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PHILIPPE IV le Bel
(né en 1268, mort le 29 novembre 1314) Roi de France : règne 1285-1314 Partie 3/8
Par ce traité, Philippe demeura maître de Lille, de Courtrai, de Douai, de Bruges et de toutes les villes qui s'étaient rendues à lui. Philippe et Édouard gardèrent en Guyenne ce qu'ils y possédaient à l'époque de la trêve et tous les différends furent remis à l'arbitrage du pape. En attendant sa décision, Philippe fit quelques tentatives pour obtenir d'Édouard la liberté du roi d'Écosse, qui avait été fait prisonnier. Il prétendait que ce prince étant son allié, on devait lui appliquer les dispositions générales de la trêve concernant les prisonniers. Édouard répondit que le roi d'Écosse était avant tout son vassal, et que, comme tel, il ne pouvait se trouver compris parmi les alliés du roi de France. Après plusieurs négociations, les deux princes n'avaient pu s'accorder ; mais, comme ils voulaient également observer la trêve, ils renvoyèrent la décision de cet incident au pape, qui était chargé de prononcer sur le fond. Boniface VIII dressa le traité, l'envoya aux deux rois par Raoul, évêque de Vicence, et les plénipotentiaires le signèrent à Montreuil (1299). Ce traité portait que la Guyenne serait rendue à Édouard et qu'il la tiendrait à foi et hommage de la couronne de France comme auparavant ; que les places prises par les deux princes seraient mises en séquestre entre les mains du pape jusqu'à l'exécution du traité ; que, pour rendre la paix durable, les deux monarques s'allieraient par un double mariage ; que le roi d'Angleterre épouserait Marguerite, sœur du roi de France ; et que le fils d'Édouard serait marié avec Isabeau, fille de Philippe, alors âgé de sept ans. Le douaire de Marguerite fut fixé à quinze mille livres tournois et celui d'Isabeau à dix-huit mille. La trêve continua et fut prorogée d'année en année jusqu'au 20 mai 1303, époque où la paix fut définitivement conclue. Les deux rois se réunirent à Amiens le 8 septembre. Philippe abandonna le roi d'Écosse, son allié, et se contenta de l'hommage d'Édouard, tout simplement et sans conditions. L'orgueil de ces deux princes céda devant un danger commun. Boniface VIII menaçait les souverains d'une domination temporelle, et, depuis son exaltation (1295), il marchait avec audace dans un système qu'il n'avait point établi, mais qu'il voulut faire prévaloir et qui fut désavoué par ses successeurs. Philippe et Édouard firent une ligue contre quiconque voudrait despointer, empêcher ou troubler lesdites rois ès franchises, libertés, privilèges et coutumes de eux ou de leurs royaumes. Les différends de Philippe avec Boniface VIII remplirent tout le règne de ce pontife. « Une ambition démesurée, dit le P. Daniel, fut sa passion dominante... Plusieurs de ses décrétales qui regardent les princes et en particulier le roi de France, montrent jusqu'où il voulut porter l'autorité pontificale. » Mais pour faire valoir ses prétentions il ne pouvait plus mal s'adresser qu'à un prince du caractère de Philippe. Jamais roi de France n'avait été plus fier et plus impétueux. Suivant l'exemple de Philippe-Auguste et de Saint-Louis, il ne négligeait aucune occasion de tempérer dans ses États la puissance ecclésiastique, qui, depuis Louis le Débonnaire, était montée au delà des bornes légitimes ; et il avait devant lui comme leçon l'exemple de plusieurs princes dont la couronne avait été au moins ébranlée par les entreprises de la cour de Rome. Dans le temps que Philippe levait des subsides sur le clergé pour les frais de la guerre (1296), Boniface publia la fameuse bulle Clericis Laicos, qui défendait aux ecclésiastiques de payer aucuns subsides aux princes sans l'autorité du Saint-Siège, à peine d'excommunication. Philippe répondit par une ordonnance qui défendait à tous ses sujets d'envoyer hors du royaume, avant d'avoir obtenu sa permission, de l'argent ou des joyaux, et de donner des lettres de change sur les pays étrangers. Boniface crut devoir alors modifier sa bulle ; et l'interprétant dans une autre qui commence par le mot Ineffabiles (21 septembre 1296), il déclara ne pas vouloir empêcher les redevances et les services que quelques prélats devaient au roi en qualité de feudataires. Mais en même temps le pontife maintenait la nécessité de la permission du Saint-Siège pour la levée des subsides sur les gens d'Église. Il taxait d'imprudence et même de folie, encourant l'excommunication, la défense faite aux ecclésiastiques, sur lesquels les princes séculiers n'avaient point d'autorité de transporter de l'argent hors du royaume. Enfin Boniface reprochait à Philippe d'avoir chargé la France de trop d'impôts, de retenir les places dont il s'était saisi en Guyenne ; et il laissait entendre au monarque que, s'il ne changeait de conduite, il exposerait sa personne et son royaume aux foudres de l'Église. Philippe crut devoir réfuter cette bulle dans un manifeste où il insistait sur la maxime de l'Évangile : « Rendez à César ce qui appartient à César. » La bulle Exiit a te super (7 février 1297), était conçue dans des termes moins violents que la précédente. Mais en même temps Boniface avait chargé ses deux légats en France d'excommunier le roi ou ses officiers s'ils persistaient à empêcher le transport de l'argent à Rome. Les légats n'osèrent lancer l'excommunication. L'archevêque de Reims et ses suffragants écrivirent à Boniface pour lui dire que presque tous les évêques de France étant hommagers et feudataires du roi, la noblesse et le clergé se réuniraient pour assurer les droits et les libertés du royaume. Bientôt les légats remirent à Philippe une nouvelle bulle par laquelle Boniface ordonnait aux rois de France et d'Angleterre de proroger la trêve sous peine d'excommunication. Philippe consentit à la publication de cette bulle ; mais il l'accompagna d'une protestation portant, « que le gouvernement de son royaume, en ce qui concernait le temporel, appartenait à lui seul ; qu'il prétendait en ce point n'être soumis à qui que ce fût ; que, quoi qu'il arrivât, il ne se tiendrait ni lui, ni son royaume, lié par les censures du pape, etc. » Boniface parut alors se relâcher de ses prétentions. Au mois de juillet, il déclara dans une nouvelle bulle qu'il n'avait entendu rien faire contre les libertés, franchises et coutumes du royaume de France, ni contre les droits du roi, des comtes et des barons. Cette déclaration et la canonisation de Saint-Louis, qui, après avoir essuyé quelques difficultés de la part du pape, fut faite à Rome avec de grandes solennités, rétablirent la bonne intelligence entre Boniface VIII et Philippe le Bel. C'est à cette époque que fut acceptée la médiation du Saint-Siège entre le roi de France et le roi d'Angleterre. Mais Philippe voulut qu'il fût écrit dans le compromis que le pape n'aurait en cette affaire d'autre autorité que celle d'un prince particulier, reconnu volontairement pour arbitre ; et le pape s'obligea dans une lettre à ne publier sa sentence arbitrale qu'après avoir reçu le consentement du monarque. L'Italie était alors déchirée par les guerres et les factions. Boniface appela près de lui Charles de Valois, qui avait épousé, en secondes noces, Catherine de Courtenai, petite-fille de Baudouin, empereur de Constantinople : il le reçut avec de grands honneurs, lui donna le commandement des troupes de l'Église, et, suivant quelques historiens, eut ou parut avoir le dessein de le faire monter au trône de l'empire. Mais Boniface et Philippe étaient trop emportés dans la jalousie de leur autorité pour que l'accord entre eux fût de longue durée. Boniface refusait de reconnaître Albert devenu roi des Romains. Albert et Philippe s'engagèrent par un traité à faire cause commune contre quiconque entreprendrait sur les droits de l'empire et de la France. Cette union, scellée par le mariage de Rodolphe, fils d'Albert, et de Blanche, fille de Philippe, déplut à Boniface, et peu après, l'asile donné par le roi aux Colonne, dangereux ennemis du pontife, acheva d'irriter sa colère. :: Biographie de Philippe IV le Bel - Partie 1/8 - Partie 2/8 |
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