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Mardi gras et Carnaval

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Coutumes, Traditions
Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres
Mardi gras et Carnaval
(D’après « La Semaine des familles », paru en 1872)
Publié / Mis à jour le lundi 28 février 2022, par LA RÉDACTION
 
 
 
Marquant l’entrée dans le Carême, période de 40 jours durant laquelle les chrétiens mangent « maigre », Mardi gras, dérivé des saturnales romaines, est l’occasion de manger tout ce dont on sera privé pendant plusieurs semaines, mais également de se déguiser, de dissimuler son visage derrière un masque et de s’affranchir des contraintes sociales et de la bienséance

Dans sa Muse politique, Loret nous brosse du carnaval au XVIIe siècle le tableau suivant :

« Mardi, multitude de masques,
Qui ridicules, qui fantasques,
Qui portant sur eux maint trésor,
Qui vêtus de riche écarlate,
Qui de canevas, qui de natte,
Qui de cuir, qui de velours ras,
Qui d’habits blancs, qui d’habits gras,
Jusqu’au nombre de quatre mille
S’en allaient courant par la ville.
Les uns ressemblaient des Chinois,
Des Margajats, des Albanois,
Des amazones, des bergères,
Des paysannes, des harengères,
Des clercs, des sergents, des baudets,
Des gorgones, des farfadets,
Des vieilles, des saintes-n’y-touches,
Des Jean-Doucets, des Scaramouches,
Des gens à cheval dos à dos
Et des scarabombillardos,
Et ce qui causait des extases,
Des carrosses couverts de gazes,
Et des chariots triomphants,
Après qui couraient des enfants ! »

L’origine du carnaval se perd dans la nuit des temps. Il semble dérivé des saturnales romaines, des bacchanales grecques et des fêtes célébrées en l’honneur d’Osiris par les Égyptiens. Un fait digne de remarque, c’est que, de tout temps, ces réjouissances populaires ont semblé avoir pour but d’autoriser les railleries des classes inférieures contre les classes plus élevées de la société, contre les institutions, les fonctionnaires, enfin contre tout ce que, le reste de l’année, elles étaient tenues de respecter.

Le triomphe du Mardi gras. Estampe du XVIIe siècle
Le triomphe du Mardi gras. Estampe du XVIIe siècle

Malheureusement cette liberté a trop souvent dégénéré en licence des plus condamnables. La Fête des Fous, appelée aussi Fête des Innocents, suivant les endroits où elle était célébrée, s’était, au Moyen Âge, inspirée en partie des saturnales romaines, en partie des représentations dramatiques que des pèlerins, montés sur des tréteaux aux portes des églises, donnaient à la foule assemblée, et l’ignorance des masses avait fini par transformer ce divertissement déjà grossier en une comédie criminelle et sacrilège.

La Fête des Fous, que l’on célébra jusqu’à la fin du XVIe siècle, remontait à une date fort ancienne, car en 633 le concile de Tolède tenta vainement de l’abolir, et longtemps auparavant saint Augustin avait recommandé qu’on châtiât ceux qui se rendaient coupables de cette impiété.

Les mascarades du Moyen Âge surtout étaient remarquables par leurs tendances railleuses et satiriques. Les souverains y étaient habituellement représentés sous des travestissements burlesques. Les valets, le visage barbouillé de suie, parodiaient leurs maîtres et les tournaient en ridicule.

Ces faits ne rappellent-ils pas les saturnales, pendant lesquelles toute apparence de servitude était bannie, et les esclaves, portant le même costume que les citoyens, se choisissaient un roi de la fête ? À propos des saturnales, Ézéchiel Von Spanheim, qui fut ambassadeur du grand électeur de Brandebourg à Versailles et Paris au milieu du XVIIe siècle, cite une piquante anecdote au sujet du cri de : « Io saturnalia » que faisaient entendre les enfants en courant dans les rues pour annoncer le commencement des fêtes :

Le divertissement de Mardi gras. Estampe du XVIIe siècle
Le divertissement de Mardi gras. Estampe du XVIIe siècle

Narcisse, affranchi de Claude, fut envoyé par cet empereur dans les Gaules pour apaiser une sédition qui s’était élevée parmi les troupes. L’ancien esclave s’avisa de monter à la tribune pour haranguer l’armée à la place du général ; mais les soldats se mirent à crier : « Io saturnalia ! », voulant faire entendre que la fête des saturnales commençait sans doute, puisque les esclaves prenaient la place des maîtres.

Alors que le niveau de l’égalité n’avait pas, comme à présent, passé sur les classes sociales, le carnaval était compréhensible. Il avait une raison d’être. Il donnait à certaines classes une satisfaction, en leur permettant, comme au dormeur éveillé des Mille et une nuits, de jouir momentanément des privilèges réservés aux patriciens. Il donnait en même temps à ces derniers une leçon parfois salutaire, en leur montrant que, entre eux et ceux qu’ils traitaient de manants, la différence était moins grande qu’ils ne l’avaient supposé.

Mais à notre époque, à quoi bon le carnaval ? Passe encore si, pour en revenir à l’idée première de ce genre de divertissement, idée qui consiste à changer, pour un espace de temps limité, l’ordre habituel des choses, on faisait revivre, pendant les journées du carnaval, les différences qui existaient autrefois entre les classes de la société. Ce serait là un genre de saturnales assez original, et qui certes ne manquerait pas de piquant. Les mascarades auraient alors une signification historique et un intérêt quelconque.

De tous les personnages mis en scène par le Mardi Gras depuis un temps immémorial, le seul qui soit resté constamment dans son rôle, qui ait continué à le remplir d’une manière convenable, en dépit des modifications successives subies par son entourage, c’est le bœuf gras. D’abord, c’est un héros de circonstance s’il en fût. À quelle époque, mieux qu’au moment de l’abstinence du Carême, pourrait-on payer à un bœuf, gros, gras, magnifique, tout frais arrivé des vertes prairies normandes, le tribut d’admiration qu’il mérite ?

Promenade du boeuf gras. Gravure extraite du Programme officiel, ordre et marche des boeufs gras avec indication des rues, places, quais, ponts et boulevards par où le cortège carnavalesque passera les dimanche 10, lundi 11 et mardi 12 Février 1861
Promenade du bœuf gras. Gravure extraite du Programme officiel, ordre et marche
des bœufs gras avec indication des rues, places, quais, ponts et boulevards par où le cortège
carnavalesque passera les dimanche 10, lundi 11 et mardi 12 Février 1861

D’ailleurs, si l’on en croit du Cange, l’un des plus illustres érudits que la France ait produits, le mot carnaval serait dérivé de carn-aval, parce que l’on mange alors beaucoup de viande, pour se dédommager à l’avance des privations que l’on devra s’imposer pendant le Carême. La promenade du bœuf gras, que les Gaulois empruntèrent à leurs conquérants, se faisait autrefois le jeudi, appelé vulgairement jeudi gras, parce que c’est le dernier avant le Carême.

Bien plus tard, elle a lieu le dimanche, le lundi et le mardi gras, et quoiqu’elle ne soit plus accompagnée de la même pompe que jadis, les curieux encombrent cependant les trottoirs et les fenêtres sur le passage du cortège ; tant il est vrai que les Parisiens sont avides de tout spectacle, quel qu’il soit. Le bœuf, dont les cornes sont dorées, et qui est entouré de garçons bouchers, déguisés en sacrificateurs, s’avance lentement, insensible en apparence à l’enthousiasme qu’il excite ; paraissant ruminer profondément sur les vicissitudes des destinées humaines, et sur le danger d’être trop supérieur aux individus de son espèce. Avoir un jour, un seul jour de triomphe, de gloire, puis être mené à l’abattoir, dépecé et servi, entouré de guirlandes de persil, sur la table de ses bourreaux ! Quel sort fut jamais plus digne d’inspirer la pitié !

Au moins le bœuf Apis, qui, tout dieu qu’il était, peut passer pour un des aïeux du bœuf gras, avait, avant d’être immolé, la satisfaction de se voir, pendant quarante jours, l’objet du plus grand respect et des soins les plus assidus ! Il était conduit au bord du Nil et parfaitement bien nourri, ce qui prouve jusqu’à l’évidence que, au moment de sa mort, le bœuf Apis devait être un bœuf gras.

Le carnaval italien est cité pour son animation. À Venise et à Rome surtout la joie populaire semble tenir du délire. Les gens les plus graves, les magistrats, les hauts fonctionnaires, ne dédaignent pas de prendre part aux divertissements de la foule. La ville entière retentit d’un immense éclat de rire, qui est devenu pour nous Français un sujet d’étonnement, depuis que prisonnier nous avons emprunté à nos voisins d’outre-Manche leur esprit d’affaires.

Combat du Mardi gras et du Carême. Estampe du XVIIe siècle
Combat du Mardi gras et du Carême. Estampe du XVIIe siècle

Cet esprit positif, qui, considérant que time is money, règle avec la même précision le temps à donner aux distractions du carnaval, la somme destinée aux bonnes œuvres et inscrite sur le grand-livre d’une association philanthropique, ou la quantité d’étoffe qu’on pourrait épargner chaque année, en retranchant un demi-millimètre sur la largeur des pièces de drap provenant des fabriques anglaises. Nous n’accordons plus rien à l’imprévu ; l’excentricité même est l’objet d’un parti pris, d’un calcul d’intérêt ou de vanité ; quant à l’originalité, elle n’existe plus.

Dans certaines provinces éloignées du ventre (non pas dans les villes, mais dans les villages), on conserve pourtant encore quelques traces des anciennes traditions, des bons vieux usages de nos pères, qui nous semblent naïfs, et que nous tournons en ridicule. Pourtant ces usages valaient bien le lourd linceul d’ennui étendu maintenant sur la société, qui, sans vouloir adopter les us et coutumes d’un demi-monde qui n’est pas un monde du tout, n’a pas cependant le courage de réagir contre un mal qui n’a déjà fait que trop de progrès, et d’en revenir franchement, hardiment aux saines traditions de la vraie société française, qui avait su garder le premier rang parmi les sociétés des nations civilisées et leur servir d’exemple.

Mais il n’est point ici question de sociétés aristocratiques, donnant le ton à l’Europe entière. Il s’agit tout bonnement de pauvres paysans, Bretons ou Poitevins, chez lesquels on fête encore, à la manière du bon vieux temps, Mardi Gras ou Carême Prenant.

Carême Prenant, représenté par un mannequin de paille, affublé de tous les oripeaux qu’on a pu se procurer, est promené en triomphe pendant toute la journée, suivi des gamins du pays, et entouré d’une demi-douzaine d’individus, qui se sont composé de leur mieux, pour le plus grand amusement de la foule, un travestissement plus ou moins comique.

Le soir venu on se rassemble par sociétés nombreuses dans les cabanes les plus vastes ; on allume un feu clair dans la haute cheminée, on étend par terre devant l’âtre une nappe bien blanche ; puis la maîtresse de la maison ayant apporté une immense jatte pleine de pâte préparée la veille, on procède à la fabrication des crêpes, ce mets traditionnel du Mardi Gras.

Chacun des assistants est tenu de faire lui-même la sienne ; malheur aux maladroits, qui, embarrassés par le long manche de la poêle, ne savent pas retourner la crêpe avec assez de dextérité et la laissent tomber sur la nappe préparée à cet effet. Tout le monde s’égaye à leurs dépens, et pour comble de disgrâce, ils sont condamnés à manger leur crêpe sans sucre !

Le bœuf gras à Paris. Reconstitution du Char de d'Artagnan (1844). Illustration de couverture du Petit Journal. Supplément illustré du 16 février 1896
Le bœuf gras à Paris. Reconstitution du Char de d’Artagnan (1844).
Illustration de couverture du Petit Journal. Supplément illustré du 16 février 1896

Mais des cris se font entendre sur la place du village. C’est Carême Prenant qui a fini sa marche triomphale, et qui maintenant, les bras liés d’une corde, est amené prisonnier devant le tribunal, juché sur une table au milieu de la place. Un accusateur énumère de la manière la plus grotesque tous les méfaits du pauvre Carême Prenant, qui finit par s’entendre condamner à être brûlé.

En un clin d’œil le bûcher est construit, le condamné y est placé. Bientôt les flammes répandent une vive clarté sur les maisons d’alentour. Mais Carême Prenant étant d’une nature essentiellement combustible, bûcher et condamné sont bientôt réduits en cendres, à la grande joie des gamins, qui chantent à tue-tête la chanson si connue :

Mardi-Gras, n’t’en va pas,
J’f’rons des crêpes (bis),
Mardi-Gras, n’t’en va pas, J’f’rons des crêpes, et t’en auras.

 
 
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