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Philippe le Bon préfère l'amnistie à la rigueur de justice. Révolte Cassellois. Châtellenie Cassel

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Anecdotes insolites
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Philippe le Bon préfère l’amnistie
à la rigueur de justice
(D’après « Musée universel », paru en 1876)
Publié / Mis à jour le samedi 11 août 2012, par LA RÉDACTION
 
 
 
Si les mobiles de la révolte en date de 1427 des habitants de la ville et châtellenie de Cassel se contre leur redouté seigneur Philippe le Bon sont complexes, l’un d’eux fut assurément l’abolition d’une disposition permettant à un criminel de suspendre toutes poursuites judiciaires contre lui. Ne parvenant pas à endiguer le mouvement, le seigneur du lieu opte finalement pour une astucieuse stratégie politique...

Le motif apparent du mouvement était l’abolition, dont messire Colart de la Clyte, bailli du lieu, menaçait les lois et coutumes constituées d’ancienneté pour le bien et entretènement de la dite châtellenie. Mais cela semble quelque peu paradoxal lorsqu’on sait qu’une des dispositions législatives qui tenait le plus au cœur des Cassellois portait que : Si un homme en tuait un autre, il lui suffisait, pour arrêter les poursuites dirigées contre lui, de pendre, aussitôt après qu’il avait commis le cas, un écu et un bâton à la halle de Cassel, et de faire publiquement ajourner celui à qui appartenait la réparation du mort. Si personne ne venait dans les quarante jours détacher le bâton et l’écu pour combattre le meurtrier à outrance, celui-ci était jugé quitte et purgé de son crime devant la loi,

Philippe le Bon, duc de Bourgogne
Philippe le Bon, duc de Bourgogne

On comprend moins encore que le populaire se soit rebellé pour soutenir cette autre coutume, qui permettait aux membres de la noblesse de ne répondre de leurs crimes que par devant les assises annuelles connues sous le nom. de Franches vérités. Là, le noble personnage entrait bien tête nue et sans armure, mais ce n’était que pure fiction juridique, car il avait autour de lui parfois mille ou deux mille hommes armés de piques et d’arbalètes.

Les archers couchaient en joue, durant la séance, l’adversaire de leur patron, de telle sorte que la partie foulée, si elle ne disposait pas des mêmes moyens de défense, se gardait bien de comparaître. Auquel cas le noble coupable était, par défaut d’accusation de partie, renvoyé quitte et absous.

Quoi qu’il en soit, l’insurrection fut tout d’abord l’œuvre des paysans, et se localisa dans la châtellenie, qui comptait à cette époque cinquante-deux villes ou villages à clocher. Après avoir en vain essayé de la conciliation, le duc Philippe — Philippe III, duc de Bourgogne et des Pays-Bas bourguignons — à la tête de cinq mille hommes, entra dans la châtellenie pour faire justice des rebelles, confisquer leurs biens et sévir contre leurs personnes. Mais la résistance fut telle que l’armée ducale tourna bride, et que le redouté seigneur, malgré diverses tentatives, ne put la ramener sur le terrain avant le commencement de l’an 1431.

A cette date, le mouvement avait complètement perdu son caractère primitif. A ceux qui l’avaient commencé au nom des revendications communales, était venu se joindre une foule d’étrangers sans aveu. Ce fut dès lors une véritable jacquerie qui ne respectait ni les personnes ni les propriétés. On bouta le feu à l’église de Cassel, on prit d’assaut le château du sire de Commines, souverain bailli de Flandre, qui fut démantelé et rasé. Bref, tous les gens paisibles émigrèrent en masse.

Il était urgent d’en finir, car le mal menaçait de s’étendre aux pays voisins. Philippe, donc, se détermina à publier dans ses États un ban général par lequel il invitait ses vassaux à venir le rejoindre, le 6 janvier 1431, pour l’accompagner où bon lui semblerait. Cette fois force resta à l’autorité. Par suite de l’éloignement de l’élément indigène et de la prédominance des étrangers accourus au pillage, la conduite des rebelles fut tout autre que dans les précédentes rencontres. Ils n’attendirent même pas l’approche de l’armée ducale pour se débander. Mais les dispositions avaient été bien prises ; ils étaient cernés et durent, pour la majeure partie, s’en remettre à la discrétion du souverain.

« Ils vinrent près du Duc, dit un témoin oculaire, en grand nombre, au Neuf-Fossé, tous sans armes, les mains jointes, sans chaperon et sans ceinture, à genoux, beaucoup d’entre eux enfonçant dans la vase. Le temps était mauvais et froid. Ils firent dire par maître Henri Utenhove, pensionnaire de la ville de Gand, qu’ils demandaient miséricorde pour leur attentat, et pour les cruautés qu’ils avaient exercées, eux gens de Cassel-Ambacht, envers leur redouté seigneur, envers sa justice et envers ses officiers. Ils sollicitaient humblement leur pardon, et se livraient, corps et biens, à la merci de leur prince, pour réparer le mal, dont ils s’étaient rendus coupables à son égard.

« Cela fait, André de Toulongeon et maître Jean Tarent, à qui la duchesse de Bourgogne avait écrit touchant cette affaire, se présentèrent au Duc, en posture de suppliants, et intercédèrent pour les révoltés, selon le désir de la bonne duchesse, et conformément à l’avis qu’ils avaient reçu. Après eux, les nobles et les députés des quatre Etats de Flandre vinrent, aussi à genoux, conjurer le Duc de vouloir bien recevoir en grâce les gens du Cassel-Ambacht, implorèrent également la clémence du prince : l’abbé de Saint-Bertin, l’abbé de Clairmarais, le prévôt de Saint-Omer, l’abbé de Watten et autres bons seigneurs du comté d’Artois, là présents. »

Philippe le Bon admit leur supplique et leur octroya amnistie, à condition qu’on lui livrerait les chefs du mouvement et un certain nombre d’otages, et que dans les trois jours les armes seraient remises en ses mains. Enfin pour le surplus, le Duc leur fit savoir qu’il leur ferait connaître ultérieurement ses volontés.

Après ces explications sommaires, Philippe entra en armes à Cassel, et y fit décapiter et mettre sur la roue cinq ou six compagnons exclus de l’amnistie. Un mois plus tard, prenant en considération d’une part leurs grands et énormes excès et d’autre part leur povreté, mais voulant cependant préférer pitié et miséricorde à rigueur de justice, il convertit de sa grâce spéciale leur crime en amende civile, et les frappa d’une contribution de 5 000 nobles.

Quelque dures qu’étaient ces conditions, elles n’en furent pas moins accueillies avec joie. C’était l’amnistie, c’étaient la paix et l’ordre qui rentraient au foyer. Aussi les rebelles en conservèrent-ils au gouvernement du Duc une véritable reconnaissance, et ne se firent-ils pas faute de la lui témoigner à l’occasion. Lors de l’entreprise de Philippe le Bon contre les Anglais qui occupaient Calais, les Cassellois montrèrent une telle vaillance, qu’on commença dès lors à leur donner le surnom que leur accordent bien souvent les annales flamandes : Voorvechters van Cassel (Cassellois de l’avant-garde).

Philippe le Bon n’eut-il pas raison de préférer pitié et miséricorde à rigueur de justice, et ne se serait-il pas privé de vaillants sujets s’il n’avait compris qu’une générosité intelligente peut trouver place dans la politique ?

 
 
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