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PHILIPPE IV le Bel
(né en 1268, mort le 29 novembre 1314) Roi de France : règne 1285-1314 Partie 6/8
Une sédition, qui éclata à Bruges entre le magistrat et ses habitants, fut le commencement d'une guerre sanglante, où l'on vit un simple tisserand nommé Pierre Leroi, homme hardi et turbulent, et un boucher nommé Bregel, lutter contre toutes les forces de la monarchie française. Châtillon, ayant étouffé la révolte de Bruges, fit construire dans cette ville une citadelle aux dépens des habitants. Il en fit élever deux autres à Lille et à Courtrai ; il fortifia plusieurs autres places qui avaient été démantelées et surchargea la Flandre d'impôts. Bientôt le mécontentement devint général : l'explosion fut terrible. Pierre Leroi se rendit maître de Bruges ; Gand se souleva ; Dam et Ardembourg suivirent son exemple ; Guillaume de Juliers, neveu du comte de Flandre, vint se joindre aux révoltés. Châtillon rassembla ses troupes et entra dans Bruges. Mais le bruit s'étant répandu que, parmi ses bagages se trouvaient des tonneaux remplis de cordes pour pendre un grand nombre d'habitants, le peuple courut aux armes en criant : Flandre ! Flandre ! Lion ! Lion ! 1 500 cavaliers français et environ 2 000 fantassins furent tués ou assommés. Châtillon eut son cheval tué sous lui : il se sauva dans la maison d'un gentilhomme, qui le cacha, et dans la nuit il s'évada déguisé en prêtre, en traversant à la nage le fossé de la ville, où un valet qui l'accompagnait se noya. Bientôt Guillaume de Juliers, élu général, s'empara de Furnes, de Bergues, de Vindale et de Cassel. Guy, un des fils du comte de Flandre, arriva suivi de quelques troupes allemandes. Courtrai, Oudenarde, Ypres lui ouvrirent leurs portes. Dans cette extrémité, Châtillon se rendit en France pour presser l'envoi d'une puissante armée : elle ne tarda pas à s'avancer sous le commandement de Robert, comte d'Artois. Il y avait en Flandre un parti français considérable, qu'on appelait la faction du lis. Ce parti, qui, de concert avec Châtillon, n'avait pu arrêter les progrès de la révolte, se réunit à l'armée française, forte de 47 000 soldats. Le prince flamand était à la tête de 60 000 hommes, qu'il tenait retranchés dans un camp entouré de fossés très profonds. Le comte d'Artois résolut de les attaquer, contre l'avis du connétable de HNesle et de plusieurs autres généraux, et regardant cette armée comme une réunion de gens ramassés et sans discipline, il dit quelques paroles choquantes au connétable, qui avait marié sa fille à un des fils du comte de Flandre ; le connétable, irrité, lui répondit : « Vous verrez que je ne suis point un traître ; vous n'aurez qu'à me suivre, et je vous mènerai si avant que vous n'en reviendrez jamais ». Le camp des Flamands fut attaqué le 11 juillet 1302. Bientôt les fossés se trouvèrent comblés de morts. La pique, la massue et les flèches faisaient périr un si grand nombre d'hommes et de chevaux, que la terreur se répandit bientôt dans l'armée française et précipita sa fuite. La cavalerie passa sur le ventre de l'infanterie : le désordre était extrême ; le connétable fut tué sans vouloir recevoir de quartier ; le comte d'Artois expira après avoir reçu trente blessures. Deux maréchaux de France, Alain, fils aîné du comte de Bretagne, 6 comtes, 60 barons et plus de 1 200 gentilshommes périrent dans la déroute ou dans le combat. Les Flamands n'eurent que 100 hommes de tués. Jean, fils aimé du comte de Flandre, fut reconnu lieutenant de tout le comté pendant la détention de son père. Toute la noblesse de France se vit plongée dans le deuil : depuis longtemps il n'avait péri dans un combat tant de gentilshommes. Philippe ne songea qu'à tirer une prompte vengeance des Flamands. Il établit des taxes qui s'élevaient au cinquième du revenu ; il força encore le prix des monnaies, qui, sans changer de poids, se trouvèrent plus hautes d'un tiers que sous les règnes précédents, ce qui excita beaucoup de murmures au dedans et au dehors du royaume ; il convoqua le ban et l'arrière-ban, leva une armée de 70 000 fantassins et de 10 000 cavaliers, en prit lui-même le commandement et alla camper à Vitry, entre Arras et Douai. On était déjà au mois de septembre : le jeune comte de Flandre ayant réuni son armée aux environs de Douai, arrêta Philippe jusqu'à la saison des pluies, qui, venant à tomber en abondance, forcèrent le monarque de rentrer en France avant d'avoir rien entrepris. L'armée, sous les ordres du connétable Gaucher de Châtillon, obtint quelques succès pendant l'hiver. Une trêve fut conclue au printemps ; Philippe relâcha le comte de Flandre, alors âgé de quatre-vingts ans, et lui permit de disposer les esprits à la paix. Le vieux comte échoua, et revint à Compiègne, où il savait que la tête de ses deux fils prisonniers répondait de son retour. Il mourut bientôt après dans sa prison ; mais déjà la trêve avait été rompue, et il avait eu la douleur d'apprendre qu'un troisième fils, nommé Guy, pris au combat de Ziriczée par l'amiral Grimaldi, avait été conduit à Paris. Philippe entra en Flandre (1304), prit Orchies, et vint camper à Mons-en-Puelle, entre Lille et Douai. L'armée flamande, qui était dans les environs, n'osant se risquer dans la plaine contre la cavalerie, prit le parti de s'enfermer dans un retranchement composé d'une immense quantité de chariots. Bientôt ce camp fut menacé d'être investi par la cavalerie française, et, comme les Flamands avaient oublié de faire provision de vivres, ils demandèrent vers le soir à sortir de leurs retranchements pour se précipiter à l'improviste sur le camp des Français. Cette brusque attaque surprit l'armée sans défense : Guillaume de Juliers pénétra dans la tente du roi, où déjà le couvert était mis pour souper. Philippe, sorti au premier bruit des assaillants, n'avait eu que le temps de monter à cheval : il chargea l'ennemi avec courage, eut plusieurs seigneurs tués à ses côtés, et se défendit jusqu'à ce que son frère, Charles de Valois, fût accouru à son secours. Bientôt l'action devint générale, et jamais combat ne fut mêlé de plus de confusion ; enfin, la cavalerie française, s'étant rassemblée, entra de tous côtés dans l'infanterie flamande, lui passa plusieurs fois sur le ventre et la mit en déroute. Guillaume de Juliers et 6 000 Flamands restèrent morts sur le champ de bataille. L'armée française perdit 1 500 hommes. Cette victoire n'abattit point le courage des Flamands : Jean de Namur réunit 60 000 hommes, et tandis que Philippe pressait la reddition de Lille, des hérauts vinrent lui demander une paix honorable ou le défier à la bataille. Le roi, étonné, ne put s'empêcher de s'écrier : « N'aurons-nous jamais fait ? Je crois qu'il pleut des Flamands ». Il assembla son conseil, et considérant qu'on avait affaire à des furieux désespérés, qui feraient acheter trop cher la victoire, tous les avis inclinèrent à la paix. Le duc de Brabant et le comte de Savoie furent acceptés pour médiateurs. On convint d'une trêve, et l'année suivante, la paix fut signée. Les principaux articles furent que Philippe remettrait en liberté Robert de Béthune, fils aimé du conte de Flandre, ses deux autres frères et tous les seigneurs flamands ; que le roi demeurerait maître de toute la Flandre en deçà de la Lis, c'est-à-dire de Lille, de Douai, d'Orchies, de Béthune, de toutes les autres places et territoires où l'on parlait wallon, et les réunirait à la couronne de France ; que le reste appartiendrait à Robert de Béthune, qui ne pourrait avoir que cinq villes fortifiées, avec le droit réservé au roi de les faire démolir s'il le jugeait nécessaire ; que d'ailleurs Robert prêterait foi et hommage à Philippe, et qu'il lui payerait à divers termes une somme de deux cent mille livres. :: Biographie de Philippe IV le Bel - Partie 1/8 - Partie 2/8 |
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