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Facteur de la poste aux lettres du XIXe siècle

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Métiers anciens / oubliés
Histoire des métiers, origine des corporations, statuts, règlements, us et coutumes. Métiers oubliés, raréfiés ou disparus de nos ancêtres.
Facteur de la poste aux lettres du
XIXe siècle : l’Espérance en uniforme
(D’après « Musée des familles », paru en 1838)
Publié / Mis à jour le mercredi 19 octobre 2016, par LA RÉDACTION
 
 
 
En 1838, l’écrivain Jules Janin, futur académicien surnommé le prince des critiques et collaborant aux périodiques les plus illustres de cette époque comme la Revue de Paris, la Revue des deux Mondes ou encore Le Figaro, brosse un portrait pertinent et vivant du facteur de son temps, toujours bienvenu dans les maisons, quelle que soit la nature des nouvelles dont il est porteur, sa présence mettant « un terme au plus cruel de tous les maux, l’incertitude »

Si jamais profession fut à l’abri de la misère poignante, de la misère de mélodrame, c’est celle de facteur à la poste aux lettres, écrit Jules Janin dans le Musée des familles en 1838. Le facteur est de sa nature un bonhomme, alerte et simple, dont la vie est réglée jour par jour, heure par heure ; il se lève le matin à six heures, il n’est libre que le soir à six heures ; le reste de sa vie appartient à l’administration qui lui cire son chapeau, qui fait ses habits, qui lui donne ses souliers, qui lui sert de père et de mère, qui lui confie ce qu’il y a de plus cher dans le monde, les secrets des particuliers.

Le facteur est l’homme de tous, il est aimé de tous, il est attendu de tous ; c’est l’Espérance en uniforme. Il va, il vient, il revient, il s’en va, et toujours sur sa route il ne trouve que des sourires. Messager de mort ou d’amour, d’ambition satisfaite ou d’ambition trompée, il est toujours le bienvenu ; car sa présence, et quoi qu’il apporte, joie ou douleur, met un terme au pus cruel de tous les maux, l’incertitude. Le facteur est le lien vigilant et toujours tendu qui réunit le passé au présent et le présent à l’avenir. Il est la voix mystérieuse qui parle tout bas à toutes les oreilles, qui se fait entendre à tous les cœurs.

Comme la Fortune il est aveugle, et comme elle il distribue à tout venant ce qui lui revient de bonheur ou de peine. On l’attend, on l’appelle ; toutes les portes lui sont ouvertes, toutes les mains lui sont tendues ; l’émotion le précède et l’émotion le suit. Quand il paraît sur le seuil d’une maison, je ne sais quelle attente inquiète s’empare de cette maison. Le coup du facteur frappé à la porte fait cesser toute occupation domestique ; chacun prête l’oreille pour savoir quel nom sera prononcé par ce messager de l’heure présente ; puis il s’en va pour revenir deux heures après, car il est l’homme de tous les instants, car s’il est le matin l’homme de la province, l’homme de toute l’Europe, espèce de plénipotentiaire redoutable et redouté, il n’est plus le reste du jour que l’envoyé des petites passions, des petites ambitions et de mille coquetteries parisiennes.

La facteur du matin décidait peut-être de la vie ou de la guerre, de la ruine ou de la fortune ; le facteur de midi n’a plus à colporter que les mille petits riens de la vie commune, invitations de repas ou de bal, rendez-vous d’amour, pétitions couleur de rose, infâmes billets anonymes, de petites lettres parfumées avec cachet à devises qui laissent voir tout ce qu’elles contiennent à travers la transparente enveloppe.

Eh bien ! le messager du matin, qui est aussi le messager du soir, est aussi simple, aussi doux le matin que le soir. Rien ne pèse à sa main, pas plus la lettre du banquier, remplie de valeurs, que la lettre de la jeune femme, remplie d’amour. Il comprend tout et il ne comprend rien ; il sait tous les mystères sans en savoir aucun ; il lit par instinct toutes les lettres sans en jamais ouvrir aucune. Il est l’homme qui sait toutes les intrigues, toutes les ambitions, toutes les passions de la vie ; il pourrait dire, mais il ne le dira jamais, quand ces passions commencent et quand elles finissent. Il ne vient pas à une porte sans qu’il sache pourquoi ; il n’y revient pas sans qu’il puisse dire ce qu’il apporte. Il est l’homme de la demande et l’homme de la réponse. Il est à la fois le blâme et la louange, la consolation et le désespoir.

A travers tous ces papiers cachetés avec tant de soin, il entend toutes les plaintes qui s’exhalent ; à travers sa boîte de cuir méticuleusement fermée s’élève pour lui seul un immense concert de clameurs de mille sortes qui l’accompagnent dans sa course, concert admirable de toutes les joies et de toutes les douleurs. Le facteur de la poste aux lettres est l’homme universel ; il nous connaît tous au fond de l’âme, tant que nous sommes, pauvres et riches, ignorés ou célèbres, grands ou petits.

Le facteur sait à fond combien nous sommes petits, mesquins, médiocres ; empressés, avides de tout savoir ; impatients de tout avoir, hardis et poltrons en même temps ; il nous voit tous, et tour à tour, pâlir et sourire, et soupirer et trembler, et nous montrer à nu dans toute la laideur de notre nature. Jamais drame plus long, plus intéressant et plus rempli de péripéties, et plus éternel, n’a été joué pour un seul homme ; et voilà pourtant le drame qui se joue chaque jour pour les facteurs de la poste aux lettres, et qui se renouvelle et se complique à toutes les heures du jour.

Comment donc voulez-vous qu’un homme ainsi posé au milieu des affaires humaines, et qui les tient toutes dans ses mains bien mieux que ne fait un roi, soit jamais un homme misérable ? La misère ne peut pas l’atteindre, par plusieurs raisons ; d’abord parce qu’il n’a pas le temps, et il faut beaucoup de temps avant de tomber jusqu’à la pitié des hommes ; c’est qu’ensuite un homme qui, par sa position, est jeté au milieu de tant de passions funestes qu’il comprend vaguement, est à l’abri de toute passion mauvaise. D’ailleurs, comme chacun lui fait un bon accueil, il est naturellement bien disposé à aimer tout le monde ; et puis, comptez-vous pour rien la louange de sa conscience et la considération publique ? Un facteur de la poste qui porte des lettres c’est aussi bien qu’un employé de la Banque qui porte de l’argent.

 
 
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