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Les débuts du football en France
(D'après « L'Almanach des sports » paru en 1901)
Le football tel que nous le connaissons aujourd'hui, bien différent de la sphéristique grecque, n'entra dans la pratique de la jeunesse française qu'à la fin de 1888 ; et c'est aux potaches de l'école Monge et de l'école Alsacienne que revient l'honneur d'avoir importé en France un jeu qui, pour être venu codifié d'Angleterre, n'en était pas moins un sport né sur notre sol sous le nom de soule. En 1901, Frantz Reichel, sportif français polyvalent, qui venait de remporter l'année précédente le titre de Champion olympique avec l'équipe de France de rugby à XV et qui présidera de 1924 à 1932 l'Association Internationale de la Presse Sportive, faisait le point sur la progression de l'engouement pour le football en France, dans l'Almanach des sports. Selon lui, bien que le football ait pris en France d'une année à l'autre, ou plus exactement d'une saison à l'autre, une extension inattendue dans ses proportions, inattendue quant au nombre des adhérents recueillis brusquement, inattendue surtout quant au public attiré sur les terrains de rencontre, ce sport est alors bien loin encore d'avoir atteint la vogue dont il bénéficie en Angleterre ou en Amérique. Rien ne se fait en un jour, poursuit-il ; il faut laisser au temps accomplir son œuvre lente et sûre. Déjà des progrès considérables ont été accomplis, ont été constatés, et les introducteurs de l'éducation physique en France peuvent aujourd'hui contempler, avec quelque satisfaction, le chemin parcouru en vingt années d'efforts convaincus et inlassables, poursuivis avec obstination parmi l'indifférence des uns, parmi l'opposition des autres. Les origines du football sont encore moins lointaines que celles de l'athlétisme en général. Alors que la course à pied trouvait une religion en 1881 au Racing-Club de France et en 1883, au Stade Français, le football n'entrait dans la pratique de la jeunesse française qu'à la fin de 1888. C'est aux potaches de l'école Monge et de l'Ecole Alsacienne que revient l'honneur d'avoir importé
La soule était un jeu violent et brutal ; il lançait, en des jours solennels, la population mâle d'un village contre la population mâle d'un autre village voisin et rival ; le jeu consistait à porter sur le territoire de l'adversaire une sorte de ballon plein, un sac de cuir rempli de sable. C'était la soule. Tous les moyens étaient bons pour atteindre le but ; aucune prescription, aucune sanction. Le jeu révélait aussi un caractère de brutalité inouïe et, au cours de la poursuite de la soule à travers les champs et les bois, tel villageois rancunier profitait des licences du jeu pour assouvir sans risques judiciaires, une vengeance têtue. C'était d'ailleurs chose admise ; une partie de soule ou de melle était occasion à règlement de comptes. Avec la conquête de l'Angleterre par les Normands, la soule traversa la Manche ; le jeu y prit des proportions fantastiques au point que des édits royaux durent calmer l'impétuosité des joueurs dans les rues des cités. Il fallut aller plus loin encore et les accidents se multipliant tellement, le jeu de la soule fut formellement interdit dans les rues. Dès lors, la soule tomba en désuétude ; elle ne reparut qu'au siècle dernier dans les collèges d'Eton et de Rugby qui en avaient conservé la saine tradition en la modifiant, en la codifiant, en la civilisant, chaque collège à sa façon. Le collège de Rugby, qui possédait des pelouses, fut le créateur du Football Rugby - qui, par sa conception, rappelle exxactement la soule originelle - ; le collège d'Eton, qui n'avait que des cours dallées, fut le créateur du Football Association. Le premier admet la pratique simultanée des pieds et des mains, les cors à corps individuels ou en masses dans lesquels on s'étreint, on se malmène, on se jette à terre ; le Football Association, celui d'Eton, n'admet le jeu du ballon qu'avec le pied.
Les matches internationaux organisés à l'occasion des fêtes sportives de l'Exposition ont confirmé ces évolutions en procurant à la foule la joie toujours très appréciable et très appréciée d'assister à
Le capitanat de l'équipe nationale fut donné à J. Olivier, du Stade Français. Cette nomination ne fut pas sans soulever d'innombrables difficultés dont la plus grave fut de compromettre la composition de l'équipe de France par suite du forfait des racingmen qui avaient réclamé pour leur chef, le capitaine de l'équipe champion, l'honneur qui, loyalement, devait lui revenir. Les choses s'arrangèrent et grâce à cet accord le football français connut deux victoires inattendues. Bientôt suivies de deux autres victoires, mais celles-là remportées par l'équipe du Racing-Club de France sur le Hong Kong Bank et sur le Catford Bridge. Ces deux succès accusaient la forme et la supériorité du club champion ; ils affirmaient aussi les progrès accomplis. |
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