Histoire de France, Patrimoine, Tourisme, Gastronomie, Librairie
LE 20 août DANS L'HISTOIRE [VOIR]  /  NOTRE LIBRAIRIE [VOIR]  /  NOUS SOUTENIR [VOIR]
Histoire France, Patrimoine, Gastronomie, Tourisme


« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)


REJOIGNEZ-NOUS sur VK, le
réseau social alternatif à Facebook !

Proverbe, expression populaire : Faire gille. Origine, signification - Histoire de France et Patrimoine


Vous êtes ici : Accueil > Expressions, Proverbes > Faire gille

Expressions, Proverbes

Proverbes et expressions populaires d’usage courant : origine, signification d’expressions proverbiales de la langue française


Faire gille
Publié / Mis à jour le vendredi 18 janvier 2019, par LA RÉDACTION

 
 
 
S’enfuir

On trouve ces vers dans le voyage de Chapelle et Bachaumont en Languedoc : « Et craignant pour mon compagnon, Qui pour moi n’était pas tranquille, Nous crions au postillon Au plus vite de faire gille. » On recense quatre explications de cette expression proverbiale. Exposons-les avant de chercher à déterminer, sinon celle qui est la vraie, du moins celle qui offre le plus de chances pour l’être.

Une première origine de cette expression est relative à la conduite de saint Egidius, dont on a transformé le nom en celui de saint Gilles, prince languedocien, qui s’enfuit secrètement de peur d’être élu roi.

Ménage avance une deuxième explication : le mot gille représenterait ici l’ancien français gile ou guile, tromperie, et faire gille aurait naturellement la signification de tromper, s’esquiver, et même faire banqueroute.

On trouve une troisième explication dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux : l’expression viendrait comme beaucoup d’autres des Théâtres en plein vent, si communs autrefois. Il y avait sur le Pont-Neuf, vers l’an 1640, un bouffon idolâtré des laquais et des chambrières, que l’on nommait Gilles, et que l’on surnommait, selon les farces auxquelles il prêtait l’appui de son talent, tantôt Gilles le niais, tantôt Gilles desloge. On commença par dire d’une façon proverbiale : faire Gilles déloge, pour déloger, décamper ; puis le déloge finit par se supprimer, et l’expression se réduisit à faire gille.

Faire gille. Chromolithographie du XIXe siècle
Faire gille. Chromolithographie du XIXe siècle

Enfin, selon le philologue Auguste Scheler (1819-1890), le mot gille, anciennement gile, est dans cette expression, le substantif du verbe giler, qui se rencontre dans les patois (nouveau provençal gilha), avec le sens de s’enfuir, et que le philologue allemand Friedrich Christian Diez (1794-1876) dérive de l’ancien haut-allemand gîlan, gîljan, se mettre à courir.

Examinons maintenant ces explications une à une.

La première. C’est probablement le Moyen de parvenir, par Béroalde de Verville, qui lui a donné créance, car voici ce qu’on trouve dans le Chapitre général de cet ouvrage : « Mais avant que passer outre, dit le bon homme Scaliger, pourquoy est-ce que quand quelqu’un s’en est fui, on dit : il fait Gilles ? — (Protagoras). C’est pource que S. Gilles s’enfuit de son pays, et se cacha de peur d’être fait Roi. »

Mais cette explication, la seule que donne Quitard, n’a aucun fondement réel. L’expression faire gille se rencontre surtout dans le voyage de Chapelle, dans Scarron, dans Tallement des Réaux et dans la plupart des auteurs légers du second tiers du XVIIe siècle, ce qui permet de penser qu’elle était alors assez nouvelle, et qu’elle ne devait guère remonter au-delà de 1600. Or, est-il possible que cette expression ait été introduite dans la langue par une allusion à l’acte d’humilité ou de prudence de saint Gilles, qui mourut en 721, sur les domaines de Wamba, roi des Visigoths ? On ne peut pas davantage ajouter foi à cette étymologie qu’à celle de donner la venette expliquée parle peuple de la Vénétie fuyant jusqu’à l’Adriatique devant les hordes d’Attila.

La seconde. Il est parfaitement vrai qu’en vieux français, le mot guille, qui compte dans sa famille le verbe guiller et le substantif guillere, signifie tromperie, duperie ; en voici un exemple, tiré du Roman de la Chasse :

Là fut li quens de Tancarville,
En lui n’ot ni barat, ni guille.

Mais cette explication a le grave défaut de ne point s’accorder avec le sens de faire gille. En effet, dans tous les dictionnaires, cette expression a la signification, non de tromper, mais bien de se retirer, de s’enfuir, de prendre de la poudre d’escampette, ce que montrent les exemples suivants :

Or, comme à coups de pieds l’huis s’estoit presque ouvert,
Tout de bon le gait vint. La quenaille fit gille.
(Régnier, Satyre XI)
Rien ne semblait plus sûr qu’un si proche hyménée ;
Et, parmi ces apprêts, la nuit d’auparavant
Vous sûtes faire gille, et fendîtes le vent.
(Corneille, Suite du Menteur, I, 1)

« Deux raisons qui feront le partage de ce discours, après que nous aurons imploré le secours de celle qui fit faire gille au diable lorsque l’ange lui dit : Ave Maria. » (Le petit père André, Exorde)

Par conséquent, ce n’est point encore là une origine qu’il soit possible d’accueillir.

La troisième. D’après ce que dit l’Intermédiaire, l’introduction de faire gille devrait être postérieure à 1640, époque à laquelle le bouffon Gilles aurait donné lieu à cette expression. Or, faire gille existait avant 1613, date de la mort de Mathurin Régnier, qui s’en est servi dans un des vers que nous venons de citer, et cette expression était antérieure même à 1612, puisque Béroalde de Verville, qui mourut cette même année, l’avait employée dans le Moyen de parvenir, comme nous l’avons également rapporté.

Faire gille. Chromolithographie du XIXe siècle
Faire gille. Chromolithographie de 1890

D’où il faut conclure, naturellement, que cette troisième explication est aussi à rejeter. Du reste, si cette expression avait été créée après l’apparition du bouffon Gilles sur le Pont-Neuf, en 1640, eût-elle été assez autorisée parmi les honnêtes gens pour que Corneille l’employât, comme il l’a fait dans la Suite du Menteur, comédie qui date de 1643 ? C’est à douter.

La quatrième. Le verbe giller, selon le Dictionnaire de Trévoux de 1771, est un terme bas et populaire qui signifie se retirer promptement, sortir, quitter une place. On peut donc très bien croire que le substantif gille a été formé de ce verbe : laissant giller à l’usage du peuple comme il y est encore aujourd’hui, d’après Littré, les gens instruits auront employé à sa place faire gille qui pouvait avoir à leurs yeux le double avantage d’être plus moderne et moins encanaillé.

Voici pourquoi cette dernière explication doit être préférée à toutes les autres.

Pour finir, une considération tirée de l’orthographe : si le mot gille venait ici de saint Gilles ou de Gilles, le bouffon du Pont-Neuf, il devrait commencer par une majuscule (on écrit Charlemagne par une telle lettre dans faire Charlemagne), et se terminer par la lettre s. Mais il ne prend généralement pas de s finale, et s’écrit toujours par un petit g : c’est une preuve de plus en faveur du bien-fondé de la quatrième origine.

 
 

Saisissez votre mail, appuyez
une seule fois
sur OK et patientez
30 secondes
pour la validation




Nos 500 expressions et proverbes
les plus pittoresques

La quintessence de la sapience
Présentation / Commande : CLIQUEZ ICI
 

 

 

Prolongez votre voyage dans le temps avec notre
encyclopédie consacrée à l'Histoire de France

Choisissez un numéro et découvrez les extraits en ligne !

 

 
EXPRESSIONS et PROVERBES
les plus pittoresques

 COMMANDE / RÉSUMÉ de l'ouvrage sur...
NOTRE BOUTIQUE en ligne (cliquez ici)

ou sur Amazon
 
 Saviez-vous que Payer en monnaie de singe était l'apanage des bateleurs s'acquittant d'un droit de péage sous la forme de grimaces et gambades exécutées par leur singe ? Que Ménager la chèvre et le chou est une expression issue d'un problème que l'on donnait à résoudre aux enfants pour les accoutumer à réfléchir et à exercer leur sagacité ?
 
- - - - - - - - - - -

 

 Napoléon : l'enfance du futur empereur des Français
 
 Pain mangé par nos aïeux : sa nature, son prix
 
 Berceuses populaires (Les) : airs entêtants, apaisants, traversant le temps et les provinces
 
 Mutilation de l'Histoire de France : détruire le passé pour glorifier le monde nouveau
 
 Charlemagne se fait voleur par ordre de Dieu
 
 Règles de bienséance et de politesse d'après un traité de 1628
 
BON À SAVOIR
 A Pâques ou à la Trinité
 
 Conter des fagots
 
MANIFESTATIONS
 Léonard de Vinci : la tapisserie de la Cène exposée au Clos Lucé
 
 Bêtes d’affiches : le monde animal domine la publicité
 
 
L'ENCYCLOPÉDIE DU TEMPS JADIS
 Recevez en 48h les 37 volumes édités par La France pittoresque : 900 articles, 1800 illustrations formant une truculente mosaïque de notre riche passé !
 
 
 
 
 

 


Les plus récents
 
 La gourmandise tue plus de gens que l'épée
 
 Rompre l'anguille au genou
 
 Avoir la venette
 
 Être de la compagnie de lésine (lésiner sur les moyens)
 
 
Et puis aussi...
 
 Avoir martel en tête
 
 Entre la poire et le fromage
 
 Avoir plusieurs cordes à son arc
 
 Être comme l'âne de Buridan
 
 
Plus d'articles...
 
 Voir les 605 ARTICLES

 

 La France pittoresque ne bénéficie d'aucune subvention, qu'elle soit publique ou privée. Prenez activement part à la transmission de notre patrimoine !
 
 Soutenez une véritable réinformation historique et contribuez à la conservation de notre indépendance éditoriale
Vous pouvez également opter pour
un montant libre
 
VOS DONS NOUS SONT PRÉCIEUX
EN SAVOIR +

 

 Facebook
 Twitter
 VK
 Instagram
 LinkedIn
 Pinterest
 Tumblr
 

     

 

Retrouvez toute L'HISTOIRE DE FRANCE avec l'Encyclopédie du temps jadis

 
Copyright © 1999-2019 LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270. N° CNIL 824 842. N° Siret 481 246619 00011. Code APE 913E

La France pittoresque et Guide de la France d'hier et d'aujourd'hui sont des marques déposées.
Site déposé à l'INPI
 
Recommandé notamment parMAISON DU TOURISME FRANÇAIS dès 2003Maison de la FranceALLIANCE FRANÇAISEAlliance Française
 
Mentionné notamment parSIGNETS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCESignets de la Bibliothèque Nationale de FranceMINISTÈRE DE LA CULTUREMinistère de la Culture
 
Services La France pittoresque
 
Noël au coin de l'Histoire : boutique d'ouvrages pour vos cadeaux de fêtes de fin d'année
 
LA FRANCE PITTORESQUE : 1 - Guide en ligne des richesses de la France d'hier et d'aujourd'hui depuis 1999 : Histoire de France, patrimoine historique et culturel,
gîtes et chambres d'hôtes, tourisme, gastronomie. 2 - Magazine d'histoire 36 pages couleur depuis 2001, une véritable encyclopédie de la vie d'autrefois


Magazine

Encyclopédie

Blog

Facebook

Twitter

VK

Heypster

Vero

Pinterest

Tumblr

Instagram

YouTube

Librairie

Paris pittoresque

Prénoms

Services