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Paulin Talabot : Limousin à l'origine de l'essor des chemins de fer français - Histoire de France et Patrimoine


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Anecdotes insolites

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Ancêtre (L’) de la SNCF : oeuvre
du Limousin Paulin Talabot
(D’après « La Revue limousine », paru en 1926)
Publié / Mis à jour le samedi 21 février 2015, par LA RÉDACTION

 
 
 
L’histoire des premiers chemins de fer commence avec un Limousin, l’ingénieur Paulin Talabot, qui outre le fait d’être l’un des créateurs en 1864 de la Société Générale, fut également fondateur en 1857 de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerrannée, et dont nous donnons ici, brièvement, quelques traits pittoresques de l’œuvre : il eut à lutter contre les sceptiques et les railleurs, de telle sorte que les premiers triomphes de la vapeur en France, furent pris entre la volonté géniale d’un ingénieur et le crayon mordant d’un célèbre artiste.

De l’histoire pittoresque des débuts des chemins de fer, on ne connaît, en général, que le nom de Joseph Prud’homme et celui de Dumont d’Urville, rôti vivant dans un wagon fermé à clef. Mais il est deux autres visages beaucoup plus remarquables : celui de Paulin Talabot et celui du célèbre Honoré Daumier, grâce à qui la vapeur se trouva prise entre la science et la caricature, constituant ainsi ce qu’on pourrait appeler un « sandwich historique », pour employer une image un peu forcée.

Paulin Talabot
Paulin Talabot

En 1799 naissait à Limoges Paulin Talabot. Sorti de l’Ecole polytechnique dans le corps des ponts et chaussées, il fut appelé, en 1829, par le maréchal Soult à la direction des travaux du canal de Beaucaire. Il visita l’Angleterre, avec son ami Stephenson, qui, s’étonnant de sa parfaite connaissance de la langue lui dit : « Où diable avez-vous appris l’anglais, Talabot ? — En lisant Shakespeare, répondit celui-ci. »

Frappé de voir l’exploitation des mines de la Grand-Combe paralysée par l’insuffisance des moyens de transport, Paulin Talabot conçoit la construction d’un chemin de fer transportant jusqu’à Beaucaire les houilles du bassin d’Alais. Ainsi naquirent, non sans difficultés politiques et matérielles, les chemins de fer du Gard, au capital de 16 millions, dont 6 prêtés par l’Etat et 6 souscrits par la maison Rothschild. Le 25 juillet 1839, fut inauguré le premier tronçon, aux applaudissements d’une foule innombrable. Le premier convoi, piloté par Talabot en personne, emmenait dans ses dix-huit voitures, 500 personnes et la musique militaire du 49e de ligne.

Ainsi éclatèrent, simultanément, dans les pistons et les trombones, la joie des habitants de la Provence et la gloire d’un enfant du Limousin. La poésie s’en mêla (Une lyre méridionale) :

C’est la locomotive haletante et coquette
Un doux parfum se mêle à ses blanches vapeurs,
Laboure, ô char de l’abondance
Et nos plaines et nos vallons.
Ta fumée est une semence
Qui fertilise nos sillons... »

En 1842, le cabinet Guizot présenta un texte de loi. La Gazette de France reprocha à ce texte de compter dix-huit articles et proposa de le réduire à deux, dont le premier s’ énonçait ainsi : « Art. 1. Il y aura des chemins de fer dans tous les villages de France. » L’initiative de Paulin Talabot eut une suite à la Chambre des députés où le gouvernement présenta une idée d’association de l’Etat avec l’industrie privée pour créer un réseau rayonnant de Paris vers les provinces. Cette discussion s’ouvrit au milieu de l’indifférence générale devant les banquettes à peu près vides, comme s’ouvrirent dans le premier quart du XXe siècle les discussions sur l’aéronautique.

Paulin Talabot, qui se rendait compte des dépenses considérables qu’entraînaient les chemins de fer, mais animé par une raison sûre et une belle confiance dans l’avenir des voies ferrées, sut mener à bien l’entreprise, bien qu’on le traitât publiquement de « Bourreau d’argent » Talabot soutint des luttes homériques. Sa persévérance triompha. Le 8 juillet 1852, naissait la Compagnie du chemin de fer de Lyon à la Méditerranée, avec comme directeur Paulin Talabot et qui fusionnera avec d’autres compagnies pour donner naissance cinq ans plus tard à la Compagnie P.-L.-M.

Train et poste aux chevaux, par Daumier
Train et poste aux chevaux, par Daumier.
« Et dire que maintenant voilà tous les voyageurs qui nous passent devant le nez »

Ce Limousin ayant rendu à la nation un service des plus considérables, La Revue limousine suggéra, en 1926, de donner son nom à l’une des rues de sa ville natale, Limoges, afin d’honorer sa mémoire. A cet effet, elle prit contact avec le directeur du P-.L-.M-. d’alors, Monsieur Margot, qui venait d’être élevé à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur et voulut bien appuyer l’initiative de sa haute autorité. Margot adressa en retour le courrier suivant :

« Paris, le 18 juin 1926.
88, rue Saint-Lazare
(Paris, IXe).

« Monsieur,

« Vous avez bien voulu me faire part de votre intention d’étudier, dans La Revue limousine, la vie d’un illustre enfant de Limoges, Paulin Talabot, qui fut le véritable créateur de l’industrie des chemins de fer en France et le premier directeur général de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée. Vous souhaitez que la ville rende un hommage mérité à sa mémoire en attribuant son nom à la nouvelle place de la gare et à l’avenue qui y conduit.

« J’ai l’honneur de vous faire connaître que je souscris de tout cœur à votre programme, et que notre Compagnie sera particulièrement heureuse de toutes les manifestations qui pourront contribuer à glorifier et à perpétuer le nom de Paulin Talabot.

« A l’époque où l’utilité des chemins de fer était encore discutée, M. Talabot, non seulement joua un rôle capital dans le développement technique et financier du réseau français, non seulement il prit une part active à la constitution du réseau algérien, et à la construction des chemins de fer de la Haute-Italie et du sud de l’Autriche, mais encore il s’intéressa à tous les grands problèmes économiques et industriels qui se posèrent au milieu du XIXe siècle.

« C’est ainsi qu’ayant été chargé, au début de sa carrière d’ingénieur, du service du canal latéral à la Loire, puis de celui d’Aigues-Mortes à Beaucaire, il se passionna pour la question de la jonction de la Méditerranée avec la mer Rouge et préconisa, dès 1847, dans un mémoire longuement étudié, la création d’un canal d’Alexandrie à Suez qui faillit obtenir la préférence sur le tracé direct de Port-Saïd à Suez.

« C’est ainsi que, plus tard, il créa les docks de Marseille, fonda la Compagnie des Transports maritimes à vapeur, la Société algérienne et la Compagnie des Mines de Mokta.

« Grâce à sa hauteur de vues, il aborda souvent les entreprises les plus hardies ; mais son robuste bon sens et son expérience l’ont toujours préservé des rêves chimériques, tandis que sa puissance de travail et sa ténacité lui ont toujours permis de réaliser les projets qu’il avait conçus.

« Paulin Talabot a rendu des services inestimables au pays, et sa province natale, à laquelle il était resté si attaché, peut être fière de lui à bon droit.

« Suivant votre désir, je suis disposé à vous communiquer trois clichés représentant Paulin Talabot. Vous pourrez les envoyer prendre au bureau de M. Ozanne, secrétaire de la Compagnie, 88, rue Saint-Lazare, à qui je vous serais obligé de les retourner après usage.

« Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma considération la plus distinguée.

« Le Directeur général de la Compagnie,

« Signé : MARGOT. »

Impressions et compressions de voyage, par Daumier
Impressions et compressions de voyage, par Daumier.
« Ah ! miséricorde, nous sommes tous perdus ! Et non ! c’est tout bonnement le convoi qui se remet
en marche... Du moment où la machine va en avant, les voyageurs vont en arrière. C’est connu ! »

Les directeurs respectifs de la Compagnie des chemins de fer du Midi et de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Orléans appuyèrent également la démarche. Et La Revue limousine d’insister sur le bien-fondé de ce projet, rappelant les propos tenus 50 ans auparavant par la Société Archéologique, chargée par le par le Conseil municipal de préparer le baptême des nouvelles rues : « Il faut qu’un nom de rue offre toute garantie de stabilité... il ne doit rappeler que des événements sans amertume ou de gloires incontestées. Il convient, en effet, dans une pareille matière, de se défendre des élans irréfléchis. On travaille pour l’avenir. »

Une rue de Limoges porte aujourd’hui le nom de cette figure des chemins de fer français.


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