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29 décembre 1743 : mort du peintre Hyacinthe Rigaud

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29 décembre 1743 : mort du peintre
Hyacinthe Rigaud
(D’après « Bulletin archéologique du Comité des travaux
historiques et scientifiques », paru en 1890)
Publié / Mis à jour le mardi 29 décembre 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Orphelin de père à l’âge de huit ans, Hyacinthe Rigaud entame six ans plus tard sous la direction de plusieurs maîtres une carrière qui s’avéra longue et glorieuse, nul portraitiste n’ayant donné à son personnage plus de prestance dans le maintien, imprimé plus de solennité à la pose, au geste, plus d’éloquence et d’emphase, exerçant son art durant plus de soixante ans en peignant les grands de son temps avec une persévérance et une ardeur qui ne se démentirent jamais

En plein XVIe siècle, sous le nom d’Honoré Rigau, vivait dans l’ancienne capitale du Roussillon un peintre obscur, membre zélé, faut-il croire, d’une de ces confréries de maîtres-artistes à des titres divers, telle qu’en comptait jadis toute ville de quelque importance. À ce peintre, succédèrent deux fils également peintres : l’un s’appelait Jacinto, ou Hyacinthe, l’autre Honoré, deuxième du nom, qu’on surnomma, dans l’idiome local, pintor minor, pour le distinguer de son père. La branche d’Honoré s’éteignit au XVIIe siècle ; de celle de Jacinto, naquit Mathias.

Le 20 mars 1655, le dit Mathias, devenu veuf, épousa en secondes noces Marie Serre, ou Serra, âgée alors de vingt ans et fille d’un filassier, d’un pentiner, littéralement, d’un peigneur de chanvre. De cette union provint bientôt un fils qui, à l’exemple de ses ancêtres, se fit peintre à son tour, sans pouvoir toutefois se dire lui-même fils de peintre. Ainsi que le tailleur d’habits qui eut la gloire de donner le jour à André del Sarto, Mathias Rigau, suivant le témoignage irrécusable des actes de mariage et de baptême, exerçait lui aussi la profession de sastra.

Hyacinthe Rigaud. Autoportrait réalisé en 1711
Hyacinthe Rigaud. Autoportrait réalisé en 1711

L’enfant dont nous parlons — on le devine sans peine — sera un jour cet artiste aussi renommé que fécond, dans lequel l’admiration de ses contemporains croira reconnaître le Van Dyck de la France. Venu au monde le 18 juillet 1659, le premier-né de Mathias Rigau et de Marie Serre, il fut baptisé le 20 du même mois dans l’église cathédrale de Saint-Jean de Perpignan, recevant à cette occasion les nombreux prénoms d’Hyacinthe, François, Honoré, Mathias, Pierre martyr, André, Jean.

Pour ce qui est du nom patronymique, il le francisa plus tard lui-même dans sa terminaison, en adoptant la signature Hyacinthe Rigaud, ou H. Rigaud — on trouve écrit par d’autres Rigault. Il augmenta ce nom par la suite, en en faisant, alors que la célébrité lui fut acquise, Rigaud-y-Ros, ou Rigaud de Ros. Cette dernière appellation ne saurait en aucun cas constituer un surnom signifiant le Roux, Rigaud du reste ayant été brun de teint et nullement roux. Le nom de Ros semblerait plutôt avoir été emprunté à la dénomination familière d’un vignoble : la vina d’en Ros, possédé par Rigaud à Perpignan même, et dont un précédent propriétaire se nommait précisément don Francisco Ros.

Cependant Hyacinthe Rigaud ne fut pas l’unique enfant de Mathias Rigau. Ce dernier, à sa mort, en laissait encore deux autres : un garçon nommé Gaspard et une fille nommée Claire. Cette dernière mourut en 1707, après avoir été unie à un bailli de Perpignan, du nom de Lafitte, ou De la Fitte.

En 1669, au moment où son père vint à lui manquer, Hyacinthe accomplissait ses dix ans ; le soin de son avenir appartenait donc désormais tout entier à Marie Serre, femme à la vérité sans culture, mais en qui un sens droit s’alliait à une volonté ferme. Le veuvage du reste ne laissait pas dénuée de ressources cette mère de trois enfants.

On a fondé maintes conjectures, bâti maints récits controuvés, sur la façon inattendue dont se seraient révélées les aptitudes précoces de celui qui appartient d’assez près à l’histoire pour qu’elle l’ait appelé Rigaud tout court. Nous nous bornons à suivre Rigaud à Montpellier, où, à l’âge de quatorze ans, Marie Serre le place auprès d’un peintre médiocre, du nom de Pezet. Outre les leçons de ce premier maître, l’enfant, dans cette ville, reçut encore celles d’un certain Verdier, qu’il faut se garder de confondre avec le peintre du même nom, devenu par alliance le neveu de Lebrun, après avoir été son collaborateur et son élève. Rigaud, à cette époque, participa aussi, dit-on, aux conseils d’Antoine Ranc, père du peintre Jean Ranc.

Au bout de quatre ans passés sous la direction de ces différents maîtres et après un séjour de quatre autres années fait à Lyon, Rigaud enfin prend en 1681 le chemin de Paris où va s’écouler sa longue et glorieuse carrière. Il arrive dans la capitale, nourri d’enthousiasme pour Van Dyck dont il se propose de suivre les traces, et suffisamment préparé par de sérieuses études pour voir, au contact des maîtres, ses dispositions merveilleuses se développer promptement.

Le succès d’ailleurs pour lui ne se fit pas longtemps attendre. Admis aussitôt à suivre les cours de l’Académie, il y remporta un an après, en 1682, le premier prix de peinture, sur la production d’un tableau dont le sujet imposé fut « Caïn bâtissant la ville d’Enoch ». En 1685, Rigaud alors âgé de vingt-six ans, était « prix de Rome ». Toutefois se rendant aux représentations de Lebrun qui, l’ayant deviné dès ses débuts, jugeait pour lui superflue, sinon dangereuse, l’étude des maîtres italiens, notre peintre se décida à rester à Paris, et par suite dut renoncer à la pension et aux autres avantages attachés à son nouveau titre.

Jules Hardouin-Mansart (1645-1708), premier architecte et surintendant des bâtiments du roi. Peinture de Hyacinthe Rigaud (1689)
Jules Hardouin-Mansart (1645-1708), premier architecte et surintendant des bâtiments du roi.
Peinture de Hyacinthe Rigaud (1689)

Bien lui en prit du reste d’agir de la sorte ; en s’adonnant au genre du portrait, il lui était réservé de s’y rendre célèbre à l’égal de plus d’une célébrité dont son pinceau fut appelé plus tard à retracer l’image. Venu au plus beau d’un règne tout de pompe et d’apparat, Rigaud bientôt sut se montrer l’homme par excellence de son milieu et de son temps, le peintre attitré de l’apparat et de la pompe ; dans les limites de sa sphère, il réalisa en partie le suprême idéal du XVIIe siècle, de ce siècle qui « en tout et partout, suivant la juste remarque de Cousin, eut pour effet de substituer l’élégance à la grâce, la noblesse à la grandeur, la dignité à la force ».

Rigaud, en effet, mieux que personne, était apte à saisir les signes distinctifs, le caractère dominant de cette époque déterminée de l’histoire ; il fut plus habile encore à les faire pénétrer dans ses œuvres. Pleinement initié à l’esprit et aux tendances de la société au sein de laquelle il vécut, il en comprit si bien les mœurs et les aspirations, en traduisit si fidèlement la ressemblance typique qu’un contemporain illustre, Fénelon lui-même, s’est fait l’écho de sa renommée, le prenant sur ce point comme exemple, et le mettant au même rang que Mignard et que de Troy.

Doué à un degré remarquable du sentiment pittoresque, du juste discernement de ce qui est d’un bon effet en peinture, Rigaud, entre l’idéal et le réel, se fit une règle du maniéré et du théâtral ; il en épuisa, on peut le dire, les ressources et même parfois poussa jusqu’aux limites extrêmes, jusqu’à l’hyperbole, jusqu’à l’abus, le beau désordre qui distingue la plupart de ses productions.

S’il ne fut pas le peintre aux impressions vives et profondes ; s’il est permis de supposer qu’en courtisan émérite il prêta à ses modèles un masque à leur avantage en même temps qu’une attitude d’emprunt ; s’il lui manqua, pour tout dire, cette « naïveté attentive, soumise et forte, vantée par Fromentin, qu’exige, pour être parfaite, l’étude du visage humain » (Les maîtres d’autrefois), avant lui cependant, il faut en convenir, nul portraitiste n’avait donné à son personnage plus de prestance dans le maintien, imprimé plus de solennité à la pose, au geste, plus d’éloquence et d’emphase. Nul jusque-là, avec plus d’art, de magnificence et d’ampleur, n’avait encore dissimulé la forme humaine sous le superbe fracas des vêtements somptueux admirés dès l’enfance, dans la boutique paternelle, par le fils prédestiné de l’humble tailleur de Perpignan. Jamais auparavant, sous un plus riche aspect, n’avaient été entrevus le velours et l’hermine, jamais la soie des tentures, docile à des souffles problématiques, ne s’était soulevée en plis mieux disposés.

En dépit de la sécheresse quasi-industrielle de son faire, en dépit d’une facture monotone et bourgeoise à force d’être parfaite, Rigaud, dans sa technique, a sans cesse fait preuve d’une infaillibilité merveilleuse, se montrant sinon grand peintre, dans le sens élevé du mot, du moins maître peintre irréprochable. « Sa pâte est saine, sa peinture se porte bien », a dit de lui Arsène Houssaye. Il y a en effet, çà et là, dans ses toiles, de ces rehauts aux vives couleurs, de ces touches savantes et décisives, de ces traînées lumineuses à faire le désespoir des praticiens les mieux exercés.

Jean de La Fontaine. Peinture de Hyacinthe Rigaud (1690)
Jean de La Fontaine. Peinture de Hyacinthe Rigaud (1690)

L’homme que Sainte-Beuve a appelé « le plus grand peintre de son siècle, de ce siècle de Louis XIV dans son entier épanouissement » — nous avons nommé Saint-Simon —, cet homme de son côté appelait Rigaud « le premier peintre de l’Europe pour la ressemblance des hommes et pour une peinture forte et durable. » C’est qu’en vérité admiré et prôné à la ronde, soutenu par Lebrun qui alors en dictateur tenait l’art tout entier sous sa domination, notre portraitiste en ce moment, malgré une rivalité honorable qu’il rencontrait dans Nicolas de Largillierre (1656-1746) et dans Jean-François de Troy (1679-1752), voyait se dérouler devant lui un vaste champ d’exploitation. Pendant plus de soixante ans, il en tira le meilleur de la substance, avec une persévérance et une ardeur qui ne se démentirent jamais.

« Qui ferons-nous cette année peindre à Gérard ? », disait un jour Napoléon, en parlant de celui que les flatteurs proclamaient le roi des peintres et que ses confrères nommaient le peintre des rois. À l’égard de Rigaud, Louis XIV n’eut pas même ce souci ; d’eux-mêmes tous ceux qui à la cour, dans l’épée ou dans la robe, dans les lettres ou dans les arts, eurent un nom retentissant ou illustre, défilèrent dans l’atelier de l’artiste qui, devant la postérité, allait faire revivre toutes les gloires du règne.

Jugeons-en plutôt par la nomenclature suivante, véritable galerie historique. Entre 1681 et 1682, dans la seule année de son arrivée à Paris, Rigaud n’exécuta pas moins de trente-trois portraits, en tête desquels il faut placer celui du joaillier Materon, peint, observe d’Argenville, « au premier coup dans le goût de Van Dyck. » Tel fut le point de départ d’une longue succession d’ouvrages, tous plus soigneusement traités, tous plus renommés les uns que les autres. Vers 1683, notre peintre avait peint Corneille ; en 1690, il peignit La Fontaine et Fléchier ; en 1692, Saint-Simon ; Bossuet fut peint en 1699. Rigaud, à cette occasion, enfanta un chef-d’œuvre dans lequel il a su élever l’art du portrait à la dignité de l’histoire.

Le portrait de Fontenelle date de 1703, celui de Boileau de 1704. Dans l’intervalle, avaient vu le jour les portraits de Racine, de Santeuil, de Regnard, de La Bruyère, du marquis de Dangeau, du comédien et auteur dramatique Baron, de Lully, d’Adrienne Lecouvreur, du généalogiste d’Hozier, etc.

À côté des littérateurs, les artistes : en 1688 fut exécuté le portrait de Lebrun ; en 1691, celui de Mignard, ce dernier pour l’Académie, à la demande de Mignard lui-même. Rigaud reproduisit encore les traits de Girardon, de Coysevox, de Coustou, de Sébastien Bourdon, de Claude Hallé, de Charles de Lafosse, ainsi que ceux de Joseph Parrocel et de Louis de Boullongne. Il entreprit également le portrait d’Edelinck, demeuré inachevé. Après l’architecte Robert de Cotte, vint, en 1702, le tour de Mansart — dont il avait déjà réalisé un portrait en 1689. Déjà, en 1692, Rigaud avait peint le sculpteur Martin van der Bogaërt, dit Desjardin. Ce dernier portrait fut plus tard présenté par lui à l’Académie à titre de « morceau de réception », en même temps qu’un « Saint André ».

En dehors de ces portraits, pour ainsi dire intimes, Rigaud, dans le monde officiel, vit poser devant lui différents souverains. Ce fut, en 1700, le jeune duc d’Anjou, nouvellement appelé à régner sur l’Espagne ; en 1701, ce fut Louis XIV lui-même qui, pour la circonstance, s’entoura de la majesté royale dans ce qu’elle a d’imposant et de solennel. Guillaume III, d’Angleterre, se fit également peindre par Rigaud. L’exemple fut suivi par Louis XV que l’artiste représenta à trois reprises différentes ; d’abord, en 1715, au moment où la couronne de France venait de se poser sur la tête enfantine du nouveau monarque, puis en 1727, puis enfin en 1736. À 1715 remontent aussi les portraits d’Auguste II, roi de Pologne, et d’Élisabeth-Charlotte, mère du Régent.

Louis XV âgé de cinq ans, assis sur son trône en grand costume royal. Peinture de Hyacinthe Rigaud (1715)
Louis XV âgé de cinq ans, assis sur son trône en grand costume royal.
Peinture de Hyacinthe Rigaud (1715)

Faut-il nommer les princes du sang, les hommes d’État, les grands capitaines, les hauts dignitaires, les membres du haut clergé, dont Rigaud eut également à retracer l’image ? Le registre où le peintre avait coutume d’inscrire par rang de dates les travaux sortis de ses mains, aurait pu fournir sur ce point la matière d’une liste interminable. C’est ainsi, qu’en 1688, on y verrait figurer Monsieur, frère du roi ; en 1689, l’héroïne de la Fronde, Anne-Marie d’Orléans, dite la Grande Mademoiselle ; en 1691, Colbert, le prince royal de Danemark et le maréchal de Noailles, ce dernier fut peint à nouveau en 1693, la même année que le maréchal de Luxembourg.

Viendraient ensuite, en 1697, Louis, dauphin de France, et le prince de Conti, récemment élu roi de Pologne ; en 1698, les ducs de Vendôme et de Villeroi ; en 1703, le duc de Bourgogne, dont le portrait fut suivi de celui de sa femme Adélaïde de Savoie ; en 1704, Villars, Vauban, le duc et la duchesse de Mantoue ; en 1708, le comte de Toulouse. Outre ces derniers personnages, Rigaud peignit encore les ducs de Lesdiguière, de Belle-Isle et d’Antin, Louis d’Enghien, duc de Bourbon, les électeurs Frédéric de Brandebourg et Maximilien de Bavière, le prince de Lichtenstein, le comte de Sinzendorf, Christian III, duc de Deux-Ponts, les maréchaux de Saxe et de Tessé, le prince de Beauvau-Craon, Voyer-d’Argenson, Le Camus, le président Boucherat, Marie, duchesse de Nemours, Marie Mancini, le fameux banquier Samuel Bernard, Law et l’amateur Jabach.

En 1696, Rigaud s’étant rendu à la Trappe, en compagnie de Saint-Simon, parvint, grâce à un stratagème longuement raconté par ce dernier, à peindre, pour ainsi dire de mémoire, un portrait qui fit grand bruit, du célèbre abbé de Rancé. On lui doit également les portraits des cardinaux de Rohan, de Polignac, Dubois, Fleury et d’Auvergne, ceux des archevêques Colbert, de Noailles, de Vintimille, du duc de Cambrai ; ceux des évêques de Troyes, de Mirepoix et de Valence ; de Léonard Delamet et de Robert Secousse, tous deux recteurs de Saint-Eustache ; de l’abbé Pucelle et de tant d’autres enfin que nous passons sous silence.

Pressé de revoir les lieux où s’était écoulée son enfance, de revoir surtout sa vieille mère, après de longues années d’éloignement, le fils de Marie Serre se mit en route en 1695. Il rapporta de ce voyage une étude pleine de vie et étincelante de brio qui, sous deux aspects différents, reproduit les traits de celle à qui il devait le jour.

Rigaud s’est également peint lui-même à diverses reprises et sous différents aspects, soit en habit de ville, soit, plus souvent encore, sous le pittoresque négligé de l’atelier, la tête coiffée d’un bonnet ramené vers l’oreille, pour dissimuler sans doute une difformité qu’il avait au front. Il a aussi, dans sa grâce parfaite et dans l’irréprochable distinction de sa personne, représenté sa femme ; car, faut-il le dire, à la suite d’une aventure plaisante qu’on trouve rapportée en maints endroits, Rigaud un jour se maria. La chose se passa en 1710 ; il s’unit à la belle Marie-Élisabeth de Gouy qui précédemment s’était appelée madame Le Juge. Il n’en eut pas d’enfants ; celle-ci toutefois était déjà mère d’une fille.

Vers ce temps-là, le portraitiste était au plein de sa gloire et au plus fort de sa renommée ; il avait de plus la fortune. Outre le revenu de son domaine de Vaux, près Treil, et d’autres biens encore, il jouissait de 15 000 livres de rente sur l’Hôtel de ville de Paris, que, par faveur spéciale, le Régent avait affranchies de la catastrophe de Law, moyennant retour ultérieur à l’État. Que lui manquait-il encore ? les honneurs. L’Académie fut la première à lui en ouvrir la voie, en l’admettant dans son sein, le 2 janvier 1700, à titre de peintre de portraits ; élu adjoint à professeur le 24 juillet 1702, professeur le 27 septembre 1710 ; il devint adjoint à recteur le 10 janvier 1733, enfin, recteur, le 28 novembre de la même année. Il avait en outre vu se réaliser l’une de ses ambitions favorites : celle d’être officiellement qualifié par ses collègues de peintre d’histoire.

Philibert Orry (1689-1747), contrôleur général des Finances. Peinture de Hyacinthe Rigaud (1734)
Philibert Orry (1689-1747), contrôleur général des Finances. Peinture de Hyacinthe Rigaud (1734)

Ce ne fut pas tout. Un privilège conféré en 1447 par les rois d’Aragon donnait à la ville de Perpignan le droit d’anoblir chaque année un citoyen. Le 18 juin 1709, le choix de ses compatriotes se porta sur Rigaud, comme étant digne sous tous les rapports de cette distinction exceptionnelle. Louis XIV, en 1713, sanctionna la noblesse locale de son peintre ordinaire, en faisant ajouter son nom à la liste des nobles du royaume ; Louis XV la confirma par un édit du 3 novembre 1723, rendu sur un arrêt du Conseil d’État.

Une faveur plus recherchée encore ne tarda pas à s’ajouter à la précédente. À l’occasion du second portrait du roi que fit Rigaud, ce prince lui envoya, le 22 juillet 1727, le cordon de chevalier de Saint-Michel, accompagné d’un titre de pension et d’une lettre des plus flatteuses. On sait que jusqu’en 1770, époque où il fut dérogé aux précédents établis, en faveur du sculpteur Pigalle, les peintres seuls, parmi les artistes, pouvaient être admis avec les gentilshommes dans l’ordre dont nous venons de parler.

Profondément affecté par la perte de sa femme morte en 1742, Rigaud, d’ailleurs affaibli par l’âge, voyait d’un jour à l’autre sa santé dépérir. Subissant enfin la loi commune, il mourut lui-même le 29 décembre 1743, jour de dimanche, à l’âge de 84 ans. De sa demeure, qui était la maison du sieur de La Fontaine fils, située rue Neuve-des-Petits-Champs, à l’angle de la rue Louis-le-Grand, son corps fut porté à Saint-Eustache et déposé dans la sépulture, où, depuis trente-huit ans, reposait son frère Gaspard « près de la chapelle de la communion ». Un premier testament fait par Rigaud le 30 mai 1707 exprimait la volonté que, dans ses funérailles, fussent « observées une modestie et une simplicité chrétiennes ».

 
 
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