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Navigateurs Jacques Cartier, Jean Alfonse et Pantagruel de Rabelais. Scénario inspiré des voyages des explorateurs - Histoire de France et Patrimoine


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Anecdotes insolites

Petite Histoire de France et anecdotes, brèves et faits divers insolites, événements remarquables et curieux, événements anecdotiques


Rabelais s’inspire des explorateurs
Jacques Cartier et Jean Alfonse
pour ses Navigations de Pantagruel
(D’après « Jacques Cartier » (par Charles de La Roncière), paru en 1931)
Publié / Mis à jour le mardi 7 octobre 2014, par LA RÉDACTION

 
 
 
Lorsque Rabelais publie en 1548 la première édition de ses Navigations de Pantagruel nous montrant son héros à la recherche de la Dive Bouteille, il s’est inspiré, pour en dresser la trame ainsi que les noms des lieux et des protagonistes, des voyages effectués par deux célèbres navigateurs : Jacques Cartier et Jean Alfonse

La littérature fit un sort aux expéditions canadiennes de Jacques Cartier et de ses premières émules. Mais qui reconnaîtrait dans Les Navigations de Pantagruel le reflet de celles de Jacques Cartier et de Jean Alfonse (de son véritable nom Jean Fontenaud) ! Le Brief récit du premier avait été édité en 1545 ; la Cosmographie du second avait été achevée l’année précédente à La Rochelle ; c’est en 1548 que Rabelais faisait paraître la première édition de son ouvrage, où figuraient les pérégrinations de Pantagruel, à la recherche de l’oracle de la Dive Bouteille.

Jacques Cartier
Jacques Cartier

Aurait-il été jusqu’à prendre aux Maloujns le nom du père de son héros ? Dans les archives de Saint-Malo figure en effet, dès 1542, un « Guillaume autrement dit Jehan Gargantua ». Et quand on voit mentionner, dans un autre acte, le « capitaine Jacques Cartier et aultres bons biberons », on a quelque raison de croire qu’ils sacrifiaient à la Dive Bouteille.

Lisez Rabelais : Gargantua était venu au port de « Thalasse près Sammalo » — Ie Talard malouin — pour assister à l’embarquement de son fils. Pantagruel emmenait comme guides Jamet Brayer, « pilot principal », et Xenomanes, « le grand voyageur et traverseur de voyes périlleuses, auteur d’une grande et universelle Hydrographie », venu du pays de Lanternois. L’un, l’homme aux braies que figure la carte de Vallard et dont le père s’appelait Jamet, n’était autre que Jacques Cartier ; Rabelais aurait appris de lui « les termes de marine pour en chamarrer ses bouffonnesques lucianismes et impies épicuréismes », selon la pittoresque expression de l’historien malouin Jacques Doremet, né peu d’années après la mort de son illustre compatriote.

L’autre, Xenomanes, n’était étranger que par sa femme. C’était le héros des Voyages adventureux et l’auteur d’une Cosmographie réputée, Jean Fonteneaud, dit Alfonso de Saintonge : le pays de Lanternois était son port d’attache, La Rochelle dont la tour de la Lanterne commandait l’entrée, et où Pantagruel avait commencé son apprentissage maritime.

Le départ de Saint-Malo n’est point sans évoquer la scène touchante consignée par Jacques Cartier : « Là, Pantagruel fit une briefve et saincte exhortation sus l’argument de navigation- Laquelle finie, fut hault et clair faicte prière à Dieu, oyans et entendans tous les bourgeois et citadins de Thalasse, qui estoient sus Je môle accouruz pour voir l’embarquement. Après l’oraison, fut mélodieusement chanté le psaume du sainct roy David, lequel commence : Quand Israël hors d’Egypte sortit. » C’est un vers de la traduction des Psaumes par Clément Marot ; et nous savons que Marot devait partir comme moralisateur avec les chaînes des condamnés à la déportation.

Ici, Rabelais note un détail vécu : le cantique achevé, auquel les Thalassiens s’étaient unis en chœur, des tables furent dressées sur les tillacs ; des victuailles et des vins arrivèrent de la ville ; et des libations, où l’on voyait un excellent remède contre le mal de mer, précédèrent l’appareillage.

Voilà Pantagruel parti. Mais, en mer, le calme survient. « Nous ne voguions que par les valentiennes, changeans de babort en tribord, quoy qu’on eust ès voiles adjoinct les bonnettes traîneresses. Et estions tous pensifz, matagrabolisés, sesolfiéz et faschéz, sans mot dire les uns aux aultres.Pantagruel tenant un Héliodore grec en main, sus un transpontin, au bout des escoutilles, sommeillait. Telle estoit sa coustume, que trop mieulx par livre dormoit que par cœur. Epistemon regardoit par son astrolabe en quelle élévation nous estoit le pole.

« Frère Jean s’estoit en la cuisine transporté, et en l’ascendent des broches et horoscope des fricassées considéroit quelle heure lors pouvoit estre... Xenomanes, avec des jectz d’esmerillon, rapetassoit une vieille lanterne (un fanal de poupe). Eusthenes, sus une longue coulevrine, jouoit des doigtz comme si feust un monochordion. »

Arrivé de l’autre côté de l’Océan, Pantagruel lâche un pigeon voyageur, un gozal, dont il a emmailloté la patte d’un taffetas blanc, pour annoncer à Gargantua l’heureuse issue du voyage : singulier pressentiment, comme le fait observer Abel Lefranc, d’un usage pratiqué de nos jours par les transatlantiques français dans les parages de Terre-Neuve.

Pantagruel arrive à l’île de Medamothi, « belle à l’œil et plaisante à cause du grand nombre des phares et haltes tours marbrines desquelles tout le circuit estoit orné et qui n’estoit moins grand que Canada ». Lefranc pense que cette description a pour origine le spectacle prestigieux qu’offrit à Jacques Cartier la baie des Châteaux avec ses rochers, ses îlots et ses icebergs.

Mais qu’aperçoivent Pantagruel et ses compagnons ? « Un grand et monstrueux physetère venant droict vers eux, enlevé plus hault que les hunes des naufz et jettant eaux de la gueule en l’air devant soy, comme si fust une grosse rivière tombante de quelque montaigne. » Le physetère — Pline et Olaus Magnus nous l’apprennent — n’est autre chose que la baleine. Mais une carte de Desceliers en fait un monstre redoutable, cornu et grinçant des dents. Ainsi s’explique l’ordre de bataille adopté par Pantagruel, sa flotte formée en « ygrégeois, telle que vous voyez observée par les grues en leur vol », les trompettes sonnant le branle-bas, « le guare-serre », et Pantagruel jouant du harpon jusqu’à ce que le monstre ait les deux mâchoires enclouées et les yeux crevés.

Brief récit, de Jacques Cartier
Brief récit, de Jacques Cartier

Le physetère, mourant, se retourne sur le ventre et est traîné sur l’île Farouche pour livrer aux dépeceurs la graisse de ses rognons. Inspiré par Jean Alfonse ou Jacques Cartier, Rabelais, ici encore, a une note juste. Dans le golfe du Saint-Laurent, il y a une baleine d’une exceptionnelle vigueur, qu’on appelle aujourd’hui Sulphur bottomed, « le ventre soufré ».

Parmi les chasseurs les plus acharnés à la poursuite des baleines étaient les marins de La Rochelle. Et voici que Pantagruel voit surgir une « nauf Lanternière », c’est-à-dire une nef de La Rochelle, telle que Jacques Cartier en avait rencontré dans les parages désolés de « la terre de Caïn » du Labrador, non loin de l’île des Démons. De l’impression profonde que produisit dans la littérature l’île des Démons, on peut juger par le tableau que dresse Rabelais de l’une des Sporades de l’Océan, « habitation des démons et héros, lesquelz sont devenuz vieulx. Au trespas d’un chascun d’iceulx, ordinairement oyons nous par la forest grandes et pitoyables lamentations, et voyons en terres pestes, vimères et afflictions, en l’air troublemens et ténèbres, en mer tempeste et fortunal ». Et de I-île des Macréons, dont l’île des Démons était le prototype, Rabelais faisait le domicile de pauvres dieux déchus dont les religions étaient mortes et qui s’étaient retirés pour achever dans l’oubli leur temps d’épreuve.

Mais Thevet s’élevait énergiquement contre le ridicule que jetait Rabelais sur l’île des Démons. « Que je veuille permettre aux Panurgiques grabeleurs, disait-il, de pantagruéliser en leur barragouin de ces voix gelées qu’ils font à crédit gringotter dans tuyaux glacés par ces phantastiques démons, je m’en garderay bien. Ains me tiendrai au pilier de la vérité. » Et il faisait appel au témoignage des pilotes pour expliquer, par l’acoustique, l’origine de ces bruits diaboliques.

Où allait Pantagruel ? Comme Jacques Cartier, « au Cathay en Indie supérieure », où l’on situait l’oracle de la Dive Bacbuc. Au lieu de « faire navigation énorme, passans la ceinture ardente et le cap de Bona Speranza », il gardait « la veüe et guide de l’Aisseuil septentrional », c’est-à-dire de l’étoile polaire ; suivant « au plus près le parallèle de ladicte Indie, il gyra autour d’icelluy pôle par Occident ».

Là encore, Pantagruel, se faisait l’écho de Jacques Cartier. Depuis qu’il avait reçu le 31 octobre 1533, de l’amiral Chabot, la mission de « trouver par le nord le passage au Cathay », le Malouin n’avait cessé de s’attacher à la découverte « d’une grande abréviation, tant pour le temps que pour le chemyn », de la route d’Extrême-Orient. Il pensait accéder rapidement aux pays des épices et de la soie par la mer glaciale du Nord, qu’il supposait praticable pendant trois mois de l’année ; ce sont les termes mêmes d’une lettre que l’ambassadeur anglais Wallop écrivait, le 26 janvier 1541, au roi Henri VIII.

Xenomanes — Jean Alfonse — était pénétré de la même idée. Et c’est lui que vise Rabelais lors de l’épisode des Andouilles. Xenomanes évoque le voyage qu’il a fait, six ans auparavant, dans les mers du Nord-Ouest, c’est-à-dire en 1542, — car Rabelais écrit en 1548, — ce qui correspond à la date où il guidait l’expédition de Roberval. Et Alfonse, en notant dans sa Cosmographie que le Saguenay, enclos entre de hautes montagnes, s’élargissait en amont, ajoutait : « Semble que ce soit un bras de mer, pour raison de quoy j’estime que ceste mer va à la mer Pacifique ou bien à la mer de Cathay. »

De l’intérêt que Rabelais avait manifesté pour leur rude existence et pour leurs découvertes, les marins se montrèrent reconnaissants. Ils donnèrent le nom de Pantagruel à l’un de leurs meilleurs navires ; et Pantagruel eut l’honneur de seconder en 1559 la reprise de Calais, qui, depuis deux siècles, était au pouvoir de l’Angleterre.

 
 

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