Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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PHILIPPE IV le Bel
(né en 1268, mort le 29 novembre 1314)
Roi de France : règne 1285-1314
Partie 8/8

Alors Clément V publia une bulle portant que le roi de France n'avait eu nulle part aux violences faites à Boniface, et il ordonna qu'on effaçât des registres de la chancellerie romaine tout ce qui pourrait choquer le roi et préjudicier aux droits et aux privilèges de sa couronne. En même temps, il donna par une autre bulle l'absolution à Guillaume de Nogaret, à condition qu'il ferait le voyage d'outre-mer et y demeurerait jusqu'à ce qu'il en fût rappelé par le Saint-Siège ; qu'avant son départ, il accomplirait huit pèlerinages en divers lieux et que ses héritiers demeureraient chargés de ces pénitences s'il venait à mourir avant de les avoir accomplies.

L'accusation d'hérésie portée contre Boniface fut examinée au concile de Vienne et déclarée sans fondement. C'est dans ce même concile que furent condamnés les Templiers. Philippe le Bel avait fait arrêter dès le 13 octobre 1307 tous ceux qui se trouvaient dans son royaume et saisir tous leurs biens. La bulle qui prononce l'extinction de leur ordre est du 22 mai 1312. Déjà cent treize templiers avaient péri dans les flammes à Paris (1310), et le roi fit brûler le grand maître derrière les jardins de son palais.

La ville de Lyon, détachée du royaume depuis quatre cent quatre-vingt-dix ans, et qui était devenue successivement partie des royaumes d'Arles, de Bourgogne, de l'empire et avait enfin reconnu ses archevêques comme souverains, fut définitivement réunie à la couronne en 1313. La même année, Édouard II vint à Paris avec sa femme Isabeau et un grand nombre de seigneurs anglais. Philippe arma ses trois fils chevaliers, et les deux rois se croisèrent pour la terre sainte, ainsi qu'ils s'y étaient engagés au concile de Vienne ; mais ce ne fut qu'une démonstration, sans autre résultat que celui que cherchaient les deux princes de pouvoir lever plus facilement de nouveaux impôts.

Philippe n'avait pu encore contraindre les Flamands à l'exécution entière du traité. Il cita leur comte à comparaître au parlement de Paris pour y être jugé comme coupable de félonie, fit marcher une grande armée sur les frontières et lancer l'excommunication contre les Flamands. Le comte se soumit, et donna en otage son fils Robert ; mais les frais de la guerre avaient exigé l'établissement de nouveaux impôts : il en fut mis un de six deniers par livre sur tout ce qui se vendrait. Cet impôt, qui devait être payé en commun par l'acheteur et par le vendeur, agita le royaume, et déjà tout tendait à une révolte générale. La noblesse se confédérait en Bourgogne, en Champagne, en Picardie et dans d'autres provinces.

Philippe alors supprima l'impôt, fit entendre qu'il avait été établi à son insu et en rejeta la responsabilité sur ses ministres : elle coûta cher, sous le règne suivant, au surintendant des finances. Des chagrins domestiques vinrent affliger les dernières années de Philippe. Il se vit réduit à faire arrêter, pour le désordre de leurs mœurs, les femmes de ses trois enfants : Louis le Hutin, Philippe le Long et Charles le Bel.

Vers ce temps, le roi fut attaqué d'une maladie de langueur dont la cause et le remède échappèrent à l'art des médecins. Il fut transporté à Fontainebleau, et mourut dans la chambre où il était né, le 29 novembre 1314, âgé de 46 ans. Quelques historiens ont dit que le grand maître du Temple, avant d'expirer, avait ajourné à comparaître devant Dieu le pape dans quarante jours et le roi quatre mois après. Cette double époque de la mort de Clément V et de Philippe le Bel donna sans doute lieu d'inventer cette prophétie, qui entra d'abord dans la croyance populaire : vraie, elle serait un témoignage de l'iniquité de Philippe ; fausse, mais généralement reçue de son temps, elle semblerait l'accuser encore de passion et de cruauté.

Philippe signala son règne par une habile administration. Le premier il réunit les trois ordres aux états généraux (1303). Les divisions qui existaient entre le clergé, les seigneurs et les communes, les réduisant à choisir Philippe pour médiateur, permirent à ce monarque de dominer facilement. Il vendit à tous les ordres en particulier des chartes, des lettres patentes, des diplômes, qui augmentèrent les jalousies et les haines. « La nation, dit Mably, ne parut en quelque sorte assemblée que pour reconnaître d'une manière plus authentique les nouvelles prérogatives de la couronne et en affermir l'autorité. »

Philippe obtint tous les subsides qu'il demanda : s'il ne divisa pas, il profita des divisions existantes et les entretint pour régner. Quoiqu'il ne reste aucun mémoire, aucun document qui fasse connaître en détail ce qui se passa, dans les états convoqués par Philippe, on ne peut douter qu'ils n'aient favorisé toutes ses entreprises. « La noblesse et l'argent, tout, dit le président Hénault, était allé se perdre dans l'Orient, par les croisades : il fallait réparer ces deux pertes ; l'anoblissement pourvut à l'une, en attendant que le commerce pût réparer l'autre. » C'est en attendant cette dernière ressource, qui était trop éloignée, que Philippe se vit réduit à altérer les monnaies, et comme il est le premier roi de France qui ait exécuté cette entreprise dangereuse, il fut appelé faux monnoyeur.

Sous son règne, les monnaies varièrent continuellement. En 1305, le marc d'argent, qui n'avait valu que deux livres, fut élevé à huit livres dix sous. Les plaintes éclatèrent de toute part ; les denrées montèrent à un prix excessif, et les transactions furent interrompues. Philippe fit fabriquer cette même année (1305) des espèces d'un si bon titre que le marc d'argent ne valut plus l'année suivante que deux livres quinze sous six deniers. Les murmures contre le roi cessèrent ; mais ils redoublèrent contre les seigneurs qui n'eurent pas la prudence de suivre cet exemple.

Habile à parvenir à ses fins, le roi publia une ordonnance par laquelle il réglait qu'un officier royal serait établi dans chaque monnaie seigneuriale, et que le général de la sienne ferait l'essai de toutes les monnaies qu'on y fabriquerait, pour reconnaître si elles avaient le poids et le titre requis. Il voulut interdire aux barons la fabrication des espèces d'or et d'argent. Il écrivit au duc de Bourgogne une lettre impérieuse pour qu'il eût à exécuter dans ses États les ordonnances sur le fait des monnaies. Il fit saisir en Guyenne les coins de la monnaie de Bordeaux, et par une ordonnance (1313), il gêna si fort la fabrication des monnaies seigneuriales que plusieurs barons trouvèrent plus avantageux de lui vendre leur droit.

Ainsi Philippe sut enlever à ses vassaux un des privilèges les plus essentiels à la souveraineté, et abolit pour toujours dans le Languedoc la servitude de corps, qu'il changea en un cens annuel. Il restreignit les apanages aux seules branches males (1314). Il rendit le parlement sédentaire (1312). « Ce fut l'institution des parlements, dit Loyseau, qui nous sauva d'être cantonnés et démembrés comme en Italie et en Allemagne, et qui maintint ce royaume en son entier ». Philippe créa le parlement de Toulouse, parce que celui de Paris, rendu sédentaire, ne pouvait plus suffire à l'étendue de son ressort.

Les premières lettres d'érection en duché-pairie furent données à Jean, comte de Bretagne (1297), pour remplacer la pairie du comté de Champagne, que Philippe avait réunie à la couronne par son mariage avec Jeanne. A la même époque furent érigés en comtés pairies les comtés d'Anjou et d'Artois. En l'an 1309, Philippe régla qu'il y aurait près de sa personne trois clercs du secret : c'est l'origine des secrétaires d'État. Une ordonnance défendit pour toujours les duels en matière civile (1305). D'autres ordonnances furent rendues contre l'usure, contre les juifs ; il en est une sur le luxe, qui est curieuse par les détails où le roi entre sur chaque condition, et qui fait connaître les mœurs et les usages de cette époque. « L'anoblissement, dit le président Hénault, en élevant le courage des roturiers, a amené parmi eux le luxe des grands, dont il les a par là rapprochés encore davantage ; en sorte que le luxe, qui avait banni l'égalité de chez les Romains, l'a rétablie chez les Français. »

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