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Snob. Origine, étymologie mots de la langue française - Histoire de France et Patrimoine


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Savoir : Mots, Locutions

L’étymologie de mots et l’origine de locutions de la langue française. Racines, évolution de locutions et mots usuels ou méconnus


Snob
(D’après « Le Courrier de Vaugelas » du 15 juillet 1879,
« Journal des débats politiques et littéraires » du 12 mai 1867
et « Le livre des snobs » (Traduction française par Georges Guiffrey) paru en 1860)
Publié / Mis à jour le vendredi 3 mai 2019, par LA RÉDACTION

 
 
 
Consacré au milieu du XIXe siècle en Angleterre par l’écrivain Thackeray et son Livre des snobs, l’usage de ce mot qui désigne chez nous un personnage fat, ridicule, vaniteux mais n’avait pas encore son passeport académique dans les années 1860, en fut répandu par les hommes de lettres mais ne leur était déjà, à cette époque, plus exclusivement réservé

Après avoir défini snob « une personne basse, vulgaire, affétée », en un mot maniérée, le Slang Dictionary (London, 1874) en donne ces trois étymologies :

« Supposé venir du sobriquet ordinairement appliqué à un savetier ou à un cordonnier ; mais cru par beaucoup être dans ce dernier sens une contraction du latin sine obolo.

« D’autres disent que nobs, c’est-à-dire nobiles, était attaché dans les listes aux noms des personnes de naissance noble, tandis que celles qui n’avaient pas cette distinction étaient indiquées comme s nob, c’est-à-dire sine nobilitate, sans marque de noblesse, par une simple transposition de l’s au commencement du mot, laquelle donnait une signification toute contraire.

« Pour d’autres encore, attendu qu’au collège, les fils des nobles écrivaient après leurs noms sur les listes d’admission fil. nob., fils de noble, tous les jeunes nobles furent appelés nobs, dont on a fait nobby, de sorte que ceux qui les imitèrent auraient été appelés quasi-nobs, presque nobles, ce qui, par l’effet d’une contraction, aurait été abrégé en si-nob, et ensuite en snob, pour désigner celui qui prétend être ce qu’il n’est pas, et singe ses supérieurs. »

Carte du XXe siècle illustrée par Mich — pseudonyme de Jean-Marie-Michel Liébaux (1881-1923) — issue de la série Grands et petits snobs
Carte du XXe siècle illustrée par Mich — pseudonyme de
Jean-Marie-Michel Liébaux (1881-1923) — issue de la série Grands et petits snobs

Le mot snob a passé dans l’anglais littéraire quand le célèbre William Makepeace Thackeray publia son Livre des snobs, c’est-à-dire en 1848 ; et c’est très probablement peu de temps après qu’il s’est introduit chez nous, désignant un personnage fat, ridicule, vaniteux. Georges Guiffrey en donna en 1860, avec l’autorisation de son auteur, la traduction française, expliquant que le mot ne figurait pas encore dans nos dictionnaires car n’étant « point encore muni de son passeport académique », mais nous livrant en quelques lignes le portrait du sujet abordé : « On prend un peu de tous les ridicules de l’humaine nature, auxquels on mêle quelques grains de bêtise, beaucoup de fanfaronnade, une certaine dose de trivialité et de prétention, de l’épaisseur dans l’esprit, de la mesquinerie dans le goût, et, surtout, absence totale de ce qui est beau, noble et distingué ; ce mélange fait un snob parfait. C’est, comme on le voit, le béotisme arrivé à sa dernière expression dans la tournure de l’esprit et du corps. »

Et d’ajouter que les snobs « n’ont point de sexe, ils sont de tous les genres ; ils n’ont point de patrie, ils sont citoyens du monde. Ils circulent depuis longtemps à tous les degrés de l’échelle sociale ; on les coudoie dans les rues, on les rencontre dans les salons. Si vous voulez faire connaissance avec un snob, regardez autour de vous ; prenez garde cependant que les yeux de votre voisin vous servant de miroir, comme dit Figaro, ne vous montrent un snob que vous n’êtes pas bien curieux de voir. »

Caroline-Philippine Bertin, comtesse de Peyronnet, écrivant dans le Journal des débats politiques et littéraires du 12 mai 1867 sous le pseudonyme de Horace de Lagardie, affirme qu’une erreur très répandue consiste à se figurer généralement que le mot snob — qu’on emploie un peu au hasard chez nous, précise-t-elle —, par la raison qu’il est d’origine britannique, doit désigner un personnage qui se trouve seulement au Royaume-Uni : en arguant ainsi des mots aux choses, on court souvent risque de se tromper beaucoup.

Selon elle, « les Anglais ont trouvé snob comme ils ont trouvé gentleman (qui est son antithèse), parce qu’ils sont particulièrement sensibles à certaines nuances délicates dans les rapports sociaux. Le snob, hélas ! fleurit partout », déplore la comtesse de Peyronnet. Et de préciser que, « d’après la définition qu’en a donnée son premier historien, Thackeray, c’est un homme qui admire platement des choses vulgaires (a man who admires meanly mean things). Il n’est pas besoin de dépasser les fortifications pour en observer de nombreuses et intéressantes variétés. »

Voici comment Barlet, professant avec succès le français et les mathématiques à Londres, s’exprime dans une lettre écrite adressée au philologue et grammairien Éman Martin le 27 octobre 1877 :

« Quant à son emploi, le mot snob, désignant un personnage vulgaire, outrecuidant, affectant gauchement des airs qui ne sauraient être ceux de la sphère sociale à laquelle il appartient réellement, essayant, en un mot, de se faire passer aux yeux des autres, et (la vanité est si aveugle !) aux siens propres, pour un tout autre sire qu’il n’est, le mot snob, dis-je, est, mais surtout a été en Angleterre, d’un usage assez répandu. C’est vous dire que les gens de lettres ne sont point les seuls à s’en servir ; mais on ne saurait nier que ce sont eux qui l’ont vulgarisé.

Carte illustrée de 1945 de Gougeon (pseudonyme d'Elie Lechat)
Carte illustrée de 1945 de Gougeon (pseudonyme d’Elie Lechat)

« Étendant, et, selon l’étymologie que vous lui reconnaîtrez, dénaturant le sens primitif du mot, les écrivains plus ou moins moralistes d’une récente époque ont représenté le snob comme une plaie sociale, pour ainsi dire, et se sont largement servis de cette expression, qui peignait dès lors, d’un seul coup de plume, le personnage objet de leur satire. C’est sans doute cet emploi qu’en ont fait les écrivains à la mode qui a surtout dû contribuer à le faire accepter. Leurs imitateurs ont fait le reste.

« Comme beaucoup d’autres mots dont on ignore généralement le sens véritable, mais dont on comprend parfaitement la signification, il est devenu la propriété de tout le monde. Élastique et mordant, partant d’autant plus populaire, autrefois bien reçu en hauts lieux, mais maintenant descendu beaucoup plus bas, snob en est venu, affublé de sa nouvelle signification, à trouver une place dans les bons dictionnaires ; et l’on peut parfaitement dire d’un gentleman qui n’a à ce titre que la prétention qu’il affiche de l’être, He is a snob, sans pour cela blesser les oreilles délicates.

« Néanmoins le mot a dégénéré : il est devenu snob lui-même, et est employé par ceux-là mêmes auxquels on pourrait le plus fidèlement l’appliquer. Il prend alors une teinte d’envieuse amertume ; et, à tout prendre, on n’a point trop de peine à le voir tomber dans le domaine du « slang ». Ce n’en est pas moins une expression qui conserve encore un reste de sa méprisante énergie ; un qualificatif tenant avantageusement la place d’une longue appréciation. Multum in parvo. Mais, à mon goût, il sert plutôt à dépeindre, de nos jours, le caractère de la personne qui s’en sert que celui de la personne à laquelle on l’applique. »


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