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Lieux d'histoire : ville de Morlaix (Finistère) - Histoire de France et Patrimoine


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Lieux d’Histoire

Origine, histoire de nos villes, villages, bourgs, régions, châteaux, chapelles, moulins, abbayes, églises. Richesses historiques de France


Morlaix (Finistère)
(D’après un article paru en 1870)
Publié / Mis à jour le samedi 16 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 

On a quelquefois appelé Morlaix la Nuremberg de la Bretagne. Ce surnom est ambitieux, mais on peut le défendre. Les vieilles maisons de Morlaix, à piliers, à poutres sculptées, à étages surplombants, à cuirasses d’ardoises, ont une physionomie originale. Il est vrai que le nombre de ces antiques maisons en bois, du quinzième et du seizième siècle, va toujours diminuant : on les sacrifie aux exigences de la voirie, de l’hygiène et du confortable modernes ; on ne saurait plus se passer d’air et de lumière. Espérons, toutefois, qu’il ne sera pas indispensable de détruire sans pitié toutes ces vieilles constructions, si pittoresques et si intéressantes, qui sont tout un monde d’art, d’histoire et d’archéologie, et qui semblent avoir conservé quelque chose de la physionomie et de l’âme de nos aïeux.

Sculptures bizarres ou gracieuses, têtes grotesques ou fantastiques, buveurs, sonneurs de biniou, statuettes railleuses ou allégoriques, figures de saints et d’évêques, moulures ornementales, croisées à vitrages enchâssés dans des cadres de plomb ; et, si vous pénétrez dans les maisons, escaliers gothiques, plaques de cheminée historiées, plafonds à poutres sculptées, bahuts, dressoirs, crédences, ivoires, tables à pieds en colonnes torses, lits à baldaquin, voilà le spectacle qui vous attend. Etes-vous antiquaire, vous avez là de quoi reconstituer toute une époque. Etes-vous peintre, vos yeux seront charmés de ces lignes capricieuses, de ces formes tantôt naïves et maladroites, tantôt fines et ingénieuses, de ces hasards de lumière, de ces saillies éclairées d’une façon bizarre, de ces angles ténébreux, de ces ombres où l’on distingue les objets à travers un mystérieux et poétique clair-obscur.

Le Viaduc de Morlaix. Dessin de Dargent
Le Viaduc de Morlaix. Dessin de Dargent

On ne saurait parler de Morlaix sans rappeler qu’on trouve encore dans cette ville un grand nombre de maisons dites « à lanterne ». La porte principale de la maison ouvre sur un vestibule orné parfois de boiseries sculptées. De ce vestibule on passe dans une cour que recouvre un grand châssis vitré en forme de toit, d’où l’expression « maison à lanterne. » Cette cour, qu’on peut bien appeler une salle, est chauffée par une de ces vastes cheminées comme faisaient nos pères, et divisée en plusieurs étages par des galeries auxquelles monte un escalier dont la rampe est souvent ornée de sculptures.

Par sa position, la ville de Morlaix a dû avoir de bonne heure une grande importance au point de vue militaire et commercial. Laissant de côté les sièges, attaques et défenses, occupons-nous seulement du commerce. On sait par des documents incontestables qu’à la fin du siècle dernier, au moment de la révolution, Morlaix était arrivé à un haut degré de prospérité.

Les productions qu’on exportait de cette vile, soit à l’étranger, soit dans les ports de France, consistaient en grains, beurres, miels, suifs, graisses, cuirs, papiers, plombs des mines de Poullaouen et du Huelgoat. Les toiles de différentes espèces fabriquées dans le pays avaient surtout une réputation extraordinaire, et l’on en transportait en Espagne, en Portugal, aux îles de Guernesey et de Jersey, en Hollande et dans les pays du Nord ; à Rouen, au Havre, à Nantes, à Bayonne et à Bordeaux, où on les embarquait pour l’Amérique.

Les pièces de toile n’étaient pas exposées en vente avant d’avoir été visitées par un inspecteur et par deux négociants nommés inspecteurs marchands, et que l’on changeait tous les trois mois. Ces pièces recevaient la marque de la ville ; Morlaix et Landerneau étaient les seuls ports d’où elles pussent être exportées. Ces précautions avaient pour but de garantir la bonne qualité de la marchandise. Aussi ne faut-il pas s’étonner de l’immense débit de toiles de Bretagne que faisait Morlaix. Des chiffres, que tout porte à croire positifs, font monter à 11 ou 12 millions par an la somme des affaires en toiles traitées par ce port au dix-huitième siècle.

A d’autres égards, la ville, malgré ce riche et important commerce, était inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui. L’auteur anonyme d’un Voyage dans le Finistère en 1794 et 1795, qui devait avoir joué un certain rôle pendant la Révolution, car il dit quelque part avoir contribué à l’établissement du nouveau système des poids et mesures, fait de Morlaix un portrait qui n’est plus ressemblant, mais qui à sûrement dû l’être. Il déplore « l’éducation des enfants négligée, abandonnée totalement. » Pas un maître de mathématiques, pas un professeur de physique et de chimie, pas un peintre, pas un professeur d’hydrographie dans un port de cette importance ; pas une route en bon état, et encore la poste aux chevaux était-elle mal tenue.

« Cinq grandes routes, dit-il, aboutissent à Morlaix : celle de Landerneau, dont le prolongement conduit à Brest ; le beau chemin qui se rend à Saint-Pol de Léon : ce dernier a quatre lieues de longueur ; il court au sud-ouest, passe par Lesneven, il aboutit à Brest ; cette route pour Brest est un peu plus longue, mais plus belle que la première, moins gâtée par le passage des rouliers ; malheureusement elle n’est point fréquentée par la poste. La troisième passe à Lanmeur, à Tréguier, à Saint-brieuc ; mais on va plus directement à cette dernière ville par un autre route, la plus montueuse qu’on puisse imaginer. La dernière, celle de Carhaix, est sûre, mais cahoteuse, hérissée de pointes de rochers, etc. »

Si ce voyageur du dix-huitième siècle pouvait revivre aujourd’hui et reprendre la route de Bretagne, j’imagine qu’il battrait des mains au progrès qu’il appelait de tous ses vœux. De Saint-Brieuc à Morlaix, au lieu du long détour par Tréguier et Lanmeur, ou de la route plus courte, mais « la plus montueuse qu’on puisse imaginer », il trouverait très doux d’être entraîné par la vapeur, sans cahots, sans secousses, en quelques instants, et je suppose qu’en arrivant dans cette ville où la poste était si mal tenue, il jetterait un cri d’admiration à la vue de l’immense et majestueux viaduc entre les doubles arches duquel on aperçoit les eaux tranquilles du port, les maisons qui bordent les quais, les collines couronnées de verdure, et les nuages blancs qui se groupent si bien sur le doux ciel pâle de la Bretagne.

Le viaduc ! S’il était à demi croulant, si les herbes sauvages poussaient entre ses pierres disjointes, s’il dominait de ses ruines imposantes quelque ville morte où l’on n’entendît plus de voix humaines, si les siècles avaient ébréché et noirci ses assises polies et brillantes, si le voyageur n’y rencontrait plus d’autres êtres vivants que des lézards se chauffant au soleil de midi, on l’admirerait, on le chanterait en vers, on le célébrerait en prose, et il serait peut-être tenu pour l’égal des monuments assyriens, égyptiens et autres, dont la grandeur nous écrase.

Mais s’il n’a pas la beauté mélancolique de la mort, il a la beauté resplendissante de la vie ; s’il ne fait pas rêver, il fait agir. Voyez ! la vie est partout autour de lui, au-dessus, au-dessous. Les lourds camions affluent à la gare pour apporter ou emporter les marchandises des provenances les plus lointaines ; luxe presque inconnu autrefois, monnaie courante aujourd’hui. Au bas du pont, les bateaux vont et viennent, les passants circulent, regardent, et lèvent parfois la tête au bruit aigu que fait la vapeur en s’échappant de sa prison ; tandis qu’entre le train qui fuit rapide comme une flèche, et les voiles que gonflent le vent, passent les voitures et même les rouliers, « qui ne gâtent plus tant les routes », mieux entretenues et plus solides qu’au temps de la corvée.

Si notre voyageur voyait tout cela, il ne manquerait pas, dans une nouvelle édition de son livre, de faire longuement l’éloge du télégraphe électrique, qui va en bien des lieux où la poste n’allait même pas. Il constaterait avec bonheur l’existence à Morlaix d’une école d’hydrographie, d’un collège et de bon nombre d’écoles primaires ; et s’il lui venait la fantaisie de prendre exactement la mesure des dimensions du viaduc, il est plus que probable qu’il éprouverait un de ces sentiments d’admiration que nous ne marchandons pas aux colossales constructions de Ninive où de Karnak, et que nous avons bien le droit d’éprouver en faveur de nos constructions modernes, non moins colossales, et certainement aussi utiles.

Le paysage qui entoure Morlaix est charmant. C’est bien, comme l’a dit si poétiquement Émile Souvestre, la gracieuse ville « assise au fond de sa vallée, avec sa couronne de jardins et les paisibles caboteurs à voiles roses qui dorment sur son canal. » Morlaix comme dit Brizeux, est le « Pays d’Albert le Grand, moine d’une foi grande, Qui des saints d’Armorique écrivit la légende. ». Cette ville est aussi la patrie du général Moreau et d’Émile Souvestre, qui a aimé la Bretagne comme un fils et l’a célébrée en poète.


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