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Poitou-Charentes : origine et histoire du département Vienne

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Départements français
Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques
Histoire du département de la Vienne
Publié / Mis à jour le dimanche 31 janvier 2010, par LA RÉDACTION
 

Le département de la Vienne a été formé, en 1790, de la contrée qu’on appelait le haut Poitou. Antérieurement à la conquête romaine, ce pays était habité par les Pictones, les Pictons, dont le nom se transforma plus tard en celui de Pictavi, tribu importante de la nation gauloise.

Publius Crassus, un des lieutenants de César, pénétra le premier chez les Pictones, dont César en personne vint plus tard incorporer le territoire dans l’Aquitaine. Le Poitou s’associa aux efforts des provinces qui protestèrent avec Vercingétorix contre le joug de l’étranger, et son contingent, sous les murs d’Alise, paya sa dette à la nationalité opprimée. Là, comme ailleurs, la politique habile des vainqueurs parvint à énerver, à endormir pendant plusieurs siècles les ressentiments des vaincus.

Les bienfaits de la civilisation romaine firent oublier les hontes de la servitude. Les camps devinrent des villes, les vieilles cités s’embellirent, des voies de communication furent tracées et ouvertes, le commerce et les arts achevèrent l’oeuvre que les victoires des légions avaient commencée. Cette transformation sociale était à peine accomplie que les Romains, à leur tour, purent regretter de ne plus avoir pour alliés ou pour sujets que des esclaves à opposer aux nouveaux ennemis qui venaient leur disputer leurs conquêtes.

Après de longues années d’une résistance qui allait toujours mollissant, il fallut capituler avec ces barbares infatigables, qu’aucun échec n’épuisait, dont le flot grossissait toujours, irrésistible, implacable comme la fatalité. L’Ouest et le Sud étaient devenus la proie des Wisigoths ; l’orgueil romain transi-en et, ne pouvant les chasser, les accepta dans l’Aquitaine. Le partage de la souveraineté, c’était l’abdication.

La domination romaine s’efface, disparaît ; l’empire wisigoth est fondé. Il avait pour limites la Loire et les Pyrénées ; le Poitou en fit partie. Toutefois, ce triomphe de la barbarie consacrait en même temps le triomphe d’une foi nouvelle, bien plus favorable aux progrès de l’avenir et aux destinées de l’humanité que tous les raffinements de la civilisation qu’elle venait remplacer. Les princes wisigoths, comme les rois francs, prirent d’abord le christianisme pour base de leur autorité ; ils travaillèrent aussi à sa propagation, mais se laissèrent bientôt entraîner dans le schisme d’Arius.

On sait avec quelle adresse et quel bonheur Clovis exploita la circonstance ; l’orthodoxie avait été le prétexte, les évêques furent les instruments ; le résultat ne fut rien moins que la constitution de la monarchie franque. C’est dans les plaines du Poitou, en 507, que se vida cette grande querelle. Nous verrons encore, dans les crises suprêmes, races et principes se heurter au milieu de cette province, théâtre prédestiné où devaient se dérouler les épisodes les plus décisifs de notre histoire nationale.

Les armées de Clovis et d’Alaric se rencontrèrent dans un lieu désigné alors sous le nom de Campus Vocaldensis, c’est-à-dire Vouillé ; Alaric y fut battu et tué. De nos jours, on a voulu contester à Vouillé l’honneur de ce champ de bataille mémorable en le plaçant sur le territoire des communes actuelles de Voulon et de Mougon ; d’autres assignent pour théâtre à cet important événement de notre histoire nationale le lieu dit : Le Camp Sichard, à 2 kilomètres à l’est de Voulon, sur la rive droite du Clain, en face de l’embouchure de la Bouleure ; on trouve, en effet, dans ce lieu de nombreuses tombelles sépulcrales et des tombes en maçonnerie ; mais cela ne prouve rien à propos du champ de bataille. Ce qui est certain, c’est que ce grand drame se joua dans les environs de Poitiers, et que cette ville, déjà importante, renfermait des catholiques ardents, dont le concours et les sympathies étaient acquis à Clovis.

Le Poitou, pendant la période mérovingienne, fut gouverné par des comtes non héréditaires, dont quelques noms sont parvenus jusqu’à nous. Willechaire en 509, Austrapius en 544, Sigulfe en 567, Eunodius en 577 et en 586, Bérulfe, dans l’intervalle, en 581, Macon en 589 et Sadragésile en 630. Puis, sous Dagobert, on voit se former, au profit des princes du sang royal, le royaume ou duché d’Aquitaine, dans lequel le Poitou se trouve absorbé.

Tout l’intérêt historique de cette époque est dans la lutte héroïque des ducs d’Aquitaine et d’es maires du palais des derniers rois chevelus, les uns s’efforçant de reconstituer, dans ses limites et dans son indépendance, l’empire des Wisigoths, les autres ne voulant pas laisser s’amoindrir le domaine de Clovis, dont leur génie les fera héritiers. Boggis, Hunold, Waïfre, héros vaincus, princes dépossédés, sont les noms dans lesquels se résument les péripéties de ces guerres, dont le Poitou partagea les calamités et subit les conséquences.

Il est un événement de la même époque dont la gloire se rattache plus spécialement aux annales du Poitou : c’est la victoire de Charles Martel sur les Sarrasins. L’invasion, cette fois, au lieu de venir du Nord, partait du Midi. L’Ibérie était conquise, les Pyrénées franchies, la partie la plus méridionale des Gaules occupée, et l’émir Abd-el-Rhaman, traînant tout un peuple après lui, se dirigeait vers la Loire.

En ce péril, le duc Eudes s’adressa aux Francs d’Austrasie, ennemis de sa race, mais chrétiens et défenseurs solidaires de l’Aquitaine contre les envahissements du croissant. Charles Martel rassembla ses forces, qui ne s’élevaient pas au-dessus de trente mille hommes, et se dirigea par la Touraine à la rencontre des Sarrasins, c’est sur la voie romaine de Poitiers à Tours, dans le lieu appelé Moussais-la-Bataille, que ce grand conflit s’engagea.

Abd-el-Rhaman, à la nouvelle de l’arrivée des Austrasiens, fit un mouvement rétrograde pour concentrer sa nombreuse armée. Il forma à la hâte un camp pour y abriter les femmes, enfants, vieillards et ceux qui n’avaient pas l’habitude de combattre. Ses soldats furent placés en arrière du point où est actuellement le bourg de Moussais, la gauche appuyée sur le Clain, le centre sur la voie romaine et la droite sur la hauteur où se trouve la ferme de la Bataille. Ainsi, comme l’a fait remarquer un habile tacticien moderne, « les Arabes présentaient une vaste courbure, embrassant les plaines du vieux Poitiers, dans lesquelles ils croyaient, suivant l’usage des formations orientales, enfermer leurs adversaires par le rapprochement de leurs ailes. »

Charles passa la Vienne et rangea son armée en bataille dans les plaines en avant de Moussais. Une sorte d’hésitation sembla précéder l’engagement décisif. La croix et le croissant demeurent en présence et comme immobiles pendant plusieurs jours. Enfin Abd-el-Rhaman donna le signal à la tête de sa cavalerie. Le premier choc fut terrible ; la race du Midi eut d’abord l’avantage, mais celle du Nord reprit le dessus ; la fougue des cavaliers orientaux venait se briser contre les armures d’acier des fantassins septentrionaux ; des efforts d’une valeur indicible furent faits de part et d’autre, mais un mouvement inattendu décida tout à coup du triomphe de la croix.

C’était Eudes, le duc des Aquitains, qui, arrivant en toute diligence avec son corps de troupes, attaqua la droite des musulmans et pénétra dans leur camp, où il fit un grand carnage, surtout parmi les non-combattants. S’apercevant du mouvement rétrograde de cette partie de son armée, Abd-el-Rhaman courut rétablir le combat ; mais il y trouva la mort, et, le désordre s’étant mis aussitôt parmi les siens, la déroute devint complète. La nuit seule, qui survint, empêcha l’entière destruction de cette horde arabe, qui se retira par essaims vers les Pyrénées.

La gloire de cette journée rejaillit sur Charles Martel et facilita à sa famille l’avènement au trône de France, aussi bien que la domination de l’Aquitaine. Charlemagne, en 778, reconstitua cette province en royaume particulier, dépendant de l’empire franc, et il en fit l’apanage de son fils aîné, Louis le Débonnaire, le jour même de sa naissance. Le Poitou partagea encore les destinées du nouvel État ; jusqu’au règne de Louis le Bègue, c’est-à-dire jusqu’à l’établissement de la grande féodalité, il fut gouverné par des comtes révocables : Abbon en 778, Ricwin en 814, Raynulfe Ier en 839 et Bernhard en 869.

A dater de cette époque, les prétentions des comtes de Poitou semblent grandir en proportion de l’affaissement du pouvoir des Carlovingiens. Raynulfe Il ajoute à son titre celui de duc d’Aquitaine, et en 880 il veut se faire nommer roi. Eudes eut recours au poison pour se délivrer de ce vassal insatiable. Mais le principe d’hérédité était désormais acquis à cette maison de Poitou, qui, par alliance ou conquête, avait ajouté à ses domaines l’Auvergne, le Berry, le Limousin, et à laquelle on ne songeait plus à contester le titre de ducs d’Aquitaine. Le premier de ces seigneurs héréditaires qui ait laissé un nom historique est le fameux Guillaume Tête d’Étoupe, surnom qu’il devait à la couleur de ses cheveux. Las de la vie guerrière et agitée qu’il avait menée, il se retira dans l’abbaye de Saint-Maixent, y prit l’habit de moine et y mourut en 964.

Son fils, Guillaume, qui lui succéda, fut surnommé Fier-à-bras, titre qu’il mérita principalement, dit Belleforêt, parce qu’il tint tête à Hugues Capet et qu’il lui écrivit dans les termes les plus forts et les plus hardis. Ce monarque vint assiéger Poitiers et contraignit enfin le duc d’Aquitaine à se soumettre. Ce fut ce même duc qui fonda l’abbaye de Maillezais et qu’on assure être mort, comme son père, religieux de ce couvent ou de celui de Saint-Maixent. On prétend aussi qu’il eut un frère puîné, qui passa en Dauphiné et fut la tige de l’illustre maison de Poitiers, qui ne s’est éteinte qu’au XVIIe siècle et de laquelle descendait la fameuse maîtresse de Henri Il.

Le fils de Fier-à-bras, nommé Guillaume, comme ses aïeux, mérita le surnom de Grand. Ce fut un prince très savant dans ce siècle d’ignorance ; il entretenait des relations avec tous les esprits distingués de son temps. Les hommes de guerre l’appelèrent Grand, parce qu’il augmenta considérablement ses États par ses conquêtes et ses alliances. Les moines le surnommèrent le Pieux, parce qu’il releva beaucoup d’églises ruinées, et les savants l’appelèrent le Grammairien, parce qu’il fonda des écoles et qu’il s’occupa du soin d’instruire ses sujets.

Sa fille Agnès, qui épousa l’empereur Henri III, était également savante. Ses trois fils lui succédèrent l’un après l’autre. Le premier se nomma Guillaume le Gros ; le second, Eudes, qui, du chef de sa mère, réunit la Gascogne à ses domaines, et le troisième, encore Guillaume. Celui-ci eut un fils, qui prit le nom de Guillaume, héréditaire, comme on le voit, dans la famille ; il était fort instruit, homme d’esprit et d’une rare vaillance, mais ses moeurs et ses principes étaient peu exemplaires. Il composait des vers, des chansons et des fabliaux, remarquables, dit-on, par la verve et la finesse, mais généralement très libres, très scandaleux et même injurieux pour le clergé.

Un auteur anglais accuse ce prince d’avoir eu l’idée de fonder une abbaye de belles dames et de jolies demoiselles, plus galantes que dévotes, et de leur donner des règlements conformes à leurs moeurs. Il voulait mettre à leur tête Maubergeonne, vicomtesse de Châtellerault, avec laquelle il vivait publiquement après avoir abandonné sa femme Hildegarde. Celle-ci en porta ses plaintes au pape, et les évêques forcèrent le comte à la reprendre et à vivre avec elle.

Ce fut sans doute pour éluder cet ordre, et cependant pour réparer ses premiers scandales, qu’il se croisa et passa en Orient. Il y acquit beaucoup de gloire par sa valeur, quoique ses troupes y eussent été maltraitées et qu’il revînt lui-même en assez piteux état. Il mourut en 1126, laissant pour successeur son fils, Guillaume IX, dernier duc d’Aquitaine de la maison des anciens comtes de Poitou.

La vie de ce Guillaume est un véritable roman. Les légendes populaires, les contes merveilleux s’y sont tellement substitués à l’histoire, qu’il est bien difficile de faire la part de ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. Protecteur zélé de l’Église durant les premières années de son règne, fondateur du Montierneuf à Poitiers, bienfaiteur de Fontevrault, il eut le malheur de prendre parti pour l’antipape Anaclet contre Innocent II.

Saint Bernard, ne voulant pas laisser au schisme un appui aussi puissant, se rendit lui-même auprès de Guillaume. Un jour qu’il célébrait la messe en présence du duc, au moment de l’élévation, tenant entre ses mains l’hostie, sainte levée, dans un accès de soudaine inspiration, il adjura Guillaume de reconnaître le pape légitime, de chasser de ses domaines les évêques schismatiques et de rappeler ceux qu’il avait bannis de leurs sièges. S’abandonnant à sa foudroyante éloquence, à cet enthousiasme mystique dont nul autre ne fut possédé au même degré, il le menace de la colère céleste et le déclare frappé d’excommunication s’il n’obéit. Guillaume, interdit, effrayé, promet tout ; mais le lendemain il veut éluder ses promesses.

Alors s’accomplissent autour de lui les prodiges du plus sinistre augure : l’évêque intrus de Limoges tombe de sa mule et meurt de sa chute ; celui de Poitiers est pris d’une fièvre chaude et se coupe la gorge avec un rasoir. Le duc, saisi de terreur, n’essaye plus de résister aux avertissements du ciel. Il va consulter saint Bernard à Clairvaux, il se rend en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice, appelle auprès de lui les trois officiers de sa maison auxquels il avait le plus de confiance, leur fait promettre, sous les plus grands serments, d’exécuter ses ordres avec fidélité et discrétion, puis il leur remet son testament et les charge de le porter au roi Louis le Gros. C’était son abdication au profit d’Éléonore, sa fille aînée ; il priait le roi de lui servir de tuteur et de lui faire épouser son fils, Louis le Jeune.

Les volontés de Guillaume furent exécutées de tout point. Quant à lui, après s’être fait passer pour mort et s’être fait construire un tombeau, il s’embarque pour la Terre sainte. Ici commence une série d’aventures auxquelles manque tout caractère d’authenticité, et qui, d’ailleurs, ne se rattachent aucunement à l’histoire du Poitou.

Cette province suivit les destinées de la princesse qui en était devenue souveraine ; séparée de la France, comme on le sait, par le déplorable divorce d’Éléonore, elle devint, par son second mariage avec Henri Plantagenet, apanage des princes anglais. L’accroissement de puissance des comtes de Poitou avait eu pour conséquence un développement proportionnel des grands vassaux qui, au-dessous d’eux, gouvernaient le pays.

Le sol avait été divisé en vigueries, institution empruntée à la nation gothique, pour l’administration de la justice ; au-dessus des viguiers avaient été placés les vicomtes, comme intermédiaires entre eux et les comtes. Plus la maison de Poitou étendait ses possessions, plus les vicomtes, ses lieutenants, acquéraient d’indépendance et d’importance ; ils créèrent donc à leur tour des dynasties héréditaire, avec lesquelles eurent souvent à compter les rois de France et d’Angleterre. Telle fut l’origine des maisons de Melle, d’Aunay, de Châtellerault, de Thouars, de Lusignan, de Parthenay, de Talmont, de Mauléon, de Bressuire et de beaucoup d’autres que nous pourrions citer.

Les conséquences calamiteuses qu’entraîna la possession d’une partie de la France par un prince anglais ne se firent sentir nulle part plus cruellement qu’en Poitou ; c’est là, en effet, que l’étranger établit le centre de sa domination. Richard Coeur de Lion, fils d’Éléonore et de Henri Il d’Angleterre, fut créé comte de Poitou ; il aimait cette province et y résida longtemps, partageant son temps entre le palais de Poitiers et le château à de Montreuil-Bonnin, où il faisait battre monnaie.

Lorsqu’il fut devenu roi, il donna le Poitou à son neveu, Othon de Saxe, dit de Brunswick, qui, plus tard, devint empereur d’Allemagne. L’arrêt de confiscation prononcé contre Jean Plantagenet après l’assassinat d’Arthur, duc de Bretagne, fit rentrer momentanément le Poitou sous la loi française ; saint Louis concéda, en 1241, le Poitou à son frère Alphonse, et les tentatives des Anglais pour le reprendre aboutirent à la glorieuse bataille de Taillebourg.

A la mort d’Alphonse, qui ne laissa pas d’héritier, ses domaines firent retour à la couronne, et, en 1304, Philippe le Bel investit du comté de Poitou le second de ses fils ; ce prince, lorsqu’il arriva au trône, sous le nom de Philippe le Long réunit de nouveau le Poitou au domaine royal. Cette possession, toutefois, était plus nominale que réelle ; l’Anglais n’avait point cessé d’avoir pied en France, et, malgré les divers traités intervenus, les hostilités étaient pour ainsi dire permanentes.

La rivalité des maisons de France et d’Angleterre caractérisait cette époque, comme autrefois la lutte des Francs et des Wisigoths et plus tard l’invasion des Maures d’Espagne avaient marqué deux autres grandes périodes de notre histoire. Cette fois encore le Poitou fut le théâtre où s’accomplit l’acte le plus important de cette crise. En avril 1356, le prince Noir, fils aîné du roi d’Angleterre, maître du Limousin et du Berry, menaçait la Touraine, où il semblait vouloir faire jonction avec le duc de Lancastre, qui venait d’opérer en Bretagne ; le roi Jean, occupé alors au siège de Breteuil, en Normandie, fit rassembler des troupes dans la province menacée, vint en prendre lui-même le commandement, et passa la Vienne pour se porter à la rencontre de l’ennemi. A cette nouvelle, le prince Noir, qui était parvenu à deux lieues de Poitiers, fit halte et se retrancha non loin de l’abbaye de Nouaillé, dans la lande de Maupertuis-de-Beauvoir.

C’est là que les deux armées se rencontrèrent, et, après être restées deux journées en présence, elles en vinrent aux mains le 19 septembre. Le prince anglais, habile tacticien, quoique bien inférieur en forces à son adversaire, sut disposer ses troupes de manière à écraser avec toute son armée chacun des trois corps français tenus dans l’isolément l’un de l’autre.

La supériorité numérique des soldats du roi Jean ne fit qu’ajouter au désordre de la défaite ; la France, dans cette journée néfaste, perdit 11 000 hommes, parmi lesquels le connétable, un des maréchaux, plusieurs princes et 2 000 chevaliers. Le roi, nu-tête et à pied, tenant sa hache à deux mains, se défendit avec un courage héroïque jusqu’à la fin de la bataille ; succombant enfin sous le nombre, épuisé de fatigue, affaibli par ses, blessures, il fut conduit au prince de Galles.

On sait que le malheureux monarque, traîné de Bordeaux à Londres, y figura dans l’entrée triomphale de son vainqueur. Sa liberté coûta à la France le traité de Brétigny (8 mai 1360), qui abandonnait à l’Angleterre le Poitou et une grande partie de nos provinces d’outre-Loire.

Édouard, investi du duché d’Aquitaine, conserva le Poitou jusqu’aux victoires de Du Guesclin. Le Poitou donc redevenu français fut l’apanage de Jean de Berry, du duc de Touraine et du dauphin, fils de Charles VI et d’Isabeau de Bavière. De ce domaine, ils n’eurent le plus souvent que le titre ; le Poitou ne fut définitivement réuni à la France qu’en 1436, après les victoires décisives de Charles VII. Ce prince, néanmoins, après le massacre des Armagnacs, en mai 1418, avait trouvé un asile à Poitiers et y avait établi le parlement. Un siècle de paix succéda à ces longs orages ; mais la province, à peine remise de ces violentes secousses, avait une dernière épreuve à traverser.

Le Poitou fut une des premières provinces de France envahies par le protestantisme. Calvin y avait prêché la doctrine nouvelle dans les grottes de Saint-Benoît et de Croutelle ; l’une d’elles porte encore son nom. Les dissentiments se changeant en discordes civiles, les persécutions poussant les vaincus à la vengeance et à la guerre, c’est l’histoire de tous les pays dont s’empare le fanatisme religieux ; ce fut donc aussi durant le XVIe siècle l’histoire du Poitou, avec cette particularité, qu’au plus fort de la lutte, au moment où la crise était suprême, c’est encore sur ce sol prédestiné que les deux partis se heurtèrent.

La rencontre eut lieu la 3 octobre 1577, non sur les hauteurs de Moncontour, quoique le nom en soit resté à la fameuse journée, mais assez loin de là, dans la plaine, entre les bourgs d’Assais et de Jumeaux, le village de Plumain et la butte de Puytaillé. Le sang coula Surtout dans les vallées appelées aujourd’hui, à cause de ce grand événement, la vallée Sanguine et la vallée de la Bataille.

L’armée protestante, sous les ordres de Coligny, était forte de 12 000 fantassins et de 7 000 hommes de cavalerie. L’armée catholique, sous la conduite du duc d’Anjou, se composait de 18 000 hommes de pied et de 9 000 chevaux. Henri IV, débutant alors dan la carrière militaire, assista à la défaite des huguenots. L’importance de cette journée était telle, que Catherine de Médicis, à qui on parlait des suites qu’aurait pu entraîner alors une défaite de son parti, répondit qu’il aurait fallu se résigner à entendre la messe en français.

La bataille de Moncontour est le dernier événement politique dont soient marquées les annales du haut Poitou ; la département de la Vienne est entré avec intelligence et résolution dans la voie de progrès ouverte aux générations modernes depuis le commencement de ce siècle. Il a eu l’heureuse fortune de rester en dehors de ces guerres impies et fratricides qui ensanglantèrent les contrées voisines, alors que la patrie n’avait pas trop du sang de tous ses enfants pour se défendre contre l’étranger. Dans ces derniers temps, il a eu le bonheur d’échapper aux désastres de l’occupation étrangère (1870-1871).

 
 
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