Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
de la rubrique
Rois, empereurs, présidents
CLIQUEZ ICI

PHILIPPE IV le Bel
(né en 1268, mort le 29 novembre 1314)
Roi de France : règne 1285-1314
Partie 5/8

Boniface prétendait, en vertu de cette dernière puissance, avoir le droit de veiller sur la conduite du roi dans l'administration de son État ; d'examiner s'il le gouvernait selon les lois divines ; d'en réformer les abus, d'écouter les plaintes des sujets contre leur souverain, et même de déposer le souverain s'il refusait de se corriger et de recevoir les avis du Saint-Siège. Fleury convient, dans son Histoire ecclésiastique, que « tout l'exposé de cette constitution tend à prouver que la puissance temporelle est soumise à la spirituelle, et que le pape a le droit d'instituer, de corriger et de déposer les souverains ».

La distinction que faisait Boniface entre le domaine direct qu'il rejetait, et le domaine indirect, qu'il s'attribuait sur le temporel des rois, ne pouvait rassurer Philippe. Il rappela son frère, Charles de Valois, qui commandait encore les troupes pontificales ; il assembla de nouveaux états, prit ou renouvela des mesures énergiques, et ordonna la saisie du temporel des évêques et abbés qui étaient allés à Rome sans sa permission : il consentit néanmoins à recevoir en qualité de légat le cardinal le Moine, qui, porteur d'une instruction, en douze articles, vint demander au roi de révoquer la défense qu'il avait faite aux évêques de se rendre à Rome ; de reconnaître que le pape avait le droit de conférer tous les bénéfices vacants, et qu'à lui seul appartenait l'entière disposition des biens de l'Église.

Le légat était encore chargé de représenter à Philippe que, pour avoir souffert qu'on brûlât en sa présence une bulle du pape, un envoyé du roi devait aller à Rome se soumettre à ce qui serait ordonné pour réparation d'un tel affront fait au Saint-Siège. Il était en outre déclaré au roi que ni Lyon ni son territoire ne lui appartenaient point ; qu'il était obligé à restitution pour l'altération faite aux monnaies ; enfin que, si le pape n'obtenait satisfaction sur tous les points, il emploierait les armes spirituelles et temporelles.

Philippe envoya à Rome une réponse, modérée dans l'expression, sur des demandes dont la plupart étaient si extraordinaires et si opposées aux libertés de l'Église gallicane. Il représentait que, pour la collation des bénéfices et pour l'administration des biens de l'Église, il avait suivi la coutume immémoriale et l'exemple de Saint-Louis ; qu'une bulle, brûlée par les échevins de Laon, l'avait été pour que l'évêque ne pût en user contre eux, et non dans l'intention de manquer au respect dû au chef de l'Église ; qu'en changeant le prix et la qualité des monnaies, il avait usé de son droit, fondé sur l'antique coutume de ses prédécesseurs ; qu'au reste, il ne souhaitait rien tant que de se voir réconcilié avec le pape, pourvu que le pape, de son côté, n'entreprît point sur les libertés, franchises et indults de l'Église gallicane.

Peu satisfait de cette réponse, Boniface ordonna au légat de déclarer à Philippe qu'il était excommunié et de défendre à tous les ecclésiastiques de célébrer devant lui les saints mystères. Alors Philippe fit saisir le temporel des évêques et des abbés qui s'étaient rendus à Rome contre sa défense. Il convoqua les états au Louvre pour le mois de juin (1303). Guillaume du Plessis ou du Plasian prononça dans cette assemblée une harangue plus violente que n'avaient été celles des seigneurs de Flotte et de Nogaret. Il fit le lendemain une longue énumération de ce qu'il appela les crimes du pape, et le roi et les états, adoptant les conclusions de l'orateur, appelèrent au concile général et au pape futur, légitimement élu, de tout ce que Boniface avait fait et pourrait faire dans la suite, par ses excommunications et par ses interdits, tant contre le roi que contre son royaume et contre ses vassaux.

Les évêques et les abbés, même ceux qui avaient été à Rome, et Hugues, visiteur des maisons de l'ordre des Templiers, souscrivirent à la convocation du concile et à l'appel au pape futur. Plus de sept cents actes d'adhésion, qui sont conservés au trésor des chartes, furent envoyés de tous les points du royaume par les ordres monastiques, les chapitres, les universités, les villes et les provinces. Les dominicains de Montpellier, ayant élevé des difficultés, eurent ordre de sortir du royaume dans trois jours.

Boniface publia, en forme de manifeste, la bulle Nuper ad admonitionem, dans laquelle, entre autres plaintes, il reprochait à Philippe d'avoir reçu dans ses États Étienne Colonne, déclaré ennemi du Saint-Siège et de l'Église. Dans une bulle, le pontife ôta le droit des élections à tous les corps ecclésiastiques, se réserva la provision de tous les bénéfices qui viendraient à vaquer, et déclara nulles toutes les élections des évêques, jusqu'à ce que le roi eût reconnu sa faute. Par une troisième bulle, il enleva aux docteurs le droit d'enseigner et de donner des grades en théologie et en droit. Enfin, voulant joindre aux armes spirituelles les armes temporelles dont il avait menacé la France, il écrivit au comte de Flandre pour l'engager à persévérer dans sa révolte armée contre son souverain, et voulant déterminer Albert d'Autriche à entrer dans sa querelle, il consentit à le reconnaître comme roi des Romains.

Mais Albert, qui, dans le traité de Vaucouleurs, avait renoncé aux prétentions de l'empire sur le royaume d'Arles, et avait obtenu de Philippe, en s'alliant à lui, sa renonciation à ce qu'il pouvait prétendre en Lorraine, en Alsace et sur Fribourg, ne jugea pas à propos de s'armer pour augmenter la puissance du pape, qui depuis plusieurs siècles était devenue si redoutable aux empereurs. Philippe crut devoir prendre enfin de nouvelles mesures, et, ne considérant plus Boniface que comme un prince temporel qui lui faisait la guerre, il chargea le seigneur de Nogaret, qui était alors en Italie, de le surprendre, de l'enlever et de le conduire à Lyon, où il se proposait de le faire déposer dans un concile général.

Mais cet ordre ne fut exécuté que pour la première partie, et les violences auxquelles il donna lieu causèrent la mort du pontife. Ainsi finit cette longue querelle du sacerdoce et de l'empire, et, parmi les funestes effets qu'elle produisit, elle parut avoir cet avantage pour l'Église et pour les princes, qu'on fut désormais plus réservé à remuer les questions de l'autorité du Saint-Siège sur le temporel des rois.

Reprenons la série des événements politiques. Pendant la guerre de Flandre, la ville de Gand ayant ouvert ses portes à Charles de Valois (1299), le comte de Flandre et ses deux fils résolurent d'aller à Paris se remettre à la miséricorde du roi ; ils traitèrent avec Charles de Valois, qui promit de les reconduire en Flandre dans un an, si la paix n'était pas faite plus tôt.

Les princes flamands, suivis d'un grand nombre de seigneurs, arrivèrent à Paris et se jetèrent aux pieds de Philippe, qui, les regardant d'un air froid et sévère, dit qu'il leur donnait la vie, mais que le traité, fait contre son consentement, ne serait point exécuté. Le comte de Flandre et ses deux fils, Robert et Guillaume, furent envoyés prisonniers, le premier à Compiègne, le second au château de Chinon, le troisième en Auvergne.

Bientôt Philippe, suivi de la reine et de toute sa cour, parut au milieu de la Flandre en souverain. Il diminua les impôts, accorda aux villes de nouveaux privilèges, ne négligea rien pour gagner l'affection des peuples, et déclara enfin que le comte ayant mérité par sa félonie la confiscation de ses États, il réunissait la Flandre à sa couronne. Il avait assez bien réussi à gagner les Flamands par des manières populaires : il en donna le gouvernement à Jacques de Châtillon, oncle de la reine, qui ne sut pas continuer avec succès ce que le prince avait commencé avec tant de bonheur.

:: Biographie de Philippe IV le Bel - Partie 1/8 - Partie 2/8
Partie 3/8 - Partie 4/8 - Partie 6/8 - Partie 7/8 - Partie 8/8


 

:: HAUT DE PAGE    :: ACCUEIL

Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
de la rubrique
Rois, empereurs, présidents
CLIQUEZ ICI