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Lutèce : origine de l'ancêtre de Paris fondée par le petit peuple gaulois des Parisii - Histoire de France et Patrimoine


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Lutèce : origine de l’ancêtre de Paris
fondée par le petit peuple
gaulois des Parisii
(D’après « Le Petit Journal : supplément du dimanche », paru en 1906)
Publié / Mis à jour le samedi 11 juillet 2015, par LA RÉDACTION

 
 
 
Au début du XXe siècle, les travaux du Métropolitain, en bouleversant le sous-sol parisien, mirent au jour des documents précieux pour l’histoire de l’antique Lutèce, nous apprenant qu’en des temps reculés la mer couvrait la région parisienne, que les palmiers y côtoyaient les lauriers-roses ou encore que des mammouths y cohabitaient avec des rhinocéros. Fondée par les Parisii, petit peuple gaulois de bateliers, la future « Paris » connaît un développement important au IVe siècle grâce au César romain et neveu de Constantin : Julien.

Les excavations pratiquées rue de Rennes pour la grande ligne du Métropolitain devant traverser Paris de part en part, révélèrent aux Parisiens d’alors de curieuses particularités relatives au sol sur lequel s’élève notre capitale : des vestiges furent exhumés, d’une époque que les savants appellent la période éocène, temps lointain où la mer couvrait toute la région parisienne et s’étendait jusqu’aux falaises de la Champagne.

« Si étrange que cela nous paraisse, disait lors de cette découverte un éminent géologue, des requins — disons des squales, pour être plus scientifique — vivaient en grand nombre dans la mer de Paris. On a retrouvé leurs débris, et surtout leurs dents, dans les carrières d’argile de Vaugirard, au-dessus des couches de glaise. Ces dents sont très caractéristiques : courtes, triangulaires et très pointues ; elles ont gardé un poli remarquable, malgré la pétrification. Les coquilles marines y sont fort nombreuses. »

Ce n’était pas, d’ailleurs, la première fois que l’on faisait, dans le sous-sol parisien, d’aussi sensationnelles découvertes. Au début du XIXe siècle, alors que Cuvier venait de créer la science géologique on trouva des fossiles de cette même période éocène lacustre, c’est-à-dire de l’époque où, la mer s’étant retirée, avait laissé de grands lacs à l’endroit où elle s’étendait naguère.

L’aspect de ces lacs parisiens devait être alors fort curieux. Grâce à une température plus élevée que celle qui règne aujourd’hui dans la même région, ils étaient entourés d’une végétation tropicale. Des palmiers, dont on a retrouvé les empreintes, vivaient au bord des eaux et plongeaient leurs racines dans les lagunes demi-salées ; ils voisinaient avec les conifères exotiques, les fougères arborescentes, les lauriers-roses, les euphorbes gigantesques. Des échantillons superbes de cette flore ont été retrouvés au Trocadéro, pendant les travaux de terrassement qui précédèrent l’Exposition de 1867.

Détail de la reconstitution libre du plan de Lutèce selon d'Anville en 1705
Détail de la reconstitution libre du plan de Lutèce selon d’Anville en 1705

L’un des animaux dont on retrouva le plus de vestiges était le palaeotherium. Il était de la taille d’un cheval, mais avait plutôt l’allure d’un tapir, quoique plus élancé. La tête était énorme, allongée et le nez terminé par une petite trompe. Il tenait du rhinocéros par ses dents mâchelières et par les pattes courtes et trapues, terminées chacune par trois doigts.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la seconde partie du sous-sol parisien, celle qui forme la grande plaine en bordure de la Seine, était méconnue. Les travaux du Métropolitain, sous la rue de Rivoli, en révélèrent l’époque et la nature. Ce sont des sables et graviers de la période quaternaire.

La Seine couvrait alors tout l’espace qui sépare Montmartre de la montagne Sainte-Geneviève ; puis, ses eaux baissèrent peu à peu. Sur ses bords vivaient le mammouth et le rhinocéros dont présenta les dents à l’Académie des sciences. On trouva, également, quoique plus rares, des ossements de cerfs aux bois géants, d’ours de haute taille et même de tigres, et aussi les traces de nos premiers ancêtres, de l’homme quaternaire, autrement bâti, paraît-il, que nous autres, pauvres civilisés. La température était alors celle du Midi de la France. A en juger par les empreintes, le figuier, la vigne, le laurier des Canaries poussaient à Paris en pleine terre...

Les découvertes réalisées en 1906 intéressaient l’archéologie plus que la géologie. En creusant le sol à l’endroit où se trouvait le Marché aux Fleurs, on mit au jour le mur de défense élevé par les habitants de Lutèce devant la menace d’une invasion de barbares : Qu’était Lutèce, en ces temps premiers ? Et quelles données nous permettent d’en reconstituer la physionomie ?

Les historiens admettent, en général, que les fondateurs de Paris furent un petit peuple venu de l’Est, les Parisii, qui, vers le IIIe siècle avant J.-C., s’établirent sur les bords de la Seine à la condition de payer un tribut assez élevé aux Senones (peuple de Sens), auxquels le territoire appartenait. Signalons que César, à qui l’on doit la première mention de la ville, visita cette puissance au berceau en 53 avant notre ère. Les Parisii jetèrent les fondements d’une ville sur les bords du fleuve et dans les îles que nous appelons aujourd’hui I’île Saint-Louis et la Cité. Cette dernière fut choisie pour leur principale forteresse. Ils l’appelèrent Lutetia.

Les nouveaux venus eussent pu s’établir sur quelque colline, celle de Montmartre ou celle du Mont-Valérien, par exemple, car, s’il faut en croire l’historien Dulaure, le territoire que leur avaient cédé les Senones n’avait pas moins d’une douzaine de lieues dans sa plus grande largeur. Ils préférèrent les rives de la Seine, parce qu’ils étaient, à coup sûr, un peuple de bateliers. On trouve de ceci une curieuse preuve dans des fouilles opérées, en 1711, sous le chœur de Notre-Dame. Comme on creusait le sol en vue de construire un caveau pour les archevêques, on mit au jour neuf grosses pierres couvertes, sur quatre faces, de bas-reliefs et d’inscriptions. La plus grande de ces pierres, dont trois faces étaient chargées de sculptures, offrait sur la quatrième une inscription ont voici la traduction : « Sous Tibère César Auguste, les bateliers parisiens ont publiquement élevé cet autel à Jupiter très bon, grès grand. »

Cette découverte prouvait qu’entre l’an 14 et l’an 37 de l’ère chrétienne, il y avait à Lutèce une puissante corporation de bateliers, ou plutôt de négociants par eau, de nautae, suivant le terme de l’inscription, qui avaient embrassé la religion des Romains. Favorisée par l’influence des nouveaux maîtres de la Gaule, cette corporation se perpétua. Un préfet romain fut chargé d’entretenir des flottes de bateaux marchands, dont le mouillage central se trouvait à Andrésy, près du confluent de la Seine et de l’Oise. Et les nautae parisiens prirent une si grande importance dans le développement de la cité, que Paris prit pour armoiries le symbole de leur corporation.

Thermes de Julien (Thermes de Cluny)
Thermes de Julien (Thermes de Cluny)

S’il faut en croire les archéologue ayant examiné ce mur de Lutèce découvert au début du XXe siècle, sous l’emplacement du Marché aux Fleurs, et mis au jour la curieuse pierre tombale dont nous donnons la reproduction, ce mur daterait du milieu du IIIe siècle. Lutèce, en ce temps-la, n’était encore qu’une cité bien modeste. Cent ans plus tard, elle devait commencer à prendre un grand développement, grâce à un général romain qui vint s’y établir et qui fut élevé par ses soldats à la dignité d’empereur.

Julien — neveu de l’empereur Constantin Ier — vint en Gaule en tant que César, en 355, pour en chasser les Francs, les Wisigoths et les Burgondes qui, déjà, dévastaient le pays. Quatre années durant, il forma des armées et veilla à l’administration des villes et des campagnes. L’été, il courait sus aux Barbares ; l’hiver, il se reposait dans « sa chère Lutèce » Il a raconté lui-même, dans son Misopogon, le séjour qu’il y fit :

« Je me trouvais, un hiver, à ma chère Lutèce (c’est ainsi qu’on appelle dans les Gaules la ville des Parisiens). Elle occupe une île au milieu de la rivière ; des ponts de bois la joignent aux deux bords. Rarement, la rivière croît ou diminue ; telle elle est en été, telle elle demeure en hiver : on en boit volontiers l’eau très pure et très riante à la vue. Comme les Parisiens habitent une île, il leur serait difficile de se procurer d’autre eau.

« La température de l’hiver est peu rigoureuse, à cause, disent les gens du pays, de la chaleur de l’Océan qui, n’étant éloigné que de neuf cents stades, envoie un air tiède jusqu’à Lutèce : l’eau de mer est, en effet, moins froide que l’eau douce. Par cette raison ou une autre que j’ignore, les choses sont ainsi. L’hiver est donc fort doux aux habitants de cette terre ; le sol porte de bonnes vignes ; les Parisiens ont même l’art d’élever les figuiers en les enveloppant de paillé de blé, comme d’un vêtement, et en employant les autres moyens dont on se sert pour mettre les arbres à l’abri de l’intempérie des saisons.

« (...) Or, il arriva que l’hiver que je passai à Lutèce fut d’une violence inaccoutumée : la rivière charriait des glaçons comme des carreaux de marbre. Vous connaissez les pierres de Phrygie ? Tels étaient, par leur blancheur, ces glaçons bruts, larges, se pressant les uns les autres, jusqu’à ce que, venant à s’agglomérer, ils formassent un pont. Plus dur à moi-même et plus rustique que jamais, je ne voulus point souffrir que l’on échauffât, à la manière du pays, avec des fourneaux, la chambre où je couchais ».

Ce passage de l’œuvre de Julien est singulièrement précieux pour fixer la physionomie de Lutèce et nous renseigner sur la température qui y régnait. Les étés y gardaient encore un peu de la douceur qui favorisait la région parisienne aux temps préhistoriques, mais déjà les hivers y prenaient de furieuses revanches.

Système hypocauste (Chauffage par le sol)
Système hypocauste (Chauffage par le sol)

Mais où donc était cette « chambre » où couchait Julien ? Où s’élevait le palais qu’habitait le guerrier romain ? Tout porte à croire que ce palais ne se trouvait pas dans l’enceinte même de Lutèce, mais dans le faubourg de la ville qui s’étendait sur la rive gauche de la Seine, entre le fleuve et le mont Lucotitius (la montagne Sainte-Geneviève). De ce palais, que l’on a cru longtemps élevé par Julien lui-même, mais dont une étude approfondie de la décoration et du système de construction rapporte l’érection à Constance Chlore, au début du IVe siècle, de ce palais, Paris conserve des restes imposants. Ce sont les vastes ruines qui se trouvent au coin du boulevard Saint-Michel et du boulevard Saint-Germain, et que l’on appelle communément les Thermes de Julien.

La partie qui subsiste comprenait, en effet, les thermes de ce palais, et on y reconnaît encore les grandes salles de bains chauds et froids, la piscine de natation, l’étuve, les réservoirs, la place des baignoires et l’hypocauste ou appareil de chauffage. Dans ce palais, qui s’étendait d’une part jusqu’à la Seine, de l’autre jusqu’à la rue Soufflot actuelle, Julien fut proclamé empereur en l’an 360.

Dès lors, Lutèce devint une ville d’importance. Elle eut ses arènes, dont les vestiges sont visibles encore dans le quartier du Jardin des Plantes. Des aqueducs y amenèrent l’eau des sources lointaines, tel celui que l’on voit encore à Arcueil et qui apportait les eaux de Rungis au palais des Thermes. De grandes voies mirent en communication Lutèce avec les autres cités les plus importantes de la Gaule, telle la voie de Lutèce à Lugdunum (Lyon).

L’ancienne Lutèce, l’île de la Cité, demeurait le centre administratif, mais la ville s’étendait de plus en plus sur les rives de la Seine. Et peu à peu, par ses développements méthodiques et ininterrompus, car le labeur de son peuple, Lutèce préparait la grandeur de Paris.




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