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Fête de Noël : origines, choix de la date du 25 décembre, crèche et sapin

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Coutumes, Traditions
Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres
Fête de Noël : origines, choix de la date
du 25 décembre, crèche et sapin
(D’après « Revue d’histoire et de philosophie religieuses », paru en 1931)
Publié / Mis à jour le dimanche 20 décembre 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
En l’absence de tout document établissant le jour de naissance de Jésus, les chrétiens hasardent tout d’abord les hypothèses les plus fantaisistes et les plus contradictoires pour fixer la date de la naissance du Christ, avant qu’au IIIe siècle les Églises d’Orient fixent la Nativité le jour de l’Épiphanie, puis que l’Église de Rome adopte au IVe siècle le 25 décembre pour fêter Noël

Les premiers chrétiens n’avaient même pas l’idée de célébrer l’anniversaire de la naissance de Jésus ; l’anniversaire de sa mort les intéressait beaucoup plus, ainsi que celui de sa résurrection, c’est-à-dire de sa victoire sur la mort. Voilà pourquoi la Pâque était pour eux la grande fête annuelle. C’est dans le même esprit que l’Église des premiers siècles célébra de bonne heure ses martyrs le jour anniversaire de leur trépas et non pas le jour de leur naissance ; et qu’elle inscrivit sur son calendrier leur nom à côté de celui du Christ.

L’apologète chrétien Arnobe, vers 296, raille les païens qui célèbrent le jour de naissance des dieux, trouvant indigne d’un dieu d’avoir reçu le souffle à partir d’un jour déterminé. Clément d’Alexandrie, lui-même, aux environs de l’an 200, se moque de ceux qui recherchent, non seulement l’année, mais encore le jour de naissance du Christ. Il demande ce que valent des calculs qui aboutissent les uns au 19 avril, d’autres au 20 mai.

Saint Timothée, saint Hippolyte de Porto et saint Symphorien. Enluminure extraite d'un Missel romain dit missel d'Attavante (manuscrit n°5123 de la Bibliothèque municipale de Lyon)
Saint Timothée, saint Hippolyte de Porto et saint Symphorien. Enluminure extraite d’un Missel romain
dit missel d’Attavante (manuscrit n°5123 de la Bibliothèque municipale de Lyon)

Un exemple de ces calculs conduisant, lui, au 28 mars, nous est donné par le De Pascha compustus, écrit publié en 243, et qui se trouve dans les appendices aux éditions de saint Cyprien sans être de lui : il est d’abord entendu que le premier jour de la création où « Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres » doit tomber sur l’équinoxe, moment de l’égalité de durée du jour et de la nuit, donc le 25 mars, d’après le calendrier Julien.

Le soleil qui a été créé le quatrième jour est donc apparu le 28 mars ; en conséquence le « Soleil de justice », c’est-à-dire le Christ, n’a pu faire son apparition que le 28 mars. En réalité, l’argumentation est compliquée par un symbolisme encore bien plus poussé appliqué aux nombres.

Selon les calculs d’Hippolyte de Porto (mort en 225) et son cycle pascal (222), gravé sur sa statue, la vie du Seigneur a commencé en l’an du monde 5502, le 2 avril ou le 2 janvier, suivant qu’on traduit genesis par naissance ou par conception, et sa mort serait survenue en 5532, c’est-à-dire trente ans plus tard. Le point de départ des calculs d’Hippolyte, c’est la coïncidence de la Pâque chrétienne avec la pleine lune et la comparaison de l’année lunaire avec l’année solaire.

Malheureusement son année lunaire est trop courte de neuf heures, ce qui fausse tous ses calculs. Une prétendue correction d’Hippolyte, dans ses commentaires sur Daniel (235), est généralement attribuée à une interpolation. D’après cette correction, le Christ serait né en 5500 parce que l’arche de l’alliance aurait eu cinq coudées et demie (total de ses dimensions) ; il serait mort le 25 mars de l’an 29, aurait été conçu trente-trois ans plus tôt et serait donc né neuf mois plus tard, le 25 décembre de l’année 5500 après Adam.

Ici, comme pour d’autres calculs, les nombres entiers sont seuls de rigueur, les fractions étant des imperfections incompatibles avec la sainteté du Sauveur.

La Nativité fixée à l’Épiphanie
Tous ces calculs ne furent d’aucun poids dans le choix de la date de la Nativité, lorsque, au IIIe siècle, on s’avisa de la célébrer. Tout l’Orient chrétien se porta d’un commun accord sur le 5-6 janvier, jour de l’Épiphanie de Dionysos. Cette fête était, en effet, demeurée très vivante dans le souvenir de ces chrétiens nouvellement convertis.

L’Épiphanie d’un dieu, c’est-à-dire son apparition, se confondait avec sa naissance ; c’était là une croyance déjà ancienne. À Delphes, au commencement du mois Bysios, l’Épiphanie d’Apollon était célébrée sous le nom de théophanie parce que le dieu s’était manifesté alors pour la première fois.

Naissance de Dionysos. Enluminure extraite d'un manuscrit grec du XIIe siècle conservé à la BnF sous la cote Coislin 239
Naissance de Dionysos. Enluminure extraite d’un manuscrit grec
du XIIe siècle conservé à la BnF sous la cote Coislin 239

Le 6 janvier et la nuit précédente, on fêtait donc l’Épiphanie de Dionysos. Ce dieu, originaire de Thrace, jouissait d’un grand prestige dans tout le monde grec où son culte s’était peu à peu dépouillé de son ancienne forme barbare. On sait que Dionysos-Zagreus avait été démembré par les Titans et que Zeus l’avait vengé en foudroyant ceux-ci. Des cendres des Titans naquit le genre humain. Les hommes sont donc impurs comme ceux dont ils procèdent ; mais les cendres des Titans contenaient aussi la substance de l’être divin qu’ils avaient mangé ; c’est pourquoi une étincelle divine subsiste également dans les hommes.

C’est à la libération de cet élément divin par la possession définitive de l’immortalité bienheureuse que tendent les élus de Dionysos, ceux du moins qui sont sauvés par la grâce acquise par l’initiation dont Orphée a institué le culte. Le jeune dieu thrace, qui ressuscita, apparaît donc comme un dieu sauveur. Contrairement aux dieux d’Homère qui réservaient leurs faveurs aux grands de ce monde, Dionysos est le dieu des esclaves et des pauvres aussi bien que celui des riches ; il s’intéresse à la destinée de chacun. De par son origine, Dionysos est toujours l’esprit du renouveau annuel de la végétation. Il n’est devenu le dieu du vin que dans les contrées de vignobles. Comme dieu de saison, il meurt avec le déclin de la végétation pour ressusciter avec la lumière croissante qui procure la vie, c’est-à-dire avec le solstice d’hiver fixé primitivement au 5 janvier (Das Weihnachtsfest, seine Entstehung und seine Entwicklung par Arnold Meyer, 1913).

Le jour de l’Épiphanie, on allumait des feux. À l’occasion de son Épiphanie (nuit du 5 au 6 janvier et 6 janvier) le dieu manifestait en certains endroits sa présence invisible par l’apparition miraculeuse de vin comme le racontent Pline l’Ancien (Histoire naturelle) et Pausanias ; les Eléens, en particulier, ont été favorisés par ce miracle ainsi que l’île d’Andros où le vin coulait spontanément dans le temple durant la fête de Dionysos.

Saint Épiphane (vers 315-403), évêque de Salamine de Chypre, affirme (Haeres, II, 30) que par un prodige fort surprenant, on voyait de son temps, en divers endroits, plusieurs fontaines et quelques rivières dont l’eau se changeait en vin ou en prenait le goût avec la couleur, en ce jour (6 janvier), anniversaire du miracle fait par Jésus-Christ. Il affirme qu’il a goûté lui-même du vin de l’une de ces fontaines qui était à Cibyse en Asie Mineure, et il déclare que des moines de sa connaissance ont eu le même privilège en goûtant à une autre fontaine qui était dans la ville de Gérase en Arabie. Il ajoute que quelques-uns publient que le Nil, sur un point de son cours, est favorisé par le même miracle, le jour de l’Épiphanie (d’Osiris), et que les Égyptiens en profitent pour faire des provisions de vin dans leurs maisons.

La Liturgie avait placé le miracle de Cana le 5-6 janvier, comme le rappelle Épiphane, et trente et un ans après la naissance de Jésus, jour pour jour. Le Christ avait ainsi pris la place de Dionysos, ce qui a fait dire que « depuis le culte de Dionysos jusqu’au culte chrétien, l’eau n’a jamais cessé de se changer en vin tous les 6 janvier » (Revue d’histoire et de littérature religieuse, P. Saintyves).

Mithra immolant le taureau. Bas-relief de marbre du IIe-IIIe siècle provenant du Mithraeum de Sidon (Liban). Paris, Musée du Louvre
Mithra immolant le taureau. Bas-relief de marbre du IIe-IIIe siècle
provenant du Mithraeum de Sidon (Liban). Paris, Musée du Louvre

L’accumulation de commémorations supportées par la journée de l’Épiphanie est rappelée en partie dans le tria miracula de l’antienne des Vêpres du Bréviaire romain, antienne qui est évidemment d’origine grecque : « C’est en ce jour que l’Étoile a conduit les mages à la crèche, en ce jour que l’eau a été changée en vin aux noces (de Cana), en ce jour que le Christ a voulu être baptisé par Jean, dans le Jourdain, pour notre salut. »

C’est aussi à Alexandrie, au IIe siècle, que nous rencontrons pour la première fois l’Épiphanie célébrée dans un milieu chrétien, non pas orthodoxe, mais hérétique : « Les sectateurs de Basilide, nous raconte Clément d’Alexandrie (220) dans son premier livre des Stromates, célèbrent le jour du baptême de Jésus en passant en lectures la nuit avant la fête. Et ils disent qu’il eut lieu dans la quinzième année de l’empereur Tibère, le cinquième jour du mois (égyptien) Tubi (c’est le 6 janvier), mais quelques-uns disent que c’était le 11 du même mois (le 12 janvier). »

Les gnostiques regardaient le jour du baptême de Jésus comme son Épiphanie, car c’est ce jour-là seulement qu’il reçut l’Esprit divin sous la forme d’une colombe, avec les paroles de consécration : « Tu es mon fils bien-aimé ; en toi je me suis complu. » C’est ce jour-là que Jésus était devenu le Christ ou le premier-né des élus. Pour les gnostiques, le Christ était le messager des secrets divins apportés par lui sur la terre. Ils cherchaient à acquérir la connaissance de ces secrets, c’est-à-dire la « gnose véritable » qui devait les conduire à l’union avec Dieu, à la possession des forces divines, au salut (Das Weihnachtsfest par Arnold Meyer, 1913).

Après Basilide, et peut-être à son exemple, l’Église fêta l’Épiphanie comme l’anniversaire du baptême de Jésus et de sa naissance, ces deux événements ayant eu lieu jour pour jour à trente ans d’intervalle ; les nombres entiers étant seuls compatibles avec la perfection du Christ comme nous le disions plus haut.

L’Épiphanie chrétienne se serait assez vite imposée en Orient. Elle était célébrée en Thrace aux environs de l’an 300 ; la Passion de saint Philippe, évêque d’Héraclès (304), en fait mention. À la même époque, en Asie Mineure, elle est célébrée par saint Grégoire de Néo-Césarée et aussi fêtée en Égypte (papyrus de Fayoum). Un peu plus tard, en 361, la fête est attestée en Gaule par Ammien Marcellin, qui rapporte que Julien assista publiquement au Service chrétien à Vienne, le jour de l’Épiphanie. Le concile de Saragosse de 380 en fait une des plus grandes fêtes de l’année. En Afrique, on l’adopta partout. On peut dire que vers 380 la fête est répandue dans tout l’Orient.

L’Épiphanie chrétienne, comme l’Épiphanie païenne, se célébrait par des illuminations de torches. C’était la fête des lumières, comme le dit Grégoire de Nazianze (329-390), parce que c’est le jour qui a éclairé l’humanité. « C’est aujourd’hui — prononce l’évêque de l’Église grecque, en répétant le poème du patriarche de Sophronios — que s’est levé le soleil pour ne pas se coucher et l’univers est illuminé par la lumière du Seigneur. » — « C’est aujourd’hui, ainsi chante l’Église grecque dans son Horologion, que tu t’es manifesté au monde et que ta lumière, Seigneur, s’est manifestée sur nous ; et, en toute connaissance, nous t’acclamons en chantant : tu es venu, tu es apparu, toi, la lumière inaccessible ».

La Nativité fixée au 25 décembre
L’Église romaine commença par célébrer la naissance en même temps que le baptême de Jésus le jour de l’Épiphanie ; ce n’est qu’au IVe siècle qu’elle fit passer la Nativité le 25 décembre. Son exemple fut suivi par l’Orient. Dans le choix du 25 décembre, il y eut une fois de plus substitution d’une fête chrétienne à une fête païenne. Cette fête païenne, c’était la fête du soleil. Cet astre fut l’objet d’un culte important dans l’empire romain, peu après le début de l’ère chrétienne. Sous l’influence de l’astrologie orientale, qui lie le sort des individus au cours des astres, le soleil passait pour présider au sort des rois ; c’est lui qui les élève sur le trône ou les en fait descendre, c’est lui qui les conduit au triomphe ou permet leur défaite. Dans ce courant d’idées, l’empereur romain ne tarda pas à être regardé comme l’émanation du soleil. Aurélien fit ériger un Temple au Sol Invictus, c’est-à-dire au dieu solaire qui triomphe chaque matin de la nuit, celui-là même qui lui avait donné la victoire en Syrie.

Vestiges du temple d'Aurélien érigé au Sol Invictus et inauguré le 25 décembre 274
Vestiges du temple d’Aurélien érigé au Sol Invictus et inauguré le 25 décembre 274

Le culte du Soleil à Rome a été favorisé par l’introduction en Occident du culte de Mithra, originaire de l’Iran au bord de l’Euphrate. C’est la vieille religion mazdéenne des ancêtres des Perses. Mithra, le génie de la lumière céleste, fut, sous l’influence des Chaldéens, assimilé au Soleil. Importé en Italie par les esclaves et les soldats, la religion de Mithra s’établit dès 181 avant notre ère au cœur même de Rome. Elle obtint la faveur impériale : Commode se fit initier aux mystères mithriaques ; Dioclétien, Galère et Licinius témoignèrent de leur dévotion à Mithra en lui construisant un temple à Carnuntum en 307 et Julien l’Apostat fut un fidèle fervent de Mithra qu’il fit adorer dans son palais de Constantinople.

Le temple d’Aurélien fut inauguré le 25 décembre 274. C’était le 25 décembre que la Rome païenne célébrait la naissance annuelle du Soleil, parce que, d’après le calendrier Julien, le 25 décembre était considéré comme le solstice d’hiver, donc le moment de l’année à partir duquel les jours commencent à s’allonger et le soleil à briller avec plus d’éclat. C’était une des grandes fêtes du paganisme ; des jeux solennels et magnifiques étaient donnés par le prince en l’honneur de l’Invincible.

Les vingt-cinq courses habituelles, au cirque, étaient portées à trente pour rappeler le nombre mensuel des courses du soleil autour de la terre. La foule se pressait à ces réjouissances ; les chrétiens eux-mêmes participaient à ces divertissements et n’échappaient pas à la contagion de la joie générale. Le pape saint Léon nous raconte même que les fidèles qui avaient assisté aux services divins dans la basilique de Saint-Pierre se joignaient le même jour aux mystes de Mithra pour prendre part à la liturgie du mystère mythriaque. Les grands feux qui fêtaient l’accroissement de la lumière étaient vraisemblablement censés aider le soleil à monter au-dessus de l’horizon.

L’absence de documents établissant la date de la naissance du Christ a laissé à l’Église romaine toute latitude pour faire coïncider cet anniversaire avec le solstice d’hiver du calendrier romain, c’est-à-dire avec le 25 décembre. En procédant ainsi, elle ne fut pas fâchée d’opposer à Mithra Celui qu’elle adorait comme le « Soleil de justice » prédit par Malachie (IV, 2). Le vieux Siméon lui-même n’avait-il pas salué l’enfant Jésus comme « la lumière qui doit éclairer les nations » ? La littérature chrétienne primitive parle le même langage : saint Cyprien (vers 200-258) appelle le Christ le « vrai Soleil ». « Celui-ci est notre soleil nouveau », proclame saint Ambroise (340-397). Et des expressions semblables abondent chez Grégoire de Nazianze (329-390), saint Jean Chrysostome (vers 345-407), Zénon de Vérone, et bien d’autres Pères. On les retrouve dans tout l’Office de Noël.

Saint Augustin fait allusion à l’origine païenne de Noël quand il exhorte ses frères chrétiens à ne pas célébrer en ce jour solennel le soleil, comme les païens, mais bien Celui qui a créé le soleil. De même, Léon le Grand blâme la croyance funeste consistant à fêter Noël à cause de la naissance du Soleil nouveau, comme on l’appelait, et non à cause de la naissance du Christ.

Saint Jean Chrysostome. Mosaïque du IXe siècle, Sainte-Sophie
Saint Jean Chrysostome. Mosaïque du IXe siècle, Sainte-Sophie

De Rome, la fête chrétienne du 25 décembre rayonna et finit par s’étendre à toute la chrétienté. Mais elle ne s’imposa point partout avec la même facilité. En Orient, elle rencontra des Églises qui tenaient fermement le 6 janvier pour le jour de la Nativité. La résistance fut particulièrement grande en Syrie ; à Antioche en particulier où Rome, depuis environ dix ans, tentait en vain de faire adopter par la liturgie la fête du 25 décembre, lorsque, enfin, saint Jean Chrysostome, le 20 décembre 386 ou 387, à l’occasion d’un sermon prononcé à la mémoire de saint Philogone, martyr d’Antioche, pressa ses auditeurs de venir nombreux cinq jours plus tard pour fêter la Nativité autour de la crèche.

Une affluence considérable répondit à son appel le 25 décembre. Il tenta alors de les convaincre de la coïncidence de cette date avec l’anniversaire de la naissance du Christ : « Les Romains qui célèbrent la naissance du Sauveur le 25 décembre, déclara-t-il, le font en connaissance de cause, eux qui possèdent les états du dénombrement ordonné par Auguste, et donc la date de la venue de Joseph et de Marie à Bethléem. »

Pour vaincre les dernières hésitations de ses auditeurs, l’orateur leur rappelle que, suivant Luc, Elisabeth a conçu Jean-Baptiste le jour où son mari, le grand-prêtre Zacharie, sortit du Saint des Saints. Or, ce lieu sacré ne recevait la visite de grand prêtre qu’une fois l’an. À grand renfort de textes du Lévitique, saint Jean Chrysostome démontre que ce ne pouvait être que le jour de la fête des Tabernacles, c’est-à-dire le 24 septembre. Or, l’annonciation eut lieu six mois après, soit le 25 mars, et la naissance de Jésus neuf mois plus tard, c’est-à-dire le 25 décembre.

Raisonnement fantaisiste comme le premier, même si l’on suppose que Zacharie ait été grand-prêtre, ce qui n’a pas été ; et puis, raisonnement a posteriori, c’est-à-dire tendant à justifier un état de fait. Néanmoins, les auditeurs semblent avoir été convaincus, comme en témoigne le calendrier de l’Église d’Antioche et des Églises du reste de la Syrie, où les fêtes de la Nativité et de l’Épiphanie figurent respectivement le 25 décembre et le 6 janvier.

Une argumentation de la même force avait cours à la même époque pour soutenir les revendications de Rome : la conception dans le sein de Marie ne put avoir lieu que le 25 mars, jour anniversaire de la création, en vertu des symboles chers aux premiers chrétiens ; la naissance du Christ a donc eu lieu neuf mois après, c’est-à-dire le 25 décembre. Au surplus, Jean-Baptiste a dû naître le 25 juin, jour le plus long de l’année d’après le calendrier Julien, puisque le Baptiste a déclaré lui-même : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. » Le Seigneur qui est né six mois après (d’après Luc I, 26, 56) a donc vu le jour le 25 décembre.

Si pendant les dernières années du IVe siècle, la fête de Noël (25 décembre) se répandit rapidement dans tout l’Orient, à Jérusalem on ne connaissait pas encore la fête du 25 décembre au commencement du Ve siècle. Saint Jérôme, voulant introduire dans son ministère de Bethléem l’usage romain, eut affaire à d’opiniâtres contradicteurs : « C’est bien en ce jour, leur répliqua-t-il, que le Christ est né. D’autres pensent qu’il est né à l’Épiphanie... L’univers entier proteste contre cette opinion. On dira peut-être, c’est ici que le Christ est né ; des étrangers seraient-ils donc mieux informés que ceux qui sont sur les lieux ? Mais de qui tenez-vous vos informations ? De ceux qui étaient dans cette province, des apôtres Pierre et Paul ainsi que des autres apôtres ? Vous les avez chassés, nous les avons accueillis. Pierre qui fut ici avec Jean, qui fut ici avec Jacques, nous a instruits en Occident ; ainsi les apôtres sont tout autant nos maîtres que les vôtres. »

L’orateur passe ensuite à un autre argument : « Les habitants de Jérusalem, si fiers d’être les dépositaires de la tradition primitive, oublient que leur ville a été totalement détruite et qu’à une certaine époque leur pays ne contenait plus ni juifs ni chrétiens. Pourquoi rappeler tout cela, penserez-vous ? Parce que vous me dites : C’est ici que furent les apôtres ; c’est ici qu’est la tradition ! Votre tradition n’existe pas. Nous soutenons, nous, que le Christ est né en ce jour : l’Épiphanie est le jour de son baptême. » (Sermon cité par Morin dans la Revue d’histoire et littérature religieuse). Ces raisonnements n’entraînèrent pas les convictions, et l’Église de Jérusalem continua à célébrer la Nativité le 6 janvier, mais jusqu’au VIe siècle seulement, semble-t-il.

Nativité et adoration des mages. Détail de la peinture de Giovanni di Francesco (1457)
Nativité et adoration des mages. Détail de la peinture de Giovanni di Francesco (1457)

La crèche et la grotte
La tradition de la crèche et de la grotte remonte au moins au IIe siècle et remonterait même, suivant Origène (vers 185-vers 253) et saint Épiphane, aux Évangiles bien que les Évangiles canoniques ne fassent aucune allusion à la grotte : « À propos de la naissance de Jésus à Bethléem, dit Origène en 248, si quelqu’un, après les prophéties de Michée, après l’histoire relatée dans les Évangiles par les disciples de Jésus, en désire d’autres preuves, qu’il sache que, suivant ce qui est raconté dans les Évangiles sur sa naissance, on montre à Bethléem la grotte dans laquelle il est né, dans cette grotte la crèche où il fut emmailloté. Et ce que l’on montre ainsi est très connu de ces parages, mieux de ceux qui sont étrangers à notre foi à savoir que le Jésus adoré et admiré des chrétiens est né dans cette grotte. »

Épiphane n’est pas moins catégorique : « Luc dit qu’aussitôt né, l’enfant fut emmailloté et déposé dans une crèche et dans une grotte parce qu’il n’y avait point de place dans le caravansérail. » « Comme Joseph n’avait pas où loger dans le village, écrit encore Justin, il s’installa dans une grotte toute voisine de Bethléem, et c’est tandis qu’ils étaient là que Marie enfanta le Christ et le plaça dans une mangeoire. »

Dans les églises catholiques, la nuit de la Nativité, on vient prier autour d’une crèche placée dans une grotte, celle-ci le plus souvent représentée par des rochers de carton. Auprès de la crèche sont l’âne et le bœuf traditionnels. Ces animaux doivent leur présence ici à l’interprétation fantaisiste qu’Origène a donnée à Esaïe : « Le bœuf connaît son possesseur et l’âne la crèche de son maître. » C’est au cours du IVe siècle que cette tradition apparaît dans l’art chrétien (de Rossi) et au Ve siècle qu’il y est fait allusion dans les sermons de saint Pierre Chrysologue.

Sur une fresque du IVe siècle trouvée dans un tombeau de saint Sébastien et sur un bas-relief sculpté sur un sarcophage daté de 343, figurent l’âne et le bœuf. Depuis lors, l’importance de cette tradition est devenue telle qu’on trouve des monuments représentant la crèche sans Marie et Joseph, mais jamais sans l’âne et le bœuf. Déjà sur la fresque et le bas-relief dont nous venons de parler, l’enfant Jésus figure avec l’âne et le bœuf, sans ses parents.

C’est vraisemblablement parce que les dieux solaires naissent le plus souvent dans des cavernes que le Christ, qui a été de très bonne heure assimilé à un dieu solaire, est né, lui aussi, dans une grotte. L’adoration des bergers n’est pas un fait isolé dans la tradition païenne ; nous la retrouvons dans la mythologie de Mithra avec la grotte encore comme décor. « Des textes précis, écrit Cumont, nous apprennent que, suivant la doctrine reçue dans les mystères, Mithra était né d’une pierre... Sur les bas-reliefs de Transylvanie, le pasteur ou les pasteurs, car ils sont parfois au nombre de deux, se contentent d’observer, cachés derrière un rocher, la naissance miraculeuse de l’enfant divin, tandis que leur troupeau broute ou se repose derrière eux. La légende de Mithra contenait donc une adoration des bergers analogue à celle que rapporte l’Évangile (Luc II, 8). » (Textes et monuments figurés relatifs aux Mystères de Mithra par Franz Cumont, 1896)

La Nativité. Peinture de Robert Campin (vers 1420)
La Nativité. Peinture de Robert Campin (vers 1420)

L’arbre de Noël
Le sapin qui conserve sa verdure et sa force, même en hiver, qui, après cette mauvaise saison, se recouvre de nouvelles pousses, a été considéré, depuis fort longtemps, comme possédant une vie prodigieuse qu’il peut communiquer autour de lui sous forme d’une longue existence et d’une forte santé. Cela a été vrai pour d’autres arbres toujours verts : genévrier, pin, houx, gui. Plus l’arbre a de rameaux, plus grande est sa puissance de bénédiction.

Voilà pourquoi — au moins dans les pays germaniques — on mettait au début de l’hiver, dans les maisons, des arbres verts ; on plantait aussi un sapin devant la maison ou près de la fontaine, afin de bénir l’une et de rendre potable l’eau de la seconde. Ces arbres verts sont fréquemment décorés de rubans et d’oripeaux. Les friandises et les cadeaux qui sont déposés au pied de l’arbre sont là pour provoquer, au cours de l’année qui vient, abondance de pain et de richesses (Das Weihnachtsfest par Arnold Meyer, 1913). Les animaux en pâtisserie (cheval, oie, sanglier remplacé plus tard par le porc), et les fruits qu’on suspend aux arbres de Noël allemands sont les restes de souvenirs de cérémonies païennes où on rappelait la fécondité de la terre tout en la provoquant ; c’était en même temps un acte de reconnaissance envers les dieux généreux (Revue des traditions populaires, 1896).

L’arbre de Noël est mentionné pour la première fois à Strasbourg ; d’abord sous forme de branche de sapin porte-bonheur pour l’année nouvelle, dans le Narrenschiff (VI, 35 et suivantes ; année 1494) de Sébastien Brandt :

Qui ne chante pas à l’occasion du nouvel an,
Qui ne plante pas un rameau vert de sapin dans sa maison.
Celui-là peut s’attendre à ne pas voir la fin de l’année.

L’origine de notre arbre de Noël nous échappe. La plus ancienne mention à nous connue est une relation datant de 1605, d’après laquelle, à Strasbourg, le jour de Noël, on dressait un sapin dans les maisons et on y suspendait des roses en papier de couleur, des pommes, des sifflets, des bonbons, etc. (Das Weihnachtsfest par Arnold Meyer, 1913). Les lumières qui garnissent le sapin de Noël sont mentionnées pour la première fois en 1785 par la baronne d’Oberkirch, toujours à propos de l’arbre de Noël de Strasbourg, rapporte Arnold Meyer.

D’Alsace, l’usage du sapin de Noël se répandit à travers l’Allemagne protestante. En 1803, Hebel en parle comme d’une vieille habitude chez les Allemands de la rive droite du Rhin : « L’enfant dort, cependant que la mère lui prépare l’arbre qui n’est pas encore allumé et qui pend encore au plafond, là même où les aïeux suspendaient leurs rameaux de bénédiction. » De Strasbourg, l’arbre de Noël passe aussi en Suisse, à Zurich, comme il en est fait mention en 1799, selon Arnold Meyer.

L'arbre de Noël. Tableau d'enseignement des éditions Rossignol (1953)
L’arbre de Noël. Tableau d’enseignement des éditions Rossignol (1953)

L’arbre de Noël fut apporté en 1840 à Paris, au palais des Tuileries, par la princesse de Mecklembourg, duchesse d’Orléans. L’impératrice Eugénie avait une prédilection pour les arbres de Noël. En 1860, à Paris, à l’église luthérienne des Billettes, un arbre de Noël fut donné aux enfants pauvres d’une école allemande. C’est aussi en 1840 que l’arbre de Noël fut introduit à la cour anglaise par Albert de Saxe-Cobourg, l’époux de la reine Victoria (Weihnachten in Kirche, Kunst und Volksleben par Georg Rietschel, 1902).

L’usage du sapin ou d’autres arbres verts comme agents de bénédiction des maisons au début de l’hiver a été désapprouvé à plusieurs reprises par l’Église qui y voyait une survivance magique du paganisme : Burchard, évêque de Worms (1000-1025), rapporte un décret du pape Martial (en réalité il n’était qu’ évêque de Limoges), du IIIe siècle, défendant d’orner le 1er janvier sa maison avec des lauriers et des rameaux verts. En 1642, le pasteur Dannhauer de Strasbourg condamne, auprès de ses catéchumènes, l’arbre de Noël, ses parures et ses futilités, comme les détournant du Christ.

 
 
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