Histoire de France, Patrimoine, Tourisme, Gastronomie, Librairie
le 23 octobre dans l'histoire [voir]  /  notre librairie [voir]  /  nous soutenir [voir]
Histoire France, Patrimoine, Gastronomie, Tourisme


« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)


Pierre-Jean-Baptiste Gerbier. Portrait, biographie, vie et oeuvre de l'orateur et avocat - Histoire de France et Patrimoine


Vous êtes ici : Accueil > Personnages : biographies > Gerbier (Pierre-Jean-Baptiste)

Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Gerbier (Pierre-Jean-Baptiste)
(D’après un article paru en 1847)
Publié / Mis à jour le mercredi 13 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 

Pierre-Jean-Baptiste Gerbier, né à Rennes le 29 juin 1725, doit être compté parmi les plus grands orateurs que la France ait produits. Son père, avocat distingué du parlement de Bretagne, ne voulut pas abandonner son éducation aux instituteurs ordinaires ; Il appela de Hollande des hommes instruits, qui, remarquant dans le jeune Gerbier des talents précoces, s’occupèrent avec beaucoup d’intérêt de les cultiver.

Ses premières études achevées, il fut envoyé à Paris, au collège de Beauvais, où il eut pour maîtres Coffin et Rivard. Les progrès qu’il fit avec eux furent rapides, et, au sortir de leurs mains, il étudia le droit avec un même succès. Mais son père, qui savait combien il faut ajouter d’études et de méditations aux leçons de l’école, contint pendant plusieurs années encore l’ardeur du jeune homme impatient de débuter au barreau.

Gerbier n’entra dans la lice qu’à près de vingt-huit ans. Son début fut éclatant et fit la plus vive sensation. Guéau de Reverseaux, l’un des plus célèbres avocats d’alors, présagea ce que Gerbier devait devenir un jour, le prit en grande amitié, se porta même pour son patron. Dès lors toutes les plaidoiries de Gerbier furent de véritables triomphes, et il se plaça hors ligne à la tête du barreau. L’énergie et la netteté de ses idées, la logique et la clarté de ses raisonnements, la chaleur et la pureté de son style, le sentiment de toutes les convenances, l’art si profond et si difficile de ne paraître qu’à la hauteur de son sujet, même en s’élevant au-dessus, la beauté de sa diction, la véhémence toujours noble, jamais outrée de ses mouvements, et jusqu’au charme de son organe, jusqu’à la magie de sa figure, où son âme semblait respirer, tout annonçait que la nature l’avait fait naître pour réaliser dans notre barreau cet idéal de l’orateur dont Cicéron nous a laissé une si belle peinture dans ses ouvrages.

Pierre-Jean-Baptiste GERBIER
Pierre-Jean-Baptiste GERBIER

Gerbier semblait, en effet, avoir l’ensemble de qualités, soit morales, soit physiques, que les anciens rhéteurs exigeaient de l’orateur. Sa figure était noble ; son regard, plein de feu ; sa voix, étendue et pénétrante ; son élocution, facile ; son geste, élégant et gracieux. Il y avait comme un charme répandu sur toute sa personne, et rien qu’à le voir on devinait l’homme éloquent. Son teint brun, ses joues creuses, son nez aquilin, son oeil enfoncé sous un sourcil proéminent, faisaient dire de lui que l’aigle du barreau en avait la physionomie. Comme les orateurs anciens, Gerbier avait besoin d’action et de spectacle, de l’appareil des tribunaux, de la présence de ses adversaires et de ses clients, de l’aspect et du bruit du public assemblé.

C’est alors qu’il étonnait par ses ressources, qu’il avait tour à tour de la chaleur et de la dignité, de l’imagination et du pathétique, du raisonnement et du mouvement ; qu’avec quelques lignes jetées sur le papier, pour lui rappeler au besoin les points principaux, il se fiait sans peur à l’inspiration du moment, qui ne le trompait jamais ; et que, pendant des heures entières, il attachait et entraînait les juges et l’assemblée.

Le caractère dominant de son éloquence était l’insinuation et le pathétique ; il en trouvait les ressources dans son âme, et personne ne justifiait mieux que lui cette maxime de Quintilien : Pectus est quod disertos facit (c’est du coeur que vient l’éloquence). En parlant, il se tenait droit, mais avec aisance, ferme sans raideur, flexible sans balancement, la tête élevée avec une espèce de fierté ; on le voyait dans la discussion, rester les bras croisés, comme se jouant de sa matière ; puis, lorsque quelque trait de sentiment ou de moeurs l’y sollicitait, lorsque l’indignation l’arrachait à ce calme imposant, il se déployait, il s’élevait, il s’enflammait ; sa belle voix, qui allait au coeur, ne manquait point, quand il le voulait, de faire couler les larmes.

La disposition du barreau était, au parlement de Paris, très favorable au développement de tous les moyens de Gerbier : on y plaidait souvent, aux grands jours, dans l’intérieur du parquet, et Gerbier, qui en parlant faisait un pas, et puis un autre, se trouvait insensiblement au milieu de l’audience, environné des juges et du concours des avocats, vu de la tête aux pieds, dans tout l’éclat et avec tout l’empire de l’éloquence.

Mais lorsque Gerbier manquait du secours de l’action, ce n’était plus le même homme ; seul et réduit à la composition, son feu s’éteignait, ses forces l’abandonnaient : aussi, s’il faut en croire le témoignage de La Harpe, s’était-il peu appliqué à écrire, soit que, naturellement lui peu paresseux, il redoutât le travail, soit qu’il se sentît incapable de se re trouver dans le cabinet tel qu’il était en public. Il écrivit peu, jamais de mauvais goût, mais jamais avec effet, et seulement lorsqu’il y fut obligé par l’intérêt de ses causes ou de sa propre défense.

On n’a malheureusement imprimé aucun de ses plaidoyers, improvisés pour la plupart. Voici quelques-unes des principales causes plaidées par Gerbier, et dont le souvenir s’est conservé au barreau : la cause des enfants Simonne, défendant leur état contre les créanciers de leur père ; celle des frères Lyoncy contre les jésuites, poursuivis comme garants des lettres de change souscrites par le père Lavalette pour une somme de 1 500 000 livres ; celle du comte de Bussy contre la Compagnie des lndes ; celle des sieurs de Queyssac, trois frères, tous trois officiers, contre le sieur Damade, négociant : s’étant battus en duel, ils s’accusaient réciproquement d’assassinat ; celle du testament de l’abbé Desfiltières, attaqué comme contenant et continuant le fidéi-commis de l’abbé Nicole en faveur des jansénistes : cause dans laquelle Gerbier fit un panégyrique très éloquent de l’illustre maison de Port-Royal.

Il faut dire aussi un mot du caractère de Gerbier comme homme privé. Au témoignage des contemporains, personne n’a eu des moeurs plus douces, n’a possédé de qualités plus aimables, ne s’est moins prévalu de ses talents et de sa gloire ; bon, généreux, confiant, facile même à tromper, il est peut-être un des hommes qui ont le moins connu l’amour-propre. Ses ennemis ne lui ont jamais pu rien reprocher qu’un goût un peu trop vif pour la dépense, uni à quelque faiblesse et à quelque légèreté. Cette faiblesse dans le caractère, cette légèreté d’humeur, rachetées pourtant par de si excellentes qualités, furent cause des ennuis et des chagrins qui empoisonnèrent les derniers jours de Gerbier.

Pendant l’exil et l’interrègne du Parlement sous le chancelier Maupeou, Gerbier fut du nombre des avocats qui se laissèrent séduire par le chancelier et qui plaidèrent à la commission remplaçant le parlement de Paris. Le souvenir et le ressentiment de cette défection s’attachèrent à lui lorsqu’il reparut au barreau, devant le Parlement, réinstallé en 1774. Bientôt même le Parlement laissa éclater son hostilité contre Gerbier, en le mettant hors de cour, sur une accusation de subornation de témoins. Dans le même temps, le fougueux Linguet, rayé de l’ordre des avocats, attaquait publiquement Gerbier comme l’instigateur des persécutions qu’il avait à subir, et le noircissait odieusement en publiant contre lui des mémoires, véritables libelles, tissus de diffamations et de calomnies.

Gerbier se trouvait à cette époque sur le point d’obtenir une place chez Monsieur (le comte de Provence, depuis Louis XVIII) ; il avait sollicité cette place, parce que l’hostilité flagrante du Parlement le dégoûtait du barreau, et qu’il voulait renoncer à plaider. Malgré l’opinion certaine qu’il avait du caractère de Gerbier, Monsieur se laissa émouvoir de tout ce bruit accusateur qui s’élevait contre son protégé ; il lui ordonna de se justifier avant que les lettres patentes qui l’attachaient à sa personne lui fussent délivrées. Gerbier obéit ; il écrivit son Mémoire avec beaucoup de goût et de modération, et se justifia aisément aux yeux du prince, qui lui délivra ses lettres patentes.

Mais il paraît que, dans le public, tout le monde ne fut pas aussi vite convaincu : les ennemis de Gerbier s’efforcèrent de tourner contre lui-même son Mémoire justificatif ; puis, pour lui aliéner l’opinion, ils firent courir force petits vers satiriques sur son compte. L’âme tendre de Gerbier, jusque-là enivrée de louanges, fut mortellement blessée. Le chagrin corrompit les jouissances qu’il devait se promettre des succès que son talent ne cessa point d’obtenir, et ses dernières années furent tristes et mélancoliques.

Cependant, à l’exception de quelques ennemis acharnés, il conserva toujours l’estime de l’ordre des avocats, qui l’élut bâtonnier en 1787. Gerbier ne survécut que de quelques mois à ce dernier témoignage. Depuis quelques années, sa santé était fort languissante. Désespérant des médecins, il se mit entre les mains des empiriques qui faisaient profession de magnétisme, et mourut le 26 mars 1788, âgé de soixante-trois ans.




Histoire de France :
l'indispensable pour devenir incollable

2000 ans d'Histoire de France en 150 pages
Présentation / Commande : CLIQUEZ ICI
 
 

 

 

 

 

 

Prolongez votre voyage dans le temps avec notre
encyclopédie consacrée à l'Histoire de France

Choisissez un numéro et découvrez les extraits en ligne !

 

 

 

 Suffrage universel : triomphe de la sottise et règne des indignes ?
 
 Le martinet inventé par un colonel de l'armée de Louis XIV
 
 Mutilation de l'Histoire de France : détruire le passé pour glorifier le monde nouveau
 
 Choix d'un prénom jadis et avènement des registres le consignant
 
 Premier billet de banque (Le) moderne naît en Nouvelle-France
 
 Hydromel et hypocras : les heures de gloire de boissons ancestrales
 
 L'ENCYCLOPÉDIE du temps jadis
    > Cliquez ici
 
BON À SAVOIR
 Ce qui vient de la flûte s'en retourne au tambour
 
 Être dur à la desserre
 
MANIFESTATIONS
 Richard Cœur de Lion est célébré à l'Abbaye de Fontevraud
 
 Le Verre, un Moyen Âge inventif
 
   
 
 

 


Les plus récents
 
 Julienne David et Louise Antonini : femmes corsaires
 
 Jules Verne : voyage au coeur de l'oeuvre d'un visionnaire
 
 Valentin (Saint) : pourquoi fut-il décapité et à l'origine de festivités ?
 
 Saint Nicolas : vie, miracles, légendes
 
 
Et puis aussi...
 
 Peiresc (Nicolas-Claude Fabri de)
 
 Comtesse de Ségur (1799-1874), née Sophie Rostopchine
 
 Froissart (Jean), historien, chroniqueur, poète
 
 Cyrano de Bergerac : la véritable existence du « démon de la bravoure »
 
 
Plus d'articles...
 
 Voir les 141 ARTICLES

 

Suivre notre Pinterest

 

Vous pouvez opter pour un montant libre
Votre don nous est précieux : EN SAVOIR +

 

 

     

 

Retrouvez toute L'HISTOIRE DE FRANCE avec l'Encyclopédie du temps jadis

 
Copyright © 1999-2017 LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270. N° CNIL 824 842. N° Siret 481 246619 00011. Code APE 913E

La France pittoresque et Guide de la France d'hier et d'aujourd'hui sont des marques déposées.
Site déposé à l'INPI, la SGDL et l'APP (infos légales)
 
Recommandé notamment parMAISON DU TOURISME FRANÇAIS dès 2003Maison de la FranceALLIANCE FRANÇAISEAlliance Française
 
Mentionné notamment parSIGNETS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCESignets de la Bibliothèque Nationale de FranceMINISTÈRE DE LA CULTUREMinistère de la Culture
 
Services La France pittoresque
 
LA FRANCE PITTORESQUE : 1 - Guide en ligne des richesses de la France d'hier et d'aujourd'hui depuis 1999 : Histoire de France, patrimoine historique et culturel,
gîtes et chambres d'hôtes, tourisme, gastronomie. 2 - Magazine d'histoire 36 pages couleur depuis 2001, une véritable encyclopédie de la vie d'autrefois


Magazine

Encyclopédie

Blog

Facebook

Google +

Twitter

Pinterest

Tumblr

Instagram

YouTube

Librairie

Paris pittoresque

Prénoms

Citations latines

Services