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Métier ancien du livre : stationnaire. Libraires et Université de Paris - Histoire de France et Patrimoine


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Métiers anciens / oubliés

Histoire des métiers, origine des corporations, statuts, règlements, us et coutumes. Métiers oubliés, raréfiés ou disparus de nos ancêtres.


Stationnaire : métier lié au livre
avant l’avènement de l’imprimerie
(D’après « La Science française », paru en 1891)
Publié / Mis à jour le dimanche 26 août 2018, par LA RÉDACTION

 
 
 
Malgré le zèle de nos savants et de nos paléographes, il existe encore des coins inexplorés de nos vieilles coutumes. Ainsi d’un métier lié au monde du livre entre le XIIIe et le XVe siècle, et dont on trouve trace dans le cartulaire de l’Université de Paris : stationnaire, à ne point confondre avec libraire.

D’après les statuts de l’Université de Paris, ceux qui faisaient, du XIIIe au XVe siècle, le commerce des manuscrits, se divisaient en deux classes : les libraires et les stationnaires. Un seul et même titulaire pouvait exercer les deux emplois ; il existait toutefois une distinction entre l’un et l’autre ; elle est prouvée non seulement par l’usage de deux noms différents, qui n’étaient point absolument synonymes, mais aussi par certaines prescriptions qui ne s’adressaient qu’à l’un d’eux.

Auteur d’une Histoire de l’Université de Paris (1761) en sept volumes in-12, le littérateur et historien Jean-Baptiste Crevier (1693-1765) attribue l’origine de l’expression stationnaire à l’une des significations du mot latin statio, qui désignait un entrepôt, et il fait remarquer, avec raison, que le commerçant en livres n’était, à vrai dire, à cette époque, que l’entrepositaire de ceux qui désiraient vendre quelque manuscrit, et l’intermédiaire qui se chargeait de le faire passer aux acheteurs. Sans doute, au Moyen Age, la librairie consistait surtout à s’occuper de l’échange ou de la location des manuscrits existants, de la recherche, moyennant un très faible salaire, d’un acquéreur pour le manuscrit à vendre et de l’exécution du mandat que donnait le propriétaire vendeur du manuscrit de lui en trouver un prix juste et raisonnable.

Le libraire proprement dit se contentait du commerce des manuscrits existants, recevait en dépôt les exemplaires à vendre, leur cherchait acquéreur, se créait dans les écoles ou parmi les magistrats et les fonctionnaires royaux, une clientèle qui avait recours à son intermédiaire pour des opérations d’échange, d’achat ou de vente. Il avait un domicile certain et pouvait tenir boutique. Si ses ressources lui permettaient de devenir propriétaire de quelques manuscrits, il ne cherchait pas toujours à les vendre ; il les mettait plutôt en location, car le prêt des manuscrits donnait surtout lieu à de nombreuses transactions. Il avait le droit d’exiger un gage de l’emprunteur.

Scriptorium (atelier de copistes) du monastère de l'Escurial au XIIIe siècle
Scriptorium (atelier de copistes) du monastère de l’Escurial au XIIIe siècle

Le stationnaire, vulgairement appelé aussi libraire parce qu’il s’occupait également de l’échange ou de la location, de la vente ou de l’achat des manuscrits existants, joignait à ce commerce une industrie fort importante : il faisait faire sous sa direction, par des clercs ou copistes à son service, de nouvelles copies de manuscrits anciens ou des copies d’une œuvre nouvelle due à l’un des maîtres de l’Université. Il devenait, par ce fait, l’éditeur de l’époque. Aussi avait-il non seulement une boutique, mais un bureau de copistes, véritable atelier où l’enlumineur achevait pour les exemplaires de luxe l’œuvre de l’écrivain.

Suppôts et officiers de l’Université, les libraires et les stationnaires de Paris, qui n’étaient point confondus parmi les autres métiers ni considérés comme artisans, étaient admis à jouir de trois privilèges principaux : 1° privilège de juridiction ; 2° privilège d’exemption des tailles ; 3° privilège de la dépense du guet et de la garde des portes. Les libraires et stationnaires sur lesquels l’enquête universitaire avait été favorable, qui avaient fourni bonne et valable caution, qui s’étaient soumis aux serments prescrits et auxquels le recteur avait délivré des lettres de congé et des licences munies du sceau de l’Université, étaient placés, en qualité de libraires et de stationnaires jurés, sous la protection de l’Université.

Un document du 4 décembre 1316 ne signale à cette époque que treize noms de libraires jurés. Il est vrai que c’était une époque tourmentée, car le 11 juin précédent, l’Université avait publié une liste de vingt-deux anciens libraires qui s’étaient refusés à prêter serment. Un document de septembre 1323 énumère vingt-huit libraires. En 1368, les lettres patentes de Charles V, accordées pour la dispense du guet, mentionnent vingt-cinq libraires ou écrivains jurés. Au XVe siècle, le nombre paraît définitivement ramené à vingt-quatre.

La majorité des libraires jurés était de nationalité française ; mais les étrangers pouvaient être également admis à remplir cet office. Si l’Université était jalouse de ses droits et de son autorité, elle se montrait également soucieuse des intérêts de ses suppôts et officiers. Afin de mieux obtenir les services qu’elle en attendait, elle cherchait à se les attacher par les avantages que leur offrait l’exercice de leur emploi garanti par un véritable monopole.

Cette autorité est restée à l’Université encore pendant quelque temps après l’invention de l’imprimerie ; elle continua à contrôler la valeur morale et orthodoxe des œuvres et à couvrir les libraires de sa protection. Son influence commença à être menacée dès 1618 par le désir d’indépendance des libraires, qui obtinrent, à cette époque, un syndic et des adjoints au détriment des quatre grands libraires de l’Université ; elle fut vivement attaquée au milieu et à la fin du XVIIe siècle, pour s’effacer pendant le XVIIIe siècle et disparaître définitivement en 1789 lors de la Révolution.




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