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30 avril 1315 : exécution d’Enguerrand de Marigny

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30 avril 1315 : exécution
d’Enguerrand de Marigny
Publié / Mis à jour le lundi 29 avril 2013, par LA RÉDACTION
 

Enguerrand sortait d’une ancienne noblesse de Normandie. Le vrai nom de sa famille était Le Portier ; mais Hugues, son grand-père, ayant épousé l’héritière de la maison de Marigny, en fit porter le nom à ses descendants. Dès que le jeune Marigny parut à la cour, il s’y fit admirer par les grâces de sa figure et de son esprit. Philippe le Bel, qui reconnut en lui beaucoup de talents, le fit son chambellan, comte de Longueville, châtelain du Louvre, surintendant des finances, grand-maître-d‘hôtel de France, et son principal ministre.

Exécution d'Enguerrand de Marigny
Exécution d’Enguerrand de Marigny

Tant de bienfaits excitèrent la jalousie des grands ; et les impôts qu’il fut obligé de mettre pour soutenir des guerres entreprises peut-être un peu légèrement, lui attirèrent la haine du public. Mais, de tous ses ennemis, le plus irréconciliable fut le comte de Valois, frère de Philippe le Bel. Un changement de domination, joint au soulèvement des peuples, parut à ce prince le moment de la vengeance, et il la poursuivit avec éclat, mais sous le prétexte du bien public, qui sert toujours à colorer les passions particulières.

Quoiqu’on eût levé des sommes immenses sous le règne précédent, il y avait, à la mort du roi, si peu d‘argent à l’épargne, qu’on n’y trouva pas de quoi faire les frais du sacre de Louis le Hutin, son successeur. Le comte de Valois sut persuader au roi que c’était à Enguerrand qu’il fallait s‘en prendre, et l’accusa de malversation. Le ministre fut arrêté, et le roi, qui lui était favorable, eut la faiblesse de le sacrifier au ressentiment de son oncle.

Alors il fut condamné, sans aucune forme judiciaire, à être pendu, malgré sa qualité de gentilhomme et de chevalier, et les grands emplois qu’il avait eus dans l’Etat. Cet arrêt inique fut exécuté le 30 avril 1315 ; et pour flétrir plus cruellement sa mémoire, on attacha son corps au gibet de Montfaucon, qui avait été élevé par ses ordres pour y exposer les corps des malfaiteurs, après leur supplice. Mézeray, qui le juge avec plus d’humeur que de justice, dit, dans son style âpre et énergique : « Comme maître du logis, il eut l’honneur d’être mis au haut bout, au-dessus de tous les autres voleurs. »

La mémoire d’Enguerrand fut justifiée dans la suite, et sa famille rentra dans tous ses biens. On a remarqué que les fourches patibulaires de Montfaucon ont porté malheur à tous ceux qui s’en sont mêlés : Marigny, qui les fit élever, fut attaché ; Pierre Remi, qui les répara, y fut pendu ; Jean Monnier, lieutenant civil, qui y fit toucher, fit amende honorable ; enfin, Jean de Montaigu, surintendant des finances, et Semblançay y furent attachés.

 
 
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