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28 octobre 1905 : mort du journaliste et humoriste Alphonse Allais

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28 octobre 1905 : mort du journaliste
et humoriste Alphonse Allais
(Extrait du « Figaro » du 29 octobre 1905)
Publié / Mis à jour le dimanche 27 octobre 2019, par LA RÉDACTION
 
 
 
Le lendemain de la disparition de ce fils de pharmacien normand qui, débarquant à Paris à l’âge de 25 ans, était devenu collaborateur de la revue Le Chat noir et s’était alors fait promptement un nom connu de tout Paris, Le Figaro rend hommage au journaliste et humoriste né en 1853 dont on louait la plume acérée et l’humour absurde et caustique

Il y a des mots qui jurent d’être accouplés, et quand, hier soir, cette phrase courut le boulevard : « Allais est mort... », il ne sembla pas tout d’abord que la chose fût sérieuse, et possible ; on se demandait si ce n’était pas là une nouvelle que ce délicieux pince-sans-rire s’amusait à propager lui-même : sa dernière plaisanterie... écrit le journaliste Emile Berr le 29 octobre 1905.

Non. La nouvelle était vraie. Notre pauvre Allais était bien mort, et de la façon la plus simple et la plus lamentable du monde. Il résidait en province, depuis plusieurs années : le plus souvent, à Toulon ; de temps en temps, dans son pays, à Honfleur, près des siens ; on ne le voyait plus à Paris que rarement, quand l’y appelaient ses affaires. Il y était arrivé il y a deux jours, et était descendu dans un hôtel de la rue d’Amsterdam. Hier matin, en se levant, il se sentit indisposé. Il poussa un cri, et se rejeta sur son lit. Un domestique entra, courut à lui : il était mort d’une embolie au cœur.

Alphonse Allais lycéen
Alphonse Allais lycéen

Il avait cinquante et un ans. Eut-il jamais des ambitions littéraires ? C’est douteux. Allais était un philosophe qui, je crois, n’attendait de la vie rien de considérable, et dont simplement la curiosité nonchalante s’amusait au spectacle des choses.

Le hasard de ses premières promenades à travers Paris avait conduit, il y a une vingtaine d’années, ce doux Normand parmi d’étranges clans littéraires où très vite sa glaciale bonne humeur fut goûtée. On le rencontra, en compagnie de Richepin, de Goudeau, d’Uzanne, d’André Gill, de Bouchor, chez les Hydropathes, et quelques années plus tard, chez Salis. Le fondateur du Chat-Noir [cabaret de Montmartre fondé en 1881 par Rodolphe Salis] avait pensé qu’on n’est jamais, en matière de publicité, mieux servi que par soi-même : à son illustre cabaret, Salis annexait bientôt un journal, et c’était Alphonse Allais qu’il chargeait de le rédiger. Au bout d’un mois, le petit bourgeois d’Honfleur était célèbre dans Montmartre ; au bout de six mois, la signature d’Allais était connue de tout Paris.

Du premier coup, sans nulle prétention, et comme à son insu, Allais venait de créer un genre. Il y avait eu, sans doute, avant lui, des chroniqueurs « drôles » ; mais il ne semblait pas que personne eût jamais été drôle de cette façon-là. C’était une manière neuve, un peu effarante, un peu folle, de regarder et de d’écrire ; une vision caricaturale de la vie, un parti pris de déraisonner logiquement, dont l’outrance contrastait, de la façon la plus comique, avec l’aspect même de l’écrivain : un jeune homme correctement vêtu, de mine modeste et sage, la barbe blonde et courte encadrant un visage allongé, rose, où luisaient deux petits yeux étonnés.

Peu bavard, mélancolique comme le sont la plupart des « écrivains gais », et pas bohème du tout. Ce garçon sérieux, dont chaque chronique nouvelle faisait rire Montmartre aux larmes pendant huit jours, menait, au milieu des jeunes gens dont il était devenu l’idole, la vie du plus rangé des étudiants : une chambrette à trente francs par mois, le menu modeste des restaurants de la Butte, une partie de manille après dîner suffisaient au bonheur quotidien de ce sage.

Alphonse Allais en 1900
Alphonse Allais en 1900

Mais Paris le réclamait. Ses articles du Chat noir réunis en un volume, la Vie drôle, qui composait la première partie de ce qu’il appelait ses « œuvres anthumes », avaient eu un succès fou. Ses amis s’étaient cotisés pour faire imprimer l’ouvrage (devant l’audace de ces fantaisies, les éditeurs hésitaient !) ; en quelques semaines, huit mille exemplaires en étaient vendus. C’était l’argent qui venait enfin ; et la gloire. Le Gil Blas demandait à Allais des chroniques ; et presque aussitôt Fernand Xau, qui venait de fonder le Journal, invitait l’écrivain de la Vie drôle à créer chez lui, sous ce titre, la rubrique qu’il y aura illustrée pendant près de quinze ans.

Plus récemment, il avait été chargé de la rédaction « en chef » du Sourire ; et nous eûmes deux fois la joie de l’applaudir au théâtre : il écrivit en collaboration avec Alfred Capus la jolie comédie de l’Innocent, et avec Tristan Bernard un chef-d’œuvre de fantaisie folle, Silvérie ou les Fonds hollandais.

Il était allé habiter la province, pour s’y reposer, et se plaignait néanmoins, depuis quelque temps, du mauvais état de sa santé. Vendredi soir, Arsène Alexandre l’avait rencontré. Il lui demanda : « Vous allez mieux ? » Lui, froidement : « Non. Je mourrai demain. » Samedi matin il était mort.

 
 
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