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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)


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Rhône-Alpes : origine et histoire du département Savoie - Histoire de France et Patrimoine


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Départements français

Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques


Histoire du département de la Savoie
(Région Rhône-Alpes)
Publié / Mis à jour le samedi 30 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 

L’union territoriale de la France, la force de cohésion qui relie entre elles toutes ses parties et qui fait l’admiration ou l’envie des autres nations, ce fait à peu près unique en Europe et dont l’histoire n’est pas un accident dû au hasard, c’est, au milieu des événements humains, le dégagement d’un grand principe, la consécration d’une loi providentielle. Ce fait, comme toute œuvre destinée à durer, est œuvre patiente du temps, et il lui a fallu de longs siècles pour s’accomplir.

La Savoie, dont nous allons résumer les annales, nous prouvera une fois de plus que les peuples, pas plus que les individus, ne peuvent échapper à leur destinée et que l’harmonie, ici-bas, consiste tout entière dans l’accomplissement des lois que nous impose la divine Providence.

Quoique la réunion de la Savoie à la France ne date que d’hier, nos lecteurs verront depuis combien de temps cette fusion était préparée dans les esprits, dans les mœurs, dans les besoins, dans les vœux de tous, et par conséquent à combien de titres elle était légitime ; ils savent que les années sont à peine des jours dans la vie des peuples, et ils se rappelleront que celles de nos provinces les plus profondément, les plus énergiquement françaises, étaient encore séparées de la grande, de la bien-aimée famille, au commencement du siècle dernier.

Alors encore, pour rattacher ces membres au tronc, il fallut de violents efforts, des guerres sanglantes ; le temps a marché depuis ; la Révolution française est enfin venue. Par elle, un nouveau droit public a surgi ; les peuples ont repris possession d’eux-mêmes, et, cette fois, c’est à un suffrage libre que la France doit l’agrandissement de sa famille et l’extension de ses frontières. Ces annexions, conquêtes pacifiques, les seules que devrait désormais accepter l’esprit moderne, sont déterminées par une communauté d’origine, des liens de traditions historiques et une solidarité d’intérêts dont l’évidence ressortira, nous l’espérons, des faits que nous avons à retracer.

Avant l’invasion romaine, époque pleine d’obscurité et d’incertitude, on sait seulement que la Savoie était habitée par des tribus allobroges, sorties, comme les tribus gauloises, de la race celtique. L’organisation politique était la même, les moeurs étaient semblables. Aussi, quand Brennuset Bellovèse descendirent en Italie, leurs hordes, en passant les Alpes, se grossirent-elles de nombreux contingents de l’Allobrogie. Polybe donne le nom d’un roi des Allobroges, Bancas, qui aurait servi de guide à Annibal ; mais aucun monument ne constate d’une manière positive le passage du général carthaginois. MM. Champollion-Figeac et Barentin de Montchal prétendent que le gouvernement des Allobroges était républicain, nous ne mentionnons donc le fait que pour constater les controverses auxquelles il a donné lieu.

Le premier événement dont l’authenticité soit incontestable remonte à l’an 118 avant l’ère chrétienne. Les Allobroges avaient donné asile au roi des Liguriens, ennemi de Marseille que Rome protégeait, Domitius Ahenobarbus saisit avec empressement ce prétexte ; la guerre fut déclarée ; les Savoisiens, unis aux Dauphinois septentrionaux, s’avancèrent au-devant de l’ennemi ; les armées se rencontrèrent près d’Avignon, dans les plaines d’un village nommé Vindalie ; les Romains furent vainqueurs, et l’Allobrogie fut ajoutée aux provinces déjà conquises.

Jusqu’à l’arrivée de César, les montagnards semblent avoir supporté le joug assez difficilement ; ils protestaient contre la lourdeur des impôts, et leur mécontentement était si notoire, que Catilina comptait sur eux dans ses projets contre le sénat. Il fut trahi à Rome par leurs députés, qui entrèrent d’abord dans la conjuration ; mais la nation ne s’en associa pas moins par un soulèvement à sa tentative : il fallut que le préteur de la Gaule Narbonnaise marchât contre les révoltés. Un de leurs chefs, Induciomar, de la tribu des Voconces, se mit à leur tête.

Toute l’Allobrogie s’arma ; deux batailles rangées furent gagnées par les montagnards sur les légions romaines ; mais ce triomphe fut de peu de durée. C’est à César qu’il appartenait d’achever de les vaincre. L’indocilité des Allobroges et les nombreuses interventions qu’elle nécessitait valurent au pays la création de deux voies romaines, constatées dans les itinéraires d’Antonin et dont de nombreux vestiges existent encore : l’une de Milan à Vienne en Dauphiné, séparant la Tarentaise et la Savoie proprement dite du petit Saint-Bernard et de Saint-Genix-d’Aoste ; l’autre de la Tarentaise à Genève ; la première longue de 100 kilomètres environ, et la seconde de 110.

Depuis César jusqu’à l’invasion des Burgondes en 427, la tradition ne nous a transmis le souvenir d’aucun événement important. On peut supposer que, le caractère des Savoisiens ayant été mieux apprécié par les Romains, de meilleurs rapports s’établirent entre les vainqueurs et les vaincus, que les impôts furent diminués et qu’une période de paix et de bonheur relatif fit oublier les tempêtes et les calamités passées. N’est-ce pas l’occasion d’appliquer le mot célèbre : Heureux les peuples qui n’ont pas d’histoire ?

C’est par analogie encore que nous sommes réduits a juger les temps qui suivirent. Le contact de la civilisation romaine dut opérer en Allobrogie une transformation semblable à celle que nous avons pu signaler dans la plus grande partie de la Gaule par certains changements caractéristiques et avec des documents précis qui manquent ici. Il fallait que le caractère national eût perdu beaucoup de son ancienne fierté et de son énergie pour accepter sans protestation une invasion des Burgondes vaincus que le patrice romain Aétius parquait dans les vallées de la Savoie (Sapaudia ou Sabaudia) en l’an 427. Il fallait que les éléments de sa nationalité primitive fussent bien altérés pour se laisser aussi facilement absorber par la barbarie des nouveaux hôtes.

A quelle époque paraît le mot Sabaudia pour désigner cette région, et d’où vient-il ? On l’ignore complètement. C’est un écrivain du IVe siècle. après Jésus-Christ, Ammien-Marcellin, qui l’emploie pour la première fois, et depuis il a été conservé. Des différentes étymologies qu’on lui a données, la seule vraisemblable est la suivante : Sap-Wald, deux mots teutons ou germaniques dont la réunion signifie Forêt, ou Pays des Pins.

Pendant près de six siècles, la Sapaudia disparaît dans les royaumes de Bourgogne, plus complètement encore que l’Allobrogie n’avait été effacée sous les successeurs de César ; malheureusement, cette époque, moins éloignée de nous et mieux connue que la précédente, ne nous permet pas d’aussi rassurantes suppositions.

La pauvre Savoie eut sa part de tribulations, de misères, d’épreuves de tout genre, dans les crises que traversèrent ces éphémères monarchies burgondes. Nos lecteurs trouveront un aperçu de cette lamentable histoire dans la notice de la Côte-d’Or, où il était mieux à sa place ; nous n’y emprunterons que quelques détails se rattachant plus directement au passé du département qui nous occupe.

Nous rappellerons seulement le nom de quatre rois de la première dynastie : Gondicaire fonde le royaume. Chilpéric est le père de la célèbre Clotilde, épouse de Clovis. Gondebaud promulgue la loi Gombette, ce code de la féodalité qui survécut si longtemps à l’invasion des barbares et dont l’empreinte est encore si puissante dans plusieurs constitutions contemporaines ; enfin le dernier et le meilleur, dit-on, Sigismond, fait étrangler son fils sur un simple soupçon de révolte ; mais il fait de nombreux dons au clergé et de pieuses fondations : il est canonisé.

C’est à cette période de son histoire qu’on fait remonter, pour la Savoie, la première organisation de son territoire en papi, espèce de districts désignés sous la dénomination générique de Pagi Burgonden, organisation que remania de sa main puissante Charlemagne en 763, lorsque, passant d’Allemagne en Italie, il s’arrêta a Genève et à Saint-Jean-de-Maurienne.

Dans ce même temps, les plus célèbres apôtres du christianisme en Savoie furent saint Romain, saint Colomban et saint Lupicin. Notons encore, comme preuve de la permanente solidarité qui devait unir la Savoie aux provinces voisines de la Gaule, que le royaume de Bourgogne comprenait, avec la Savoie elle-même et le nord-est de la Suisse, la Bourgogne proprement dite, la Bresse, la Franche-Comté, le Dauphiné, le Lyonnais et toute la Provence. La capitale était tantôt Lyon ou Vienne, tantôt Chalon-sur-Saône. Les annales de la Savoie sont plus dépourvues encore de tout intérêt spécial et plus vides d’événements importants sous la seconde monarchie bourguignonne.

Lorsque Louis le Débonnaire, en 842, partagea entre ses fils l’héritage de Charlemagne, la Savoie échut à Lothaire avec l’Italie, la Provence et le titre d’empereur. Après Louis, fils de Boson, le royaume de Bourgogne transjurane se scinde, et la Savoie passe sous le sceptre de Rodolphe Ier, premier roi du second royaume de Bourgogne.

Ce roi, comme son prédécesseur Boson, n’était d’abord qu’un simple gouverneur de province ; il profita des troubles du royaume, en fomenta de nouveaux et se fit proclamer roi à Saint-Maurice-en-Valais, par les grands feudataires qu’il avait séduits. Rodolphe II, qui lui succéda, mourut à Payerne, près de Lausanne, en 938 ; il ajouta à ses États les principautés d’Arles et de Provence.

A la mort de ce prince, surnommé le Fainéant, le royaume tomba dans l’anarchie et passa .pièces par pièces aux comtes, aux barons qui s’emparèrent de l’autorité souveraine dans leurs districts. Conréard, qui lui succéda, eut lui-même pour successeur Rodolphe III, plus fainéant encore que Rodolphe II. Ce dernier compléta l’oeuvre de dissolution en étendant aux titulaires ecclésiastiques les concessions d’autorité temporelle que l’autre avait faites aux seigneurs laïques.

Nos lecteurs ont déjà remarqué sans doute l’identité qui existe même dans ce surnom de fainéant entre ces tristes chroniques de Bourgogne et l’histoire de France qui lui correspond ; nous avons à signaler une similitude plus déplorable encore, le fléau des invasions.

Citons un historien national, Claude Genoux, une des gloires populaires de la Savoie : « Ce fut en 891, dit-iI dans son excellente Histoire de Savoie, que les Sarrasins, fanatiques sectaires de Mahomet, abordèrent à Nice ; ils désolèrent d’abord le Piémont et passèrent ensuite en Savoie. Les marquis (commandants des marches), les comtes, les évêques de Maurienne, de Tarentaise et de Genève, convoquèrent le ban et l’arrière-ban de leurs guerriers ; ce fut en vain : des flots de sang coulèrent, et, malgré la bravoure de ses défenseurs, la ville de Saint-Jean-de-Maurienne fut ruinée de fond en comble ; le Faucigny, la Tarentaise et le Valais eurent à peu près le même sort.

« C’était toujours chargés de butin que les Sarrasins, après leurs expéditions, se réfugiaient dans la haute vallée des Beauges, ou bien encore, dit la tradition, dans le quartier général à La Roche-Cevin. A Conflans, où ils ne laissèrent pas pierre sur pierre, ils bâtirent eux-mêmes une tour carrée, afin de perpétuer la mémoire de leurs méfaits. Cette tour se voit encore aujourd’hui à l’angle droit de l’esplanade de la ville ; une autre version, il est vrai, prétend que les barons saxons bâtirent cette tour ainsi que beaucoup d’autres et qu’ils y employèrent comme manœuvres les prisonniers qu’ils firent aux Sarrasins. Toujours est-il que, de toute notre Savoie, le château d’Ugines seul leur résista. C’était vers 940, sous le règne de Conréard, troisième roi du second royaume de Bourgogne. Cette invasion avait duré cinquante ans. »

La fin de Rodolphe III nous conduit à l’an 1033. La Savoie appartient alors à Conrad le Salique, fils de Rodolphe II. Adopté comme héritier par Charles Constantin, il est, à la mort de celui-ci, couronné empereur d’Allemagne. Une nouvelle période commence pour l’histoire de notre province.

Ici, toutefois, se présente pour nous une difficulté nouvelle. Pour les époques précédentes, les documents sont rares et confus ; ceux que nous allons rencontrer maintenant ont besoin d’être transformés et dégagés d’éléments qui ne leur sont pas propres. Il n’existe point, pour ainsi dire, d’histoire de Savoie, tant cette histoire se fond et s’absorbe dans celle de la maison qui régnait sur ce pays.

Ce peuple, tout de dévouement et d’abnégation, semble avoir renoncé à toute existence nationale pour vivre de la vie de ses souverains. Ses prospérités comme ses infortunes, sa gloire comme ses revers sont ceux de ses comtes, de ses ducs, de ses rois ; et les historiens du pays se sont tellement associés à cette espèce d’abdication, que leur grand souci est de rechercher s’il faut faire remonter l’origine d’Humbert aux Blanches mains, le premier comte de Savoie, à Boson, le fondateur du second royaume de Bourgogne, ou à Bérold le Saxon, descendant du fameux Witikind, comme le désiraient les princes de Savoie, dans le but de se donner un titre germanique à l’empire d’Allemagne, auquel aspirèrent plusieurs d’entre eux.

Notre observation n’a rien d’hostile pour l’antique et illustre maison de Savoie ; nous sommes tout disposés à reconnaître qu’elle a souvent donné des preuves de clémence, de mansuétude et de bonté, bien rares dans ces siècles d’injustice et de violence ; nous sommes prêts à proclamer que beaucoup de ses membres ont été aussi sages, aussi habiles, aussi prudents que courageux et magnanimes ; nous faisons trop la part du temps, des moeurs, des institutions, pour lui reprocher sa persévérante ambition ; mais il nous sera permis de regretter que tout cet éclat ait laissé dans une ombre trop profonde les mérites oubliés de ceux qui ont tant contribué à cette fortune.

En tirant une excuse pour l’insuffisance de cette notice, nous espérons aussi y trouver un argument à l’appui des opinions que nous avons émises en commençant. Telle est, en effet, la puissance des liens qui rattachent la Savoie à la France, que, malgré son dévouement docile, malgré l’héroïque fidélité avec laquelle elle suit et sert ses princes dans leurs brillantes aventures, rien ne peut détourner ni ses regards, ni ses pensées, toujours tournés vers l’occident ; aujourd’hui même que sa croix blanche flotte victorieuse des confins du Tyrol aux rivages de la Sicile, aucun regret ne se mêle au bonheur qu’elle éprouve d’arborer enfin le drapeau de la France.

Tâchons de répondre à ces précieuses sympathies de nos nouveaux compatriotes, et qu’ils ne s’en prennent qu’à l’humilité et a la modestie de leurs ancêtres, s’il est si difficile de glorifier convenablement leur passé.

Voici quelles étaient, en Savoie, vers le milieu du XIe siècle, les grandes familles de hauts barons déjà existantes : les vicomtes de Maurienne, de Briançon et de Chambéry, les barons de Seyssel, de Menthon, de La Rochette, de Blonay, de Montbel, de Chevron-Villette, de Beaufort, de Montmayeur, de Miolans et d’Allinges.

Au-dessous de ces puissantes maisons existait une noblesse inférieure, ne possédant que de petites baronnies et qui formait l’ordre équestre. Après lui venait, dans l’ordre hiérarchique, une noblesse militaire, composée de capitaines, qui forma, plus tard, l’ordre des chevaliers.

Après cette dernière classe de la noblesse venait celle des vavasseurs ou hommes libres, que l’on nommait aussi hommes d’honneur et compagnons de guerre ; puis les propriétaires libres ou de franc-alleu, et ensuite les vilains ou villageois ; ils étaient affranchis et propriétaires, mais attachés à la glèbe.

Enfin, les serfs venaient en dernier lieu ; ils terminaient cette longue liste de privilèges, de servitude et de misère. Cette classe, beaucoup plus nombreuse que toutes les autres ensemble, dit Costa de Beauregard, était composée d’ilotes voués exclusivement aux travaux des champs, à qui l’usage des armes était interdit, qui ne devaient jamais quitter le sol natal, qui ne connaissaient point les douceurs de la propriété, et auxquels il n’était permis ni de se marier ni de tester, sans le consentement de leurs seigneurs, lesquels étaient les maîtres de lever sur eux des contributions arbitraires ; et comme, suivant la coutume des Francs et des Bourguignons, la longueur de la chevelure indiquait le degré de la noblesse, les serfs, en signe de leur condition, devaient tenir sans cesse leurs cheveux coupés au ras de la tête.

De l’an 1033 à 1391, dix-sept comtes de la dynastie de Savoie possèdent successivement tout ou partie du pays. Voici la liste de ces princes, avec la date approximative de leur règne, sans y comprendre le trop problématique Bérold de Saxe : 1033. Humbert Ier, dit aux Blanches mains. - 1048. Amédée Ier, ou, par abréviation, Amé, surnommé la Queue. - 1069. Oddon ou Othon. - 1078. Amédée Il, surnommé Adélao. - 1094. Humbert II, dit le Renforcé. - 1103, Amédée III. - 1150. Humbert III, surnommé le Saint. - 1188. Thomas Ier. - 1230. Amédée IV. - 1253. Boniface, dit le Roland. - 1263. Pierre, dit le petit Charlemagne. - 1268. Philippe. - 1285. Amédée V, dit le Grand. - 1323. Édouard, surnommé le Libéral. - 1329. Aimon, dit le Pacifique. - 1344. Amédée VI, dit le comte Vert. - 1383. Amédée VII, surnommé le Rouge, le Noir ou le Roux.

Après la réunion des deux Bourgognes sous le sceptre de l’empereur Conrad le Salique, Humbert Ier obtint de ce prince le titre de comte souverain de Maurienne. Cette concession, toutefois, ne s’étendait qu’à une partie de la Maurienne et à quelques-unes de ses petites vallées. Le comte habita, ainsi que ses successeurs, jusqu’au milieu du XIIIe siècle, le château fort de Charbonnière, résidence ordinaire dés marquis, feudataires des rois de Bourgogne et chargés, par eux, de défendre la vallée de Maurienne et la ville d’Aiguebelle. Tels furent l’humble berceau et les premiers domaines de la puissante monarchie de Savoie.

Sous Amédée Ier, les progrès étaient déjà sensibles, à en juger d’après la chronique à laquelle ce prince dut son peu poétique surnom. L’empereur d’Allemagne, Henri III, allait se faire couronner à Rome ; il était accompagné d’Amédée Ier, que suivaient de nombreux gentilshommes ; quarante, dit-on.

« Advint un jour, raconte Paradin, que le comte se vint présenter à l’huis de la chambre où se tenoit le conseil, et ayant heurté, lui fut incontinent la porte présentée, pour sa personne seulement, le priant l’huissier du conseil de vouloir faire retirer cette grande troupe qui estoit à sa queue ; à quoi ne voulant acquiescer, ne voulut l’huissier permettre l’entrée : dont il persista encore si haultement que l’empereur oyant le bruit demanda que c’estoit, l’huissier répond que c’estoit le comte de Maurienne qui menoit après soi un grand nombre de gentils-hommes. Lors, dit l’empereur, qu’on le laisse entrer et qu’il laisse sa queue dehors : ce qu’ayant entendu, le comte répondit avec mécontentement : si ma queue n’y entre avec moi, je n’y entrerai jà et vous en quitte. Alors l’empereur ordonna que la porte fût ouverte au comte et à sa queue. » N’est-ce point un curieux tableau des moeurs du temps et un intéressant indice des rapports qui existaient alors entre les divers degrés de la hiérarchie féodale ?

Le marquisat de Suse, ce premier regard sur l’Italie, échoit à Oddon par son mariage avec Adélaïde, fille de Mainfroy. Sous le règne de son fils, Amédée II, cette Adélaïde sert de médiatrice entre le pape Grégoire VII et l’empereur Henri IV ; et il est déjà question de l’importance politique que prend la maison de Savoie, dans une relation adressée par l’ambassadeur Foscarini au sénat de Venise.

Cependant le titre de comte de Savoie ne semble avoir été pris pour la première fois que par Humbert II. La Savoie eut, comme la France, les folles terreurs de l’an 1000 qui multiplièrent les fondations religieuses. Le siècle suivant fut celui des croisades ; ce fut principalement à la troisième que prit part la Savoie. Amédée III accompagna le roi de France Louis VII ; il mourut à Nicosie, dans l’île de Chypre, deux ans après son départ de Charbonnière.

Voici le nom des principaux seigneurs dont il fut suivi le baron de Faucigny et son fils, les barons de Seyssel et de La Chambre, ceux de Miolans et de Montbel, les seigneurs de Thoire, de Montmayeur, de Vienne-de-Viry, de La Palude, de Blonay, de Chevron-Villette, de Chignin et de Châtillon.

Les premières monnaies qui portent l’empreinte de la croix de Savoie datent de Humbert III, le premier de sa race qui ait été enterré à l’abbaye de Hautecombe. L’espace si restreint dont nous disposons nous oblige à passer sous silence bien des faits importants. Nous ne pouvons rien dire des guerres si fréquentes auxquelles les comtes devaient presque toujours un accroissement de leur influence et une extension de leurs frontières ; n’oublions pas cependant que l’acquisition de Chambéry est due au comte Thomas, qui l’acheta du comte Berlion, le 15 mars 1232, moyennant 32 000 sous forts de Suse, somme équivalente a 100 000 francs de notre monnaie ; le château n’étant pas compris dans ce marché.

C’est à cette époque que remontent les premières franchises municipales conquises, obtenues ou achetées par les communes. Inscrivons ces dates glorieuses : elles valent bien celles des batailles ou de l’avènement des princes. Yenne s’affranchit la première en 1215, Montmélian en 1221, Plumet en 1228, Chambéry en 1233, Beaugé en 1250, Évian en 1265, Seyssel en 1285, Bonneville en 1289, Rumilly en 1292, Chaumont et Cluses en 1310, Thonon en 1323, La Roche en 1325, Annecy en 1367. Genève, si fière aujourd’hui de sa liberté, n’en fit la première conquête qu’en 1387.

Le règne d’Amédée IV fut marqué par une épouvantable catastrophe, l’écroulement de la montagne du Grenier ; les blocs de rochers, dit la légende, ne s’arrêtèrent que devant le sanctuaire de Notre-Dame de Myans ; l’image de la Vierge qu’on y vénérait passait pour avoir été peinte par saint Luc ; aussi la dévotion envers cette madone devint-elle une des pratiques les plus répandues et les plus populaires de la Savoie.

Sous Boniface, ce fut la lèpre qui envahit le pays. Ce prince mourut prisonnier de Charles d’Anjou, qui l’avait vaincu à Turin. Pierre vengea son neveu ; il éleva la Savoie au rang des puissances secondaires de son temps. Une tradition, qu’aucun témoignage sérieux ne confirme malheureusement, attribue à Philippe la convocation des premières assemblées nationales.

Un titre moins contestable, c’est l’heureux choix qu’il fit d’Amédée V pour son successeur. Ce prince et son fils Édouard constituèrent définitivement la puissance de leur maison. Sans avoir à lutter contre d’aussi grands obstacles, ils réalisèrent dans leur comté l’oeuvre que Louis XI poursuivit en France.

Leurs successeurs n’eurent plus qu’à suivre la voie qui leur avait été tracée. Sous Amédée VI, les frontières de la Savoie se déterminent d’une manière presque stable du côté du Valais, de la France et du Dauphiné. Ce prince acquiert les baronnies du pays de Vaud, se consolide à Genève et dans le Piémont.

Avant lui, Aymon, plus législateur que guerrier, avait créé à Chambéry un conseil suprême de justice qui fonctionna jusqu’en 1559, époque à laquelle il fut remplacé par le sénat de Savoie ; c’est à ce comte qu’on doit aussi la belle institution de l’avocat des pauvres et l’établissement des assises générales de Savoie, siégeant chaque année pendant le mois de mai. Amédée VII, après de nombreux démêlés avec Galéas Visconti, duc de Milan, avec le marquis de Montferrat et les Angevins de Naples, finit par ajouter aux conquêtes de ses ancêtres les vallées de la Stura, de Vintimille et de Nice. Ce fut le dernier comte de Savoie ; avant d’aborder la période des ducs, nous devons donner un souvenir aux hommes qui ont illustré le pays pendant l’époque que nous venons de parcourir.

Citons d’abord les deux saints Anselme : le premier, né dans la cité d’Aoste, en 1033, qui de bénédictin devint archevêque de Cantorbéry ; l’autre de la maison des seigneurs de Chignin, qui fut évêque de Belley en 1150 et prieur de la Grande-Chartreuse ; saint Bernard de Menthon, fondateur des hospices qui portent son nom et perpétuent le souvenir de ses vertus aux sommets des Alpes Pennines ; Gérard Nicolas, de Chevron, sacré pape à Rome, le 28 décembre 1058, sous le nom de Nicolas II ; Guillaume della Chiusa, originaire de Maurienne, moine bénédictin, le plus ancien chroniqueur de Savoie ; Pierre de Tarentaise, ami de saint Bernard, archevêque de Moutiers ; Geoffroy de Châtillon, devenu pape sous le nom de Célestin IV, en 1230 ; Pierre de Compagnon, né à Moutiers, archevêque de Lyon, cardinal, puis pontife, sous le nom d’Innocent V, à l’âge de quarante ans ; Guillaume de Gerbaix et Ginifred d’Alliages, tous deux grands maîtres des templiers, l’un en 1250, l’autre en 1285 ; Jean Gersen, né à Cavaglia, en Biellais, bénédictin de Verceil, l’un de ceux à qui on a attribué le célèbre livre de l’Imitation de Jésus-Christ ; Pierre de La Palud, de Varambon-en-Bresse, moine dominicain, le plus savant théologien de son temps, nommé patriarche de Jérusalem ; Étienne de La Baume, de Mont-Revel, premier maréchal de Savoie.

Aux dix-sept comtes succède, en 1391, dans la personne d’Amédée VIII, dit le Pacifique ou le Salomon, une série de quatorze ducs, dont voici les noms : après Amédée VIII, Louis, en 1440 ; - Amédée IX, dit le Bienheureux, en 1465 ; - Philibert Ier, surnommé le Chasseur, en 1472 ; à Charles Ier, surnommé le Guerrier, en 1482 ; - Charles-Jean-Amédée ou Charles II, en 1490 ; - Philippe, surnommé sans Terre, en 1496 ; - Philibert II, surnommé le Beau, en 1497 ; - Charles III, surnommé le Bon ou le Malheureux, en 1504 ; -Emmanuel-Philibert, surnommé Tête de Fer ou le Prince à cent yeux, en 1553 ; - Charles-Emmanuel, surnommé le Grand, en 1590 ; - Victor-Amédée Ier, en 1630 ; - François-Hyacinthe, en 1637 ; - Charles-Emmanuel II, en 1638.

Peu d’éloges et de panégyriques princiers valent ce que dit Olivier de La Marelle d’Amédée VIII. « En ce temps où l’Europe entière était en armes, le duc, homme de vertus singulières, était enclin a la paix ; il vécut sans guerre avec Français et Bourguignons et si sagement se gouverna parmi tant de divisions, que son pays de Savoie était le plus riche, le plus sûr, le plus plantureux de tous ses voisins. »

Les développements et la prospérité d’Annecy datent de ce règne. Chambéry reçut dans ses murs l’empereur Sigismond, qui, le jour même de son arrivée, en 1416, érigea en duché le comté de Savoie. L’ordre de Saint-Maurice fut créé par Amédée VIII, en 1434. Quoique le duc Louis fût loin de posséder les qualités de son père, et quoique son règne ait été beaucoup moins glorieux, ses alliances apportèrent aux souverains de Savoie le titre de rois de Chypreet de Jérusalem. Des froids excessifs, des pestes, des famines et des dissensions intestines concoururent à rendre malheureux le règne d’Amédée IX et la régence qui suivit.

Sous le règne suivant, -quoique le duc Charles ait été surnommé le Guerrier, la Savoie retrouva des jours meilleurs. La cour de ce prince était, disent les chroniqueurs du temps, une parfaite école d’honneur et de vertu. Ce fut à cette école que l’évêque de Grenoble conduisit, en 1488, son neveu Pierre du Terrail, qui devint depuis l’illustre Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche. Jeune alors, ce héros servit le duc Charles Ier, en qualité de page, et continua son service auprès de sa veuve Blanche de Montferrat. Ce règne vit fonder la première imprimerie que posséda la Savoie. Le premier imprimeur établi a Chambéry se nommait Antoine Neyret.

Nous avons peu de chose a dire des règnes qui suivent. La lutte continue entre la France et la, maison d’Autriche. Les ducs de Savoie continuent à pratiquer entre les deux puissances l’habile et prudente politique qui leur a toujours si bien réussi. Philibert le Beau épouse la célèbre Marguerite, descendante de Charles le Téméraire, fille de l’empereur Maximilien Ier, celle qui avait été fiancée a l’infant d’Espagne et au dauphin de France, celle qui, se croyant en danger de mort, avait fait elle-même ces deux vers pour lui servir d’épitaphe :

Ci-gît Margot, la gente demoiselle,
Qu’eut deux maris et si mourut pucelle.

Cette alliance dérangeait un peu l’équilibre de neutralité ; il en résulta même, en 1535, une invasion du pays par François Ier ; mais ce prince manquait de l’habileté qui consolide les succès, et la protection de Charles-Quint fut plus profitable à la maison de Savoie que ne lui avait été préjudiciable l’hostilité du monarque français.

Une des conditions de la paix de Cateau-Cambrésis, conclue le 3 avril 1559, entre l’Espagne et la France, c’est que le duc Emmanuel-Philibert, le principal négociateur du traité, obtiendra la main de Marguerite de Valois, soeur de Henri II. C’est dans le tournoi donné à la porte des Tournelles, pour célébrer cette union, que le roi Henri II fut accidentellement blessé a mort par le comte de Montgomery.

Il est un point, toutefois, sur lequel vient échouer toute la puissance, toute l’habileté des princes de Savoie : Genève, si longtemps enviée, si souvent attaquée, défend et consolide sa liberté. Le long règne de Charles-Emmanuel déroule une suite de tentatives obstinées dont le résultat définitif est de constater l’héroïsme de la cité et d’assurer son indépendance.

Avant d’arriver à la période des rois, il ne nous reste plus a relater que la persécution des barbets, dissidents dont les croyances avaient beaucoup de rapport avec celles des anciens Vaudois. Ils occupaient les vallées de Luzerne, de Saint-Martin, d’Angrogne et de la Pérouse. On intéressa Charles-Emmanuel II dans la question, en lui persuadant que les barbets voulaient créer une république au milieu des Alpes.

Il y eut donc chasse aux barbets, poursuites, pendaisons, massacres, de véritables dragonnades. Cromwell et la Suisse intervinrent en 1656, et malgré le pape la paix fut rétablie. La Savoie, pendant l’époque que nous venons de parcourir, a produit de nombreux personnages illustres ; les documents étant plus certains dans ces temps plus rapprochés, nous citerons leurs noms dans notre notice sur le lieu qu’ils ont illustré.

Après ses dix-sept comtes, ses quatorze ducs, la maison de Savoie compte jusqu’à ce jour une suite de huit rois : Victor-Amédée II, en 1684 ; - Charles-Emmanuel III, en 1730 ; - Victor-Amédée III, en 1773 ; - Charles-Emmanuel IV, en 1796 ; - Victor-Emmanuel Ier, en 1802 ; - Charles-Félix, en 1821 ; - Charles-Albert, en 1831 ; Victor-Emmanuel II, en 1849.

Avec Louis XIV renaissent les grandes guerres européennes ; elles appartiennent à un domaine historique qui n’est pas le nôtre ; détachons seulement de ces grandes pages quelques détails qui aient leur place dans notre cadre : dans la campagne de 1696, Victor-Amédée résuma de la plus éclatante manière la politique de sa maison ; en moins d’un mois, dit Voltaire, il fut généralissime de l’empereur et généralissime de Louis XIV.

Sous l’influence de ce puissant monarque, il y eut de nouvelles persécutions religieuses dans les montagnes de la Savoie, et cependant quand Victor-Amédée, à bout de patience et de concessions, voulut résister aux exigences de son puissant voisin, il n’eut pas de plus dévoués, de plus vaillants soldats que ces pauvres barbets et Vaudois contre lesquels il s’était fait l’exécuteur d’ordres si iniques et si barbares.

La France avait beau se manifester par des actes aussi déplorables, la Savoie était sans force contre l’attraction qui la poussait de ce côté. Claude Genoux en fait en ces termes la judicieuse remarque : « Lorsque les invasions de Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV eurent assimilé l’esprit savoyard à l’esprit français, alors la Savoie fut française : elle l’était non seulement par le cœur, par la raison, par la logique des faits, elle I’était encore par tempérament. Lors de ces quatre invasions successives, Annecy et Rumilly furent les seules villes qui firent un simulacre de résistance ; ce simulacre fut le chant du cygne de la nationalité savoyarde : cette nationalité appartenait à la France. »

Notons que ceci était écrit avant l’annexion, et par un enfant de la Savoie. L’émigration qui depuis le XVIe siècle amène chaque année dans les grandes villes de France des milliers de montagnards actifs et industrieux qui rapportent au pays, avec le fruit de leurs économies, le souvenir des lieux où ils ont vécu, l’empreinte des mœurs qu’ils ont traversées, cette émigration, dont l’importance augmente sans cesse, a achevé l’oeuvre de fusion, d’assimilation qui vient de s’accomplir.

Nous pourrions terminer ici notre tâche, car de plus en plus l’histoire des souverains s’isole de celle du pays ; plus la Savoie vient à nous, plus ses princes s’italianisent. C’est à la bataille de Superga, sous les murs de Turin, aux côtés du prince Eugène, que Victor-Amédée gagne son titre de roi. Cependant, c’est dans le château de Chambéry que se retira encore ce prince lorsque, fatigué des affaires, il eut abdiqué en faveur de son fils Charles-Emmanuel III.

La Savoie, sous ce prince, qui a néanmoins laissé une mémoire vénérée, paya cruellement les frais de la guerre, qui ne se termina qu’au traité d’Aix-la-Chapelle, en 1748. A diverses reprises, depuis 1733, et surtout de 1742 à 1747, l’armée franco-espagnole prit ses quartiers d’hiver dans ce pays pauvre et déjà épuisé. A tant de maux c’était une triste compensation que les réformes administratives et judiciaires qui ont honoré les dernières années de Charles-Emmanuel.

La Révolution française trouva sur le trône de Savoie Victor-Amédée III, qui ne méritait pas ses colères, mais qui n’était pas de taille à lui faire obstacle. En quelques jours, dans le mois de septembre 1792, les redoutes élevées sur le passage des Français étaient enlevées, 11,000 Piémontais étaient culbutés, le drapeau de la République flottait sur le château de Chambéry, et sur les murs de la ville était affichée la proclamation suivante : « Liberté, égalité ! de la part de la nation française. Guerre aux despotes, paix et liberté aux peuples - Donné à Chambéry le 24 septembre 1792, l’an IV de la liberté et le premier de l’égalité. - Signé : le général de l’armée française, Montesquiou. » Ce général n’avait avec lui que 12 compagnies de grenadiers, 12 piquets et 100 sapeurs.

Une assemblée nationale des Allobroges, composée de 665 députés, se réunit à Chambéry et vota l’annexion de la Savoie à la France. La Convention approuva cette délibération, et la Savoie devint le 84e département de la République et prit le nom de département du Mont-Blanc. Pendant vingt-deux ans, ce pays suivit les destinées de la France. Les armées de la République et de l’Empire comptèrent dans leurs rangs plus de 50 000 de ses enfants, parmi lesquels 800 officiers de tout grade et 20 généraux.

En 1814, Victor-Emmanuel Ier recouvra la plus grande partie de la Savoie, que le traité de Vienne du 15 novembre 1815 lui rendit tout entière. Jusqu’en 1847, ce pays resta courbé sous le joug d’un absolutisme impitoyable. A cette époque, le roi Charles-Albert opéra quelques réformes, et, le 4 mars 1848, le Statut constitutionnel inaugura le régime parlementaire.

La Savoie put renaître à la vie publique ; grâce aux libertés les plus étendues et à la sagesse prévoyante des princes qui l’ont gouvernée jusqu’en 1860, sa prospérité se développa considérablement. Les Savoisiens prirent une part glorieuse aux guerres de 1848 et 1849, que soutint le Piémont contre l’Autriche. Après l’abdication de Charles-Albert, vaincu à Novare, Victor-Emmanuel II, avec l’assentiment des populations et l’aide du comte de Cavour, son habile ministre, consacra toutes ses forces et ses constants efforts à rendre la liberté à l’Italie.

Il était dans les destinées de la Savoie de contribuer à l’accomplissement de ce grand projet et de se séparer de l’Italie juste au moment où le but si longtemps poursuivi venait d’être atteint. Comme compensation des sacrifices faits par la France et pour assurer notre frontière du sud-est, le traité du 24 mars 1860, sanctionné par un plébiscite, nous rendit cette antique province, qui est si incontestablement française.

Durant la guerre franco-allemande de 1870-1871, ses habitants payèrent largement leur dette a la mère patrie, en fournissant un nombreux contingent à la ligne, a la mobile, aux mobilisés et aux francs-tireurs. Au moment de la guerre civile qui déchira la patrie après la conclusion de la paix avec l’Allemagne, plusieurs Savoisiens, craignant de voir la France tomber de nouveau de l’anarchie dans le despotisme, tournèrent leurs regards vers l’Italie, à laquelle ils avaient été si longtemps unis ; mais la consolidation d’un régime libéral a fait taire toutes ces velléités de séparatisme.

« Il est certain, dit un historien contemporain, que la Savoie est française par sa langue, par ses moeurs, par ses aspirations, par tout ce qui constitue l’existence d’un peuple ; il est certain aussi que, plus le régime politique et administratif de la France se rapprochera du régime de sage liberté et de bonne administration que la Savoie possédait avant 1860, et qu’elle eut plus d’une fois lieu de regretter depuis, plus ses populations seront attachées à la France. Dans les mauvais jours comme dans la prospérité, la France trouvera toujours le plus ferme appui et le plus constant dévouement chez les Savoisiens. »

Le département actuel de la Savoie est formé de la majeure partie de l’ancien département du Mont-Blanc. La population de la Savoie du XIXe siècle a toutes les qualités, mais aussi quelques-uns des défauts qui distinguent les populations des montagnes. Dans un pays où circulent lentement les idées, où mille obstacles naturels s’opposent à l’échange facile et rapide de ces idées et à la promptitude des communications, on vit généralement sur le passé, on conserve intacts, avec les traditions locales, comme un esprit de routine qui tue l’initiative individuelle, et cette fidélité a ce qui a existé autrefois qui fait repousser avec dédain le nouveau ou l’inconnu.

D’une part, si l’on se préserve ainsi de ces vices si répandus dans les autres pays ; si l’honnêteté primitive subsiste entière et forme le fond du caractère de chacun ; d’autre part aussi on est porté à s’isoler toujours, a vivre à l’écart, à voir dans son pays le meilleur, le plus beau de tous les pays ; on se méfie de l’étranger, et cette méfiance, souvent exagérée, subsiste longtemps encore malgré le commerce de chaque jour ; on n’accepte qu’avec une extrême réserve tout ce qui est nouveau ; on reste stationnaire, on attend. De là aussi cette lenteur calculée, souvent paresseuse, a procéder en toutes choses et qui se traduit dans les actes et les paroles des habitants des villes aussi bien que des habitants des campagnes.

En outre, la grande place que tient l’agriculture dans la Savoie du XIXe siècle, l’amour profond du sol natal et l’attachement à la terre ne font que rendre plus saillant son caractère, en expliquant cette ténacité inébranlable mise a la recherche d’un bien-être plus grand, cet esprit continu qui ne donne rien au hasard et cet amour, parfois exagéré, du lucre, que l’on retrouve, du reste, dans toutes les campagnes, quelles qu’elles soient.

En somme, une population foncièrement honnête, tenace et laborieuse, à laquelle on ne peut demander qu’un peu plus d’initiative et d’abandon. De toutes les populations françaises du XIXe siècle, celle de la Savoie tend le plus à émigrer. L’émigration hivernale ne peut qu’avoir un bon résultat, puisqu’elle pourvoit au bien-être des habitants qui retournent, au printemps, reprendre possession des hauteurs ; mais I’émigration des plaines a de graves conséquences ; elle dépeuple pour un certain nombre d’années les vallées les plus fertiles, pour porter les émigrants à courir la France, à s’expatrier même dans l’Amérique méridionale, une véritable colonie savoisienne étant déjà établie à Buenos-Aires.




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