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Coutumes et traditions : messes rouges - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Messes rouges
(D’après un article paru en 1890)
décembre 2002, par LA RÉDACTION

 

Chaque année, la Sainte-Chapelle est rendue, pour un jour, au culte : on y célèbre la messe Rouge. Le 25 octobre 1883, M. Martin-Feuillée, alors ministre de la justice, adressait aux parquets, à l’occasion de la réorganisation de la magistrature, une circulaire où il disait : « Quant à la messe du Saint-Esprit par laquelle il est d’une coutume assez générale de faire précéder la reprise des travaux judiciaires, aucun texte de loi ni de décret n’en fait une obligation, et elle n’a lieu que sur l’initiative des compagnies judiciaires... Je n’ai aucune instruction à leur donner sur ce point ». Mais il avait soin d’ajouter qu’il lui semblait en tout cas « préférable de n’adresser des invitations aux autorités que pour l’audience solennelle ».

Les magistrats parisiens, invités à opter, ne voulurent pas rompre avec la tradition. La cour de cassation décida, à la majorité des voix, de se conformer à l’usage, et la cour d’appel, sans discussion, résolut de suivre son exemple, L’une et l’autre en furent félicitées par le cardinal Guibert, qui présida à la cérémonie religieuse, et dont l’allocution ne laissa pas de faire quelque bruit.

La tradition de la messe Rouge est, en effet, des plus anciennes ; elle a subi cependant plus d’une atteinte. Jusqu’à la Révolution, le parlement de Paris l’a scrupuleusement observée. Sa rentrée était toujours précédée de la messe du Saint-Esprit, qu’on appelait déjà la messe Rouge, parce que les présidents, conseillers et procureurs y assistaient en robe de cette couleur. C’est même parce que le costume de cérémonie, établi pour

La Sainte-Chapelle au XVIIIe siècle, par Nicolas Ransonnette
La Sainte-Chapelle au XVIIIe siècle,
par Nicolas Ransonnette

les magistrats des cours par le décret impérial du 6 janvier 1811, est à peu de choses près celui des anciens parlementaires que la messe du Saint-Esprit a conservé son nom de messe Rouge. En 1789, la suppression des parlements et la nouvelle organisation de la justice, qui avait pour base l’élection, firent surgir des magistrats beaucoup plus préoccupés de donner des preuves de civisme que de zèle religieux. La messe du Saint-Esprit - qui, d’ailleurs, n’eût pu, en aucun cas, s’appeler messe Rouge, toute espèce de robe, noire ou rouge, ayant été exclue du costume des juges, - ne fut plus qu’un souvenir de l’Ancien Régime.

En fait de messe Rouge, la Révolution n’en a connu qu’une, c’est l’exécution, à la barrière du Trône, sous la Terreur, des cinquante-quatre personnes impliquées dans la tentative d’assassinat commise par Ladmiral sur Collot-d’Herbois, et par Cécile Renault sur Robespierre. On les conduisit au supplice revêtus de la chemise rouge des parricides. Ce qui fit dire au conventionnel Vouland, membre du Comité de la sûreté générale : « Allons, auprès du grand autel, voir célébrer la messe Rouge ».

Le premier consul, même après le concordat, ne songea pas à l’imposer aux juges qui recevaient de lui l’investiture et, quand il fut devenu empereur, ses cours et tribunaux continuèrent à n’attendre que de lui seul leurs inspirations. La Restauration devait naturellement revenir aux anciens usages. En 1815, les cours impériales, désormais cours royales, reprirent leurs travaux après avoir entendu la messe Rouge. Mais l’avènement de la monarchie de Juillet, qui se piquait, comme on sait, de voltairianisme, amena de nouveau la suppression de la messe du Saint-Esprit. Elle ne reparut qu’en 1849, sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, et depuis lors, sauf en 1870, elle s’est maintenue, du moins à Paris.

Du reste, ce n’est pas toujours à la Sainte-Chapelle qu’elle a été célébrée. Le parlement l’entendait dans sa grande salle où était élevé un autel, dédié à saint Nicolas. Sous la Restauration, il y avait en réalité deux messes Rouges, car la cour de cassation et la cour royale assistaient séparément à l’office divin : la première, généralement


La Sainte-Chapelle et le Palais de Justice
en 1818, par Charles Neimke

dans la salle d’audience de la chambre des requêtes, la seconde dans le vestibule du prétoire de la première chambre. Il n’était pas jusqu’au tribunal de première instance qui n’eût son service particulier, dans le local d’une de ses chambres. Pendant la période révolutionnaire, la Sainte-Chapelle, après avoir servi de club d’abord, puis de grenier à farine, avait reçu le dépôt des archives judiciaires, et de hautes et poudreuses étagères montaient le long des admirables vitraux de la chapelle supérieure.

Ce n’est qu’en 1837 qu’on la dégagea des paperasses qui la souillaient et qu’on en entreprit la restauration. Elle était loin d’être terminée quand Louis-Napoléon Bonaparte y fit célébrer, le 3 novembre 1849, la première messe Rouge. La messe Rouge n’a pas toujours eu lieu à la même date coïncidant avec la rentrée des cours et tribunaux, elle a subi les variations que la rentrée a éprouvées.

C’est un décret du président Grévy, rendu le 5 juillet 1885, qui fixa le commencement des messes Rouges le 15 août, et l’achèvement le 15 octobre. Auparavant, les vacances allaient du 1er septembre au 1er novembre. Mais, en vertu d’une ordonnance de 1867, la rentrée, à cause de la Toussaint et du jour des Morts, n’avait lieu que le 3. En sollicitant un changement de date, M Brisson, ministre de la Justice, faisait remarquer que cette époque était « trop tardive pour les séjours aux bords de la mer, ou dans les stations thermales », et qu’il y avait « défaut de concordance entre les vacances universitaires et les vacances judiciaires », ce qui gênait « les rapports de famille ».

 
 

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