Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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PHILIPPE IV le Bel
(né en 1268, mort le 29 novembre 1314)
Roi de France : règne 1285-1314
Partie 4/8

Bientôt parut sa bulle Salvator mundi (5 décembre 1300), par laquelle il rétractait sa révocation de la bulle Clericis Laicos, et disait que, de même qu'il pouvait accorder des grâces et des privilèges aux princes, de même il avait le droit de les révoquer et de les suspendre quand il le jugerait à propos : il défendait donc aux ecclésiastiques de payer sans son ordre les décimes et les subsides auxquels ils auraient consenti. Philippe renouvela par un édit la défense de transporter aucun argent hors du royaume.

Cet édit attira de nouvelles bulles, et en même temps un légat vint apporter au roi de France l'étrange proposition de faire une ligue avec le roi de Perse et de se croiser pour la délivrance des saints lieux. Ce légat était Bernard Saisseti, évêque de Pamiers et ennemi de Philippe ; il eut l'audace de déclarer au prince que la conduite qu'il tenait avec le pape et envers l'Église méritait des peines qu'on n'avait que trop différées, qu'il verrait bientôt son royaume mis en interdit et que lui-même serait frappé d'anathème.

Philippe, indigné, chassa le prélat de sa présence et ordonna qu'on lui fît son procès. Il résulta des informations que Saisseti avait des intelligences avec le roi d'Angleterre, qu'il avait traité Philippe de bâtard, de faux monnayeur, etc. Ce prélat fut arrêté et commis à la garde de l'archevêque de Narbonne ; mais il fallut le consentement de l'évêque de Senlis et de l'archevêque de Reims, parce que Saisseti fut saisi dans l'évêché de l'un et dans l'étendue de la métropole de l'autre. Boniface écrivit à l'archevêque de Narbonne pour lui ordonner de tirer l'évêque de Pamiers des mains des juges séculiers, et au roi pour l'obliger à faire transporter le prélat sur les terres du Saint-Siège et à lui remettre le jugement de cette affaire.

Bientôt parut la bulle Ausculta fili, que Philippe fit brûler le 11 février 1302. Boniface y déclarait que Dieu l'avait établi sur les rois et sur les royaumes de la terre avec plein pouvoir d'arracher, de détruire, de dissiper et d'édifier. Cette bulle fut apportée par Jacques de Normans, archidiacre de Narbonne, qui, admis à l'audience du roi, lui dénonça qu'il avait ordre de l'excommunier et de mettre le royaume en interdit, si lui, Philippe, refusait de reconnaître qu'il tenait du pape la souveraineté temporelle de son royaume.

Le nonce et l'évêque de Pamiers furent reconduits aux frontières, où l'on plaça des corps de garde pour empêcher l'entrée des bulles et des envoyés de Boniface. L'excommunication fut aussitôt lancée. Philippe se plaignit au pape de la conduite qu'il tenait à son égard : le pape refusa audience au député et fit partir un légat qui, arrêté à Mâcon, fut obligé de repasser les Alpes.

Cependant le roi, voulant empêcher les bulles et les censures de Rome d'agiter les esprits et de causer des désordre dans son royaume, convoqua les états au Louvre. Il commença par demander aux évêques et aux abbés, qui presque tous étaient présents, de qui relevait leur temporel ? et ils répondirent qu'ils le tenaient de lui comme de leur souverain : « Je vois avec plaisir, dit alors Philippe, que vos sentiments ne sont pas ceux du pape, qui prétend que le royaume de France est un fief du saint-siège. » La noblesse déclara par la bouche du comte d'Artois que le roi pouvait compter sur tout ce qui dépendrait d'elle pour soutenir les droits du prince et la gloire de l'Etat : « Et moi, reprit Philippe, je m'engage à contribuer de tout, sans excepter ma propre vie, pour conserver la liberté du royaume ».

Il renouvela la défense d'exporter aucun argent, et défendit de sortir de France sans sa permission aux évêques et aux docteurs en théologie, que, par sa bulle Ante promotionem, Boniface convoquait à Rome, sous peine de désobéissance, pour délibérer sur la réforme du royaume et sur les moyens de corriger les violences et les excès du roi. Les états ayant confirmé les libertés de l'Église gallicane, Guillaume de Nogaret, garde du sceau royal, se porta l'accusateur du pape et prononça un discours violent où il prétendit prouver que Boniface était un intrus : il s'engageait à le convaincre d'hérésie, de simonie et de plusieurs autres crimes, et après avoir exposé la nécessité d'un concile général où le pontife serait déposé, il requit et obtint que son discours fût enregistré.

Pierre Flotte, chancelier de France, parla dans le même sens. Les barons écrivirent au collège des cardinaux une lettre énergique, où les actes de Boniface étaient dépeints comme plus propres de l'Antéchrist que d'un pape. Cette lettre fut signée par Louis, fils aîné du roi, par les princes du sang et par tout ce qu'il y avait en France de plus grands seigneurs en même temps, les maires, échevins, etc., représentant le tiers état, écrivirent en corps au sacré collège une lettre non moins véhémente, et dans laquelle on affectait de ne pas donner à Boniface la qualité de souverain pontife.

La lettre écrite au pape par les évêques et les docteurs était en termes plus mesurés ; mais elle contenait l'invitation pressante de rétracter des bulles et des censures que ni les ecclésiastiques, ni les universités, ni le peuple, ni la noblesse ne pouvaient approuver. Les cardinaux répondirent à la noblesse et au tiers état que le pape n'avait jamais voulu faire entendre, dans ses lettres et dans ses bulles, que le roi dût le reconnaître pour son supérieur dans le temporel, et que le seigneur Pierre Flotte avait en vain déclamé au Louvre contre cette maxime. Boniface, dans sa réponse aux évêques, leur reprocha avec hauteur de se laisser intimider par des menaces et conduire par des vues terrestres. Il s'emporta contre Pierre Flotte, le traitant de Bélial, d'homme aveugle, qui, avec Nogaret et d'autres encore, inspirait au roi des conseils violents.

Philippe désirait se réconcilier avec le Saint-Siège, et Robert, duc de Bourgogne, s'adressa à deux cardinaux, ses amis, pour les engager à obtenir du pape qu'il écrivît une lettre honnête au roi de France. Cette démarche fut regardée à Rome comme une preuve de l'embarras du roi, et la réponse fut qu'il fallait que ce prince commençât par s'humilier, par convenir de sa faute, donner des marques de pénitence, et faire satisfaction au pape, qui croirait se rendre ridicule à toute la terre s'il écrivait le premier à un roi qu'il avait excommunié.

Boniface tint à Rome, au commencement de novembre (1302), l'assemblée qu'il avait indiquée l'année précédente, et où, malgré la défense de Philippe, se trouvèrent les archevêques de Tours, de Bordeaux, de Bourges et d'Auch ; tous les évêques de Bretagne, excepté ceux de Dol et de Saint-Malo ; vingt-cinq autres évêques, et les abbés de Cluny, de Cîteaux, de Prémontré, de Beaulieu, de Marmoutier et de la Chaise-Dieu. C'est dans cette espèce de concile que Boniface résolut d'envoyer à Philippe la fameuse bulle Unam sanctam, où tous les hommes sont tenus, sous peine de damnation, de se croire sujets du pontife romain.

La doctrine de la domination temporelle était confusément enveloppée dans cette décrétale. Boniface n'osait dire expressément que le royaume de France relevait du Saint-Siège, comme ses prédécesseurs l'avaient souvent dit de l'Angleterre ; mais il distinguait entre les deux glaives : « Il faut, disait-il, qu'un glaive soit soumis à l'autre, c'est-à-dire la puissance temporelle à la puissance spirituelle, autrement elles ne seraient point ordonnées. Donc, si la puissance terrestre s'égare, elle sera jugée par la spirituelle. »

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