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14 février 1933 : premier service d'horloge parlante par téléphone - Histoire de France et Patrimoine


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14 février 1933 : premier service
d’horloge parlante par téléphone
(D’après « Le Petit Parisien » du 15 février 1933)
Publié / Mis à jour le dimanche 12 février 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
« Homme du jour » ou « homme de l’heure » ?... s’interroge Léon Groc dans le numéro du 15 février 1933 du Petit Parisien, au lendemain de l’inauguration à Paris du premier service d’horloge parlante accessible par téléphone, inventée par Ernest Esclangon, astronome et mathématicien

L’un et l’autre, peut-on dire, en songeant que, depuis hier, grâce au professeur Esclangon, une horloge parlante nous annonce l’heure par téléphone, poursuit Léon Groc... Cette merveilleuse machine, explique-t-il, qui est placée dans la « salle des pendules » de l’Observatoire de Paris, nous associe en quelque sorte, nous, profanes, à la vie supérieure et aux travaux mystérieux des astronomes. Elle est ainsi, en même temps qu’un précieux instrument, le symbole de cette fraternité intellectuelle, qui est l’honneur de notre temps.

Nul, sans doute, ne se représente plus les astronomes sous l’apparence de mages à la longue barbe annelée et à haut bonnet pointu. Mais leur science est demeure si purement ésotérique, si peu accessible, qu’on se les imagine volontiers indifférents et dédaigneux, tenant pour négligeable, du haut de leurs coupes élevées, l’humanité rampante, et ses désirs, et ses besoins, et ses misères.

Ernest Esclangon et son horloge parlante de l'Observatoire de Paris
Ernest Esclangon et son horloge parlante de l’Observatoire de Paris

Le geste du professeur Esclangon, directeur de l’Observatoire de Paris, ruine définitivement cette légende, écrit Léon Groc. Et pourtant, nul astronome n’est plus intégralement astronome que celui-là. Lorsqu’il sortit de Normale, en 1898, ce fut pour entrer immédiatement comme « aide astronome » à l’observatoire de Bordeaux. Il y devint bientôt astronome titulaire et professeur à la Faculté. Il avait assurément la vocation. Elle était assez rare déjà. Elle l’est plus encore aujourd’hui. Connaît-on beaucoup de jeunes de vingt-deux ans, en notre ère d’utilitarisme, qui, sollicités de choisir une carrière, choisiraient celle-là et diraient : « Je veux être astronome » ?...

Sans doute, le jeune Esclangon, passionné de mathématique, enviait-il la gloire de Le Verrier, qui découvrit Neptune « par le calcul », comme d’autres voudraient s’identifier à un grand navigateur, à un général illustre, à un orateur acclamé, à un immortel écrivain, à un puissant impérator.

L’austère poésie de la mécanique céleste le possédait. Il était en proie à cette ardeur secrète et brûlante qui inspire les disciples d’Uranie. Il était le descendant spirituel de ces pâtres de Chaldée, patients observateurs des astres, et de ces savants chinois qui, deux mille ans avant l’ère chrétienne, calculaient déjà la date des éclipses. Mails il fut mieux armé que ces ancêtres. Les progrès de l’optique, la photographie, le cinéma vinrent étayer ses travaux, tandis qu’il se livrait aux ivresses du calcul intégral. il publia ainsi ses ouvrages sur les comètes, les éclipses, les longitudes, les lueurs crépusculaires, les altérations de la lumière réfléchie, les anomalies de la pesanteur...

La guerre, cependant, avait interrompu son labeur. Le professeur Esclangon abandonna pour un temps coupoles et télescopes, et il mit sa science au service du pays. Il fut l’homme du « repérage par le son » Il fut le maître en l’art de déterminer rigoureusement, en étudiant le trajet des ondes sonores, les tracés des deux arcs d’hyperboles, à l’intersection desquels se trouve exactement tel canon invisible et meurtrier. Combien de vies françaises ne sauva-t-il pas ?...

La paix revenue le voit à Strasbourg, où il consacre dix années de sa vie à faire de l’Observatoire un établissement modèle. Et puis c’est à Paris, dont il dirige l’Observatoire depuis juillet 1929, en même temps qu’il fait ses cours en Sorbonne et qu’il assiste, avec une irréprochable assiduité, aux séances de l’Académie des sciences, qui l’a élu le 27 novembre 1929, et qu’il consacre une part de sa féconde activité au bureau des longitudes, au bureau international de l’heure, à tout ce qui touche aux études astronomiques.

Et c’est au milieu de cette existence laborieuse, parmi ces travaux si absorbant et parfois si ardus, que le professeur Esclangon, qui voisine avec Jupiter et Saturne, flirte avec la Grande Ourse, converse avec Sirius, a trouvé encore de le temps de penser aux simples hommes de la Terre et de leur dire, à chaque seconde « quelle heure il est »...




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