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Tombeau de Philippe Pot, dignitaire bourguignon. Mésaventure prisonnier sultan empire ottoman Mehmet II - Histoire de France et Patrimoine


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Anecdotes insolites

Petite Histoire de France et anecdotes, brèves et faits divers insolites, événements remarquables et curieux, événements anecdotiques


Philippe Pot : dignitaire bourguignon
dont l’intrépidité lui vaut d’être
mis à l’épreuve par le sultan Mehmet
(D’après « La Mosaïque », paru en 1835)
Publié / Mis à jour le mercredi 12 septembre 2012, par LA RÉDACTION

 
 
 
Actuellement conservé au Louvre, le beau tombeau que représente notre gravure fut élevé, vers la fin du XVe siècle, dans une des chapelles de l’église de la célèbre abbaye de Cîteaux, qui servait d’asile aux dépouilles des ducs bourguignons. Il est constitué d’une dalle surmontée d’un gisant à l’effigie de Philippe Pot, lequel, avant de devenir un haut dignitaire, dut subir une curieuse épreuve lorsqu’il fut prisonnier du sultan Mehmet II

Lorsque l’emportement révolutionnaire alla s’attaquer aux rois et aux grands jusque dans leur sépulture, les tombes de l’abbaye de Cîteaux furent violées et dégradées ; mais des amis des arts suivaient heureusement les traces des dévastateurs pour sauver quelques débris du naufrage.

Ainsi fut conservé le monument que nous venons d’évoquer. De Ruffey l’enleva presque intact, le fit transporter à Dijon, et placer dans les jardins de son hôtel parmi d’autres précieuses ruines qu’il avait rassemblées de toutes parts. Ce tombeau est d’une structure de bon goût, quoique recherchée. Il se compose de huit personnages marchant deux à deux, comme les porteurs d’un cercueil, et. soutenant sur leurs épaules une large et longue table de pierre.

Tombeau de Philippe Pot
Tombeau de Philippe Pot

Ces huit statues, auxquelles leurs grandes robes traînantes et leurs capuchons donnent une apparence de moines, figurent les personnages qui, dans les cérémonies funèbres des siècles de chevalerie, étaient chargés de représenter la douleur générale sous le nom de deuils ou de pleureurs. Chacun de ces deuils porte au bras un écusson chargé d’armoiries différentes qui sont les titres de la haute noblesse et dignité du défunt. Armé de pied en cap, celui-ci est étendu tout de son long sur la pierre que supportent les deuils ; la face est tournée vers le ciel, et les bras rapprochés sur sa poitrine. A ses pieds est couché un lion dont la tête se relève avec noblesse. Les figures, d’un dessin, correct, sont de grandeur presque naturelle.

Comme objet d’art, ce tombeau, travaillé avec soin et datant de l’époque remarquable où l’ère gothique allait finir et le siècle de la Renaissance commencer, est un morceau des plus précieux ; mais c’est surtout par les souvenirs qui y sont attachés qu’il se recommande à l’attention : le roman pourrait emprunter à l’histoire quelques-unes des aventures de l’illustre chevalier dont les huit pleureurs portent l’image.

Quoique ses restes eussent été jugés dignes d’obtenir une place dans le mausolée des premiers ducs de Bourgogne, Philippe Pot n’appartient point à la famille ducale. Il était seulement le filleul du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, auprès duquel son père René Pot remplissait la charge de chambellan. Philippe Pot, né en 1428, déploya, dès ses plus jeunes années, de belles et brillantes qualités, et fit des progrès rapides dans les connaissances, les arts et les exercices, dont l’assemblage constituait le parfait chevalier.

Aussi, à peine fut-il en état de prendre les armes, que son parrain lui conféra cette dignité. Tous les regards du monde chrétien étaient alors fixés sur l’empire d’Orient, auquel le sultan de l’empire ottoman Mehmet II portait les derniers coups. De toutes parts les guerriers de l’Europe allaient chercher la gloire en combattant les infidèles sur les rives du Bosphore. A la cour de Bourgogne surtout, cette nouvelle croisade devait séduire l’imagination des jeunes chevaliers. C’était en guerroyant contre Bajazet que le duc Jean, père de Philippe le Bon, avait gagné son beau surnom de Sans-Peur.

Philippe Pot alla offrir à l’intrépide Constantin Dracosès le secours de son épée. Emporté par son ardeur, le chevalier bourguignon se laissa, dans une rencontre, environner par les ennemis. Il se défendit avec fureur, et fit un rempart de morts tout autour de lui. Mais il fallut enfin céder au nombre ; les janissaires, émerveillés de sa valeur, lui conservèrent la vie et le conduisirent devant Mehmet II. L’air de résolution du chevalier, sa figure martiale, sa noble apparence frappèrent le sultan ; et, sur le récit des prouesses de Philippe, il lui proposa de quitter le casque pour le turban, en lui faisant les offres les plus pompeuses.

Le prisonnier ayant refusé avec dédain, le sultan irrité le menaça des plus affreux supplices sans l’ébranler, avant de lui déclarer qu’il allait le soumettre à une épreuve, et que sa liberté serait le prix de sa victoire. Le chevalier, auquel on avait rendu son épée, fut conduit le lendemain dans une sorte d’arène, autour de laquelle étaient placés le sultan et ses principaux officiers.

Le sultan Mehmet II
Le sultan Mehmet II

Il croyait déjà, tout joyeux, qu’il allait avoir à combattre quelque Musulman en renom ; mais ce fut un lion qu’on lâcha contre lui. Quoique Philippe ne s’attendît pas à pareil adversaire, il mit hardiment l’épée à la main, après s’être recommandé à la sainte Vierge, en s’écriant : Tant elle vaut ! et il marcha à l’ennemi.

« Le lion, dit un des chantres de ce combat mémorable, s’élança sur lui. A l’instant le chevalier lui brisa d’un coup de taille les deux pattes de devant ; l’animal tomba furieux, remplissant le cirque de ses rugissements. Philippe, à son tour, s’élança sur son ennemi. D’un autre coup de taille il lui abattit la langue, et lui plongea ensuite son fer dans de cœur ; puis tout fier de son triomphe, il remercia la sainte Vierge dans les mêmes termes qu’il l’avait invoquée, en répétant cette exclamation : Tant elle vaut ! »

Cette phrase devint depuis son cri de guerre ; seulement, comme les chevaliers aimaient à envelopper d’une sorte de mystère le sens de leur devise, Philippe Pot écrivit ainsi la sienne : Tant L vaut ! Les applaudissements retentirent quand le lion eut succombé ; Mehmet, descendant dans l’arène, embrassa le vainqueur, lui annonça qu’il était libre, et lui fit don de son cimeterre, en le priant de le porter en mémoire de lui.

Ainsi remis en liberté, Philippe Pot reprit la route de Bourgogne. Dès qu’il fut arrivé à Dijon, il fit faire un tableau où son aventure était retracée, et il le plaça en ex-voto en une chapelle dédiée à la Vierge, dans l’église de Notre-Dame, en y joignant les vers suivans :

Sauve-moi, dame très-heureuse,
De la prison tant rigoureuse,
Où l’on ne voit que cruauté.
Garde-moi d’y être bonté.
Car à chacun tu es piteuse,
Mère de Dieu !

Tant L vaut et a valu
A celui qui a recouru
A celle pour qui dit ce mot ;
Le suppliant Philippe Pot.
Qui de tout mal l’a secouru,
Tant L vaut !

Philippe Pot ne perdit pas non plus le souvenir de la générosité de Mehmet II. Il fit mettre une épée dans ses armoiries en commémoration du sabre que lui avait donne le sultan. Il parcourut ensuite avec éclat la double carrière de chevalier et d’homme d’Etat ; mais sa vie n’offrit plus d’aventures. Le duc Philippe le Bon, et après lui son fils, Charles le Téméraire, le comblèrent de dignités, d’honneurs et de biens.

Il fut successivement nommé premier chambellan de la cour ducale, gouverneur de Lille, ambassadeur à Londres, et décoré (1461) de l’ordre de la Toison-d’Or, que les rois s’honoraient de porter. Quand la Bourgogne eut été rattachée à la couronne française, Philippe Pot, qui avait travaillé à cette réunion, obtint aussi toute la confiance des rois de France. Louis XI et Charles VIII le créèrent grand-sénéchal de Bourgogne, conseiller d’Etat, chambellan, chevalier d’honneur du parlement de Bourgogne, et enfin gouverneur de la province ; le premier de ces deux princes le nomma aussi chevalier de l’ordre de Saint-Michel, qui n’était pas encore, comme il le fut plus tard, un collier à toute bête.

Des talents d’un ordre supérieur, une éloquence telle qu’on le surnomma la bouche de Cicéron, des vertus publiques si actives, que les Bourguignons reconnaissants lui décernèrent le beau nom de père de la patrie, ce furent là les titres qui justifièrent la faveur constante que les souverains de France et de Bourgogne accordèrent à Philippe Pot.

Mais les honneurs, les dignités, les grands intérêts qu’il eut à ménager n’avaient point affaibli en lui le souvenir de son aventure de Constantinople ; toujours il conserva la plus vive dévotion en Notre-Dame de Bon-Secours. Il voulut que ses cendres reposassent dans l’église de Cîteaux, placée sous l’invocation de la Vierge, et il n’oublia pas le lion dans les ornements du tombeau qu’il se fit ériger lui-même longtemps avant sa mort (1494).

Le nom tant bourgeois de Pot n’était pas en harmonie avec une vie si brillante ; aussi les contemporains ne manquèrent pas de s’en railler, et un Montmorency ayant épousé une nièce de Philippe Pot, on composa une chanson de circonstance dont le refrain était :

Mon père était broc,
Ma mère était pot,
Ma grand’mère était pinte.

Il eût fallu ajouter que tout un pilier de la chapelle, dans laquelle avait été placée la tombe de Philippe Pot, était couvert des titres et qualités qui accompagnaient ce nom si peu sonore : quarante vers latins suffisaient à peine à leur simple énumération.


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