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Une épizootie en Gascogne en 1774 et 1775. Maladie décimant les animaux : boeufs, chevaux, vaches, mulets. Mesures sanitaires - Histoire de France et Patrimoine


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Événements marquants

Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.


Épizootie (L’) de 1774 et 1775 en Gascogne
provoque l’effroi et suscite
des mesures drastiques
(D’après « Revue de Gascogne : bulletin mensuel
du Comité d’histoire et d’archéologie
de la province ecclésiastique d’Auch », paru en 1881)
Publié / Mis à jour le mercredi 10 avril 2013, par LA RÉDACTION

 
 
 
Après les guerres civiles du XVIIe siècle et la peste qui en fut la suite en beaucoup de lieux, l’épizootie de 1774 et 1775 fut une des plus grandes calamités qui aient affligé toute la Gascogne, et même une partie des provinces voisines. Des cordons sanitaires sont dressés, certains n’hésitant cependant pas à profiter du fléau pour écorcher les animaux morts, au mépris du danger encouru. Après une rémission apparente, la maladie regagne en vigueur, impliquant l’abattage en masse...

Tout porte à croire qu’il a éclaté vers les premiers jours de juillet, et que, s’il n’a pas pris naissance dans ces contrées, il ne tarda pas à les envahir. Le Condomois et une partie du sud de l’Agenais durent être frappés dans ce même temps. Devillemur, homme d’affaires du comte d’Esclignac, écrivait de Paris, le 25 août 1774, au régisseur de la seigneurie de Larée, près de Cazaubon : « Cette maladie a été aussi terrible aux environs de Condom que dans votre pays. » Quelques jours avant cette date, la ville de Mézin, effrayée des progrès de ce mal étrange, faisait publier que la foire d’août était absolument interdite à toute sorte de bétail.

La notice de Plieux sur Mgr de Cugnac nous montre que la contrée de Lectoure fut également fort éprouvée pendant la même année. Le 30 août, Isaac Duffau, de Labastide-d’Armagnac, écrivait à un négociant d’Orthez : « On compte déjà ici trois cents têtes boeufs ou vaches péris ; on attend l’arrivée d’un commissaire pour constater les dommages et soulager les propriétaires victimes de la contagion. »

Il faut noter que les ravages continuèrent pendant les mois de septembre et d’octobre. Ces 300 têtes sont, tout au plus, la moitié de la perte qu’éprouva la communauté de Labastide en 1774. D’Espaignet écrivait, le 9 septembre, au sieur Thomas Bedout, de Cazaubon, son beau-frère : « Dites-moi si l’épidémie continue ses ravages ; ici à Ladevèze-Ville il ne reste que trois paires de boeufs, et il vient d’en tomber un en Saint-Laurent. » Elle continuait malheureusement ; et il perdit lui-même tous les bestiaux de sa belle propriété de Séridos, en la vicomté de Juliac. Elle continua également dans le pays de Rivière-Basse, où elle sévit surtout pendant les derniers mois de 1775.

Nous voyons, par quelques procès, et notamment par celui entre Duhaget et le sieur Barbazan, son fermier du château de Tarride et dépendances, qu’Estang et les environs avaient été aussi très maltraités par cette maladie à la même époque. La communauté de Larée avait perdu, cette première année, 302 têtes de bétail. Le comte d’Esclignac, dans ses dix métairies, n’avait conservé qu’un jeune boeuf. Cazaubon n’avait pas été traité avec moins de rigueur ; la plupart des étables avaient été complètement dépeuplées. De Maniban et la marquise de Livry, dans leurs vastes domaines de la contrée, perdirent environ les six septièmes des bêtes à corne (527 sur 611). Il est probable que cette proportion représente la moyenne de la perte du Bas-Armagnac en 1774.

Le Gabardan ne fut pas plus épargné. Un métayer de dame veuve Latour, de Créon, changeant de métairie à la Saint-Martin de la même année, devait emmener une paire de bœufs qui lui appartenaient : il lui fut impossible d’obtenir la permission de les introduire dans la communauté où se trouvait sa nouvelle habitation.

Déjà, de tous côtés, les autorités locales avaient établi des cordons sanitaires pour empêcher toute communication d’animaux de paroisse à paroisse. Cette mesure de préservation trop tardive ne servit guère qu’à augmenter la gêne en rendant la fréquentation des marchés et le commerce des denrées fort difficiles. Des fermiers, pressés par leurs propriétaires, alléguaient cet obstacle comme excuse du retard de leurs paiements. Sur plusieurs points de la province on s’était mis à écorcher les animaux morts, malgré les graves inconvénients qui pouvaient résulter de cette opération dangereuse.

L’intendant, en ayant été informé, porta, le 8 septembre 1774, une ordonnance qui prescrivait des mesures de prudence, pour désinfecter sans danger les cuirs qu’on voulait conserver. Mais apprenant, l’année suivante, que ses sages prescriptions n’étaient point observées, et que des gens simples, poussés par des tanneurs avides, opéraient clandestinement, sans comprendre le danger auquel ils s’exposaient, il rendit une nouvelle ordonnance qui interdisait toute désinfection de cuirs, sans une autorisation expresse de l’officier commandant de l’arrondissement ou de son délégué, sous peine de 300 livres d’amende. L’opération, quand elle était autorisée, ne pouvait se faire que dans des lieux déjà infectés et loin de toute habitation. Et afin d’enlever toute idée de déterrer en secret les animaux morts de la contagion, il était enjoint de taillader complètement leur peau avant de les enfouir.

Ce fut vers la fin de l’année 1774 que la maladie, s’avançant sans cesse vers le levant, atteignit les frontières du Languedoc. Chauliac, ancien capitoul, procureur au Parlement de Toulouse, écrivait, le 29 décembre, au régisseur des biens de Maniban à Cazaubon : « L’intendant du Languedoc, qui réside à Montpellier, à 40 lieues d’ici, n’a pas attendu que la contagion s’approchât de sa province ; il y a huit jours qu’il parcourt les limites d’Auch et de Montauban avec des gens experts et des troupes. Il a formé des cordons pour arrêter toute communication. Il fait abattre tout ce qui paraît suspect en payant une indemnité. Il est étonnant que celui d’Auch n’ait pas eu recours, dans le principe, à ces mêmes moyens. »

Devillemur, homme d’affaires de d’Esclignac, écrivait de son côté le 16 janvier 1775 : « Cette affreuse maladie a gagné bien du terrain, elle est actuellement aux portes de Toulouse. Le marquisat de Fimarcon et toutes les terres de M. le vicomte d’Esclignac en sont aussi infectées. La cour doit envoyer des troupes de cavalerie qui auront ordre de prêter les chevaux pour l’agriculture. » Chauliac écrivait de nouveau le 19 janvier : « M. l’intendant du Languedoc est toujours à Toulouse et ne cesse de courir sa province dans la ligne de la frontière qui est menacée. Jusqu’à ce moment il a arrêté la contagion. Mon domaine est partagé par le cordon. Personne n’a encore rien perdu dans cette localité. »

Le gouvernement, informé de l’étendue des ravages causés par l’épidémie, décida, par un arrêt du conseil du 30 janvier 1775, qu’il serait accordé une indemnité égale au tiers de la valeur des pertes éprouvées. Le clergé, de son côté, se montra sensible à un si grand désastre. Un lettre de Chauliac montre qu’il avait fait espérer quelques secours.

La maladie avait comme disparu de l’Armagnac depuis la fin de décembre, et elle s’était radoucie dans les lieux où elle régnait encore. D’ailleurs, dans les pays dévastés, il ne devait rester que fort peu de bêtes à cornes. On avait cherché à les remplacer par des chevaux, des mulets ou même des ânes, pour les travaux les plus urgents de l’agriculture. Comme toujours, dans les grandes calamités, le peuple chrétien s’était tourné vers le Ciel. Les évêques des provinces envahies avaient ordonné des prières publiques. Nous voyons celui de Lectoure prescrire une neuvaine suivie d’une oraison de 40 heures vers la Noël 1774. Un apaisement de quelques mois put faire croire que Dieu avait été désarmé par tant de supplications.

Ces espérances, hélas ! ne furent pas de longue durée. Aux premières chaleurs de l’été de 1775 le fléau reparut, un peu partout, pour continuer ses ravages. La consternation fut alors universelle. Ceux qui avaient épuisé toutes leurs ressources pour se procurer de nouveaux attelages, en les voyant périr, tombaient dans une sorte de désespoir. Les correspondances de cette époque sont des plus lamentables. Plusieurs métayers, se voyant sans ressources, abandonnaient leurs métairies pour aller chercher ailleurs de quoi vivre. Jean et Laurent Gabarra, père et fils, avaient dû passer plusieurs mois sur la vaste terre d’Auge, en Sainte-Fauste, avec une seule paire de boeufs. Voyant la maladie reprendre, ils perdirent courage et abandonnèrent tout, malgré les protestations du sieur Labeyrie, leur maître.

Les métayers du comte d’Esclignac, en Larée, avaient déjà écrit collectivement à ce seigneur que, réduits à la dernière misère, ils étaient forcés d’abandonner ses terres, s’ils ne recevaient pas de prompts secours, et surtout de nouveaux attelages. On eut quelque égard à cette juste demande. Chaque grande métairie reçut une paire de bœufs ; mais ce fut pour en voir périr encore la moitié, en peu de temps, de la même maladie.

L’homme d’affaires du comte d’Esclignac écrivait de Paris le 27 juillet 1775 : « La perte générale dos bestiaux est une chose affreuse. On dit cependant que la contagion perd de sa force et fait moins de mal. Elle s’était affaiblie sans aucun doute, mais faute d’aliments. Il ne restait guère plus que les animaux tout à fait réfractaires à celte maladie. » Il ajoute ensuite : « Un maréchal-ferrant du Mas de Fimarcon a trouvé une méthode de traitement que les officiers municipaux de Condom ont fait imprimer et répandre. On assure que ce remède est infaillible, pourvu qu’on prenne le mal à son début. On l’a employé avec succès aux environs d’Esclignac et ailleurs, malgré ce qu’ont pu dire les médecins et les élèves de l’école vétérinaire. »

Un des nombreux remèdes empiriques qui alors étaient en vogue, sans être sûr que ce soit celui du maréchal-ferrant du Mas de Fimarcon, est le suivant : dès qu’on connaît l’animal malade, il faut le percer ou lui faire au moins quinze incisions aux épaules, sur les côtes et aux jarrets. Ces incisions doivent être longues et dans le sens du poil. II faut y introduire de la graisse de porc, en ayant soin qu’elle s’étende entre la chair et le cuir. Pratiquer une saignée à la langue, bien laver la langue et la bouche avec du fort vinaigre mêlé à des poireaux.

On fera prendre ensuite à l’animal le breuvage suivant : on mêlera six jaunes d’oeufs avec un peu de muscade et du poivre dans une chopine de vin rouge. Ne pas laisser l’animal manger pendant trois heures. Après avoir introduit la graisse dans les incisions, il faut frictionner vigoureusement le dessus des plaies avec de fort vinaigre en brossant à contrepoil. Il est nécessaire de réitérer ce même pansement soir cl malin pendant neuf jours, eu ayant soin de rouvrir les incisions à chaque pansement. Avoir soin de parfumer l’animal avec des plantes aromatiques. S’il cessait de manger, il faudrait réitérer la saignée et même faire de nouvelles incisions de la même manière.

L’homme d’affaires du comte se vit bientôt obligé de démentir ces bonnes nouvelles, et de donner raison aux hommes de l’art. L’empirique avait dû faire ses épreuves dans des lieux où la maladie était à son déclin : on sait qu’alors les épidémies deviennent faciles à guérir. Le lendemain de cette lettre si rassurante, il écrivait : « La maladie épizootique reprend avec une grande force à Castillon, aux environs de Toulouse... Ls troupes qu’on envoie ne servent qu’à augmenter la désolation, en assommant les bestiaux aussitôt qu’ils paraissent attaqués. Les propriétaires sont obligés d’accepter le tiers de l’estimation qui en est faite, sans même oser se plaindre. »

Chauliac écrivait de Toulouse le 5 août suivant : « La mortalité a passé dans ces cantons tirant vers le Languedoc. Je l’ai sur mes terres, où j’ai passé deux jours. On y -procède bien plus vite qu’en Armagnac. Si une bête parait atteinte, on assomme tout le bétail de la même étable, après estimation et avec promesse de payer le tiers de la valeur. » Avec ces abattages on no parvint pas à arrêter entièrement le fléau, mais on ralentissait sa marche désastreuse.

Journet, intendant d’Auch, ne prévoyant pas, sans doute, l’étendue du mal que devait causer celle maladie naissante, l’avait laissée se développer sans lui opposer, dans le principe, une sérieuse résistance. Tout ce qu’il essaya de faire ensuite pour l’arrêter fut inutile ; et chacun se crut le droit d’attribuer ses malheurs à sa négligence. Il était blâmé aussi de n’avoir pas su demander au gouvernement, en temps opportun, des fonds suffisants pour réparer convenablement tant de désastres.

Chauliac écrivait déjà en décembre 1774 à un habitant de Cazaubon : « Est-il vrai que votre intendant n’a demandé que 200 000 livres et que la noblesse du pays a porté plainte... ? » Le mécontentement général dut parvenir aux oreilles du roi, sinon en 1774, du moins pendant l’année 1775. Le malheureux intendant fut appelé à la Cour, où il reçut de vifs reproches pour avoir manqué de prévoyance au début du fléau et pour avoir négligé ensuite de distribuer à temps les secours accordés par Sa Majesté.

Il avait appris que l’intendant de Bordeaux devait se rendre dans le Béarn, aussitôt après son départ, pour remédier, autant que possible, aux grands maux qui désolaient la contrée. Il dut prévoir sa révocation. Il se retira à Paris où il mourut, le 30 décembre 1775, probablement des suites de son chagrin. L’Espion Anglais rapporte que le bruit courut qu’il s’était suicidé, et que sa famille, pour éviter la honte de ce crime, avait laissé croire qu’il avait été assassiné.

A la fin de 1775, l’épizootie avait cessé dans presque toute la Gascogne, mais elle persistait encore, quoique plus faiblement, sur la frontière du Languedoc et dans les environs de Toulouse. On provoqua alors une ordonnance royale qui portait que tout le bétail encore sain de la zone du Languedoc, envahie par la maladie, devait être conduit dans la Gascogne ou dans la Guyenne, à au moins une lieue au-delà de la rive gauche de la Garonne, à partir de la source de ce fleuve jusque dans l’Agenais.

Mais quand on voulut en venir à l’exécution, on rencontra de très grands obstacles. Il s’agissait de déplacer près de cent mille têtes de bétail. Or, on refusait de le recevoir en Gascogne, où l’on avait éprouvé, celte même année, que celui qu’on avait fait venir des pays voisins y avait en grande partie péri. Chauliac écrivait le 26 décembre 1775 : « Le commandant du Languedoc et l’intendant sont à Toulouse. Ils attendent les autres intendants afin d’arrêter définitivement le parti que l’on doit prendre. » Il ajoute ensuite : « J’ai tout perdu et remplacé par des chevaux et par des mulets. » On voulait faire sur les deux rives de la Garonne un vide immense sous les pas de l’épidémie, et l’on ne savait comment s’y prendre pour opérer ce grand déplacement. Puis le mal venant à s’apaiser peu à peu, on finit par suspendre ce projet, qui avait déjà reçu un commencement d’exécution, et même par y renoncer tout à fait.

La terreur répandue par cette terrible maladie fut si grande que, longtemps après sa complète disparition, le cordon sanitaire était encore maintenu entre les diverses paroisses, et l’on ne permettait pas l’entrée d’une tête de bétail étranger sans une attestation du consul du lieu du départ affirmant que l’épidémie y avait cessé. L’abbé Gaubin, dans son histoire de La Devèze, nous montre comment fonctionnaient ces gardes de préservation. L’on construisait des tentes ou des cabanes aux points extrêmes des principales avenues, pour abriter les citoyens qui étaient chargés à tour de rôle de la surveillance là où il n’y avait pas des soldats pour remplir cette pénible mission.

Tout le monde redoutait les approches de l’été de 1776. Les hommes de l’art avaient cherché le meilleur moyen de désinfecter les étables. On avait dressé pour cette opération des soldats que l’on dirigea, par petits groupes, sur les divers points du territoire, avec ordre de visiter tous les lieux par où était passé le fléau.

Parmi ceux qui se rendirent dans le Bas-Armagnac, trois grenadiers du régiment royal gagnèrent Larée, seigneurie du comte d’Esclignac, le 30 mai 1776. C’étaient les nommés Plinchaut, Apointé et Boyer. Vers trois heures de l’après-midi ils parvinrent à la métairie appelée à Braquet. Ils se mirent en devoir d’opérer, en présence des consuls, dans le parc des bestiaux, sans considérer que le grenier à foin qui était au-dessus était encore garni. Le feu y prit promptement et tout fut consumé par les’flammes. Les malheureux métayers ne conservèrent que les habits dont ils étaient vêtus.

Que d’autres misères furent la suite de cette déplorable épidémie ! Les terres mal cultivées ou même laissées en friche sur plusieurs points ne purent donner que de faibles récoltes, qui perdaient encore de leur importance par la difficulté qu’on avait soit de les recueillir, soit de les porter sur les marchés pour les vendre. Des hommes très compétents estimaient que celle de 1775 perdait pour le moins un quart de sa valeur, et que celle de 1776 devait perdre encore davantage. Qui pourrait compter les procès qui eurent lieu à cette occasion ? Procès entre les fermiers et les seigneurs, entre les propriétaires et leurs métayers. Les tribunaux du pays en furent encombrés pendant plusieurs années.

Chacun prétendait rejeter sur autrui les suites ruineuses de cette immense mortalité. Les jurisconsultes de l’époque paraissent avoir été fort divisés à ce sujet, et les tribunaux eux-mêmes, surtout dans le principe, ne jugèrent pas tous dans le même sens. Cependant la règle res perit domino fut généralement appliquée. Les fermiers qui avaient pris le bétail sur estimation, et qui profitaient seuls de tous les bénéfices, furent considérés comme des acquéreurs à terme, et condamnés à subir également seuls toute la perte.

Néanmoins, plusieurs grands seigneurs, parmi lesquels le comte d’Esclignac, la marquise de Livry, les évêques de Lescar et de Bayonne, consentirent généreusement, après cette décision, à venir en aide aux pauvres fermiers, en leur faisant abandon d’une bonne partie de leur prix de ferme.

Des maladies de ce genre ont régné plus d’une fois, pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, sur divers points de la Gascogne et du Languedoc. Mais aucune d’elles ne semble avoir été aussi désastreuse. Cependant celle de 1682 dut être exceptionnellement grave. Elle attaquait en même temps la race bovine et la race chevaline. Les capilouls de Toulouse crurent devoir prescrire la publication d’un traitement curatif et préservatif indiqué par le Père Louis de Riveyron, prêtre, jadis ermite, lequel traitement était accompagné de plusieurs prières pour bénir, soit les étables ou les écuries, soit les remèdes qu’on devait administrer aux animaux malades. L’abbé d’Aignan, vicaire général d’Auch, permit au sieur Daurio de réimprimer ce recueil, et donna à tous les prêtres du diocèse ayant charge d’âmes la faculté de faire les bénédictions qui y sont indiquées ; ce qui nous porte à croire que celte maladie s’étendit alors jusqu’à nos contrées.

Il est probable qu’on continua de faire usage des prescriptions de ce recueil à l’occasion des grandes épidémies sur les animaux, et que les prières de l’Eglise se trouvaient communément mêlées aux moyens fournis par la science. La fréquence de ces terribles fléaux, qui réveillaient la foi, explique le grand zèle que nos populations conservent encore généralement pour la bénédiction des animaux le jour de la fête de saint Roch.

Un vieux manuscrit trouvé dans les papiers du dernier archiprêtre de Barbotan paraît être une copie du recueil cité qui, peut-être, était devenu rare. Il porte en étiquette : Préservatif pour le bétail de la maladie qui court présentement, 1er août 1682. Nous y trouvons consigné un « remède contre la maladie maladie du bétail tant chevaux, juments, boeufs, vaches, mules et mulets qu’autres servant à l’usage de l’homme, à laquelle si on ne remédie promptement, ils meurent dans 24 heures ». On peut y lire entre autres choses :

« Le mal qui court présentement parmi le bétail ne se connaît que lorsqu’il est presque incurable ; si bien que pour le prévenir et y appliquer le remède à temps, il faut visiter le bétail deux fois le jour. Ce mal vient aux deux côtés de l’origine de la langue, assez profondément dans le gosier, et quelquefois au-dessus et au-dessous. Il paraît au commencement comme un petit creux noir ou violet, qui se réduit en une ou plusieurs vessies noires, lesquelles en deux ou trois heures de temps font une escarre dans la langue de la largeur d’un écu. Et si on n’y remédie pas aussitôt la langue tombe dans 24&nbsp ;heures. On a remarqué que sur cet ulcère, tant petit qu’il soit, il y paraît du poil à mesure qu’il naît. Et pour éviter ce malheur servez-vous du remède qui suit :

« Remède dont vous vous servirez avant que le bétail ne soit atteint de la maladie.

« Prenez de l’impératoire, vulgairement autruche, des grains de genièvre, du sel bénit et du vinaigre, et donnez-en à votre bétail, et frottez la langue avec une pièce de drap ou d’argent. Quand vous remarquerez que la langue de l’animal se fend ou se coupe de travers vers le bout, vous aurez soin incontinent de la bien frotter avec une pièce ou une cuillère d’argent jusqu’à ce qu’il en sorte du sang. Cela fait, bien laver la plaie et la gorge de la bête avec de l’eau fraîche. Il faut ensuite lui mettre un bâillon ou une espèce de mors de cheval, afin qu’elle jette tout le venin du mal et qu’elle ne l’avale pas.

« Prenez ensuite : de la sauge, du plantein, des aulx, des artichaux sauvages qui viennent sur les murailles, pilez le tout et mêlez à du bon vinaigre et du sel. Vous ferez bénir par un prêtre selon le Rituel Romain. Vous prendrez ensuite un morceau d’écarlate, ou à son défaut de drap rouge ; et n’ayant ni l’un ni l’autre, un chiffon de toile rousse que vous tremperez dans ledit mélange pour en laver la plaie de la bête cinq ou six fois le jour pendant trois ou quatre jours. Vous observerez que la même étoffe ne peut servir que pour une seule bête pour ne pas infecter les autres, en sorte qu’il ne faut prendre dans une écuelle ou autre vase que juste le remède nécessaire pour un pansement. Et s’il en reste, il ne faut pas s’en servir pour une autre bête. Au contraire, il faut enterrer lesdits restes ou faire en sorte qu’ils ne soient jamais vus. Il faut se garder de mettre les mains ni autres choses à la bouche pendant le traitement. Puis se bien laver les mains avec du sel et du vinaigre.

« Préservatif. — Il faut faire bénir les étables ou écuries, donner à manger aux animaux du pain d’avoine, de la sauge, de l’origan, du thym, de la rue, de l’ail, du genièvre, de l’impératoire, de la menthe, de la lavande, du laurier et du romarin, le tout béni par un prêtre. L’Eglise approuve ces bénédictions.

« Autre Remède. — On a remarqué qu’en pressant avec une cuillère d’argent le petit noir qui vient à la langue de l’animal jusqu’à effusion de sang et en frottant ensuite la plaie avec un bâton couvert d’un linge trempé dans du vinaigre mêlé de sel, l’animal guérit. Il faut ensuite passer la cuillère par le feu pour en ôter le venin.

« Avis. — Comme on appréhende que cette maladie ne se communique aux hommes par la viande de boucherie, on a recommandé aux consuls de commettre dos inspecteurs pour visiter le bétail destiné à cette fin, afin d’empêcher qu’on ne tue ces animaux déjà infectés.

« Autres secrets et moyens faciles pour préserver le bétail du mal qui court et pour la cure d’icelui donnés par le R. Père Louis de Riveyron, prêtre jadis ermite...

« 1° Ceux qui auront des animaux seront soigneux, régnant sécheresse et chaleurs, de les abreuver plus souvent que de coutume, et surtout éviter les eaux croupissantes et principalement celles où l’on a fait rouir du chanvre ; de ne pas les laisser paître aux champs pendant la nuit, et même de ne les laisser sortir le matin qu’après le lever du soleil. Empêcher qu’ils aillent paître dans des lieux où il y a eu des bêtes malades ou mortes d’une maladie contagieuse ;

« 2° Il faut se procurer une once et demie de soufre jaune, le mêler avec une once et demie de graines de genièvre et à demi-once de lait, le tout bien broyé ensemble. Chaque bêle doit prendre la susdite quantité dans du son ou de l’avoine, ou bien mêlé à un peu de vin.

« Autre préservatif et voire curatif.— Ceux qui pourront avoir des serpents séchés dans un four, mais non brûlés, en pourront donner deux ou trois drachmes, savoir le poids de deux ou trois écus d’or, avec une once de soufre et leur faire prendre comme dessus. Etant un puissant préservatif, tant pour le gros bétail que pour les brebis, pour lesquelles brebis suffit le sol avec ladite poudre de serpent.

« Autre préservatif.— Pendant le temps que durera une maladie contagieuse, soit sur les lieux mêmes, soit dans des lieux voisins, principalement si l’on craint que le bétail ait eu des communications avec d’autre bétail infecté, il faudra laver votre bétail avec du vinaigre ou au moins avec du vin, où l’on aura fait bouillir pendant une heure des graines de genièvre et de la rue à volonté. Dès qu’un animal paraîtra souffrant, on lui fera prendre un verre de vin où l’on aura fait infuser de l’antimoine.

« On pourra faire prendre lesdits remèdes à quelle heure que ce soit, la nécessité étant pressante. Le matin est toujours le meilleur moment. Après le remède, qu’on laisse l’animal au repos pendant deux ou trois heures. »




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