Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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PHILIPPE IV le Bel
(né en 1268, mort le 29 novembre 1314)
Roi de France : règne 1285-1314
Partie 7/8

Ainsi par ce traité se trouva considérablement affaiblie la puissance des comtes de l'ordre, qui, de tous les grands vassaux de la couronne, étaient, après les rois d'Angleterre, les plus redoutables et les plus dangereux. Pendant le péril qu'il courut à la bataille de Mons-en-Puelle, Philippe avait fait un vœu à la sainte Vierge. Par une ordonnance du mois de septembre, datée du camp près de Lille, il fit, pour l'église Notre-Dame de Paris, une fondation de cent livres de rente. De retour dans sa capitale, il se rendit à la métropole, où il entra monté sur le même cheval qu'il avait sous lui le jour de la bataille ; il fit ensuite ériger en face de l'autel de la Vierge une statue équestre qui le représentait dans le même état où il fut surpris par les Flamands, c'est-à-dire sans autres armes que son casque, ses gantelets et son épée.

C'est vers ce temps que Philippe perdit sa femme, Jeanne de Navarre, qui avant sa mort avait fondé le collège de Navarre à Paris, et qu'il maria Louis, son fils aîné, avec Marguerite, fille du duc de Bourgogne. Benoît XI, qui avait succédé à Boniface VIII, leva l'excommunication lancée contre Philippe ; il annula la bulle qui retirait au roi la collation des bénéfices et celles qui avaient révoqué des privilèges accordés aux rois de France ; mais il exclut de l'absolution Nogaret et Sciarra Colonne, et les excommunia de nouveau, eux et leurs complices.

Benoît XI mourut le neuvième mois de son exaltation : le conclave s'assembla à Pérouse, et comme il était divisé en plusieurs partis, l'élection du nouveau pape partagea les esprits pendant neuf mois. Enfin, par l'influence de Philippe, les suffrages se réunirent sur Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, qui avait, dit-on, promis au roi, dans une entrevue ménagée avec lui près de Saint-Jean d'Angély, d'annuler tout ce qu'avait fait Boniface VIII ; rétablir les Colonne dans leurs biens et dignités ; d'accorder au roi des décimes pour cinq ans. L'archevêque lui promit aussi « une chose importante, que Philippe se réservait de lui de mander en temps et lieu, et qu'il devait tenir encore secrète. »

Il fut élu, prit le nom de Clément V, manda le sacré collège à Lyon, où il fut couronné, et transféra le siège pontifical en France, où six papes de suite le retinrent pendant soixante-dix ans. Bientôt ce pape accorda les décimes, rétablit les Colonne, créa un grand nombre de cardinaux français, cassa tous les actes faits contre la France par Boniface VIII, et permit d'instruire le procès de ce pontife comme s'il avait été vivant.

Philippe eut à apaiser en 1306 une sédition populaire excitée par l'altération des monnaies de l'État. Le peuple vint assiéger le roi dans le Temple, où il se trouvait alors ; les provisions qu'on apportait pour sa bouche furent enlevées ; la maison d'Étienne Barbette, maître de la monnaie, fut pillée. Philippe fit dissiper la populace par ses soldats, et plusieurs des mutins furent pendus dans les faubourgs de Paris.

Dans une entrevue qu'il eut avec le pape à Poitiers (1306), Philippe lui rappela sa promesse d'accorder une chose qu'il lui demanderait en temps et lieu, et il requit Clément V de condamner solennellement la gloire de Boniface, de faire déterrer son corps, de faire brûler ses os comme ceux d'un hérétique et de recevoir juridiquement l'accusation de quarante-trois hérésies et autres crimes, dont les témoins, qui seraient produits, s'engageaient à fournir la preuve. Le pape comprit que si Boniface était condamné comme hérétique, les créations de cardinaux faites par ce pontife devenaient nulles, ce qui entraînait la nullité de sa propre élection.

Il n'y avait d'ailleurs pas moyen d'attaquer dans sa foi un pontife qui l'avait fait éclater avec tant de pureté, dans la Sexte (ou sixième livre des Décrétales), publiée par ses ordres. Clément ne pouvant ramener Philippe, prit le parti de dissimuler. Il proposa de faire juger ce procès dans un concile général, et le roi, quoique peu satisfait, ne put rejeter l'offre de ce concile, qu'il avait lui-même demandé.

Alors le pape publia une bulle, en forme de lettre au roi, dans laquelle il reconnaissait qu'en tout ce que ce prince avait fait contre Boniface, ses intentions avaient été droites et sincères, et que, s'il avait encouru quelques censures à cette occasion, il en était parfaitement absous. Enfin le pape ne négligea rien de ce qui pouvait maintenir l'harmonie entre Philippe et lui. Il donna pouvoir à l'archevêque de Reims et à l'abbé de Saint-Denis d'excommunier les Flamands et le comte de Flandre, s'il leur arrivait de contrevenir à la paix que le roi leur avait accordée. Il proposa une croisade contre l'empereur de Constantinople, en faveur du comte Charles de Valois. Il s'entremit enfin pour rétablir la bonne intelligence entre Philippe et le roi d'Angleterre, qui refusait, depuis le traité de 1303, de venir en personne à Amiens rendre hommage et prêter serment de fidélité au roi, sous prétexte qu'on lui retenait le château de Mauléon, sur lequel il avait des prétentions.

En 1307, Philippe envoya Louis, son fils aîné, prendre possession du royaume de Navarre, qui lui était échu par la mort de sa mère. Ce prince fut couronné à Pampelune, et se fit suivre à son retour par 300 gentilshommes navarrois, qui furent comme autant d'otages de la fidélité de leurs compatriotes. Édouard II, qui avait succédé à son père sur le trône d'Angleterre, épousa Isabeau, fille de Philippe, et vint à Boulogne recevoir cette princesse, ratifier le traité fait en 1303, et faire hommage à Philippe pour le duché de Guienne et le comté de Ponthieu (1308).

Albert d'Autriche, roi des Romains, ayant été assassiné par son neveu Jean, duc de Souabe, Philippe songeait à mettre la couronne impériale sur la tête de son frère Charles, duc de Valois, et, connaissant l'influence que les papes exerçaient sur le collège des électeurs, il voulut déterminer Clément V à le servir dans cette occasion, et il projeta d'aller à Avignon solliciter l'intervention du pontife avec 6 000 chevaux.

Mais Clément V, instruit du projet de Philippe quand ce monarque le tenait encore secret, et considérant dans quelle dépendance, lui et ses successeurs pourraient tomber, si la couronne impériale et la couronne de France se trouvaient dans la même maison, se hâta d'écrire aux électeurs en les effrayant du dessein de Philippe, et Henri de Luxembourg fut promptement élu roi des Romains. Sa nomination était déjà confirmée par le pape, tandis que Philippe se préparait encore au voyage d'Avignon.

Dès lors, il n'y eut plus entre lui et Clément V que politique et dissimulation. Philippe, pour chagriner le pontife, le pressa de nouveau de travailler au procès de Boniface. Clément V avait indiqué le concile de Vienne pour le 1er octobre 1310. Philippe demanda qu'en attendant les accusateurs de Boniface pussent d'avance produire leurs pièces : le pape y consentit et publia une bulle qui donnait permission de déposer juridiquement devant lui à Avignon. Nogaret et d'autres accusateurs et témoins se rendirent dans cette ville. Nogaret et du Plessis ou du Plaisan publièrent des mémoires dans lesquels Boniface était accusé de n'avoir pas reconnu l'immortalité de l'âme ni la présence réelle. Ces accusations ayant excité de vives réclamations, Philippe crut prudent de prescrire aux accusateurs de se désister de leurs poursuites.

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