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Reine Agnès de Méranie, capétienne. Naissance, mort, mariage, règne. Capétiennes - Histoire de France et Patrimoine


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Reines, Impératrices

Biographie des reines et impératrices françaises. Vie des souveraines, faits essentiels, dates-clés. Histoire des règnes


Agnès de Méranie
(née vers 1172, morte le 20 juillet 1201)
(Épouse Philippe-Auguste le 1er juin 1196)
Publié / Mis à jour le lundi 1er février 2010, par LA RÉDACTION

 

Après avoir fait prononcé par un concile tenu à Compiègne le 5 novembre 1193 la dissolution de son mariage avec Ingeburge de Danemark qu’il tenait emprisonnée au couvent des Augustins de Cysoing, près de Tournai, Philippe-Auguste se heurta à l’opposition du pape Célestin III, qui cassa cette décision le 13 mars 1195 et ordonna aux prélats d’empêcher la bénédiction d’un éventuel remariage du souverain.

Passant outre, le roi brava ouvertement les foudres de l’Église. Il fit chercher une femme par toute l’Europe ; mais ses premières tentatives ne furent pas heureuses : les trouvères faisaient des malheurs d’Ingeburge le sujet de leurs chants, ils en composaient des complaintes, et les nobles suzeraines pleuraient sur la princesse de Danemark, reléguée de château en château, quelquefois privée de la lumière du jour, quelquefois abandonnée aux soins de gardiens infidèles qui oubliaient de veiller à sa nourriture ; car il était arrivé, et cela était notoire, que la reine avait passé un jour sans manger.

Aussi, malgré les lettres du roi de France et les prières de ses envoyés, les nobles dames craignaient ou d’être répudiées ou de se voir ignominieusement renvoyées ; Clémence en Thuringe, et Alix, fille d’un prince palatin, refusèrent. Philippe écrivit à une princesse de Flandre : « Je jure que je vous épouserai, à moins que vous ne soyez laide à faire peur », nous apprend Guillaume Le Breton dans ses Chroniques. Cette promesse ne parut pas suffisante pour faire agréer la demande. Mais à la fin, Agnès de Méranie, après avoir bien demandé si le roi de France était libre et si son divorce était valable, consentit à devenir sa femme. Son père, Berthold IV, comte de Diessen, duc de Dalmatie, de Croatie et de Méranie, appartenait à la maison d’Andechs, et possédait de vastes seigneuries dans le Tyrol et en Bavière. Sa famille s’était hissée au rang de vassale directe de l’empereur.

Amenée en France, Agnès de Méranie y arriva au milieu de la cour plénière que tenait Philippe à Montreuil pour y recevoir l’hommage du comte de Flandre. Quand elle parut montée sur sa haquenée, entourée de ses damoiselles, toutes les joutes furent suspendues ; un murmure approbateur accueillit sa venue, car sa grâce, sa beauté, ses cheveux bouclés sur ses épaules, l’éclat de son teint, et le charme de sa personne contrastaient avec la raideur d’Ingeburge. Le roi fit asseoir sa fiancée sous la tente qu’il lui avait préparée, et tous les chevaliers s’émerveillaient, disant : « Qu’elle est belle, la nouvelle reine ! Et qu’il est heureux, notre sire, d’avoir une telle dame ! Nous porterions volontiers ses couleurs ». A vingt-quatre ans, la future souveraine non seulement confortait sa famille dans le Saint-Empire en épousant Philippe-Auguste, mais faisait également preuve d’un courage peu commun et d’un mépris des règles ecclésiastiques peu banal, l’union étant proscrite par le pape.

Malgré les doutes de plusieurs évêques, le roi, dès le lendemain, 1er juin 1196, fit célébrer le mariage, et, de ce moment, on reconnut qu’il devenait passionnément épris d’Agnès ; il ne paraissait plus qu’avec ses couleurs, il ne la quittait pas. Elle l’accompagnait dans ses chasses. Tant d’élégance et de légèreté dans sa taille, tant de rapidité dans sa course et de justesse dans les coups qu’elle lançait, la faisaient comparer, par les érudits du temps, à la Camille de Virgile « qui courait sur un champ de blé, sans en courber les épis ». Les poètes célébraient la beauté de la reine, les chevaliers enviaient l’honneur d’être couronnés de sa main. Ingeburge était oubliée, et le mariage du roi semblait avoir fait oublier aussi les doutes élevés sur la sentence du divorce.

Il paraît que, résignée, quand elle apprit le succès de sa rivale, Ingeburge ne songeait plus à se plaindre et qu’elle supportait son sort, lorsque le petit nombre d’amis qui la visitaient l’engagèrent à recourir encore une fois au pape : « Ce sera, lui disait-on, défendre les droits sacrés du mariage, et faire cesser l’injustice du scandale ». Célestin III ne répondit pas aux plaintes de la reine répudiée, et le bonheur d’Agnès et de Philippe ne fut point troublé.

Si les clercs et les évêques rappelaient parfois qu’Agnès ne pouvait être épouse légitime, les seigneurs la tenaient pour leur suzeraine et l’appelaient la fleur des dames ; le roi la menait dans toutes les villes de ses domaines ; sa cour était une fête perpétuelle. Déjà deux fois elle avait été mère : elle portait un troisième enfant dans son sein, et se voyait de plus en plus entourée d’hommages et d’amour, lorsqu’une lettre foudroyante du pape Innocent III, élu le 8 janvier 1198 et succédant à Célestin, vint, comme un coup de tonnerre, renverser tout ce bonheur. Ménageant le monarque en annonçant son élévation au trône pontifical, il s’acharnait cependant sur Agnès de Méranie qu’il qualifiait d’intruse et de femme du dehors. Il déclarait que le roi ne pouvait garder Agnès avant que la parenté d’Ingebruge ne fût mieux prouvée qu’elle ne l’avait été jusque-là, et qu’il fallait préalablement cesser tout rapport avec Agnès.

Philippe dédaigna cette réprimande et ne répondit même pas. Innocent lui envoya un légat avec une seconde lettre. Philippe reçut le légat, lut la missive, et dit : « Agnès est mon épouse, personne ne pourra m’en séparer ». Le cardinal, Pierre de Sainte-Marie, avait le pouvoir et l’ordre de mettre le roi en interdit, mais il n’osa aller plus loin avant d’en avoir écrit au pape qui, excédé, fit réunir un concile à Dijon le 6 décembre 1199 au cours duquel il fut décider de jeter l’interdit sur le royaume de France. Un mois plus tard, l’interdit était effectif, le pape étant persuadé que la voix du peuple forcerait le roi à céder.

En effet le peuple murmura fort, prit hautement parti contre le roi. En septembre, dans certains endroits, les cadavres, que l’on n’avait pas le droit d’enterrer, dégageaient une telle puanteur que des villages entiers étaient incommodés. Le roi savait quels graves ennuis devaient supporter ses sujets, mais ne voulait pas céder. Pourtant, il finit par s’incliner, et envoya des émissaires à Rome supplier le pape de lever l’interdit et de réunir, pour étudier la validité de son union avec Ingeburge, un concile auquel il s’engageait par avance à se soumettre. Le pape exigea avant toute chose le renvoi d’Agnès et le rappel d’Ingeburge. Philippe-Auguste dut céder. La rencontre pour le retour en grâce de la reine emprisonnée eut lieu à Rambouillet le 7 septembre 1200.

Agnès vint à cette assemblée composée de tous les tenanciers de la Couronne de France ; mais sa tristesse, ses vêtements de deuil, les inquiétudes mortelles que décelait sa pâleur, ne purent entrer en balance avec le malheur de l’interdit ; aucun chevalier ne prit sa défense ; l’avis unanime du parlement fut que le roi renvoyât Agnès de Méranie, et reprit Ingeburge jusqu’à ce que le pape eût fait revoir la sentence. Alors Philippe, s’adressant à l’archevêque de Reims : « Il est donc vrai, lui dit-il, que cette sentence de divorce a été annulée par le Saint-Siège ? - Cela est vrai, monseigneur, répondit le prélat. - Eh bien ! sire archevêque, vous qui l’avez prononcée, vous ne saviez donc ce que vous faisiez ? » L’archevêque ne répondit pas un mot, et le roi sortit. Après avoir fait conduire Agnès au château de Poissy, il fit installer la reine répudiée dans le château de Saint-Léger-en-Yvelines, près de Paris. L’interdit fut aussitôt levé.

Philippe-Auguste essaya encore un moyen : Agnès écrivit en suppliante au pape Innocent III : « Elle n’était pas coupable, elle s’était informée soigneusement avant de venir en France de la validité du divorce du roi avec Ingeburge ; elle y était venue sur la parole royale ; elle avait été mariée à la face des autels ; elle était reconnue comme reine par toute la nation ; elle était mère de deux enfants, et dans ce moment elle portait dans son sein un troisième gage de cette union qu’elle avait crue légitime. Elle s’était sincèrement attachée à son seigneur ; faudrait-il qu’elle se vît mettre au rang des adultères, et que ses enfants fussent privés de la légitimité de leur naissance ? »

Innocent reçut cette lettre, mais tout fut inutile ; quelque temps plus tard, les deux époux virent arriver un légat chargé d’assembler un concile. Le cardinal Octavien, revêtu de cette mission, ayant convoqué le concile à Soissons, la reine Ingeburge y fut mandée ; on lui prépara un siège à côté de celui du roi, et le légat prenant la parole, demanda à Philippe s’il voulait promettre de reprendre sa femme Ingeburge et de renvoyer Agnès de son palais et de son royaume, jusqu’à ce que la sentence de parenté fût de nouveau examinée et résolue. Le roi promit, mais il ne pouvait retenir les pleurs que le dépit lui arrachait.

Il fit observer qu’Agnès était enceinte, et qu’un voyage pourrait compromettre sa vie. On lui laissa le soin de fixer le lieu de sa retraite pourvu qu’il promît de ne plus la revoir. Il le jura, les mains sur l’Évangile. Le roi revit une fois encore Agnès dans un appartement du palais ; on entendit leurs adieux, et la malheureuse Agnès sortit la nuit pour regagner le château de Poissy, où elle devait rester jusqu’à la naissance de son enfant. Deux mois après, elle mit au monde son troisième fils, image vivante de son père, et que les circonstances de sa douloureuse naissance firent nommer Tristan.

Pour Agnès, trop d’émotion et une trop amère douleur l’avaient frappée dans cette laborieuse grossesse ; elle mourut le 20 juillet 1201, avant la réunion de l’assemblée qui devait enfin décider la question du divorce. Son dernier-né ne lui avait pas survécu. Le roi la pleura amèrement, et pour dernier soin à la mémoire de cette femme qu’il avait tant aimée, il demanda la légitimation des trois enfants qu’elle lui avait donnés, et l’obtint quelques mois plus tard. Désireux de faire la paix avec le roi de France, le pape lui accorda en effet cette faveur par une lettre où Agnès, qu’il appelait autrefois l’intruse était dénommée la noble femme, fille du noble homme, duc de Méranie. Il n’y eut pas d’obsèques solennelles ni de tombeau à Saint-Denis, Agnès de Méranie étant enterrée dans un couvent, à Saint-Corentin près de Mantes.

Agnès de Méranie eut trois enfants avec Philippe-Auguste : Marie, née en 1198 et morte en 1223, qui épousa Philippe, comte de Namur ; Philippe dit Hurepel, né en 1200 et mort en 1234, qui épousa en 1216 Mahaut (Mathilde) de Dammartin, héritière du comté de Boulogne ; Tristan, enfant né et mort en 1201.

 
 

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