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Vieux métiers, métier ancien : coiffeur, un métier où l'on risque parfois sa tête - Histoire de France et Patrimoine


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Métiers anciens / oubliés

Histoire des métiers, origine des corporations, statuts, règlements, us et coutumes. Métiers oubliés, raréfiés ou disparus de nos ancêtres.


Coiffeur, un métier
où l’on risque parfois sa tête
(D’après « Dictionnaire de la conversation
et de la lecture », volume 6 paru en 1853)
Publié / Mis à jour le mercredi 6 novembre 2013, par LA RÉDACTION

 
 
 
Si le coiffeur n’est l’alter ego ni du barbier ni du perruquier, il en est souvent le cousin germain, et les trois états bien des fois se sont personnifiés sur une seule tête. Les Grecs avaient leur xoupeuc, les Romains leur tonsor, dont la boutique était le rendez-vous des oisifs, des conteurs de nouvelles, des gobe-mouches, des bavards de toute classe, où chaque homme libre venait le matin rafraîchir sa toilette, où les merveilleux se faisaient rogner les ongles.

On y coupait les cheveux sans ciseaux, instrument alors inconnu, auquel on suppléait par deux rasoirs, qu’on faisait jouer en morne temps en les opposant l’un et l’autre. Théophraste, Plutarque, Martial, les poètes comiques grecs et latins parlent fréquemment de ces boutiques de tonsors, baigneurs-étuvistes, et M. Bœttiger leur a consacré une dissertation savante.

En France, ce n’est que dans les premières années du dix-huitième siècle qu’il commence à être question des coiffeurs, à part et en dehors des barbiers et des perruquiers. Les grands seigneurs avant cette époque chargeaient leurs valets de chambre du soin de leurs têtes ; les grandes dames les confiaient à leurs femmes de chambre. Le reste du genre humain, hommes et femmes, était condamné à passer par les mains du perruquier, qui avait fait son temps et qui vieillissait à vue d’œil. Un bon procès en règle est intenté en 1769 aux coiffeurs par les perruquiers : les nouveaux venus le gagnent ; et les premiers occupants ne se sont point relevés du coup, tandis que la fortune de leurs glorieux rivaux n’a fait que grandir.

Bientôt le titre de coiffeur ne suffit plus à ces fiers artistes ; ils se qualifient d’académiciens de la coiffure et de la mode. Mais à leur tour les académiciens, les grands académiciens, chargés de peigner la langue et d’épiler le vocabulaire, sans les empêcher de l’écorcher en vrais barbiers bien entendu, ne veulent pas de ces collègues de nouvelle espèce, et défense leur est faite d’inscrire sur leur porte, comme ils le faisaient, en gros caractères : académie de coiffure. Ils s’en consolent en prenant le titre, plus modeste, de professeurs et en ouvrant des cours de coiffure.

La faveur toujours croissante du beau sexe huppé les dédommagea amplement de ce léger échec. Avouons-le en passant, le coiffeur à la mode était ordinairement jeune, agréable, bien tourné. Heureux privilégié, admis aux mystères de la toilette, tous les jours rôdant autour de la même femme comme le serpent autour d’Eve, attendant l’occasion, caressant sa chevelure d’une main légère, papillonnant ça et là, aussi longtemps qu’il lui plaisait, autour d’une tête charmante, ayant le droit de la regarder avec amour à mesure qu’il contribuait à l’embellir, il dut trouver le secret de plaire s’il était aimable, et il l’était quelquefois, et flatteur toujours, ce qui ne nuit jamais. Mon Dieu ! n’accusons pas la chronique scandaleuse du temps. Songeons à la légèreté des mœurs, considérons l’abandon de la toilette matinale, l’atmosphère moite et parfumée, les tentations de la solitude, et ne nous étonnons pas que l’heure du coiffeur ait été plus d’une fois l’heure du berger !

Parmi ces enchanteurs du dix-huitième siècle, citons Legros, qui publia en 1769 un traité de l’Art de la Coiffure des Dames françaises, qui se vendait deux louis, et dans le post-scriptum duquel il met le public en garde contre une contre-façon propre à tromper l’univers et à détruire un auteur gui a fait un bon livre. Ce législateur de la coiffure eut une triste fin : il mourut étouffé sur la place de la Concorde, lors des fêtes du mariage de Louis XVI.

Citons après lui Dagé, qui ne pouvait suffire à sa riche et nombreuse clientèle. Les chevaux de son carrosse étaient sur les dents. Mme de Pompadour elle-même avait eu bien de la peine à le décider à la coiffer. La première fois qu’il se rendit chez elle, elle lui demanda comment il avait acquis une telle réputation : « Cela n’est pas étonnant, répondit-il, je coiffais l’autre (la duchesse de Châteauroux). » Ce propos fut recueilli, il circula à la cour ; et les ennemis de la belle marquise ne la désignèrent plus que par le sobriquet de Madame Celle-ci.

Le beau Léonard, coiffeur de Marie-Antoinette, acquit une célébrité immense par son habileté à poser les chiffons ; on appelait ainsi l’art d’alterner les boucles de la chevelure avec les plis de la gaze de couleur. On dit qu’il employa un jour quatorze aunes de cette étoffe sur la tête d’une seule dame de la cour. Le talent d’un si grand homme devait faire fureur. Comblé des faveurs du grand monde, il obtint le privilège du théâtre de Monsieur, composé des virtuoses italiens de l’époque, et pour l’exploitation duquel il s’associa, en 1788, avec le célèbre Viotti. Léonard, dont le véritable nom était Autier, et qui était Gascon, fut mis par la reine dans le secret du voyage de Varennes, et quitta secrètement Paris un peu avant le roi, chargé d’une partie de sa garde-robe. Mais il parait qu’il n’était pas entièrement dans la confidence, car ce fut, dit-on, sur l’avis donné imprudemment par lui d’un retard survenu a la voiture royale, que l’officier chargé de l’attendre au relais fit rentrer les chevaux précisément an moment où le monarque arrivait ; ce qui occasionna son arrestation.

Léonard suivit ses princes dans l’exil, et alla exercer sur les têtes moscovites la dextérité de son peigne aristocratique, que la république laissait, pour le quart d’heure, sans emploi. Du reste, cette émigration du peigne en Allemagne et en Russie n’avait pas attendu les commotions politiques : il y avait déjà longtemps que la France fournissait à l’Europe des valets de chambre coiffeurs, des femmes de chambre coiffeuses, comme elle leur fournissait des maîtres de danse et des cuisiniers.

Dès que le calme fut de retour chez nous, on vit briller sous le Consulat et sous l’Empire Michalon, parent du peintre et du statuaire, peintre et statuaire estimable lui-même , à qui nos maisons de coiffures doivent l’origine des bustes en cire qui les décorent, Michalon, l’ami des artistes et des littérateurs de son temps, Michalon, l’habitué de Feydeau, avec son élégant cabriolet armorié, son jockey noir et ses séances à vingt francs le cachet, Michalon, le prédécesseur de Plaisir et de tous les grands maîtres actuels. Nous ne mentionnerons pas le coiffeur de Napoléon, Constant, dont la place était une vraie sinécure. Quant au poêle-coiffeur agénois Jasmin, il est beaucoup moins célèbre, à tout prendre, comme coiffeur que comme poêle, quoiqu’il s’opiniâtre, dans son bon sens, à rester l’un et l’autre.

Au premier aperçu, on pourrait croire que perruquier et coiffeur sont synonymes, et en effet de prime abord l’analogie est frappante ; on doit remarquer toutefois que si les perruquiers sont de plus ou moins habiles coiffeurs, les coiffeurs ne font pas tous des perruques ; et les uns et les autres renoncent de bon cœur au titre de barbier, qui n’est que la mauvaise queue de leur profession. Nos coiffeurs modernes, aux élégantes boutiques parfumées d’essences et de senteurs, prendraient aussi en fort mauvaise part la dénomination de perruquier, qui ne s’applique plus qu’à de rares vétérans de l’art, encore humides de poudre blanche, qui s’éteignent dans quelques villes stationnaires du centre, de la Bretagne ou du midi.


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