux, armes, meubles, tapisseries, mais pas une seule tabatière. On n’osait point priser en sa présence, de peur d’être pris en grippe. Seuls, deux priseurs intrépides, le duc d’Harcourt et le maréchal d’Huxelles avaient le courage de priser très ostensiblement (et même peut-être d’éternuer !) devant le Roi-Soleil !

Quelques priseuses
Quant aux femmes, elles prisaient à qui mieux mieux, et cela ne les rendait pas plus belles, si on en juge par ce fragment de lettre de la princesse des Ursins, en parlant de la duchesse d’Olonne. Elle met trop de rouge, disait-elle, ce qui lui donne l’air d’avoir trop bu ou d’être en colère. « Si elle pouvait y ajouter de n’avoir pas le nez barbouillé de tabac, cela ne gâterait rien à la chose. »

De même Furetière, en 1727, écrivait ces lignes significatives : « C’est une manie de se remplir incessamment le nez de tabac sous prétexte de se purger les sérosités du cerveau. Cependant l’usage en a tellement prévalu que tout le monde en prend presque continuellement, jusqu’aux femmes et aux filles même. C’est quelque chose de dégoûtant que de voir une femme ou une fille qui a le nez tout barbouillé de tabac. »

C’était pourtant chose si naturelle que le maréchal de Villars offrait à Mlle Antier, une étoile de l’Opéra, en 1712, une magnifique tabatière. Proposez donc aujourd’hui le même cadeau à quelqu’une de nos jolies actrices. Elle sera capable de la prendre... à cause des brillants, mais pas à cause du tabac bien certainement.

Parmi les priseuses célèbres, il faut compter encore Mme de Pompadour ! L’adorable marquise avait une collection unique de tabatières, ou plutôt de « boëtes » comme on devait dire pour être du bel air. Dans un testament, elle en fit une distribution à tous tes amis et amies.

Enfin, pour terminer le paragraphe des priseuses, il faut mentionner la duchesse de Chartres, Louise de Bourbon-Conti. C’est elle qui fit la fortune de la Civette, la célèbre boutique de tabac. La princesse portait intérêt à la jeune marchande, nouvellement mariée, qui tenait cette boutique. Pour lui témoigner cette faveur, elle fit plus d’une fois arrêter son carrosse devant la maison, et, chaque fois, elle s’exclamait : « Ce tabac est délicieux, c’est le meilleur de tout Paris. » La vogue se rua aussitôt à la Civette.

Ecrivains et majestés

Voltaire prisa beaucoup, mais surtout au collège. Le père Porée lui « confisqua » un jour sa tabatière, et ne la rendit qu’à la condition qu’il en ferait la demande en vers. Le jeune Arouet s’exécuta, mais les vers ne sont pas fameux.

Les gens de la cour avaient, on le sait, une manière incomparable de priser avec grâce, d’éternuer avec charme, d’épousseter leur jabot avec une hauteur méprisante. Le Régent prisait aussi, mais c’était pour lui prétexte à collectionner les boites ornées de miniatures de Klingstet, qui n’étaient pas précisément des images de sainteté.

Quant au nombre des tabatières possédées par les personnages illustres, il atteint des proportions stupéfiantes. Le prince de Conti, Louis-François de Bourbon, en laissa à sa mort une collection de huit cents ! Frédéric de Prusse, le grand Frédéric en possédait plus de quinze cents ! Ajoutons qu’il rie prenait que du tabac d’Espagne.

Si nous en revenons aux écrivains plus modestes, il faudra citer l’histoire amusante de Piron, qui en avait au moins une, à laquelle il tenait très fort, et qui lui fut assez vilainement enlevée par Fréron. C’était une boite formée de deux pièces en porcelaine de Saxe montées en or. Le poète eut l’imprudence de la montrer dans une société où était Fréron. Celui-ci la loua avec tant d’admiration que, par politesse Piron dit « qu’elle était à son service ». Fréron prit Piron au mot et la mit dans sa poche.

De retour au logis conjugal, Piron fait part à sa femme de son désappointement. Celle-ci négocie avec le libraire commun des deux hommes de lettres, le retour de la tabatière moyennant huit louis. L’intermédiaire tarde à s’acquitter de sa mission. Quand il retrouve Fréron, il était trop tard ; la tabatière avait été échangée contre un habit d’écarlate.

Terminons cette revue des célèbres priseurs par Napoléon Ier et par Louis XVlIl. Il faut pour Napoléon Ier, renoncer à la légende du tabac pris à même sa poche. Il portait toujours des tabatières très simples en écaille noire doublée d’or. Quant aux magnifiques boites ornées de diamants et de ses portraits, il en faisait cadeau a son entourage. Pour Louis XVIII, il eut une tabatière que plus d’un lui aurait enviée : la seule démonstration de sa passion pour Mme de Gayla, consistait à placer une prise sur l’épaule de la belle comtesse, et de l’aspirer non sans quelque volupté.

De toutes les tabatières historiques, si celle-ci n’est pas la meilleure, ce n’est pas non plus la pire. Il y eut en effet celle que récemment Guillaume II offrit au prince de Bismarck quelque temps avant sa démission, C’était peut être une des quinze cents « boetes » du grand Frédéric.




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