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Vase de Soissons : épisode emblématique de l'autorité du roi Clovis

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Événements marquants
Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.
Vase de Soissons : épisode emblématique
de l’autorité du roi Clovis
(D’après « Nouveau cours d’Histoire de France,
depuis les temps les plus reculés de la Gaule
jusqu’au règne de Henri IV » (Tome 1), paru en 1834)
Publié / Mis à jour le mardi 1er mars 2016, par LA RÉDACTION
 
 
 
L’épisode célèbre du vase de Soissons se déroule en deux temps, à la suite de la conquête, par Clovis — roi des Francs Saliens exerçant son autorité sur un territoire correspondant à la Belgique actuelle —, du royaume de Syagrius — maître d’un domaine s’étendant sur la partie Nord de la France d’aujourd’hui. Parmi le butin des Francs, que la tradition exige de partager au sort, se trouve un précieux vase liturgique dont saint Remi, l’évêque de Reims, demande la restitution, Clovis entendant bien accéder à sa requête cependant qu’un soldat franc l’en défie...

Clovis avait environ 16 ans lorsque son père Childéric mourut, en 481, et Zénon, l’empereur romain d’Orient qui régnait alors (474-491) se hâta de lui envoyer le diplôme de maître de la milice romaine dans les Gaules, dignité dont le père du jeune chef des Francs avait été lui-même revêtu. Clovis en reçut les insignes avec une joie indicible ; animé déjà d’une ambition démesurée, il brûlait de profiter des avantages qu’allait lui donner cette charge pour augmenter sa grandeur personnelle ; il reçut à cette occasion les félicitations de saint Remi, évêque de Reims né à Laon et prélat passant pour l’homme le plus éloquent des Gaules, exerçant l’épiscopat depuis vingt ans et jouissant dans le pays celtique d’un crédit prodigieux.

C’est autant en sa qualité de maître de la milice que de chef des Francs Saliens que Clovis entama quatre ans plus tard une expédition contre Syagrius, maître d’un domaine s’étendant de la Loire à la Somme et qui voulait se rendre indépendant de la puissance romaine par ressentiment de la mort injuste de son père — Ægydius, père de Syagrius, avait en effet été empoisonné en 464 par ordre du Patrice des Romains (empereur) Ricimer.

Saint Remi demande à Clovis la restitution du vase liturgique
Saint Remi demande à Clovis la restitution du vase liturgique
comptant parmi le butin des Francs en 486

Syagrius avait levé l’étendard de la révolte avec l’intention de se composer au milieu de la Gaule un état particulier ; il avait conservé des relations intimes avec les principaux de la nation des Saliens, dont son père avait été le chef temporaire. Les possessions qu’il s’était appropriées se trouvaient limitrophes de celles des Francs. Le Clovis dignitaire de l’empire romain devait donc considérer Syagrius comme un rebelle ; tandis que le Clovis chef des Saliens ne pouvait voir en lui qu’un rival dangereux : aussi lui déclara-t-il la guerre sur le refus de reconnaître son autorité de maître de la milice.

Il lui laissa libre de désigner le jour, le lieu où l’on pourrait vider la querelle. Le fils de Childéric ne pouvait mettre sur pied plus de six mille combattants de sa tribu, car les Gallo-Romains, tout en se soumettant aux chefs barbares, ne les aidaient en rien dans les expéditions militaires. Pour suppléer au nombre des troupes qui lui manquait, Clovis fit un appel aux autres tribus franques ; une seule consentit à le seconder, ce fut celle des Ripuaires, établie à Cologne et commandée par Sigebert.

C’est lors de la bataille de Soissons, qui se déroula en février 486, que Clovis vainquit les troupes de Syagrius, ce dernier échappant dans un premier temps au roi des Francs, puisque se réfugiant à Toulouse, capitale des états du roi wisigoth Alaric II. Plus tard, explique Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs, « Clovis envoya prier Alaric de le remettre entre ses mains, disant qu’autrement, s’il le gardait, il lui déclarerait la guerre. Celui-ci, craignant de s’attirer la colère des Francs, car la crainte est ordinaire aux Goths, livra aux députés Syagrius chargé de fers. Clovis, l’ayant reçu, ordonna de le garder ; et, s’étant emparé de son royaume, il le fit égorger secrètement. »

C’est à la suite de la bataille de Soissons que se déroule le premier volet de la célèbre anecdote du vase de Soissons. Clovis, s’étant mis en marche pour pourchasser Syagrius, eut bien soin d’éviter de passer sur le territoire de Reims qui, faisant partie des provinces obéissant encore à l’empire romain, devait être traité en pays ami ; néanmoins, il ne put empêcher que des maraudeurs n’allassent courir dans la plaine ; plusieurs d’entre eux dépouillèrent des chapelles. Les Francs étaient encore païens ; ils enlevèrent un vase d’argent fort précieux par son travail.

L’évêque, saint Remi, instruit de ce fait, députa vers Clovis deux notables de la ville de Reims pour réclamer ce vase. Clovis, charmé d’être agréable au prélat, dit aux envoyés : « Venez avec moi à Soissons, et si parmi le butin je trouve l’objet ravi, je vous le rendrai. » Les soldats francs avaient coutume de rapporter tout ce qu’ils prenaient pour faire une masse commune, au partage de laquelle on procédait lorsqu’ils en jugeaient le moment favorable.

Le soldat franc brisant le vase de liturgique en présence de Clovis, peu après la bataille de Soissons en 486
Le soldat franc brisant le vase de liturgique en présence de Clovis,
peu après la bataille de Soissons en 486

Les envoyés de saint Remi reconnurent le vase parmi les objets ramassés sous une tente établie au milieu de la place publique de Soissons ; ils le montrèrent à Clovis, qui, prenant la parole sur-le-champ, dit aux Francs, qui se pressaient autour de leur chef : « Il ne vous sera pas désagréable que je prenne le vase et que je le rende aux gens qui le réclament. » Les officiers et les soldats s’écrièrent aussitôt : « Comment ne pouvez-vous pas le prendre sans le demander ! N’êtes-vous pas notre maître, et ce que nous avons ne vous appartient-il pas ? — Non certes, dit alors un soldat franc d’une humeur chagrine ; vous prendrez ce vase si le sort vous le donne, lorsque le partage se fera » ; et en disant ces mots, il déchargea un grand coup de hache sur le vase.

Les spectateurs pétrifiés n’osent proférer un seul mot : Clovis garde le silence, mais, nonobstant l’observation brutale du soldat franc, le vase fut remis entre les mains des envoyés de saint Remi sans qu’il s’élevât aucune objection.

Plus d’une année s’était écoulée, lorsque, après les victoires remportées par Clovis à Soissons, Senlis, Beauvais et Paris, eut lieu le second volet de l’événement du vase de Soissons. Nous sommes le 1er mars 487. Clovis passe une revue de ses troupes sur le Champ de Mars, examinant tous les hommes un à un, visitant avec minutie les diverses pièces de leurs armures. Enfin il se trouve vis-à-vis du soldat qui avait invoqué après la bataille de Soissons la loi du partage ; il regarde ses armes, les trouve mal en ordre, les saisit et les jette à terre en accablant de reproches le soldat ; celui-ci se baisse pour ramasser son sabre et sa lance. Aussitôt Clovis lui fend la tête d’un coup de hache, en disant : « C’est ainsi que tu frappas le vase de Soissons ».

Le 1er mars 487, Clovis fend la tête du soldat qui, un an plus tôt, l'avait défié en brisant le vase de Soissons
Le 1er mars 487, Clovis fend la tête du soldat qui, un an plus tôt,
l’avait défié en brisant le vase de Soissons

Les chefs francs portaient en effet sans cesse une hache d’armes appelée francisque. Cette hache, d’une trempe particulière, et richement montée, était le signe distinctif du commandement. Si l’on en croit Grégoire de Tours, cette action contribua puissamment à consolider l’autorité de Clovis. Quelle opinion ne devait-on pas concevoir d’un chef qui à l’âge de vingt-deux ans, avait assez de caractère pour se contraindre en recevant une offense grossière, et attendre pendant une année entière l’occasion de se venger à propos et d’une manière aussi éclatante ?

Parmi les historiens ayant fait observer la singulière analogie entre les deux événements qu’une année sépare, il n’en est cependant pas ayant remis en cause leur historicité.

 
 
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