
FÊTES RÉVOLUTIONNAIRES
(D'après « Revue de la Haute-Auvergne » paru en 1906)
Partie 1/2
Dans l'ouvrage Névrose révolutionnaire paru au début du XXe siècle, on peut lire en ce qui concerne les fêtes révolutionnaires, le passage suivant : « Un proverbe connu dit que chez nous tout se termine par des chansons, sous la Législative et la Convention, tout se traduisait par des fêtes : Fêtes de la Fédération en souvenir du 14 juillet 1789, celle du 10 août 1792 rappelant la chute de la royauté, celle de la fondation de la République. Enfin celles que la Convention voulait substituer aux fêtes catholiques célébrant la jeunesse, le mariage, la maternité, le printemps, la moisson, etc. La fête de l'Etre suprême, culte dont Robespierre devint le pontife et dont il développa la doctrine dans son célèbre rapport à la Convention du 18 floréal an II. La fête de la Raison, érigée par Hébert et Chaumette, les membres de la Commune, qui passaient pour athées et qui se crurent obligés d'ériger en dogme leur philosophie, d'en consacrer la puissance par un rituel, par des offices et par des cérémonies liturgiques ».
Les registres des délibérations municipales de la commune de Laroquebrou durant cette période, confirment en tous points cet exposé et témoignent que la célébration de ces fêtes avait lieu même dans les petites villes éloignées ; on pourra s'en convaincre par les extraits suivants qui proviennent de ces registres.
Fête en l'honneur de la réunion des 3 Ordres
Le 12 juillet 1789, les citoyens de la ville de Laroquebrou, réunis, manifestent leur satisfaction de la réunion tant désirée des trois ordres et conviennent qu'il sera fait des réjouissances publiques pour manifester leur joie de cet événement.
Fête de la Fédération
Le 1er juillet 1790, le procureur de la commune, s'adressant aux officiers municipaux, dit : « Notre ville, à l'exemple de toutes celles du Royaume, vient de donner à l'Assemblée nationale, au Roi, à la Nation et à la Milice parisienne une preuve de son affection, de son courage et de son désir de maintenir la Constitution par la députation qu'elle a envoyée à Paris à la Fédération générale. Cette réunion va cimenter l'alliance entre tous les Français. Ne serait-il pas à propos de cette brillante fête d'inviter tout notre canton à se rendre ici ce même jour pour renouveler le serment fédératif à midi précis, heure à laquelle il le sera dans la capitale ».
Sur quoi la matière mise en délibération il est unanimement arrêté qu'il serait écrit à toutes les municipalités du canton pour les inviter de se rendre à Laroquebrou le 14 du mois, avec leurs communes, pour prêter le serment fédératif. Dans la lettre de convocation adressée il y est dit que ce jour de la Fédération doit être regardé comme le plus beau de la vie, puisqu'il est l'époque de la liberté. Le 13 juillet, ordre est donné aux officiers de la garde municipale de faire tous préparatifs et donner les ordres nécessaires pour que la garde nationale soit en état de se présenter le lendemain à l'heure indiquée, pour la prestation du serment fédératif. Les refusants seront rayés du tableau civique et déclarés réfractaires suivant le décret de l'Assemblée nationale.
Le 14 juillet les membres composant la municipalité et les députés des 21 communes composant le canton, à l'exemple de la capitale et de toutes les villes du royaume, ont prêté ce jour, publiquement, ainsi que tous les habitants de la ville, le serment de maintenir la Constitution du royaume, d'être fidèles à la Nation, à la loy et au Roy. La garde nationale étant sous les armes, il a été tiré les quatre pièces de campagne et allumé un grand feu de joie. L'anniversaire de cette fête est célébré les années suivantes à la même date du 14 juillet.
Fête de la Constitution
Le 28 octobre 1791, la municipalité de Laroquebrou assiste en corps à l'église paroissiale à un Te Deum solennel pour témoigner à Dieu la reconnaissance de l'acceptation que le roi vient de faire de l'acte constitutionnel. Le maire lit ensuite la proclamation sur la place publique et aux divers carrefours de la ville en présence de la garde nationale, les cloches sonnant et le canon se faisant entendre. Le soir de cette journée il est allumé un grand feu de joie et tiré un feu d'artifice.
Fête nationale en l'honneur de la prise de Toulon
Le 20 nivôse an II de la République, le Conseil général de la commune, conformément au décret de la Convention nationale prescrivant la célébration d'une fête nationale en l'honneur de la prise de Toulon, arrête le programme de la fête comme il suit :
1° Le premier décadi de nivôse il sera célébré, à Laroquebrou, une fête nationale où tous les corps assisteront.
2° La fête sera annoncée au peuple par une pièce d'artillerie ; un drapeau tricolore sera hissé au haut de la maison commune.
3° A 4 heures du soir, il sera fait un feu de joie qui sera annoncé par une pièce d'artillerie, deux membres de chaque corps y mettront le feu, on dansera la farandole autour et on chantera des couplets civiques.
4°Il sera tiré une pièce d'artillerie à cinq heures et demie du soir pour annoncer le festin civique qui aura lieu à six heures. On y boira à la santé de nos braves défenseurs et à leurs héroïques vertus, à nos infatigables représentants, et à tous les bons sans-culottes de la République.
5° Après le repas, il y aura des réjouissances générales, de même qu'une illumination.
Fête de l'Être suprême
Le 18 prairial an II de la République, le Conseil général étant réuni, un membre portant la parole dit : « Citoyens, la Révolution française a terrassé l'aristocratie, elle fait la guerre aux tyrans, elle ne reconnaît d'autre dépendance que celle de l'Être suprême et d'autre lien social que celui de la Fraternité. Les despotes ont attaqué la liberté par le modérantisme et la fureur, mais c'est en vain, puisque l'idée de l'Être suprême et de l'immortalité de rame sont gravés dans le cœur des Français en caractères ineffaçables. La Convention nationale l'a si bien reconnu que malgré les pièges des ennemis de la liberté elle a décrété qu'il serait célébré une fête en l'honneur de l'Être suprême le 20 prairial et a demandé que le Conseil s'occupât des dispositions de la cérémonie ».
La discussion ouverte et l'agent national entendu, le Conseil arrête :
ART. 1 - Le 20 prairial prochain, il sera célébré une fête en l'honneur de l'Être suprême.
ART. 2 - Les détails et l'ordre de la cérémonie seront arrê-tés ainsi qu'il suit :
1° A 8 heures, la fête sera annoncée par une salve d'artillerie.
2° A 9 heures, les tambours annonceront dans toutes les parties de la commune l'heure à laquelle les citoyens de tout âge et de tout sexe devront être rendus sur la place de la Liberté.
3° Le commandant de la garde nationale formera autour du drapeau un peloton composé de douze jeunes citoyens armés.
4° Ce peloton sera entouré de citoyens et de citoyennes ; les citoyennes, au nombre de six, porteront des bouquets, elles seront accompagnées de leurs filles qui porteront des corbeilles de fleurs, les citoyens seront accompagnés de leurs fils qui porteront des branches de chêne.
5° Le reste des citoyens se formera en colonne sur deux de front de chaque côté du peloton ; les hommes tiendront la droite, les femmes la gauche, les officiers tiendront le centre de la colonne pour maintenir le bon ordre.
6° Au centre sera un enfant qui portera un oriflamme sur lequel sera inscrit en gros caractères : A L'ÊTRE SUPRÊME.
7° A côté des tambours sera un groupe composé de mères et épouses des défenseurs de la patrie ; elles porteront à la main une branche de laurier.
8° Entre les tambours, sept vétérans ou citoyens âgés de plus de soixante ans formeront un peloton et l'un d'eux portera un oriflamme : IMMORTALITÉ DE L'AME. Derrière ce peloton sera la gendarmerie nationale qui fermera la marche.
9° A midi, le commandant enverra un détachement de la garde nationale, accompagné de tambours, pour avertir la Municipalité de se rendre.
10° La Municipalité se placera à l'extrémité de la colonne un peu en avant des vétérans, les maire et officiers municipaux porteront à la main des bouquets d'épis de blé. L'oriflamme sera porté par le secrétaire-greffier de la commune ; sur cet oriflamme sera inscrit d'un côté : Les hommes sont égaux devant Dieu et devant la loi, et de l'autre côté : Guerre aux tyrans, paix au peuple.
11° Au milieu du corps municipal, quatre citoyens porteront la table de la Déclaration des Droits de l'Homme et de la Constitution française.
12° Devant la Municipalité marcheront sept cultivateurs, l'un portera une pique surmontée de l'image de la Liberté, dont la tête sera ornée d'une couronne de fleurs et d'épis de blé, et les autres porteront les instruments du labourage. Tous ainsi disposés, une salve d'artillerie annoncera le départ de la Municipalité qui se rendra dans cet ordre, au son du tambour, à la montagne.
Le Maire montera au haut de la montagne, invitera le peuple au recueillement et à l'attitude qui conviennent à des hommes libres en présence de l'Être suprême ; le citoyen Vieille-Lacroix, agent national, sera invité par la Municipalité de prononcer un discours analogue à la fête. Après le discours on entonnera un hymne civique; cet hymne fini, le Maire montera à la tribune, les mains levées vers le ciel, promettra au nom du peuple à l'Etre suprême de ne jamais reconnaître d'autre culte que celui de la Raison et d'autres prêtres que la nature entière. Un autre hymne sera chanté par le peuple entier. Alors une décharge d'artillerie, symbole de la vengeance nationale, embrasera le courage de tous les citoyens, tous s'embrasseront et répéteront le serment de mourir pour le défense de la Liberté, de l'Egalité et de la République, une et indivisible.
:: Fêtes révolutionnaires - Partie 2/2
|
|
|

|