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L'île d'Houat, jadis repaire d'un petit peuple autonome et heureux - Histoire de France et Patrimoine


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Lieux d’Histoire

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L’île d’Houat, jadis repaire
d’un petit peuple autonome et heureux
(D’après « La Science au XXe siècle », paru en 1906)
Publié / Mis à jour le dimanche 16 août 2015, par LA RÉDACTION

 
 
 
« Moins irrité par la vue d’une civilisation corrompue et cruelle ; étranger aux violentes commotions qui agitent, aux injustices qui accablent, aux manœuvres, au gouvernement politique dont nous sommes souvent victimes, l’habitant de Houat, calme et heureux, vit en paix sous l’empire de lois plus douces et plus simples. Chez lui règne la vraie liberté, il jouit de tous ses droits », disait-on jadis des résidents de l’île d’Houat, distante d’à peine 20 km de points plus connus de la côte bretonne tels que Belle-Ile, Locmariaquer, Quiberon ou encore Carnac.

Qui ne connaît, effectivement, ces pays, offrant à leurs visiteurs, avec le repos sur des plages ou des falaises splendides, leurs énigmatiques monuments des siècles sans histoire, des mystiques légendes, ou les souvenirs d’événements tragiques ? Mais que dire de l’île d’Houat, plus anonyme ?

Pourtant Houat mérite d’attirer les attentions et de les fixer. Au milieu du XVIIIe siècle, on disait d’elle : « Cette colonie s’est maintenue dans un état qui n’a vraisemblablement d’exemple ni en Bretagne, ni en France, ni même en Europe. » Ce qui, pour un îlot d’une superficie de 600 hectares et possédant quelque très rare monument mégalithique ou bien quelque curiosité extraordinaire, surprend. Ce qui de Houat fait un pays à part, ce sont ses habitants. Leur nombre, qui ne dépasse aujourd’hui pas le chiffre très modeste de 250, a oscillé à peine de quelques dizaines, depuis des siècles : isolés du reste du monde, toujours semblables à eux-mêmes, ils menèrent des siècles durant sur leur sombre rocher une existence toute de travail et de paix profonde. Leur île ne mesure que 4 kilomètres de long sur 1 100 mètres de large.

Ile d'Houat
Ile d’Houat

Houat fait partie de cette suite de rochers qui prolongent sous les flots la presqu’île de Quiberon jusque vers le banc de Guérande, fortifications avancées de la nature pour briser un peu les violences de l’Atlantique avant qu’elles ne mordent la côte bretonne. « Cette ligne granitique, d’un développement de plus de douze lieues, circonscrivait jadis d’une barrière presque continue une région marine qui dut être la véritable Mor-bihan. »

C’est dans cette « petite mer » que les rivières d’Auray et de Vannes et la Vilaine déversent leurs eaux. Les Anciens Flambeaux de la mer, ouvrage qui ne remonte pas à quatre siècles, disaient : « Il n’y a point de passage entre Houat et Quiberon ». Maintenant ce passage existe ; les tempêtes ont fracassé la digue immense ; mais, le plateau redouté de la Teignouse, la chaussée de Béniguet, et les autres roches qui, çà et là, se hérissent presque à fleur d’eau, rendent ces passages très dangereux. Aussi, on ne s’aventure guère à Houat et à Hoedic, les deux seuls îlots habités.

En plusieurs endroits, la côte houataise se dresse à plus de 30 m de hauteur ; la mer y a creusé des grottes splendides ou de petites baies remplies de sable fin. Sur le plateau aride que protègent ces remparts titanesques, le botaniste est heureux de cueillir le Crambe, le Lagurus, le Lavatera arborea, l’Asparagus, l’Attriplex littoralis, et le fameux lis de Houat (Pancratium maritimum) dont le parfum est porté en mer, assez loin quelquefois, par la brise du soir.

Afin de vous faire connaître ses habitants, parcourons le jugement très curieux et motivé que portait sur eux, vers le milieu du XVIIIe siècle, des Tailles, major des garde-côtes de Belle-Ile, sous la juridiction duquel Houat était placée :

« Depuis que l’île de Houat est connue, ses habitants n’ont jamais communiqué avec le continent que pour y vendre du poisson, l’été, et s’y fournir, avant le mauvais temps, de quelques provisions indispensables pour l’hiver ; mais jamais un Houatais ne s’est fixé en grande terre [plus tard, vers 1850, on citait un Houatais fixé sur la Grand’Terre ; mais il regretta toujours d’avoir quitté sa petite patrie], et jamais homme ou femme du continent n’a été tenté de s’établir à Houat. Par ce moyen, cette colonie, préservée de la corruption générale, s’est maintenue dans un état de pureté qui rappelle parfaitement les mœurs patriarcales et qui n’a vraisemblablement d’exemple ni en Bretagne, ni en France, ni même en Europe. On n’y connaît ni juge, ni juridiction, ni formalités, ni procès. Le plus Ancien est le chef de la peuplade.

Houat. Le bourg
Houat. Le bourg

« Leurs maisons n’ont ni serrures, ni verrous. Les bateaux et les produits de la pêche sont communs ; et si les partages occasionnent quelques discussions, l’Ancien prononce et est obéi avec autant de ponctualité qu’un despote de l’Asie. Les terres n’étant pas communes, mais réparties à peu près également entre tous les colons, il arrive quelquefois qu’une mort ou un mariage exige des arrangements nouveaux. Dans ce cas, le curé les écrit sur une feuille de papier et les signe. Cet écrit devient un titre de propriété pour celui qui en est le porteur, et pour sa postérité. Il n’est jamais contredit, sauf le cas d’un autre arrangement à l’amiable.

« L’usage de l’hospitalité y est encore dans toute sa vigueur. Si la curiosité ou la nécessité y conduit un étranger, le premier insulaire qui le rencontre l’accueille avec honnêteté, le nourrit et le loge un jour, et, le lendemain, le remet à son voisin ; et ainsi de suite, tant qu’il plaît à l’étranger d’y rester.

« La moitié du terrain de Houat est très bien cultivé, et produit d’excellent froment, de l’avoine, du lin, du chanvre. Les femmes seules s’occupent de cette culture ; les hommes ne connaissent que leurs bateaux et la pêche. L’idiome unique est le breton ; mais il diffère un peu des autres bretons, et la prononciation en est plus douce ; elle participe des mœurs de ceux qui le parlent. »

Tous ces détails topiques étaient, à l’époque, d’une exactitude rigoureuse. Par la force des circonstances, quelques changements secondaires se sont produits depuis. Houat eut beaucoup à souffrir des suites de la sanglante « affaire de Quiberon » (juin 1795), puis des Cent Jours ; les descentes fréquentes des Anglais remplirent trop souvent l’île de désolation et de ruines, et, plus encore, les descentes des « Bleus » du continent. Quand elle recouvra enfin sa tranquillité accoutumée, le besoin d’une réorganisation s’y fit sentir. On rechercha les anciens usages de l’île, les traditions, les coutumes, les droits ; le Recteur les codifia, vers 1820, et cette charte locale, discutée, votée, adoptée librement par tous les intéressés eut force de loi.

Houat. Le port
Houat. Le port

Un conseil fut nommé pour veiller à son entière et stricte exécution. L’exposé des motifs débute par ces mots qui ne semblent pas indignes de la République de Platon : « Fondé sur les vrais intérêts de ceux pour qui il est fait, ce règlement maintient la paix parmi tous les membres ; il protège les faibles contre les forts et rend à tous une égale justice ; il encourage les bons et intimide les méchants, donne aux efforts de chacun une direction plus stable, plus constante, fait tout concourir au bien général qui est le premier qu’il faut s’efforcer d’atteindre, parce que de là dépend la prospérité matérielle de chacun et qu’il n’y a rien de plus opposé au bon ordre et à l’intérêt commun, de plus funeste et de plus odieux que la recherche exclusive de son intérêt privé... »

Houat ne se trouvant qu’à quelques kilomètres de Quiberon ou Belle-Ile, des sociétés savantes y députèrent parfois un de leurs membres pour étudier sur place cette organisation sociale où la religion tenait d’emblée le premier plan. C’est ce que fit, en 1881, la Société d’économie sociale. En son nom, Escard alla étudier les mœurs et coutumes de Hoedic et Houat. Il en revint enthousiasmé. Ses collègues partagèrent son enthousiasme, en l’entendant lire son rapport à la séance du 8 mai 1881.

Le premier habitant de Houat fut vraisemblablement Gildas le Sage qui, après avoir écrit son Livre plaintif sur la chute de la Bretagne envahie par les Saxons, avait accompagné ou conduit un essaim de Bretons émigrant en Armorique pour y créer une nouvelle Bretagne. Il fonda l’Abbaye de Rhuys, à laquelle Abailard devait attacher une célébrité fâcheuse. D’après les hagiographes, Gildas mourut à Houat, le 29 janvier 570.

C’est peut-être en souvenir de lui que Houat a toujours conservé des rapports assez fréquents avec Saint-Gildas de Rhuys. Avant que des communications régulières fussent établies entre Quiberon et Houat, c’est à Saint-Gildas qu’on s’embarquait pour s’y rendre. Et les choses se passaient d’une façon peu banale : un feu s’allumait, trois quarts d’heure après le coucher du soleil, sur une butte de la côté, toujours la même. Ce feu ne devait s’éteindre que quand un semblable signal lui avait répondu du rivage insulaire. Le lendemain, un bateau parti de l’île venait à Saint-Gildas prendre le passager qui, à son arrivée, était attendu par une grande partie de la population et conduit au Recteur.

Saint Gildas
Saint Gildas. © Crédit photo : F. Robar / Promenade à Saint-Gildas de Rhuys

Avant comme depuis l’étude de la Société d’économie sociale en 1881, tous les auteurs ayant écrit sur Houat ne tarissent pas d’éloges sur ce petit peuple dont « les mœurs ont un cachet de simplicité et de douceur qui ne se retrouve peut-être sur aucun autre point de notre Europe civilisée », écrivait en 1817 Cayot-Delandre dans Le Morbihan, son histoire et ses monuments. Jusqu’en 1891, le Recteur était maire, juge de paix, percepteur, notaire, syndic des gens de mer, capitaine de port. Il gouvernait son petit royaume, aidé des vieillards les plus considérés qui formaient une espèce de conseil des anciens chargés de réformer les abus, de surveiller les dépenses et d’ordonner les travaux d’utilité publique.

En 1891, Houat cessa de dépendre de la commune de Palais, pour être érigée elle-même en commune, dépendant du canton de Quiberon. Si le Recteur n’était plus le maire, il était à tout le moins secrétaire de la mairie, cumulant cette fonction avant les autres énumérées plus haut, exerçant également, pour le plus grand bien de tous, une surveillance paternelle sur la cantine, la boutique et le four banal. Ce four banal était chauffé par les habitants divisés par sections. Le premier combustible était le goémon desséché ; les ajoncs achevaient de donner au four le degré de calorique nécessaire.

Au début du XXe siècle, si, à Palais, une personne évoquait les Houatais, elle pouvait s’entendait dire que c’étaient « des sauvages » : les habitants de Palais ne pardonnaient pas à leurs voisins leurs mœurs patriarcales, leur « régime théocratique ». Vers 1885, sur la demande du Conseil municipal de Palais, dont Houat relevait alors encore, des écoles officielles avaient été établies. Mais il ne faudrait pas pour autant croire que les Houatais étaient, jusqu’à l’arrivée de l’instituteur laïque, des illettrés. L’école existait, réglementée par la charte de l’île ; tous les enfants, depuis l’âge de sept ans jusqu’à leur troisième communion (vers l’âge de treize ans), étaient obligés d’y assister (art. 30). Les filles allaient en classe, le matin ; le soir, c’était le tour des garçons. L’école était absolument gratuite, et l’on fournissait même aux enfants plumes, encre, papier et souvent des livres aux frais de la communauté. C’était donc, depuis 1844 au moins, l’instruction obligatoire et gratuite.


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