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PHILIPPE V le Long
(né en 1293, mort le 3 janvier 1322) Roi de France : règne 1316-1322 Partie 1/2
Louis le Hutin, fils et successeur de Philippe le Bel, avait laissé, en mourant (5 juin 1316), une fille nommée Jeanne, héritière du royaume de Navarre, et qu'un parti puissant regardait aussi comme héritière du royaume de France, à moins que la reine, Clémence de Hongrie, qui était enceinte à la mort de Louis, n'accouchât d'un prince. Philippe convoqua un parlement, où il fut reconnu gardien de l'État ; mais la reine ayant mis au monde un enfant mâle qui ne vécut que cinq jours (Jean Ier), Philippe n'hésita point à se déclarer roi par le droit de la nation, qui excluait les filles du trône. De grandes contestations s'élevèrent. La jeune princesse avait des partisans parmi plus de trente princes de sang royal qui vivaient alors, et qui étaient sortis des branches de Valois, d'Alençon, d'Évreux, de Bourbon, d'Artois, d'Anjou, de Dreux et de Bretagne. Eudes IV, duc de Bourgogne,
Mathilde, comtesse d'Artois, qui en qualité de pair de France, avait séance au parlement, se joignit aux autres pairs pour soutenir la couronne sur la tête du roi. Charles, comte de la Marche, frère de Philippe, et qui lui succéda, agissant alors contre ses premiers intérêts, se réunit au duc de Bourgogne ; et l'opposition de ces princes donna de si vives inquiétudes, que pendant la cérémonie du sacre les portes de la ville de Reims restèrent fermées et gardées. Le 2 février (1317), dans une assemblée convoquée par le roi, et où se trouvèrent un grand nombre de seigneurs et de prélats, les plus notables bourgeois de Paris, le cardinal d'Arablay, qui avait été chancelier sous le règne précédent, et les docteurs ou maîtres de l'université, il fut unanimement reconnu que la loi salique ne permettait pas aux femmes de succéder au trône de France. Jusque-là il n'avait pas été fait mention de cette loi dans l'histoire de France. Le couronnement de Philippe fut confirmé, et l'assemblée prêta le serment de fidélité. Dès lors, le droit du roi ne fut plus contesté : mais les mécontents cherchèrent encore à brouiller l'État. Les intrigues continuaient à la cour ; il y avait en diverses provinces des dispositions au soulèvement : les villes et la noblesse se plaignaient de la violation de leurs privilèges ; et les confédérations qui avaient épouvanté Philippe le Bel dans les derniers temps de son règne, recommençaient à se former. Le roi écrivit au pape (Jean XXII) ; et le pontife menaça d'excommunier ceux qui ne rentreraient pas dans le devoir. Le monarque employa lui-même des moyens de pacification qui furent plus efficaces. Il donna sa fille aînée en mariage à Eudes IV ; et cette princesse ayant apporté à celui-ci en dot la Franche-Comté, le duc devint ainsi possesseur des deux Bourgognes. En même temps Philippe envoya dans les provinces de sages et habiles commissaires, qui, écoutant les griefs de la noblesse et des peuples, déclarèrent que le roi se proposait de réformer les abus et de suivre, conformément au vœu généralement exprimé, les usages observés sous le règne de Saint-Louis. Enfin il acheva de rétablir la paix dans l'intérieur, en tenant plusieurs assemblées, où, avec la noblesse, il appela la bourgeoisie. Philippe ne songea plus alors qu'à terminer, contre les Flamands, une longue guerre dont ils désiraient aussi la fin. Mais il voulait les traiter en roi ; et ces peuples, qui, depuis seize ans, se battaient pour leur indépendance, avaient oublié qu'ils étaient sujets. Dans le commencement de la régence de Philippe, ils avaient rejeté un projet de traité, par lequel ils se seraient engagés à demander pardon de leur révolte ; à démanteler les villes d'Ypres, de Bruges et de Gand ; à démolir la citadelle de Courtrai, dont les pierres auraient été envoyées en France ; à faire avec Philippe une nouvelle expédition en Orient : car s'il ne se faisait plus de croisades, on continuait d'en projeter encore. Par le même traité, Robert, fils du comte de Flandre, pour expier les ravages qu'il avait faits sur les terres de France, aurait été tenu à divers pèlerinages, dont le plus éloigné était celui de Saint-Jacques en Galice. Déjà une armée, sous la conduite du connétable de Châtillon, s'était avancée jusqu'à Bergue, mettant tout à feu et à sang, lorsque, sur la demande du comte de Nevers, héritier du comte de Flandre, une trêve fut conclue ; et, bientôt après, le comte de Nevers reçut et accepta avec joie l'offre de la main de Marguerite, fille du roi de France. En négociant la paix, comme on ne put s'entendre, Philippe proposa la médiation du pape, qui ne fut point acceptée. Bientôt les Flamands recommencèrent les hostilités, et le pape mit la Flandre en interdit. Alors de nouvelles trêves furent consenties et prolongées. Enfin la paix fut conclue (2 juin 1320), sous les auspices du pape et par l'adresse du cardinal Gosselin. Le traité qui mit fin à cette longue guerre portait que Louis, comte de Nevers et de Rhetel, épouserait Marguerite, fille de Philippe, et succéderait au comte de Flandre ; que Lille, Douai et Orchies appartiendraient à la couronne de France, et que les Flamands payeraient à Philippe une somme de deux cent mille livres. Le traité contenait cette clause singulière que les Flamands s'obligeaient au roi, par serment, de prendre les armes contre leur prince, si celui-ci violait quelqu'une des conditions de la paix. Cette même année, Sanche, roi de Majorque, vint à Paris faire hommage pour la ville de Montpellier, qui était encore du domaine des rois d'Aragon : mais Edouard II, roi d'Angleterre et beau-frère de Philippe, sommé de venir en personne rendre hommage pour la Guyenne et le comté de Ponthieu, s'excusa sur l'importance des affaires qui le retenaient en Angleterre. Philippe n'était guère en état de le contraindre à cette soumission ; et l'épuisement du trésor royal fit recevoir l'excuse du roi d'Angleterre. Philippe, ayant pacifié son royaume, reprit avec ardeur un projet d'expédition contre les infidèles. Jusque-là les papes avaient fait souvent d'inutiles efforts peur engager les princes dans les guerres d'outre-mer : on vit alors le chef de l'Eglise obligé de modérer l'ardeur d'un roi de France. Jean XXII, pressé par Philippe de hâter la croisade, lui représenta sagement, dans une lettre, que, vu l'état où se trouvait l'Europe, il ne convenait pas de penser encore à cette expédition ; que l'Angleterre et l'Écosse se faisaient la guerre ; qu'il n'y avait entre Naples et la Sicile qu'une trêve qui allait expirer ; que l'Allemagne était déchirée par les guerres civiles ; que les rois d'Espagne avaient à se défendre contre les Maures ; que l'Italie était en proie aux factions des Guelfes et des Gibelins ; enfin qu'il fallait, avant tout, pacifier l'Europe. :: Biographie de Philippe V - Partie 2/2 |
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